samedi 20 mars 2021

Macron est-il lâché par les médias ?

L’exécutif est sous pression depuis que Macron a été malencontreusement élu en 2017. Crise des Gilets jaunes, crise sanitaire, et sans doute bientôt crise économique, il ressemble maintenant à un canard sans tête. Ce sont des amateurs qui passent leur temps à se contredire. Véran et Castex défendent par exemple la vaccination avec Astra Zeneca le vaccin maudit, tandis que Macron nous explique benoîtement qu’il faut le suspendre comme le conseille Merkel dont il suit scrupuleusement les ordres. Également l’exécutif se déchire sur la question du reconfinement d’une partie de la population, notamment en Île-de-France. Mais tous ces errements sont bien connus du public et expliquent que non seulement la popularité de Macron reste très basse, 2 Français sur 3 le haïssent, mais que son premier ministre est moqué constamment, identifié comme une sorte de clown. Ce qui est nouveau, alors que nous approchons les élections régionales qui promettent une nouvelle raclée pour le parti LREM au mois de juin prochain, c’est que les médias dominants, justement ceux qui ont aidé Macron à être élu et qui appartiennent à des milliardaires comme Bolloré, Arnault, Drahi, ou encore Niel, sont en train de prendre de plus en plus leurs aises pour le critiquer ouvertement. Les titres des journaux et des magazines ne font aucun doute, ils accompagnent la critique générale de la population à l’endroit de l’exécutif. On ne compte plus les articles critiques du journal Le monde qui naguère était le premier soutien de Macron. Le 15 mars un article important dans le journal La Provence mettait en valeur les initiatives de cinémas qui avaient décidé unilatéralement de rouvrir leurs portes, à Marseille, à Cucuron, Grans ou encore Port-de-Bouc.

 

On pourrait dire que tout ça c’est seulement le ras le bol des Français qui ne voit aucun horizon, ni proche ni lointain, à cette torture quotidienne des obligations diverses et variées que l’exécutif impose. Mais en réalité c’est plus grave que ça, c’est l’incompétence et l’amateurisme de ces gens qui est condamné. Mais pourquoi les journalistes, naguère encore si dociles, relèvent-ils la tête ? On ne croit pas une minute qu’ils aient retrouvé le goût de l’indépendance en deux mois. Ils travaillent pour un patron, ne l’oublions pas. Derrière tout cela il y a une autre bataille. Au sein de l’exécutif il y a ceux qui, comme Le Maire ou Castex, pensent qu’après la fin de la crise sanitaire, il va falloir mettre en place des réformes dures, austéritaires, et payer la dette, et puis il y a Macron qui a besoin pour se faire réélire de proposer des mesures qui inciteraient les électeurs de gauche à reporter au moins partiellement une partie de leurs voix sur sa candidature. Ce dernier va proposer des mesures sociales comme le Revenu Universel d’Activité, qui en se généralisant plomberont fortement les déficits publics bien entendu. Certes, sur ce terrain il n’est guère plus crédible qu’Hamon. Mais les soutiens anciens de Macron veulent plutôt de la rigueur budgétaire et que la France rentre d’une manière ou d’une autre dans le cycle de remboursement de la dette, même si sur le plan économique c’est totalement suicidaire. Patrick Artus soutient à l’inverse de Christine Lagarde et de Bruno Le Maire, que la dette publique n’aura pas besoin d’être remboursée, d’autant que les taux d’intérêt sont négatifs[1]. Mais Artus est une sorte de canard noir chez les économistes français. On voit donc que le but de la déstabilisation de Macron n’est pas désintéressé. Il vise à le piéger en tentant de faire émerger une candidature alternative à la sienne afin qu’il rentre dans le rang, ce sera d’autant plus facile qu’il va se retrouver dans l’obligation de continuer ses réformes antisociales, aussi bien en ce qui concerne les allocations chômage que la casse de l’hôpital public. 

 

Il y a aussi un autre argument pour dézinguer Macron, c’est qu’il n’est plus crédible sur rien. Le canard enchaîné du 17 mars 2021 révèle qu’à l’encontre de ses promesses, Macron a continué la politique de diminution drastique des lits d’hôpital. En mars 2020 le nombre de lits en réanimation en Île-de-France était de 2500, il est passé aujourd’hui à 1700 ! Ces reniements s’ajoutent à ceux qui ont été dénoncé par la Convention citoyenne sur le climat, Macron avait avancé qu’il reprendrait sous forme de loi, toutes les propositions, « sans filtre » de la Convention, mais il est évidemment revenu sur ses promesses[2]. Seules les propositions anodines qui ne touchent pas à l’essentiel, seront reprises, sans que cela engage beaucoup. Il est possible que l’oligarchie craigne que pour se faire réélire Macron mette en œuvre des propositions « sociales » et qu’il revienne sur ses promesses de sabrer les allocations chômage et les retraites, voire qu’il remette en question le massacre de l’hôpital public et donc freine la privatisation du secteur de la santé. Les prochains sondages conditionneront le soutien des grands médias à la réélection de Macron. Le monde dans son éditorial au vitriol daté du 20 mars 2021 en rajoute une couche sur les errements de l'exécutif sur la gestion de l'épidémie, il parlait d'« douloureux retour au réel » sous-entendant par là que jusqu'ici le sérieux avait manqué.

Mais mon but n’est pas ici de refaire le procès des errements de la politique macronienne. C’est plutôt de d’essayer de comprendre et d’anticiper ce qui peut se produire sur le plan politique dans une atmosphère électrique. La réponse sera sans doute contenue dans le résultat des élections régionales. Si le parti présidentiel, cette coquille vide, perd dans les grandes largeurs, ce qui est la probabilité la plus élevée, alors les sondages qui sont déjà relativement mauvais pour Macron, vont accentuer la pression. L’oligarchie française ne voulant pas de Marine Le Pen, il ne lui restera plus qu’à faire émerger une candidature alternative à la fois à Macron et à Marine Le Pen, après tout, les sondages montrent que les Français n’aiment pas l’idée d’un nouveau duel entre ces deux personnages. Mais pour l’instant, malgré le nombre de candidats qui se pressent à droite, il n’y en a pas un seul qui émerge. Bien sûr les Républicains vont tout faire pour se requinquer après les régionales, parce que depuis l’élection de Sarkozy en 2007, il y a 14 ans, ils ont toujours perdu les élections. Bruno Retailleau veut y aller, mais sa triste figure le disqualifie tout de suite, Xavier Bertrand aussi, mais une grande partie des Républicains le détestent et le trouve trop « gauchiste », une telle candidature rabattrait beaucoup de voix sur Marine Le Pen, ce qui ne serait pas pour déplaire au camp macronien. Reste Laurent Wauquiez qui attend sa réélection triomphale à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour se prononcer, il aura probablement l’appui des nostalgiques de Sarkozy. La seule bouée de sauvetage pour Macron est que la droite continue à se diviser pour trouver un candidat présentable. A gauche il ne craint quasiment rien, d’autant que la probable candidature de Fabien Roussel pour le PCF va compliquer la campagne de Mélenchon qui aura du mal dans ses conditions à arriver à 10%. Mais vu l’état de décomposition du paysage politique il est bien possible que des surprises puissent advenir.



[1] https://www.lepoint.fr/invites-du-point/patrick-artus/artus-faut-il-vraiment-rembourser-la-dette-covid-05-12-2020-2404325_1448.php

[2] https://reporterre.net/Macron-et-le-climat-3-3-sur-10-selon-la-Convention-citoyenne

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Manifestations tous azimuts

  Manifestations des gazaouis contre le Hamas 25 mars 2025   Avec le printemps, les manifestations reprennent de la vigueur un peu parto...