« Grande patate chaude » (2025), de Raphaël-Bachir Osman
Donnons des nouvelles du monde de l’art dégénéré aurait dit
le bon Staline. En juillet 2026 on exposait des patates au Centre d’art
contemporain et du patrimoine d’Aubenas. L’idée était de réunir au Château
d’Aubenas tous les peintres ou plasticiens qui avaient approché dans leur œuvre
la patate de près ou de loin.
L’organisatrice justifiait les choix de cette exposition singulière par le fait
que l’Ardé èche entretenait des liens particuliers avec la patate : « L’Ardèche
et la pomme de terre, c’est une longue histoire » Certains n’allaient
pas jusqu’à se donner la tâche de représenter la patate, mais se contentaient
d’en faire un petit tas et de l’étiqueter à même la terre où la patate
pousse ! Cette artiste s’appelle Alice Allenet. Elle revendique la
provocation, cherchant à découvrir ce qui pourrait encore aujourd’hui choquer
le bourgeois. Évidemment comme ce tas de terre et ses patates sont exposés
jusqu’à la fin du mois de septembre, on se dit que d’ici la fin de
l’exposition ces tubercules auront sans doute germés, changeant la nature de
l’œuvre exposée !
Performance
artistique d’Alice Allenet au Château d’Aubenas
N’allez pas croire qu’Alice Allenet ne fait que des petits
tas de terre, elle fait aussi des gribouillis comme le montre
« l’œuvre » ci-dessous destinée à annoncer son exposition. Très
active elle avait fait une exposition en 2025 intitulée Mettre les pieds
dans le plat et tacher la nappe. Tout un programme ! Ne comptez pas
sur elle pour développer des formes sophistiquées et travaillées. Elle nous dit
que son but est de dénoncer la civilisation industrielle et sûrement pas de
faire plaisir à ceux qui contempleraient ses œuvres. Elle suppose qu’en
méditant sur ses gribouillis ou sur un tas de terre d’où émergent quelques
malheureuses patates, ça donnera à réfléchir et changera le monde ! C’est
ambitieux ! Incidemment Alice Alenet nous dit qu’elle interroge par son
travail les codes de l’esthétique bourgeoise et donc elle la remet en question.
Évidemment vous n’allez pas mettre chez vous un tas de terre avec quelques
patates promises à la décomposition, ce genre d’exposition a un caractère
éphémère et pour cela doit être subventionnée. Il faut bien que les artistes
qui performent et produisent des œuvres destinées à nous faire réfléchir gagne
un peu d’argent pour survivre et continuer leur travail d’inutilité publique.
On nous dit aussi qu’Alice Allenet s'intéresse aux paysages façonnés par
l'industrie de la frite surgelée, voilà qui est intéressant et fécond. Alice
Allenet est soutenu par le CLEA. Le CLEA est un dispositif artistique et
culturel proposé par la Communauté Urbaine de Dunkerque, avec le soutien de la
Direction Régionale des Affaires Culturelles et de l’Éducation Nationale.
N’est-ce pas formidable ?

Affiche et créa typo pour l’expo d’Alice Allenet
L’art moderne n’a jamais fini de nous surprendre. Récemment
a circulé sur la toile la performance d’une autre « artiste »,
Jessica Cooke. Celle-ci s’est présentée devant un public assez restreint tout
de même, elle trainait un sauf – apparemment neuf – en courant en rond, puis en
levant la jambe et terminant en sautant sur une sorte d’escabeau. L’étonnant
n’est pas tellement que certains fassent ce genre de chose, mais plutôt qu’ils
trouvent un public pour les contempler comme autrefois on allait au zoo pour
regarder des bêtes curieuses. Au-delà du ridicule de la posture, il faut
remarquer que ces gens-là ne comprennent l’art – du moins ce qu’ils en
entendent – comme une sorte de pédagogisme. Il faut faire passer un message
pour éduquer le peuple, sauf que le peuple ne va pas voir ce genre de grimaces.
On trouve la même volonté d’éduquer au cinéma, par exemple chez Ken Loach, ce
qui suppose que le peuple serait plus ignorant qu’eux, ce qui reste évidemment
à démontrer.

L’artiste Jessica Cooke en pleine action
Ajoutons que ce genre de
fantaisie subventionnée ne peut exister que parce qu’il y a des bureaucrates,
plus ou moins spécialisés dans l’art moderne, qui distribuent des subventions,
ce qui leur donne une importance en fonction de la clientèle qu’ils se sont
acquise. Il faut qu’ils justifient leurs budgets et leur goût pour l’innovation
artistique.
Les petits hommes verts de
Fabrice Hyber
Fabrice Hyber lui aussi fait des gribouilles, très économe
de la couleur cependant. Mais il occupe tout de même l’espace. Ses œuvres ne se
vendent pas très cher, mais comme il peint et barique au kilomètre, il finit
par s’en sortir plutôt bien. Surtout que ses structures de plus grande
dimension sont subventionnées, et là on facture le coût de la peinture, mais
aussi celui de la main d’œuvre. Le plus terrible n’est pas ce qu’il inflige à
son public blasé, mais le fait qu’en plus il pense. Et comment pense-t-il ?
Pour se donner un genre, il enfonce les portes ouvertes d’un rapprochement
entre l’art et la science. Se prendrait-il pour un nouveau Leonardo Da Vinci.
Voici le genre de réflexion dont il est capable, c’est censé donner une caution
philosophique à son œuvre.
« Pour moi, l’art et la science ont été liés
d’emblée, notamment dans l’envie d’inventer des mondes. Observer la nature,
c’est se poser de nombreuses questions. Peut-on la mettre en chiffres ? En
calculer les phénomènes ? Et si oui, peut-on la dupliquer ? Voire, la
redessiner ? »
Sous la forêt, les vies, Domaine de
Chaumont-sur-Loire, 2023
On nous dit qu’il aurait étudié aux Beaux-Arts de Nantes
vers la fin des années soixante-dix. C’est bien possible, mais il ne semble
guère avoir appris les rudiments du dessin. Par contre il semble très obsédé
par les petits bonhommes verts. On nous dit que les ours géants et verts de
Fabrice Hyber nous alertent sur les dégâts portés à l’environnement par notre
mode de vie industriel. Un esprit mal tourné vous dirait que ces ours géants
sont des structures gonflables en plastique – c’est juste la même astuce que
les immondices de Jeff Koons – et que le plastique ça met des millénaires à se
recycler dans la nature. Mais le but est honorable et honoré de toute part
comme la priorité des priorités. On a donc exposé à l’entrée du Grand Palais,
cette structure de 10 mètres de haut qui rendrait laid n’importe quel bâtiment
qu’elle voudrait mettre en valeur. L’esprit enfantin dans le mauvais sens du
terme de ce genre de fantaisie saute aux yeux, comme si pour faire passer un
message il fallait forcément prendre les visiteurs de l’expositions pour des
imbéciles. On reconnait au passage notre ennemi principal, l’envahissement du
pédagogisme dans le domaine de l’art. Ce n’est pas tellement qu’on soit hostile
à un engagement politique, après tout les artistes, même mauvais on bien le
droit de s’exprimer, mais ce qui est insupportable c’est cette façon de donner
la leçon aux éventuels de ces expositions. En effet les bobos suffisamment
curieux pour se rendre à ce genre de spectacle, cochent déjà les cases de la
nécessité de la transition écologique. Fabrice Yber croit-il vraiment que les
visiteurs de ses expositions sont plus bêtes que lui ?
Ted Hyber qui annonce l’exposition au Grand palais en
avril 2026
Il y a une obstination des « artistes modernes » à
poursuivre leur travail en deux sens différents, d’abord développer l’amour de
la laideur, histoire de disqualifier les normes esthétiques élaborées
patiemment au fil des siècles, disons au moins depuis la Grèce antique. Il est
facile de soutenir cette tendance du marché par un discours plus ou moins
radical, voyez les Dadas. Mais c’est aussi une manière de déplacer le problème,
être artiste ne signifie pas qu’on ait atteint un certain degré de technicité
ou de maitrise du jeu des couleurs comme celle du dessin. C’est au contraire
mal vu. Ce qui est mis en valeur, c’est soi-disant l’idée, la philosophie
sous-jacente qui est souvent très sommaire. Regardons l’œuvre ci-dessous.
Peinte en 2022 par Laure Prouvost, elle fut ensuite exposée au Grand Palais.
Cette jeune « artiste » française qui titre ses œuvres en anglais –
nous sommes à l’heure de la mondialisation – et qui fabrique aussi des vidéos,
est parfaitement intégrée dans le système de valorisation de la marchandise
artistique. Elle a d’ailleurs reçu de nombreuses décorations. Ses œuvres ne
sont pas d’un prix très élevé, mais elles sont facilement reproductibles sur
papier, ce qui lui assure une rente de situation assez élevée. Elle aussi a
compris que de faire dans le monumental, non seulement cela attirait les
regards, mais cela permettait d’avoir de belles subventions publiques. C’est
pourquoi au Grand palais, elle installa une œuvre monumentale qui fit
s’extasier France Culture de plaisir. Mais ce qu’on peut voir de mieux
de ce qu’elle a malheureusement fait, ce sont des pâles copies du système
Chagall, sans grâce enfantine et sans couleur. Remarquez que plus un artiste
est mauvais, et plus il donne dans le monumental, espérant sans doute qu’en
s’attardant sur la taille de l’objet, le client oubliera la médiocrité de
l’œuvre.
Laure Prouvost, Pour arriver ici, nous dansons, 2022
Sharer Nassar lui voit la vie en rose, il en a acheté des
litres en acrylique et nous en met partout, parfois il ajoute un peu de vert
aussi. C’est minimaliste, mais comme disent les jeunes, fuck la technique.
Il n’est pas très cher, mais ses « œuvres » sont reproductibles
et reproduites. La mécanisation des œuvres d’art permet d’en abaisser le prix.
Ce qu’on perd en rareté, on le récupère en pariant sur la quantité. Saher
Nassar possède un avantage sur ses collègues, il est Palestinien, et en
achetant ses tableaux on fait une bonne action, on aide la cause palestinienne.
Le tableau que nous reproduisons ci-dessous, a une portée pédagogique, il
interpelle le chaland sur sa position vis-à-vis des Droits de l’Homme,
sous-entendant par là mais sans le dire que ce sont les Palestiniens qui sont
privés des droits humains. C’est un peintre qui plait par exemple aux lecteurs
du Monde diplomatique.
Saher Nassar, Droits de l'homme, 2024
Tout cela n’est pas bien nouveau, ci-dessous, nous avons un petit
monticule de terre ensemencé de gazon et qui fut créé en 1969 par Hans Haacke
et exposé ensuite un peu partout pour enfin être achetée par la FRAC Grand
Large des Hauts de France en 2000. Cette œuvre a été décrite comme une
réflexion politisée sur le temps parce que durant le temps de l’exposition, on
pouvait regarder le gazon pousser ! « What Is Not Visible Is Not
Invisible », c’est le titre que porte cette œuvre de Hans Haacke.
Au premier abord je pensais qu’il s’agissait d’une blague, quelqu’un qui avait
présenté ça pour se moquer des grimaces de l’art modern, puis, non, c’est
estampillé œuvre d’art. Vous me direz que c’est un artiste allemand qui a
commis ce petit tas. Mais est-ce bien une excuse. Une telle œuvre n’aura pas sa
place dans votre salon mais peut-être dans votre jardin. Ce qui est tout de
même le plus intéressant dans cette fantaisie c’est que sur n’importe quel
objet, fini, ou pas fini, on peut coller un discours qui en définit la
nécessité absolue. La encore le plus important n’est pas l’œuvre elle-même,
mais le discours qu’elle est censée porter. Ça c’est tout de même moderne.
Avant on n’osait pas, on donnait l’œuvre à voir et elle existait par elle-même
avant qu’on lui greffe un discours dessus. Aujourd’hui le discours précède
pratiquement l’œuvre qui au fond n’a plus besoins d’exister. Mais
existe-t-elle ?

Grass Grows réalisée par
l'artiste allemand Hans Haacke en 1969
Tout cela représente un système où s’imbriquent critiques
d’art – la caution morale – marchands d’art et la puissance publique qui
distribue de l’argent. Ces gens-là décident de ce qui est bon à montrer au
public en fonction d’une idéologie selon laquelle il faut réformer l’esthétique
naturelle des basses classes de la population qui continuent de penser que le
beau existe, que ce n’est pas une simple norme sociale. Mais en vérité il
s’agit d’exclusion, parce que les basses classes sont totalement imperméables à
la rhétorique. Parmi les conséquences de cet état de fait, il y a que de très
bons artistes qui peut-être existent, sont incapables de s’extraire de ce
marécage. L’art moderne dans la première moitié du XXème siècle
devait se battre pour se faire admettre en dehors de l’académisme, aujourd’hui
c’est l’inverse, l’art moderne, devenu le nouvel académisme empêche,
l’émergence des nouvelles voies pour les représentations picturales de notre
époque. Dans ce malheureux système, on chercherait en vain quelque émotion.
Mais le pire c’est sans doute qu’on s’habitue à regarder la laideur, non comme
une exception ou quelque chose à combattre, mais comme quelque chose de naturel
et de normal, comme si on faisait ainsi son devoir.
Si on devait unifier l’art moderne – celui d’aujourd’hui –
je dirais qu’il est anti-humaniste, il n’aime pas la vie. Il se refuse à
représenter l’humain, il se refuse à représenter la lumière. C’est chose morte
et sans âme. Ce nihilisme froid se dissimule le plus souvent derrière une
peinture des idées et des messages. Le beau ne l’intéresse pas, et d’ailleurs,
il serait bien en peine d’aller à sa recherche. Enfin ce dont je parle ce sont
les peintres et les « plasticiens » qui sont choisis d’abord par le système
marchand qui a produit en amont la théorie de ces représentations. Il y a sans
doute d’autres artistes, mais ceux-là sont dissimuler derrière le tapage des
galeristes et des critiques d’art.
« … visiter et soi-disant admirer les œuvres les plus
différentes et les plus hostiles, implique une largeur d’esprit, une élasticité
d’aise artistique, vraiment flatteuses. » J. K. Huysmans
PS. Je ne suis pas "spécialiste" de la critique des choses de l'art. Je conseillerais donc de regarder le site de Nicole Esterolle https://www.museumnicole.fr/le-blog-de-nicole/ qui a la dent dure, et qui est bien meilleure connaisseuse des turpitudes de l'art dit moderne. On peut lire aussi son livre, où elle a regroupé quelques une de ses chroniques, La Bouffonnerie de l’art contemporain, Jean-Cyrille Godefroy Editions, 2015.