mardi 28 juillet 2026

La France brûle, le gouvernement aux abonnés absents

 Peut être une image de carte, feu et texte qui dit ’LILLE ROUEN UXEMBOURG PARIS RENNES ORLÉANS ORL NANTES NANTES DIJON FEUX EN FRANCE 24 JUILLET 2026 LYON BORDEAUX SUISSE .TOULOUSE MARSEILLE’

 

Les médias dominants se sont abreuvés d’images et de commentaires tous plus catastrophiques les uns que les autres. Il est vrai que ces incendies du mois de juillet 2026 ont quelque chose d’inédit. D’abord ce n’est plus seulement dans le Sud que la forêt brûle, mais dans toute la France, la forêt de Fontainebleau a largement payé son tribut. 115 000 hectares ont été parcourus par les flammes à la date du 27 juillet ! C’est énorme et jamais vu. Des dizaines de milliers de personnes, 110 000, ont été évacuées en Gironde, ce qui veut dire que la plupart ont tout perdu. Les fumées toxiques se répandent à des kilomètres à la ronde, les animaux sauvages meurent par milliers. Tout cela a été vu et revu. C’est la pire catastrophe que la France ait connue depuis des années. Le feu a transformé le paysage en une sorte d’image de la guerre, des pans entiers de la France ressemblent aux résultats d’après un bombardement sévère. On ne fera le compte des dégâts plus tard, au moment où j’écris le feu est encore actif, en Gironde bien sûr où se trouvent les foyers les plus importants, mais aussi dans le Var, du côté de Cotignac. 

Fontainebleau, Gironde, Pyrénées-Orientales, Landes, Var... Quel est le  premier bilan des incendies de l'été ?

Les pompiers ont dû s’adapter aux manques de moyens 

Le premier point à remarquer est que les pompiers se battent avec des moyens dérisoires. Ils sont complètement dépassés. Pas assez d’hommes, pas assez de bombardiers d’eau. Certes une telle période caniculaire était très difficile à anticiper, aussi bien dans sa généralisation que dans sa durée, et le fait que ce phénomène s’étende à l’Espagne, à l’Italie et à l’Allemagne ne saurait nous consoler de nos misères. On répète à l’envie que c’est la conséquence de du réchauffement climatique, mais cela fait des années qu’on sait qu’on est dans une séquence ultra-longue de réchauffement, et les médias comme les politiciens ont communiqué sur ce thème pendant des années. Cependant les Français ont compris que le gouvernement macronien, conduit plus ou moins par un ectoplasme, avait une lourde part de responsabilité. Que fait le gouvernement pendant que la France brûle ? Il passe son temps à rogner les remboursements de la Sécurité sociale ! La hausse du ticket modérateur et le doublement des franchises ont été actés pour se mettre en conformité avec les directives de Bruxelles, avec le but d’emmerder un peu plus les français les plus pauvres. L’idée stupide est de faire en sorte que de plus en plus de charges de la Sécurité sociale soient prises en compte par les mutuelles, ce transfert de charges est évalué à i,4 milliards d’euros pour 2027. On voit bien que le but de cette manœuvre est non pas de redresser les comptes publics, mais de privatiser la Sécurité sociale[1]. Or ces soi-disant mesures d’économie sont très loin de couvrir les frais supplémentaires auxquels la France va devoir faire face pour réparer un peu les dégâts des incendies. Mais quoi qu’il en soit, il ressort de cette fantaisie que le gouvernement est incapable de dire quelles sont ses priorités dans une période très difficile. On aura eu droit à cet imbécile de Macron venu en Gironde faire semblant de maitriser quelque chose, avec des déclarations du genre « on ne lâche rien », alors que ça fait longtemps qu’il ne maitrise plus rien. 

Manifestation des pompiers en 2019 

Ces déclarations imbéciles, minutieusement relayées par des journalistes tout aussi imbéciles, n’empêcheront pas les Français d’avoir leur opinion sur cette question, même s’ils ont la mémoire courte. Il a été rappelé avec insistance que les pompiers manifestent depuis des années contre le manque de moyens nécessaires pour assurer leurs missions, mais on sait aussi que le pouvoir macronien, notamment avec Édouard Philippe leur a envoyé la milice pour leur casser la gueule, cette milice toujours prête à commettre les pires forfaits pourvu que le pouvoir le lui demande. On se souvient que c’est le médiocre Attal – dont le sort est réglé pour 2027 – qui a annulé les crédits dévolus à l’achat de Canadair. Mieux que cela, nous avons appris à cause de ces feux ravageurs que la France possédait une entreprise de production de bombardiers d’eau[2] à laquelle non seulement le gouvernement français n’achète rien, mais qui fait son chiffre avec les Etats-Unis, le prix est moins élevé que pour les Canadairs, et son efficacité est semble-t-il meilleure. Passons, on sait aussi qu’en Espagne qui fait face aussi à de graves difficultés pour maitriser ses incendies, des hélicoptères destinés à combattre les feux n’ont pas décollés parce qu’ils sont de marque russe et que la bureaucratie bruxelloise, toute occupée à penser à sanctionner, l’interdit ! 

A Temple (Gironde), le 27 juillet 2026. - BENJAMIN CARROT/ENCRAGE POUR « LE MONDE »

A Temple (Gironde), le 27 juillet 2026 

Les imbéciles ont mis en avant la soi-disant solidarité européenne en rappelant que la France avait fait appel à l’aide des autres pays. Le monde a appelé à renforcer l’Union européenne comme si c’était la solution miracle[3]. Mais quelles que soient les bonnes intentions de cette démarche, elle se heurte directement au fait que les autres pays européens sont aussi dans la difficulté au même moment que la France. Une rumeur circulait ces derniers jours sur le fait que la Russie aurait proposé son aide à la France pour maitriser les incendies. Simple rumeur ? Quoi qu’il en soit les Français ne croient plus du tout que ce désastre ressorte de la catastrophe naturelle, d’abord parce que les feux se répètent et s’amplifient l’été depuis des années, ensuite parce que le gouvernement n’a pas tenu compte du sous-équipement des pompiers et de l’inadaptation des moyens pourtant dénoncée régulièrement depuis au moins 15 ans. Le gouvernement de Biscornu se voit reproché aussi bien sa tardive réactivité à la catastrophe que le manque de moyens. Quand le très incompétent Attal supprime d’un trait de plume 540 millions d’euros pour l’achat des Canadair au nom des économies réclamées par Bruxelles, il oublie de dire que la France donne en 2026 20 milliards d’euros net à la Commission européenne, qu’elle a donné sans parler des sommes données par la Commission européenne au moins 20 milliards d’euros, qu’elle a également augmenter le budget militaire de 6,5 milliards d’euros pour attaquer un ennemi imaginaire, la Russie, en 2030. La comparaison de ces sommes donne à réfléchir. Le gang macronien avance qu’en armant l’Ukraine on œuvre pour la sécurité des Français et pour la paix, mais les feux qu’on connait avec une intensité inégalée, mettent les Français directement dans l’insécurité, on n’a pas besoin d’attendre que les Russes nous envahissent pour le comprendre. Jamais depuis le Maréchal Pétain un gouvernement avait été aussi médiocre. Macron aura échoué exactement dans tous les domaines et sa malédiction risque de retomber sur la tête de ceux qui comme Philippe ou Attal prétendent à lui succéder.

Le Porge (33),Gironde  le 25 juillet 2026. Autour du village, le feu a ravage de nombreuses habitations lors de son passage.

A Porge le 27 juillet 2026 

Il est bien trop tôt pour faire le compte du coût global de ces incendies. Il y a les destructions, les remboursements des biens détruits, il y aura probablement des morts, mais aussi le coût énorme de la pollution. Tout cela d’une manière ou d’une autre va encore plus dégrader les comptes publics, et il est très probable que Biscornu viendra nous dire qu’il faut réduire les dépenses ! On comprend que la méthode qui consiste à réduire les dépenses de santé, d’éducation ou d’infrastructures pour revenir vers une dette plus soutenable, est une méthode qui conduit et amplifie les effets des catastrophes. Le gouvernement arbitre en faveur de l’Ukraine et de la Commission européenne, au détriment des Français dont le pays ressemble de plus en plus à un pays du tiers monde. Ces feux immenses et incontrôlés sont comme un symbole du passage de Macron à la tête du pays.



[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/24/le-gouvernement-precise-sa-feuille-de-route-d-economies-pour-la-sante-ciblant-les-medicaments-les-soins-dentaires-et-les-transports-sanitaires_6731538_3224.html?srsltid=AfmBOopOSN1bn4dUH5knFU5WW5eig6pkTr1WJGsgaiy2A8f33eOUvdKj

[2] Conjointement Multiplast et Positive Aviation

[3] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/27/incendies-une-indispensable-reponse-nationale-et-europeenne_6733977_3232.html

vendredi 24 juillet 2026

Nouvelles offensives contre les retraités

La question des retraites et de leur financement va être au centre de la campagne présidentielle, c’est assez facile de le prévoir. Avec d’un côté la droite et l’extrême centre unis pour augmenter la durée de vie au travail, Edouard Philippe et Attal qui n’ont jamais travaillé préconisent i=un départ à la retraite à 67 ans, mais certains aimeraient aller plus loin, comme au Danemark, jusqu’à 70 ans, peu importe si cela augmentera la mortalité des salariés les plus âgés, après tout, on est en train de voter une loi pour le suicide assisté. Selon Fondapol, un think tank qui se dit progressiste, libérale et européiste, la légalisation de cette pratique permettrait de baisser d’1,4 milliard d’euros les dépenses annuelles de santé[1].  Et de l’autre côté ceux qui pensent qu’on peut faire une retraite à 62 ans ou même à 60 ans, comme par exemple la CGT[2].

Pour tenter de mettre de l’ordre dans cette querelle, il existe un Comité d’experts de suivi des retraites et celui-ci préconise sans surprise deux pistes : geler l’indexation des retraites sur l’inflation – donc à abaisser le pouvoir d’achat des retraités – et bien entendu allonger la durée de la vie de travail donc retarder l’âge de départ à la retraite[3]. Ces « recommandations » qui sont semblables à ce que demande la Commission européenne sont faites sur la base de la projection de ce que sera notre économie entre 2027 et 2045 ! Pour bien comprendre ce débat, il faut se souvenir de deux choses, d’abord que ce comité de suivi est présidé par un macronien de choc Franck Von Lennep qui fut aussi conseiller de Fantômas quand celui-ci était Premier ministre. Les autres experts sont tous issus de la même sphère politique néo-libérale. Malgré cela Le monde nous parle du CSR – Comité de Suivi des Retraites – comme d’une officine indépendante ! Ça ne manque pas de sel. Le deuxième point est que pour faire des projections à l’horizon de 2045 il faut avoir un culot monstre. En effet on ne sait pas du tout ce que sera l’économie française d’ici à 2030, et donc encore moins ce que pourra être le déficit des caisses de retraites. Tout dépendra de la croissance économique et par exemple de la fin ou non des guerres engagées par l’Occident global en Ukraine et en Iran. Le déficit global des caisses de retraites est aujourd’hui d’environ 4,5 milliards d’euros pour l’année 2026. Or à l’heure actuelle le gouvernement Biscornu a fait augmenter le budget de la défense de 6,7 milliards d’euros pour l’année 2026 pour nous prémunir de l’attaque d’un ennemi imaginaire. Autrement dit on choisit donner de l’argent pour la guerre qu’on dit préparer contre la Russie pour 2030, désignée comme un ennemi éternel, que pour subvenir aux besoins des anciens qui ont pourtant cotisé pour cette même retraite pendant des décennies. Je pourrais ajouter qu’on donne environ 20 milliards d’euros pour le budget européen et encore 5 milliards par an au gang de Zelensky pour continuer à chatouiller les Russes et nous priver du gaz russe. On voit donc qu’en refusant la surenchère guerrière et en sortant de l’Union européenne, on pourrait économiser facilement une trentaine de milliards, ce qui couvrirait largement le déficit de ces mêmes caisses de retraite. 

Fiche 02 - La chute de la part des salaires dans la valeur ajoutée | CGT

Part des salaires dans de la valeur ajoutée 

Il faut comprendre que la question du financement des dépenses sociales est un problème de vases communicants. C’est-à-dire du partage de la richesse entre les salaires directs et indirects – c’est-à-dire les cotisations sociales qui servent principalement à financer la santé et les retraites. Dans le graphique ci-dessus, nous voyons que depuis le fameux tournant de 1983, quand les socialistes ont décidé de renier leurs engagements électoraux pour se ranger à la doxa néolibérale, la part des salaires a beaucoup baissée. Quand le point le plus bas est atteint, en 1997, tout le monde, y compris l’OCDE, convient que cette part des salaires trop basse plombe la consommation et l’économie dans son ensemble. Lionel Jospin sera élu à ce moment là et mènera une politique qui engendrera une meilleure répartition de la valeur ajoutée en faveur des salariés. Cette part repartira à la baisse avec l’élection malencontreuse d’Emmanuel Macron, marionnette des Etats-Unis et de l’Union européenne, et François Hollande ne fera strictement rien pour corriger ce déséquilibre. Les cotisations sociales qui couvrent les dépensent de santé et de retraite, sont proportionnées aux salaires versés. Donc on peut mécaniquement augmenter les recettes de la Sécurité sociale soit en augmentant les cotisations sociales, soit en augmentant les salaires, par exemple en augmentant le SMIC. La canaille macronienne, par exemple Fantômas et Attal, vous dira qu’on ne peut pas augmenter les salaires et le pourcentage des cotisations sociales parce que cela nous empêchera d’être concurrentiel sur les marchés extérieurs. 

Défendre le pouvoir d'achat par la baisse des cotisations sociales ? Une  imposture | Le Club

Cet argument ne tient pas debout puisque depuis 1990 les cotisations patronales ont été allégées, et encore plus depuis que Macron a été ministre de l’économie, sans que cela ait d’effet sur notre commerce extérieur qui s’est dégradé tellement que cela a ruiné complètement notre industrie. Autrement dit on a allégé les cotisations sociales pour rester concurrentiels, mais cela n’a pas fonctionné. Au contraire plus on a abaissé les cotisations sociales patronales, et plus le déficit commercial s’est creusé. En vérité c’était la mauvaise méthode pour retrouver de la compétitivité. Il aurait fallu ne pas rentrer dans l’euro. C’est comme vous pouvez le voir sur le graphique suivant que tout est parti à vau l’eau. En effet cette entrée dans la monnaie unique, très mal négociée par l’incompétent Dominique Strauss-Kahn, équivalait de fait à une réévaluation du franc et à une dévaluation du mark. Cette asymétrie voulu par les Allemands et stupidement acceptée par les Français qui militaient pour construire un capitalisme financier débarrassé de l’industrie, a permis à l’Allemagne de prendre des parts de marché et d’entrainer la ruine de notre industrie. Mais les élites patronales et politicardes, nourries de théories économiques étatsuniennes qu’on enseigne à l’ENA ou à Sciences Po, préfèrent laisser croire que notre manque de compétitivité qui a tué notre industrie – avec la vente de nos meilleures entreprises aux Etats-Unis comme l’a fait massivement Macron et la crapule Kohler – que c’était le salarié et ses exigences salariales qui étaient responsables de la déconfiture de notre économie. C’est une façon de désigner le coupable – quand ce n’est pas le salarié qui est trop cher, c’est le retraité – qui est mensongère et paresseuse. Mais les faits sont têtus et montrent clairement que c’est bien à partir de l’entrée de la France dans l’euro que notre commerce extérieur s’est écroulé, laissant la place aux produits industriels allemands ou venant des pays de l’Est de l’Europe où ces mêmes Allemands avaient beaucoup investi. 

Solde du commerce extérieur de la France depuis 1985 

Pendant que les salariés s’appauvrissaient régulièrement la fortune des plus riches augmentait tout aussi régulièrement et de manière extravagante comme nous pouvons le voir dans le graphique suivant. Cela n’a rien à voir avec le talent ou l’esprit d’entreprise, mais c’est plutôt la conséquence de l’abaissement des cotisations sociales et à la baisse des impôts sur les entreprises et sur les revenus des plus riches. C’est le résultat d’une politique budgétaire délibérée de transferts de richesses du secteur public vers le secteur privé, cette fameuse théorie du ruissellement qui datait du XVIIIème siècle et que le sinistre Macron avait tenté de nous remettre au goût du jour il y a maintenant une douzaine d’années. Dans un rapport d’Oxfam, on montrait qu’en 2017, les 1% les plus riches avaient confisqué pour leur profit 82% des gains de croissance[4]. Les salariés ne profitant pas de la hausse régulière de la productivité du travail. La richesse des milliardaires se construit sur l’appauvrissement des salariés, et cela est d’autant plus flagrant que la croissance est faible, voire comme aujourd’hui inexistante. L’Insee constatait dans une étude récente que la pauvreté avait augmenté fortement en France, on était en 2024 à 9,8 millions de pauvres, soit 15,4% de la population, et encore ce ne sont là que les chiffres de 2024. Il est probable qu’en 2026 ce sera encore un petit peu plus avec notamment la hausse du chômage. Pour ne pas voir le lien avec l’extrême richesse, la richesse démente et stérilisée aux mains des milliardaires, il faut être soit idiot, soit une canaille. Il en ressort que les inégalités augmentent rapidement dans notre pays. 

Toutes ces sommes – impôts, cotisations sociales – qui ont été détournées par la classe politique au profit du patronat et des très riches, ce sont les sommes qui manquent ensuite pour financer les services publics, l’éducation, la santé, et qui manquent aussi pour financer les retraites. Or les recommandations présentées par la canaille du CSR visent directement à appauvrir encore un peu plus les retraités, mais aussi à les tuer à petit feu puisque l’allongement de la durée de vie de travail ne peut pas être compatible avec une amélioration de la santé. Les canicules à répétition contre lesquelles le gouvernement fantôme de Biscornu n’a aucun plan, même pas une idée pour en atténuer les effets[5], engendrent une surmortalité chez les personnes âgées, les retraites qui coûtent si cher, mais le fait que les hôpitaux soient maintenant privés de moyens et de médecin, accentuent cette disparition des plus âgés, et ce d’autant plus qu’ils sont pauvres et ne peuvent pas se payer une climatisation ou des soins apropriés. Je veux bien que les membres du CSR soient des imbéciles et des ignorants, mais il est certain qu’ils ont compris que la baisse des pensions de retraite amènera forcément un recul de l’espérance de vie. Cette espérance de vie est déjà en recul aux Etats-Unis[6], mais elle stagne maintenant en France[7]. Il faut bien se rendre compte que si l’espérance de vie a augmenté plus ou moins régulièrement depuis disons deux siècles, c’est parce que, entre autres choses, la durée du travail comme celle de la vie active, a bien diminué et que les revenus des plus pauvres avaient augmenté. Mais cette espérance de vie qui semblait jusqu’à une date récente augmenter régulièrement était présentée comme une grande réussite du système de l’économie de marché. Or si celle-ci repart en arrière, on ne voit plus très bien quels seraient les côtés positifs du capitalisme. Dans ce contexte on comprend mieux pourquoi la Commission européenne veut diminuer le poids des retraites, éliminer les vieux inactifs sur le marché, c’est faire de la place pour des travailleurs plus jeunes et moins chers qui viendraient d’Afrique par exemple et qui financeraient les retraites de ceux qui ne seraient pas encore morts, c’est-à-dire des plus riches ! 

 

Si je regarde les graphiques ci-dessus je constate que sur le long terme la croissance économique est orientée à la baisse, et le double quinquennat de Macron n’a rien arrangé. C’est encore pire depuis 2022, quand on s’est coupé volontairement des sources d’énergie russes au nom d’une idéologie imbécile. Or c’est au nom de la nécessité de relancer la croissance économique en France qu’on a massacré les retraites, comme les salaires et quelques autres avantages sociaux. L’idée qui a été vendue est que cela permettrait de désendetter l’État et que cela reconstituerait les marges de profits qui se transformeraient en investissements productifs. Or nous voyons que ce plan a été défaillant, n’a pas produit les résultats escomptés, malgré toute la propagande que les économistes comme Philippe Aghion ou Jean Pisani-Ferry, ont déployée. En toute bonne logique ceux qui, politiciens ou économistes, ont soutenu ce genre d’idée, devraient soit faire repentance, soit se taire. Mais comme l’ont montré les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, sans honte, ils continuent à vendre leur soupe aigre, alors qu’on sait au moins depuis les années 1815-1820 que ces idées sont erronées[8]. Confrontée à l’idéologie l’expérience ne semble servir à rien pour les économistes de salon et les politiciens. Il fallait voir Hollande pérorer à ces mêmes Rencontres, alors qu’il a tout raté durant son misérable quinquennat. Il leur faudra une catastrophe encore plus grande pour qu’enfin ils cessent de dire n’importe quoi avec un aplomb qui dépasse l’entendement. 

$!Le plan d’épargne retraite, un produit d’avenir pour la France

Situation des PER en 2023 

Évidemment derrière ces fantaisies il y a une autre idée, faire monter les fonds de pension dans le financement des retraites. En France on n’appelle pas ça des fonds de pension, parce que ce vocabulaire a mauvaise presse, mais des PER – Plan d’épargne retraite. Comme on le voit ci-dessus, les encours des PER se montaient à 73 milliards d’euros, aujourd’hui ils seraient à 136 milliards d’euros, à force de faire planer la peur sur l’avenir des retraites ces fonds ont fini par gonfler. Le rendement moyen des PER se situerait à 2,5%, soit 3,4 milliards d’euros par an[9]. C’est très peu, surtout si on tient compte de l’inflation et si on les compare aux 420 milliards d’euros qui sont payés en 2025 pour les pensions de retraites. C’est seulement le rendement de ces PER qui est distribué. Et c’est peu encore si considère que sur environ 17,5 millions de retraités seulement 6,5 détiennent un PER. L’idée générale est de se servir de l’épargne des Français pour investir soit dans des obligations, soit dans des actions, supposant qu’on va ainsi diriger des fonds vers des investissements productifs et que le rendement de ces investissements va financer au moins pour partie les retraites. Les défauts de ce système sont bien connus. En cas d’effondrement des valeurs en bourses les retraites ne sont plus financées. C’est ce qui s’est passé aux Etats-Unis sous Reagan, les caisses d’épargne n’assuraient plus les montants des fonds placés au-delà de 1% de leur valeur au début des années quatre-vingts. C’était la conséquence des déréglementation voulues par Reagan. Cela a entraîné des faillites en chaîne, et il fallu que l’État vienne à la rescousse en faisant de la dette[10] ! Le même scénario s’est rejoué en mineur en avril 2025, consécutivement aux décisions idiotes de Donald Trump qui lui aussi contre toute vraisemblance disait faire confiance au marché[11]. Il y a cependant un autre défaut dans ce type de financement puisqu’en effet, pour financer sa retraite de cette façon il faut avoir de l’épargne, or avec un taux de pauvreté aussi élevé que celui que nous connaissons – 15,4% officiellement – il est exclu que tout le monde puisse accéder à ce type de financement, ce qui naturellement contribuera, s’il est étendu à accroitre encore un peu plus les inégalités entre les classes.   

Au moment où va s’ouvrir un débat sur les programmes économiques et sociaux des uns et des autres, ces rappels sont nécessaires et obligatoires dans la mesure où la plupart d’entre nous ne comprend pas que le financement de la retraite est une question de répartition donc de choix politique. Même Emmanuel Todd qui a un sens critique tout de même, croit que comme l’espérance de vie a augmenté, il est normal de reculer le moment où on partira à la retraite. Résumons, si nous avons un problème pour financer les retraites, c’est parce que nous avons globalement creusé les inégalités de revenus comme de patrimoines. La taxe Zucman qui est plébiscitée par les Français qui ont une passion pour un peu plus d’égalité, pourrait rapporter 20 milliards d’euros par an. Ce qui non seulement couvrirait les 5 milliards de déficit des caisses de retraite, mais qui permettrait aussi de financer le système hospitalier qui est exsangue comme les difficultés dans la gestion de la canicule viennent de le rappeler.



[1] https://www.fondapol.org/dans-les-medias/et-si-le-suicide-assiste-faisait-du-bien-aux-comptes-de-la-securite-sociale/

[2] https://www.cgt.fr/actualites/france/mobilisation/la-retraite-60-ans-cest-possible

[3] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/10/retraites-les-experts-du-comite-de-suivi-preconisent-de-brider-les-pensions-pour-sortir-d-une-situation-alarmante_6722403_823448.html

[4] https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/les-1-les-plus-riches-empochent-82-des-richesses-creees-lan-dernier-la-moitie-la

[5] Pour le mois de juin 2026, on évalue à 2000 la surmortalité des personnes âgées en France, et encore Le monde soulignait que c’était un chiffre sans doute sous-estimé.

[6] https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse/3399#:~:text=Les%20habitants%20des%20%C3%89tats%20am%C3%A9ricains,ans%20%C3%A0%2080%2C7%20ans.

[7] https://www.observationsociete.fr/population/donneesgeneralespopulation/evolution-esperance-de-vie/

[8] https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2026/07/les-rencontres-economiques-daix-en.html

[9] https://investir.lesechos.fr/placements/assurance-vie/per-des-rendements-en-trompe-loeil-2216308

[10] https://books.openedition.org/psn/5366?lang=fr

[11] https://www.huffingtonpost.fr/international/article/chaos-sur-les-bourses-pourquoi-ces-americains-ont-perdu-des-dizaines-de-milliers-de-dollars-de-retraite_248546.html

vendredi 17 juillet 2026

Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, Bayard, 1997

 

Ce livre a près de trente ans, mais il reste important et doit être lu et relu par tout le monde y compris et surtout par les ennemis de l’impérialisme étatsunien. En vérité ce livre est d’une médiocrité et d’une étroitesse d’esprit hallucinantes, mais il explique parfaitement comment pensent les « élites » des Etats-Unis dans leur relation au monde. Et c’est bien cela qui nous intéresse car cette rhétorique explique les guerres d’aujourd’hui en Ukraine, mais aussi au Moyen-Orient, et les foyers que les Etats-Unis alimentent dans le Caucase. Dans ce pays fait de bric et de broc, n’importe qui peut devenir président, pourvu qu’il soit milliardaire, et n’importe quel imbécile peut en devenir le penseur dominant. Je ne pointerais pas toutes les stupidités et les erreurs qui émaillent cet ouvrage. Il y en a à toutes les pages. Mais ces erreurs vont servir de fondement à un discours qui justifie l’impérialisme étatsunien. Brzezinski chantait le vieux refrain de la paix dans le monde et de la démocratie, sans qu’il soit capable de définir clairement ce qu’était la démocratie, et il ne comprenait pas pourquoi les Etats-Unis sont détestés dans le monde entier – et encore on peut dire que depuis la parution de ce livre, cette détestation s’est aggravée.  Les autres pays moins performants que les Etats-Unis – selon lui – sont au fond jaloux alors qu’ils ont adopté les éléments de la culture étatsunienne. C’est bien sûr une imbécilité parce que sur le plan de la culture les Etats-Unis n’ont rien inventé et se sont nourris essentiellement de la vieille Europe. Au passage Brzezinski soulignait l’importance du soft power de la culture étatsunienne et de son influence sur les élites, donc comment celles-ci sont en quelque sorte achetées. Cet aspect a été une réussite dont les Etats-Unis aiment à se vantait puisque la plupart des dirigeants européens ont été maintenant formés aux Etats-Unis, dans les universités ou dans les nombreux think tanks que financent aussi bien le gouvernements que les milliardaires. 

Après le choix de Palantir à l'OTAN, la grande inquiétude des industriels  et militaires français - 24/06/2025 - LA LETTRE

Mais Brzezinski qui était Polonais d’origine, avait une qualité si on peut dire, il parlait clairement, sans langue de bois. Il avouait que les Etats-Unis visent à rester une puissance hégémonique et que les autres nations doivent s’aligner, à commencer par les pays européens qu’il appelle des vassaux ! Le but des Etats-Unis est d’arriver, après avoir vaincu l’URSS, à faire passer l’ensemble de l’Eurasie sous la coupe des Etats-Unis. Il ne faisait pas mystère du fait que la construction européenne est un élément décisif de ce processus. Il soutenait la construction européenne parce que c’est d’abord dans l’intérêt des Etats-Unis. Un des avantages de cette Europe institutionnelle selon lui est qu’elle mettra fin à la spécificité de la position français – c’est-à-dire gaulliste – qu’il trouvait un peu trop complaisante avec la Russie et trop autonome. Pour mieux maitriser cet ensemble, il soutenait la position allemande, puis comme il voulait une Europe confédérale dans laquelle les identités nationales se dissolvent, il avança que les Allemands aimeraient bien que dans l’Europe allemande, les résolutions se prennent à la majorité qualifiée et non à l’unanimité. On voit aujourd’hui avec la question ukrainienne que cette position serait une vraie calamité pour nous ! L’idée d’une Europe dominée par le couple Allemagne-Etats-Unis n’est pas nouvelle, comme le rappelait Annie Lacroix-Riz, elle remonte à la fin de la Première Guerre mondiale[1]. L’ouvrage a été écrit en 1997. À cette époque les Etats-Unis pouvaient penser qu’ils avaient gagné la Guerre froide. Mais Brzezinski ajoute deux petits bémols à cette euphorie, d’abord il comprend que la Russie ne va pas rester éternellement dans la nuit après l’effondrement de l’URSS. Brzezinski, mais il n’est pas le seul, ne comprenait pas que l’URSS se soit effondrée à cause de ses problèmes internes et non par exemple à cause des dépenses d’armement que les Etats-Unis l’obligeaient à financer[2].  Et donc qu’il faudra composer avec elle quand elle aura retrouvé de la puissance. Mais Brzezinski craignait aussi que l’Allemagne devienne trop puissante et finisse par jouer un jeu plus personnel en s’alliant avec la Russie. D’autres plus fins que Brzezinski, comme par exemple Georges Friedmann, avoueront qu’un des buts de la guerre en Ukraine, provoquée par les Etats-Unis c’est d’affaiblir l’Allemagne en la coupant de la Russie[3]. 

Le dessous des cartes - Chine-Russie : amis pour la vie ? | TV5MONDE Latina 

Parmi les nombreuses erreurs d’analyse de Brzezinski, il y a celle-là : il ne croit pas que la Russie et la Chine puissent s’allier durablement. Évidemment il n’avait pas anticipé le fait que la croissance de la Chine et de la Russie étant plus rapide que celle des pays occidentaux, forcément ces pays allaient finalement pouvoir tenir la dragée haute aux Etats-Unis et à ses valets européistes. En fait il croit comme beaucoup d’imbéciles qui ont cru à la mondialisation heureuse sous l’égide des Etats-Unis, que l’avance technologique de ce pays ne serait jamais rattrapée. Autrement dit il pensait que la mondialisation consoliderait la hiérarchie des nations sans la bouleverser ! C’est pourquoi beaucoup d’Étatsuniens étaient pour saturer la Chine d’investissements étatsuniens qui ouvriraient ce marché énorme au profit des multinationales étatsuniennes ! C’est un sujet assez peu étudié par les économistes, mais les IDE qui partaient massivement de l’Occident pour aller en Chine ou même en Russie étaient en quelque sorte un renoncement à s’occuper de son pays en se comportant comme des prédateurs, profitant de l’aubaine de la pauvreté des pays dans lesquels ils investissaient. Les Occidentaux ayant une assez vague notion du long terme, ils pensaient que la Chine par exemple resterait la grande manufacture du monde et resterait à l’écart des hautes technologies. En vérité les IDE ont été justement une des sources du déclin de l’Occident, avec une croissance faible. 

RÉCIT. L'Ukraine et la Russie, la longue histoire de deux frères ennemis

Bien entendu Brzezinski soutenait l’idée de l’élargissement de l’Union européenne et de l’OTAN vers l’Est comme étant une nécessité, une mission historique qui devait s’accomplir. Il avait le mérite de dire clairement que c’était la politique étatsunienne qui l’organisait. Supposant que cette politique amènerait la paix, la démocratie et la prospérité, mais surtout qu’elle ouvrirait aux multinationales étatsuniennes la possibilité de mettre la main sur les réserves énergétiques de la Russie et du Caucase ! Un quart de siècle après on voit le résultat avec la pénurie de gaz et de parole qui plombe pour longtemps l’économie européenne. Il voyait également l’Ukraine comme le « pivot » de cette politique clairement impérialiste, c’est-à-dire un Cheval de Troie. C’est sur ces bases idéologiques que les Kagan, Nuland et autre Friedman ont construit concrètement la guerre à la Russie et le coup d’État en Ukraine. Brzezinski n’est pas un pragmatique comme par exemple un Kissinger qui a alerté dans les dernières années de sa vie des dangers qui guettaient l’Occident en poussant toujours plus loin les frontières de l’OTAN et de l’Union européenne, c’est un idéologue, mais il reconnaissait que l’OTAN et l’UE étaient les deux faces d’une même pièce dans la consolidation de l’impérialisme étatsunien. À la fin du XXème siècle il pensait que la Russie serait incapable de trouver un leader qui dynamiserait le pays. Il s’est trompé, ses prévisions se sont révélées erronées, la Russie depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir en 2000 s’est clairement redressée et a progressé bien plus vite que l’Europe et bien plus vite aussi que les Etats-Unis. 

De même il pensait impensable que la Russie s’allie sérieusement avec la Chine, et qu’au contraire la Chine allait rapidement revendiquer pour elle-même un morceau de la Russie, faisant passer ce pays sous sa domination. Avec des analyses fausses, on ne fait jamais de bonnes prévisions. Brzezinski n’avait pas prévu que la Russie de Poutine était le moteur des BRICS, et il n’avait pas prévu que la Russie pourrait se développer sans passer par une capitulation face aux exigences de la crapule étatsunienne et européiste. Il pensait que la Russie ne pourrait sortir de son isolement qu’en se soumettant aux exigences de l’OTAN, des Etats-Unis et de l’Union européenne ! L’inverse s’est produit. En déclenchant la guerre en Ukraine, c’est tout l’Occident qui a dévoilé ses faiblesses ! Accélérant ainsi son déclin et construisant de fait son propre isolement. Depuis la guerre en Ukraine en 2022, la Russie progresse trois fois plus vite que l’Union européenne, deux fois plus vite que les USA et montre que sur le plan militaire elle est capable de mettre en déroute l’ensemble des forces otaniennes. Les Européistes dont le personnel politique est particulièrement dévalorisé, attendent que la Russie se fatigue dans la guerre et que l’opinion publique se retourne contre Poutine et le renverse, c’est aussi comme ça que Trump pensait la guerre qu’il a perdue contre l’Iran. Mais Poutine est toujours très populaire en Russie, il flirte, selon les sondages étatsuniens, avec les 70% de soutien malgré quatre ans et demi de guerre, alors que les dirigeants européistes voient leur niveau de popularité chuter en dessous de 20% d’opinion positive, et la popularité de Trump est tombée dans son propre pays autour d’un gros tiers ! Ces sondages montrent manifestement un décrochage entre les soutiens des populations à la politique occidentale, et ceux qui soutiennent les dirigeants chinois ou russe. 

Les BRICS, l'Asie et l'enjeu du dollar - Asialyst

Ce qui masquait à Brzezinski la réalité de la situation c’était de croire que l’Occident sur le plan économique était beaucoup plus fort qu’il n’était en réalité. La Chine, la Russie sont des pays dynamiques, autosuffisants, avec un endettement relativement faible. Les guerres déclenchées par les Etats-Unis, en Ukraine d’abord, puis en Iran, ont montré que l’Occident n’avait plus la capacité de ses ambitions. Mais en outre ce sont des pays qui progressent très vite sur le plan de la maitrise des technologies nouvelles, il suffit de comparer le nombre d’ingénieurs produits par les systèmes éducatifs russe et chinois avec celui des Etats-Unis ou de l’Europe. Brzezinski pensait que les Etats-Unis avaient les moyens militaires d’imposer au reste du monde son hégémonie, et au besoin de punir les récalcitrants. On a vu avec l’affaire de Taïwan que les Etats-Unis, fussent-ils conduit par Trump n’avaient pas les moyens d’imposer quoi que ce soit à la Chine. Mais les Occidentaux, du moins leurs dirigeants, veulent toujours suivre les idées fumeuses de Brzezinski. Ils croient toujours que la Russie est faible et qu’inévitablement elle perdra la guerre contre l’Ukraine. Ils suivent également Brzezinski quand celui-ci suggère que l’expansion de l’Union européenne et de l’OTAN est un mouvement irréversible. C’est pourquoi ils travaillent à truquer les élections, en Arménie, en Roumanie, en Moldavie, et ils tentent de le faire aussi en Géorgie. Cette logique peut bien amener le chaos, elle ne débouchera pas forcément sur la reconstitution d’un Occident hégémonique qui imposera ses valeurs. Aujourd’hui avec la crise énergétique provoquée par les deux guerres majeures déclenchées par les Etats-Unis, on voit que le piège se referme sur l’Occident et plus encore sur l’Union européenne qui est vouée maintenant à la récession économique et à l’appauvrissement de ses sujets. Quand un journal stupide comme Le monde continue à entretenir la flamme d’une défaite imminente de la Russie contre l’Ukraine, il ne fait que prolonger l’agonie des idées fumeuses de Brzezinski. Cette cécité de ce journal devenu un pur organe de propagande, vient en réalité du fait que les journalistes qui s’occupent des relations internationales ont été principalement élevés aux Etats-Unis, Young Leaders ou autre think tank, et donc ils sont sous l’influence des idées fausses de Brzezinski. 

Growth contribution from BRICS countries is outpacing that of the G7

À l’époque où ce livre a été écrit, en 1997, l’Asie était déjà pourtant la partie du monde qui progressait le plus vite. En 1991, au moment même où s’effondrait l’URSS, M. Fouquin, E. Dourille-Feer, J Oliveira-Martins,  publiaient aux éditions Economica, un ouvrage intitulé Pacifique le recentrage asiatique. On comprenait déjà que l’Occident avait perdu le leadership économique. Mais Brzezinski n’a pas tenu compte de ce qui pourtant se discutait sérieusement parmi les économistes, c’est-à-dire, de l’autonomisation croissante de cette zone qui est devenu dans les années quatre-vingt-dix le pôle de la croissance économique mondiale en lieu et place de l’Occident. Il pensait que les pays qui voulaient progresser devaient soit faire allégeance aux Etats-Unis, soit à l’Union européenne ! Depuis les BRICS se sont élargies et représentent maintenant plus de la moitié de la population mondiale. Cet élargissement montre déjà que la relation entre la Chine et la Russie est solide, mais aussi et surtout que la Russie est loin d’être isolée sur la scène internationale, ce qui explique d’ailleurs que les sanctions mises en place depuis 2014, si elles ont contrarié sont développement, elles ne l’ont certainement pas empêché. Mais Brzezinski ne croyait pas qu’un pays puisse se développer autrement qu’en passant sous les fourches caudines de l’Occident, des Etats-Unis donc et de ses valets européistes. 

BRICS 2025 : La stratégie du « lentement mais surement » peut-elle payer ?  | ISS Africa

Dans son ouvrage Brzezinski récitait bêtement le crédo étatsunien, supposant que le modèle américain était le seul possible pour assurer le développement économique. Et donc il militait pour que l’Europe se débarrasse de son modèle social qui selon lui l’handicapait. Bien entendu il se trompait lourdement parce que justement c’est dans les années où l’Europe mettait en place l’État providence que sa croissance était la plus forte. Ce qu’il ne comprenait pas, comme beaucoup de « penseurs » étatsuniens, c’est qu’on a commençait à entreprendre la chasse aux dépenses sociales comme une réponse désespérée à la baisse des taux de profit, alors que les dépenses étatiques ont toujours été la contrepartie du développement du marché. Apôtre de l’économie de marché dérégulée et de la mondialisation, il n’a pas compris et vu venir d’ailleurs la montée des nationalismes. Certes il voyait bien que les nationalismes dans les pays de l’ex-URSS étaient une difficulté pour la Russie, mais il pensait que le nationalisme n’était qu’un état passager et que rapidement ces pays allaient rejoindre l’Union européenne et l’OTAN, donc la mondialisation heureuse. Or les évolutions de ces dix dernières années ont infirmé presque toutes les prévisions de Brzezinski, le Royaume Uni est sorti de l’Union européenne, mais à l’intérieur de celle-ci la dissidence a commencé à devenir un problème. Et curieusement ce sont les anciens pays du Pacte de Varsovie qui ont posé ce problème, notamment la Hongrie, mais aussi maintenant la Slovaquie et la Pologne. Autrement dit, en accélérant l’élargissement de l’Union européenne pour partir à la conquête de la Russie, elle a créé les conditions de son éclatement, on le voit avec les conséquences que la guerre en Ukraine a engendré ces dernières années. Cela devrait éviter qu’on reste accroché à une vision linéaire du développement historique. D’autres pays comme la Bulgarie et la Roumanie ne veulent pas qu’on les contraigne à entrer en guerre avec la Russie, leur russophobie a des limites contrairement aux Pays Baltes dont le passé collaborationniste avec l’Allemagne nazie pèse encore très lourd aujourd’hui dans leurs choix politiques. Dans l’hostilité que les anciens pays du Pacte de Varsovie entretiennent envers la Russie, Brzezinski occultait complètement le passé collaborationniste des Pays Baltes comme de l’Ukraine d’ailleurs, chose qu’on comprend bien aujourd’hui quand on voit Zelensky qui a pourtant des origines juives qu’il a cependant reniées, rendre des hommages répétés et misérables aux anciens collaborateurs des nazis[4]. A force de passer sur toutes les turpitudes de leurs alliés pour des raisons opportunistes, les Etats-Unis se sont totalement déconsidérés devant l’opinion mondiale. Et depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, ils ont accru mécaniquement la détestation mondiale qui a toujours été leur lot, au point qu’aujourd’hui ils ne sont plus respectés nulle part, sauf par leurs valets européistes ! La guerre en Iran a démontré en outre que l’armée étatsunienne était incapable de gagner une guerre contre une puissance moyenne. A tel point que les pays du Golfe réfutent maintenant la « protection » étatsunienne et préfèrent négocier directement des accords de non-agression avec l’Iran. Contrairement à ce que prédisait Brzezinski, non seulement les Etats-Unis ont perdu la main aussi sur Moyen-Orient, mais ce sont eux qui avaient semé le chaos dans cette région. 

La Chine est-elle (re)devenue la première puissance économique mondiale ?

Il est bon de confronter les prévisions à la réalité. Cette confrontation démontre que Brzezinski n’était qu’un médiocre idéologue. Obsédé par l’idée que le modèle étatsunien est le seul possible, Brzezinski prédisait que la croissance chinoise se ralentirait ou que la Chine se refermera si elle ne s’oriente pas vers une démocratie semblable à ce qu’on peut voir en Occident. Il pense d’ailleurs que la Chine qui baigne dans le ressentiment envers l’Occident, envers la Russie et envers le Japon, n’arrivera pas à nouer des alliances durables. Mais en fait cet idéologue se reposait sur le fait que les Etats-Unis maintiendront éternellement leur leadership. Il affirmait que même si par miracle la Chine poursuivait sa croissance, le pays dans son ensemble resterait très pauvre et que des troubles éclateraient pour instaurer un régime « démocratique », c’est-à-dire selon lui calqué sur le modèle étatsunien. Dans les années 2000, la Chine a dépassé les Etats-Unis, non seulement en termes de PIB calculé et PPA, mais aussi en qualité. Non seulement elle possède des terres rares dont dépendent les industries de haute technologies étatsuniennes, mais elle innove dans la technologie, elle leader sur le marché des voitures électriques, elle est leader en matière d’Intelligence Artificielle. Brzezinski pointait ses difficultés bien réelles en matière de ressources énergétiques pour continuer son développement. C’est juste, mais ces difficultés se contournent maintenant par son action diplomatique. Alliée de la Russie, elle n’a pas de problème pour obtenir du gaz, alliée avec l’Iran elle n’a pas de problème pour avoir du pétrole. C’est la grande différence d’avec les pays européens qui sont maintenant étranglés dans leurs approvisionnements énergétiques à la fois par leur politique jusqu’au-boutiste en Ukraine, et par leur soumission aux Etats-Unis qui leur vendent du gaz très cher et les obligent à financer une guerre décidée à Washington, ce qui à terme éloignera inévitablement les Etats-Unis de ses valets européens. 

30 ans après la chute de l'URSS : focus sur l'Asie centrale | Ifri

Il soulevait aussi le problème de l’Asie centrale et soutenait que les Etats-Unis et l’Union européenne devaient arrimer ces pays aux organisations internationales occidentales afin de s’emparer des ressources pétrolières de ces pays. C’était assez bien vu et explique sans doute bien des choses. Il y voyait là une possibilité de contenir l’expansionnisme supposé de la Russie. Mais il oubliait que la contrepartie de cette guerre à la Russie était la montée de l’islamisme dans ces pays. Or les Etats-Unis encouragent depuis des décennies les mouvements islamistes de partout dans le monde, en Afghanistan qu’ils ont armé contre les Russes, au Pakistan, aujourd’hui la Syrie. Or si les Etats-Unis ont cru pouvoir se servir de ces mouvements islamistes pour combattre la Russie ils n’ont jamais compris qu’à moyen et long termes les pays islamistes seraient leurs plus dangereux ennemis ! L’attaque contre le World Trade Center en 2001 a démontré à quel point ils étaient passé à côté de leur sujet. Ne tenant jamais compte des leçons de l’histoire, parce qu’intellectuellement, il faut le dire, ils sont très limités, ils persistent à se servir de la Turquie comme point d’appui en Méditerranée, sans même voir que ce pays joue sur de nombreux tableaux et qu’en même temps qu’ils sont membres de l’OTAN, qu’ils aspirent à intégrer l’Union européenne et ils demandent leur adhésion aux BRICS ! Tout au long de son ouvrage, Brzezinski croyait que la Russie ne se relèverait pas de sitôt, voire jamais, sauf à devenir un pays croupion qui obéisse aux réformes économiques et politiques suggérées par les Etats-Unis. 

Bases militaires américaines dans le monde : r/MapPorn

Comme on l’a compris cet ouvrage écrit il y a près de trente ans explique les errements de la politique étatsunienne d’aujourd’hui et son échec. S’il n’y avait pas ce rapport avec ce qui se passe aujourd’hui, on pourrait mettre ce livre de côté, il n’aurait aucun intérêt. C’est justement parce qu’il éclaire la décomposition de la mondialisation qu’il est indispensable de le lire à un moment où l’Occident tout entier est engagé dans une cruelle réévaluation de son rôle, de son poids et de sa destinée dans le monde. Il révèle également le manque de profondeur intellectuelle des penseurs phares des Etats-Unis qui donnent aujourd’hui l’image d’un pays à la dérive. Pour nous ce qui est lamentable c’est que le personnel politique européen, toujours acquis et vendu aux Etats-Unis nous entraine à sa suite vers le renoncement. Dans la manière d’écrire, Brzezinski était assez drôle si on veut il nous expliquait que les Etats-Unis doivent intervenir aux quatre coins du monde afin de défendre « leurs intérêts », et il nous assure que ce qu’ils visent ce qu’ils doivent viser, c’est d’assurer « la stabilité ». Ce vocabulaire est étrange non seulement parce que le chaos c’est bien eux qui le sèment, mais parce qu’en dehors de contrôler plus ou moins bien les lieux où il y a du pétrole, il est difficile de comprendre ce que sont les intérêts réels des Etats-Unis, car personne ne les menace vraiment d’envahissement ou de destruction. Curieusement il pensait que la Corée du nord est instable, alors qu’il n’y a pas plus stable que ce modèle de gouvernement, même si on en pense du mal. De même il nous explique que pour atteindre à une stabilité des relations entre l’Europe occidentale et la Russie, il faut étendre l’OTAN et l’Union européenne, miner les pays du Caucase qui sont la porte ouverte sur les richesses de leur sous-sol, puis diviser la Russie en trois pays ! Il nous dit d’ailleurs que c’est là la solution pour stabiliser l’Ukraine. Rien que ça ! Aujourd’hui ce pays est en voie de disparition, la guerre amenée par les Etats-Unis et l’OTAN a débouché sur la perte de 20% de son territoire – sans compter la Crimée – et la perte d’un tiers de sa population, soit qu’elle se soit exilée, soit qu’elle ait été sacrifiée sur le front. Et il s’étonnait que les Russes puissent refuser ce plan débile au nom d’une hypothétique modernisation. Aujourd’hui ces ambitions d’une Pax Americana apparaissent comme une vieille Lune. Non seulement la position extérieure des Etats-Unis se détériore de partout, les dociles Européens commencent à s’en éloigner, les pays du Golfe s’en méfient de plus en plus, mais en outre ce pays est au bord du chaos intérieur. Si c’est de second mandat de Trump qui achève le travail de décomposition, celui-ci a démarré bien avant lui, sans doute quand Ronald Reagan a avancé bêtement qu’il avait gagné la guerre contre la Russie avec l’effondrement de l’URSS ! La question est la suivante, est-ce que les déconvenues d’aujourd’hui induiront les Etats-Unis à abandonner leur volonté hégémonique ? La réponse est oui, mais il faudra d’abord que ce pays passe par une crise aussi profonde que celle qu’il a traversée dans les années trente.



[1] L'Intégration européenne de la France : La tutelle de l'Allemagne et des États-Unis, Le Temps des cerises, 2007

[2] Alexandre Ostrovski, Erreur ou Trahison ? Enquête sur la fin de l’URSS, Editions Delga 2023.

[3] https://www.youtube.com/watch?v=QeLu_yyz3tc

[4] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/03/la-rehabilitation-par-volodymyr-zelensky-de-figures-controversees-du-nationalisme-ukrainien-suscite-la-colere-d-israel-et-de-la-pologne_6696601_3210.html Notez que Le monde parle pour les nazis ukrainiens de « figures controversées » alors qu’il s’agit clairement de nazis et de collaborateurs du régime hitlérien.

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