jeudi 12 mars 2026

Les impasses de la guerre en Iran

 En direct – Guerre au Moyen-Orient : des dépôts de carburant en feu  plongent Téhéran dans la nuit, en plein jour - Le Soir

L’incendie de dépôts de carburant à Téhéran a plongé la ville dans la nuit 

Les événements de ces jours derniers nous obligent un peu malgré nous à discuter de la guerre en Iran. Ce n’est pas drôle du tout, d’abord évidemment pour les civils qui prennent des bombes sur la gueule, mais aussi pour le monde entier qui se retrouve face à une nouvelle crise économique qui va être délicate à gérer. Tout le monde a compris qu’au-delà des morts nombreux, civils et militaires, qui vont être décomptés, c’est bien de nos existences matérielles qu’il s’agit. De même l’extension de la guerre aux pays voisins, de la Turquie aux pays du Golfe renforce l’incertitude politique et économique à l’échelle planétaire. On se rend compte cependant que peu d’analystes donnent un point de vue satisfaisant. En effet si on peut considérer que les Etats-Unis et Israël sont bien les agresseurs, et que cette agression a été décidée alors même que des négociations étaient en cours, on se saurait pour autant laver le régime des mollahs de toute responsabilité dans ce conflit. C’est un régime en effet indéfendable de tous les points de vue qu’on se place, aussi bien sur le plan interne – c’est bien une dictature et une répression des femmes en particulier – que sur le plan externe – c’est une menace directe pour la survie d’Israël. Mais cela n’épuise pas le sujet, une cause plus ou moins juste ne dispense pas de réfléchir avant de se lancer dans cette aventure. Deux points sont à mettre en avant : quels sont les buts de guerre des Etats-Unis et d’Israël ? cette guerre a-t-elle été sérieusement pensée ? 

Des responsables religieux prient pour Trump dans le Bureau ovale

Trump priant dans son bureau avec des pasteurs pour que la guerre se passe bien pour lui ! 

Le premier point est que les Etats-Unis et Israël n’ont pas les mêmes objectifs dans ce conflit. Mettons de côté évidemment le fait que Trump comme Netanyahu joue son avenir politique. Une défaite, voire même une demi-victoire mettrait fin à leur carrière et risquerait même d’entrainer des poursuites sur le plan judiciaire. Trump a déclenché ce conflit de haute intensité sans demander son avis au Congrès et encore moins à l’ONU. Il se trouve donc dans une situation différente des deux guerres en Irak. De ces deux points de vue, c’est une guerre illégale. On a beau dire que le droit international c’est une notion dépassée, mais cela contera pour faire sortir de l’impunité quelqu’un comme Trump. Mais quels sont ses buts de guerre ? Ils sont apparemment à géométrie variable. Trump nous dit qu’en décapitant le régime, il va remplacer lui-même la direction de ce pays, nommer qui il veut. Puis maintenant il nous dit qu’il pourrait s’accommoder comme au Venezuela d’un régime des mollahs qui ferait semblant de rengracier sur quelques points plus ou moins importants. Israël, même représenté par Netanyahu, considère globalement que l’Iran est son pire ennemi, et il est vrai que ce pays le menace depuis près de cinquante ans de disparition, qu’en outre il arme les groupes terroristes, et on sait que le 7 octobre 2023 a été planifié depuis Téhéran. 

Prix des carburants. Où trouver les stations essence les moins chères près  de chez vous ?

Si le prix du baril est légèrement redescendu, à la pompe l’essence continue de flamber ! 

Tout cela suffit-il à justifier le déclenchement d’une guerre ? Bien entendu, cette guerre a déjà comme conséquence directement le renchérissement du coût de l’énergie. On le voit déjà avec la hausse des prix à la pompe. Les compagnies pétrolières vont s’enrichir un peu plus, vendant leur ancien stock à des prix prohibitifs, dignes d’un racket. Mais les Russes vont également gagner beaucoup d’argent, les Chinois et les Indiens vont devoir se retourner vers l’énergie russe, puisqu’il va leur être impossible de se fournir en Iran. Il y a quelques jours encore, on avançait bêtement que le bas prix du pétrole allait ruiner la Russie et la priver de recettes fiscales pour financer la guerre en Ukraine. C’est un point sur lequel les commentateurs sérieux s’accordent : la Russie est, quel que soit l’issue de cette guerre, le grand gagnant. C’est même ce qu’a avancé l’ineffable président du Conseil européen : « Jusqu'à présent, il n'y a qu'un seul vainqueur dans cette guerre : la Russie. Elle fragilise progressivement la position de l'Ukraine en bafouant le droit international. La hausse des prix de l'énergie lui permet de financer sa guerre contre l'Ukraine. Elle profite du détournement de moyens militaires qui auraient pu être déployés pour soutenir l'Ukraine. Enfin, elle bénéficie du désintérêt croissant pour le front ukrainien, le conflit au Moyen-Orient occupant le devant de la scène »[1].C’est d’ailleurs pourquoi Zelensky s’est fait remarquer en avançant qu’il allait envoyer ses soldats pour aider Trump à gagner la guerre contre l’Iran[2]. Mais il sous-estime combien cette guerre contre l’Iran est impopulaire en Occident, mêmes si les mollahs sont particulièrement détestés. Poutine a déclaré lundi que la Russie était prête à approvisionner les pays européens en pétrole et en gaz, à condition qu’on trouve un chemin vers une « collaboration durable et stable » avec les États européens. Lors d’une réunion gouvernementale sur le marché des hydrocarbures, il a affirmé : « Nous sommes prêts à travailler avec les Européens, mais nous avons besoin de signes indiquant qu’ils sont prêts et désireux. » Cela veut dire qu’il faut d’abord en finir avec la guerre en Ukraine. C’est pourtant la voix de la sagesse si l’économie européenne ne veut pas sombrer définitivement. Le monde dans sa folie russophobe qui lui tient lieu de boussole quel que soit le sujet, pense que la guerre de Trump démontre que la Russie perd de son influence, chassée qu’elle serait à court terme du Moyen Orient. Mais c’est anticiper la victoire de Trump sur les mollahs, ce qui est loin d’être évident, et c’est également sous-estimer l’aide que la Chine et la Russie offrent à l’Iran en matière de renseignement satellitaires. Par effet de miroir, l’Union européenne est comme d’habitude le grand perdant de ce nouveau conflit car c’est la partie du monde la plus sensible à sa dépendance énergétique. Von der Leyen et la plupart des dirigeants européens, dont Merz et Macron, se sont précipités pour faire allégeance à Trump, vieux réflexe de soumission d’une valetaille qui a été élevée en batterie de l’autre côté de l’Atlantique. 

 

Qu’on soit d’accord ou non avec le déclenchement de cette guerre, il semble bien que les Etats-Unis ne l’aient pas préparée sérieusement, contrairement aux mollahs. La résilience de l’armée iranienne par drones et missiles interposés, laisse entendre que les Etats-Unis et Israël, s’ils peuvent infliger des dégâts considérables à l’Iran, n’ont pas les moyens matériels de gagner cette guerre en remplaçant le régime. Beaucoup de militaires de haut rang aux Etats-Unis ont pointé l’insuffisance des stocks de munitions[3]. Il semble que les Etats-Unis ne veuillent pas envoyer des troupes au sol. Mais sans cela on ne voit pas comment le régime des mollahs pourrait tomber. Si finalement Trump se décidait pour envoyer des troupes en Iran, il s’engagerait pour longtemps dans une guerre dure et impopulaire.  Les supplétifs des Etats-Unis se sont montrés eux aussi très maladroits. Voici Macron qui nous dit que sa guerre sera seulement défensive. Que peut défendre la France dans le Golfe persique ? Starmer aussi est entré dans le jeu de la guerre, mais on s’est aperçu que la marine britannique, jadis la meilleure du monde, n’avait même pas les moyens d’escorter son porte-avions[4] ! La question était : la Royal Navy va-t-elle demander l’aide de la France pour escorter son porte avion ? C’est l’objet d’un scandale énorme au Royaume Uni.

La Royal navy va-t-elle demander de l'aide à la marine française pour  escorter son porte-avions au Moyen-Orient ?

Une des impasses de la guerre menée contre le régime des mollahs est que celui-ci a encore de très nombreux soutiens. Et ceux-là non seulement ne veulent pas être libérés par la soldatesque étatsunienne, mais ils sont prêts à se battre longtemps pour défendre leur patrie. C’est un tort quoi qu’on pense par ailleurs que de présenter l’Iran comme si la population dans son entier subissait un régime qui ne lui convient pas. Il faut le répéter, l’Iran est un pays très divisé, et un noyau très solide défend ce régime que les médias occidentaux présentent comme une horreur absolue. Bien évidemment une large partie de la population est aussi très opposée au régime dictatorial des mollahs. Mais les plus farouches opposants sont en exil à l’étranger, ce qui ne facilite certainement pas une révolte ouverte à Téhéran, cette révolte que Trump souhaiterait voir prendre le pouvoir. On a vu ce que ça avait donné au mois de janvier 2026 : un bain de sang, des milliers de personnes tuées. C’est d’ailleurs parce que ce mouvement de janvier n’a pas abouti, alors qu’il était soutenu par Trump, que celui-ci s’est décidé à attaquer ce pays. Sans doute a -t-il pensé que ces émeutes spectaculaires avaient durablement affaibli le pays dans ses capacités à répondre à une attaque. Cela semble être une vraie faute politique. 

Des drapeaux iraniens et des portraits du nouveau guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, lors d'un rassemblement de soutien à Téhéran, le 9 mars 2026

Le 9 mars 2026, les soutiens du régime manifestaient à Téhéran 

La stratégie choisie par les Etats-Unis et Israël a été de décapiter les têtes du régime, à la fois pour espérer susciter une révolte intérieure puissante, et pour susciter éventuellement une lutte des clans pour mieux diviser le pouvoir. Jacques Baud rappelait que c’était toujours une mauvaise stratégie, parce que les services secrets israéliens connaissent très bien les hiérarques du système, et que les remplaçants seront plus difficiles à cerner et à localiser[5]. En outre, il semble bien que cette tactique ait produit le résultat inverse, en soudant un peu plus les soutiens du régime des mollahs. Le nouveau guide suprême a été visé, puis on a annoncé qu’il avait été tué. Mais cela s’est révélé faux, Mojtaba Khameini semble être toujours vivant[6]. Les médias français se sont précipités tout de suite pour avancer que le nouveau guide suprême était mort, comme si c’était vrai. Rapporter ce genre de fausse nouvelle sans vraiment la vérifier c’est confondre propagande et information. Car même si on est pour l’effondrement du régime des mollahs, on ne voit pas en quoi rapporter ce genre de fausse information l’aide en quoi que ce soit. Les journalistes se discréditent totalement en faisant comme s’ils anticipaient une forme de victoire des Etats-Unis pour maintenir le moral des citoyens comme soutien, alors que celle-ci a bien du mal à se dessiner sur le terrain. Ce nouveau dirigeant a la réputation d’être un dur du régime, et donc en tuant son père considéré comme modéré on n’a probablement rien gagné. On incrimine souvent les services secrets israéliens, mais en réalité ce ne sont pas eux qui ont décidé de cette tactique à courte vue, mais plutôt les politiques, soit l’entourage de Netanyahu, comme pour les ratés du 7 octobre 2023 où il semble bien que les politiques n’aient pas voulu tenir compte des alertes des services de renseignements. que ce soit en Israël ou aux Etats-Unis, on sait qu’il y a des divergences sur la conduite à tenir, mais ces divergences sont d’ordre politique avant tout et ne repose pas sur la défaillance des systèmes de renseignements. Aux Etats-Unis on présente souvent le Pentagone comme très divisé dont une large partie hostile à la politique guerrière tous azimuts de Trump. D’ailleurs dans toutes les dernières guerres menées par les Etats-Unis, de l’Afghanistan à l’Iran en passant par l’Irak et la Libye, ont été des fiascos militaires ruineux, essentiellement parce qu’elles n’avaient pas d’objectifs politiques très clairs. Ce n’est pas une défaillance militaire au fond, mais une défaillance essentiellement politique, la classe dirigeante étant pressée d’avoir des résultats n’arrive pas à concevoir clairement l’avenir. 

En Iran, un nouveau guide suprême : à peine nommé, déjà ciblé

Tout cela n’est pas très certain, mais, une fois de plus, il ne faut guère compter sur les médias occidentaux et particulièrement français pour nous aider à comprendre ce qui se passe vraiment. Le journal Le monde, le leader en matière de désinformation en France, ne parle presque pas des dégâts que les drones iraniens ont infligés en Israël et dans les pays du golfe. Également ils parlent des bombardements iraniens, mais sans préciser que ce que ceux-ci visent ce sont avant tout les systèmes américains de radars qui aident les bombardements. On doit faire avec des nouvelles collectées à droite et à gauche, et essayer d’évacuer les extravagances propagandistes des uns et des autres. Pour les uns l’Iran n’en a plus pour longtemps et les Etats-Unis vont écraser l’Iran, quitte à faire des centaines de milliers de morts. Pour les autres, c’est au contraire les Etats-Unis et Israël qui ne peuvent plus suivre cette étrange compétition. Certains avancent que le nouveau chef suprême a été tué, d’autres qu’au contraire, Netanyahu a été touché sérieusement et que son frère a été tué. Ces nouvelles qui trainent sur la toile, se sont révélées pour l’instant fausses. Ces contradictions directement perceptibles montrent pour le moins que l’issue de cette guerre est très incertaine et que de se faire une opinion circonstanciée n’est pas si facile que cela. Les témoignages des Iraniens présentés dans les médias occidentaux sont uniquement ceux des opposants, et on a peut d’exemple d’Iraniens qui seraient des soutiens du régime. On a vu ça aussi avec l’Ukraine, les seuls Russes et Ukrainiens interrogés sur les médias de grand chemin en Occident, sont seulement ceux qui sont opposés à Poutine ou ceux qui approuvent la politique militaire de Zelensky.


[1] https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/03/10/speech-by-president-antonio-costa-at-the-eu-ambassadors-conference-2026/

[2] https://actu.orange.fr/videos/france/guerre-au-moyen-orient-volodymyr-zelensky-propose-l-aide-de-l-ukraine-aux-pays-du-golfe-pour-combattre-les-drones-iraniens-shahed-CNT000002nKZm0.html

[3] https://lignesdedefense.ouest-france.fr/les-etats-unis-et-leurs-allies-israeliens-consomment-des-munitions-a-un-rythme-accelere-qui-inquiete-deja-a-washington/

[4] https://www.meretmarine.com/fr/defense/chypre-la-royal-navy-incapable-d-envoyer-un-batiment-au-pied-leve

[5] https://www.youtube.com/watch?v=93Bzt2KUF_U Dans cette interview, Jacques Baud soutient que les services secrets israéliens ne connaissent pas très bien l’Iran. Cela me semble douteux, et surtout il confond la connaissance intime du pays avec la prise de décision politique qui conduit la stratégie militaire.

[6] https://www.lefigaro.fr/international/guerre-au-moyen-orient-le-nouveau-guide-supreme-mojtaba-khamenei-est-sain-et-sauf-malgre-ses-blessures-selon-le-fils-du-president-iranien-20260311

mercredi 4 mars 2026

L’extension de la guerre au Moyen Orient et ses conséquences

 

L’attaque sournoise des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran en pleines négociations a maintenant des conséquences planétaires. C’est-à-dire que les pays du monde entier sont forcés de s’aligner, et pas seulement en parole. Macron, Merz et Starmer se sont évidemment précipités pour dénoncer l’Iran ! Dans un communiqué des plus délirants les trois imbéciles ont condamné le fait que les Iraniens aient osé riposter. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les pays de la région. L’Iran doit s’abstenir de frappes militaires indiscriminées. » Et d’ajouter : « Nous appelons à la reprise des négociations et exhortons les dirigeants iraniens à rechercher une solution négociée. » Ces trois vieux moutons qui de temps en temps font semblant de critiquer Trump font comme si les Iraniens avaient quitté la table des négociations, ce qui est une inversion de la réalité. En outre on ne comprend pas que dans une guerre le pays agressé n’aurait pas le droit de se défendre. Les mensonges de ces trois supplétifs de l’hégémon étatsunien sont pathétiques. Évidemment quand les Iraniens attaquent des pays voisins, ce n’est pas une attaque de ces pays en tant que telle, mais une attaque sur des bases américaines installées de longue date dans ces pays. Évidemment on sait parfaitement que le régime des mollahs est criminel, ce n’est pas la peine de le répéter, mais l’attaque de l’Occident, puisque maintenant un certain nombre de pays européens s’engagent aux côtés des Etats-Unis, n’est pas menée pour chasser ce régime honni, mais pour le détruire un maximum en espérant que cela déclenchera une guerre civile et que les Etats-Unis pourront y placer un de leurs hommes de paille à sa tête, Reza Palhavi peut être, Trump affirmant que c’est lui qui choisirait parmi plusieurs candidats ! 

L'Espagne appelle à une désescalade des tensions au Moyen-Orient et  soutient une solution "diplomatique" en IranPedro Sanchez ne veut pas s’impliquer contre l’Iran 

Le premier ministre espagnol a lui refuser de s’engager derrière les Etats-Unis. Il appelle à une solution négociée. Il refuse que les bases espagnoles soient utilisées par les Etats-Unis pour mener cette guerre. Le ministre des affaires étrangères espagnol a indiqué que les Etats-Unis n’avaient pas prévenus son pays de l’imminence de cette attaque[1]. Macron et ses deux acolytes avaient d’ailleurs dit la même chose, les Etats-Unis ne les ont pas tenus au courant, ce qui ne les empêchent pas par ailleurs de montrer leur allégeance, allégeance répétée par Jean-Noël Barrot le 3 mars 2026, prenant prétexte de la présence de militaires français dans les pays du Golfe[2]. Notez que ces trois sinistres imbéciles sont les trois dirigeants européens les plus détestés dans leur propre pays. Les Européens apparaissent comme profondément divisés sur cette question, comme sur les autres d’ailleurs. La Meloni qui sait que la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est très impopulaire dans son pays, s’est faite assez discrète, mais elle a publié un communiqué faux-cul où elle donne à la fois raison à Trump indiquant que les négociations avaient échouées – ce qui est un mensonge éhonté – mais en même temps en appelant à la désescalade. Von der Leyen et le président Costa représentant l’Union européenne ont clairement approuvé eux aussi la guerre déclenchée par Trump. Merz qui est toujours à contretemps a avancé le 3 mars 2026 : « Et nous espérons que les armées israélienne et américaine prennent les mesures qui s’imposent pour mettre fin à cette situation et mettre en place un nouveau gouvernement qui rétablisse la paix et la liberté », comme s’il croyait sérieusement à un changement de régime par la grâce des Étatsuniens et des Israéliens. Ce n’est pas une surprise et cela confirme la non autonomie des Européistes. Les dirigeants deviennent les promoteurs du parti de la guerre que ce soit en Ukraine, avec le coût astronomique qu’on supporte ou au Moyen Orient où on endosse des querelles qui ne sont pas les nôtres. Déjà le prix de l’énergie va augmenter radicalement, privant l’économie européenne de gaz liquéfié. Or celle-ci s’est privée stupidement de l’énergie russe. Elle subira la double peine, tandis que le prix du baril de pétrole augmentant fortement, cela va renflouer un peu plus les caisses de l’État russe, augmentant ses possibilités de financement de la guerre contre l’Ukraine. Curieusement c’est la Russie de Poutine qui apparait comme le grand gagnant de cette guerre décidée par Trump. On remarque que la Chine et l’Inde vont encore être plus dépendantes de l’énergie russe, alors qu’il y a quelques mois encore on avançait que la Russie était de plus en plus dépendante de la Chine et l’Inde pour continuer son effort de guerre contre l’OTAN en Ukraine. 

 Dissuasion nucléaire : comment l'Europe a accueilli le discours d'Emmanuel  Macron - Le Parisien            Macron tentant de vendre notre défense nucléaire le 2 mars 2026 

Mais il y a sans doute plus grave pour nous Français. Prenant le prétexte de la guerre en Iran Macron a tenté de faire avancer son idée moisie d’une défense européiste, comme une nouvelle forme de fédéralisme. Il a fait un long discours alambiqué comme il sait en faire pour dire qu’il allait augmenter, le nombre de têtes nucléaires détenues par la France, mais surtout partager notre arsenal nucléaire avec le reste de l’Europe[3]. Cette position présente plusieurs risques : d’abord c’est une dilution évidente de notre souveraineté. Il a parlé d’une « dissuasion avancée », ce qui ne veut rien dire, mais qui masque la volonté d’une Europe de la défense fédérale. Or cette défense fédéralisée tomberait directement sous la coupe de l’Allemagne qui est le pays le plus puissant d’’Europe et le pays qui a placé le plus de pions dans les instances de direction de l’Union européenne. En outre c’est le pays qui ambitionne de construire une armée qui serait la plus puissante du monde ! C’est évidemment une rupture de la conception gaulliste de l’arme nucléaire. Évidemment il ne faut pas être bien malin pour comprendre que le but de Macron n’a rien à voir avec la guerre en Iran, mais tout probablement avec le fait que Macron, en fin de mandat, va chercher à se faire élire président de l’Union européenne ! Il sous-estime évidemment le fait qu’il est non seulement impopulaire en France, mais aussi dans la plupart des pays européens, notamment en Allemagne ! Macron verrait bien sans doute l’idée de laisser le leadership économique à l’Allemagne, et France conserverait le leadership militaire. Dans un discours menaçant le monde entier, il a avancé qu’il allait ordonner une multiplication des têtes nucléaires, ajoutant : « Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat si puissant soit-il ne pourrait s’y soustraire et aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait ». Évidemment les idiots du journal Le monde, armés de leur russophobie native, se réjouissent de cet esprit va-t-en-guerre. Les Allemands ont fait savoir que cette position débile convenait parfaitement à leurs intérêts. On ne le dit pas assez, mais Macron et son gang sont bel et bien le parti de l’étranger et la ruine pour notre pays.   

Les attaques lancées en Iran par Donald Trump vues par la presse américaine  : « Une erreur impériale et irréfléchie »

La presse étatsunienne n’est pas tendre avec Trump 

Trump est en train de devenir impopulaire dans son pays, certes, il n’en est pas encore au niveau des Européens décervelés, mais 60% des étatsuniens désapprouvent ses guerres tous azimuts et ce chiffre montera encore si le nombre des soldats se font tuer pour l’Iran. Aux USA la presse est bien plus sévère que la presse française, elle condamne massivement cette intervention et la dénonce justement comme étant intervenue au milieu des négociations qui semble-t-il avaient des chances d’aboutir. L’accent est mis sur les justifications erratiques et les buts de guerre. Trump a parlé du nucléaire iranien, puis des missiles balistiques, il a parlé d’un changement de régime dans ce pays initié par lui, il a avancé qu’il n’enverrait pas de soldats sur le terrain, se contentant de bombarder le pays de très haut. Mais aujourd’hui personne ne sait quelles sont ses intentions – ou celle du Pentagone. Il semble maintenant qu’il se contenterait d’une inflexion du régime iranien comme pour le Venezuela, son Secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a fait entendre le même son de cloche : « ce n’est pas ce qu’on appelle une guerre de changement de régime mais le régime a bien changé ». Aux Etats-Unis personne ne croit à un changement de régime, et surtout, on commence à faire un parallèle avec les désastreuses aventures en Afghanistan qui se sont soldées par un retrait misérable, retrait d’ailleurs dénoncé en son temps par Trump lui-même pour rabaisser la politique agressive de Biden[4].  Aux Etats-Unis on commence d’ailleurs à parler des soldats qui risquent leur vie pour un but des plus opaques. Peu parient sur un succès pour Trump. On observe aussi bien des manifestations qui soutiennent un changement de régime en Iran, ce sont souvent des Iraniens en exil, mais aussi des manifestations contre la guerre de Trump. C’est encore un nouveau sujet qui va diviser un peu plus les Etats-Unis. Je crois qu’il faut bien distinguer les buts de guerre d’Israël de ceux des Etats-Unis. Les Israéliens depuis longtemps considèrent que l’Iran des mollahs est leur pire ennemi pour des raisons de sécurité. Les Etats-Unis cherchent principalement à remodeler le Moyen Orient pour leur profit. 

Frappes en Iran: au moins 85 morts dans une école du sud du pays, selon les  médias d'État 

100 morts dans une école détruite par un bombardement en Iran 

En attendant la guerre fait de nombreux morts au milieu d’un peuple qu’on prétend libérer. Plus de 500 selon les sources iraniennes au 2 mars 2026. Du côté étatsunien, on compte 6 soldats tués. En Israël on dénombre aussi une dizaine de morts. Le conflit s’étend maintenant au Liban où Israël avance avoir frappé des sites du Hezbollah, en réponse à des tirs de missiles[5], à Beyrouth se sont des dizaines de morts supplémentaires. La Russie et la Chine qui sont plus ou moins alliés avec l’Iran ont bien sûr condamné ces attaques. Mais ces pays ne semblent guère vouloir s’insérer dans un élargissement dangereux du conflit. Autrement dit, celui-ci, s’il se régionalise, n’ira pas au-delà du Moyen Orient. Même les pays du Golfe, touché par les frappes iraniennes ne semblent pas disposés à rentrer ouvertement en guerre. Pour l’Occident l’opinion est divisée, d’un côté on déteste, et à juste titre, le régime des mollahs, mais de l’autre on ne soutient pas non plus – à part quelques imbéciles et les Iraniens exilés – la guerre de Trump. Une question qui commence à agiter la presse est de savoir si en représailles l’Iran aura l’opportunité de lancer des opérations terroristes en Europe et aux Etats-Unis. 

Guerre en Iran : la grande incertitude stratégique de Trump et Netanyahou

Trump a fait le pari hasardeux qu’avec Israël il gagnerait la guerre rapidement. C’est le même pari qui a été fait quand on a cru il y a quelques mois que les Iraniens se révolteraient et renverseraient le pouvoir des mollahs. Cela a seulement abouti à un bain de sang. Mais si le régime iranien tient bon, il sera le grand perdant de ce conflit. Or cette défaite de Trump aurait des lourdes conséquences. La première est qu’il perdrait les élections des midterms. La seconde est qu’il risque un procès et peut-être même la prison pour avoir engagé la guerre sans en référer au Congrès. La troisième est peut-être encore la plus grave. Cette défaite qui remettrait en question la relation privilégiée entre les Etats-Unis et Israël affaiblirait un peu plus l’État hébreux à la fois sur le plan politique et sur le plan militaire, et ce serait aussi la fin de Netanyahu. Une défaite de Trump entrainerait aussi mécaniquement un renforcement de l’Iran et un affaiblissement aussi des États du Golfe. Cela serait un nouveau désastre pour l’Occident après celui de la guerre en Ukraine. Un autre point très important est que les Etats-Unis ont profité des négociations en cours avec l’Iran pour préparer et lancer une action militaire de grande envergure. Ce qui va donner pour longtemps l’image d’un pays essentiellement fourbe. C’est la deuxième fois que les Etats-Unis et plus largement le camp occidental rompent les règles de la diplomatie. La première fois c’était en 2022, quand ils ont profité des négociations d’Istamboul pour préparer une contre-attaque en Ukraine. Sans parler des accords de Minsk qui selon Merkel et Hollande n’étaient pas destinés à être appliqués, mais seulement à permettre de réorganiser et de réarmer l’Ukraine avant de repartir à l’assaut de la Russie. Trump cependant semble commencer à vouloir faire machine arrière. On le sait amateur des opérations spectaculaires qui ont un effet immédiat sur l’opinion. Lors de sa conférence de presse du 3 mars 2026, il a affirmé que toutes forces armées de l’Iran avaient été détruites, comme s’il avait atteint son but ! C’est un nouveau mensonge. Quoi qu’il en soit, il apparait évident que cette nouvelle guerre n’a pas été correctement préparée, justement parce qu’elle n’avait pas pour objectif de durer.  



[1] https://www.aa.com.tr/fr/monde/l-espagne-affirme-que-les-%C3%A9tats-unis-n-ont-pas-utilis%C3%A9-et-n-utiliseront-pas-de-bases-sur-son-sol-pour-frapper-l-iran/3846859

[2] https://www.ouest-france.fr/monde/iran/guerre-au-moyen-orient-la-france-prepare-des-affretements-de-vols-pour-les-plus-vulnerables-dit-jean-noel-barrot-c025beac-16d2-11f1-97f1-526ef9f97286

[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/03/la-dissuasion-nucleaire-francaise-fait-un-grand-pas-vers-l-europe_6669308_3210.html 

[4] https://edition.cnn.com/2026/03/03/politics/analysis-trump-iran-war-outcomes

[5] https://www.leparisien.fr/international/israel/une-salve-de-missiles-et-un-essaim-de-drones-israel-bombarde-le-liban-apres-des-tirs-du-hezbollah-02-03-2026-NIKZYVEEQFAVDPN5XWTGF3EE74.php

dimanche 1 mars 2026

La guerre avec l’Iran est commencée

  

Soyons clairs, ce n’est pas parce que l’Iran a un régime politique pourri, que celui qui l’attaque est bien meilleur et respectable. Il y a quelques mois Donald Trump disait qu’il méritait le prix Nobel de la paix, c’est raté. Il aura celui de la guerre certainement. Il avait vendu sa dernière campagne présidentielle sur le thème America First, reprochant à Joe Biden d’avoir déclenché des guerres un peu partout, et principalement en Ukraine. Donc les Etats-Unis avec les Israéliens bombardent l’Iran et disent que ce sera une guerre longue. Une guerre longe, cela veut dire des morts. Je vous rassure tout de suite, je ne suis pas un soutien du régime des ayatollahs. C’est même l’inverse, et en mon temps j’ai dénoncé les imbéciles qui, comme Michel Foucault, se réjouissaient de l’arrivée de Khomeiny au pouvoir. Mais la question principale est celle-ci : qui a chargé Donald Trump de faire la police au Moyen Orient ? Ça rhétorique est simple, voire simplette. L’Iran fabriquerait des armes nucléaires qui menaceraient directement la sécurité des Etats-Unis. Ils exigent donc le démantèlement de ce pseudo-arsenal et demandent en outre un changement de régime. Ça nous rappelle les débuts de la guerre en Irak quand on nous racontait que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive et que le menteur Colin Powell présentait une fiole avec rien dedans pour dire qu’il en avait la preuve. Pour ce mensonge criminel qui finalement fit probablement plus d’un million de morts du côté irakien et qui ruina ce pays pour de longues années. Cette intervention de Colin Powell le menteur avait pour but de rallier à lui les valets de l’impérialisme étatsunien, avec en tête Tony Blair qui représentait le Royaume Uni comme supplétif des ambitions des USA. Bush couvrait cela en disant que le régime de Saddam Hussein était inhumain pour laisser croire que son pays avait aussi un cœur et se souciait des peuples qu’il entendait « libérer ». Tulsi Gabbard elle-même, directrice du renseignement national, a dit et répété qu’il n’y avait aucune chance que les Iraniens possèdent l’arme nucléaire, des propos qui contredisaient évidemment la rhétorique guerrière de Trump[1]. La plupart des observateurs avançaient d’ailleurs que de nombreuses avancées dans les négociations avaient eu lieu, notamment l’Iran acceptait de se débarrasser de son stock d’uranium enrichi[2]. Mais justement il semble bien que les Etats-Unis et Israël pour des raisons politiques de survie de leurs dirigeants ne voulaient pas que ces négociations aboutissent. Outre la duplicité naturelle des Etats-Unis dans les négociations diplomatiques, il semble que la véritable raison du déclenchement de cette nouvelle guerre doive être recherchée dans la posture de Trump qui prépare les élections de midterms et dans celle de Netanyahu qui sait très bien qu’il devra rendre des comptes pour l’ensemble de sa politique erronée, sans parler des procès pour corruption qui le guette. Mais les Israéliens sont soudés au moins dans la désignation de l’Iran comme leur principal ennemi. Trump et Netanyahu sont tous les deux à la recherche d’une victoire. Cependant, il semble bien que celle-ci ait été mal préparée. On comprend qu’ils aient été pressés dans le temps parce que si les négociations aboutissaient, alors ils devaient changer de discours et admettre qu’ils s’étaient trompés, ce qui politiquement est une très mauvaise chose. Bien sûr cette démarche est ruineuse sur le plan humain, matériel et économique. 

Les sales guerres de Colin Powell | Solidaire

Colin Powell mentant effrontément devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003 

La catastrophique guerre en Irak n’a rien enseigné aux Étasuniens. Rien n’a changé depuis ce fiasco occidental. Trump le menteur nous dit qu’il veut aider le peuple iranien à se débarrasser d’un tyran, et que l’Iran posséderait un arsenal iranien. Selon les expertises les plus récentes, les Iraniens ne posséderaient rien du tout qui puisse ressembler à un arsenal nucléaire. Quant aux Iraniens eux-mêmes, il est clair que les Etats-Unis ne les considèrent qu’au mieux comme une masse de manœuvre qui pourrait les aider à prendre le pouvoir en Iran. Ce qui a changé par contre est que maintenant les fourbes Étatsuniens ne recherchent même pas le vernis d’une caution onusienne pour agir. Macron qui n’en rate pas une a dès le début des bombardements diffusé un communiqué faux-cul où il semblait justifier l’attaque des Etats-Unis sur l’Iran, tout en appelant à la désescalade. Mais quoi qu’on pense des ayatollahs et de leur régime pourri, il est clair que ce sont les Etats-Unis qui ont déclenché la guerre. « Le régime iranien doit comprendre qu’il n’a désormais plus d’autre option que d’engager une négociation de bonne foi pour mettre un terme à son programme nucléaire et balistique comme à ses actions de déstabilisation régionale", a dit macron, estimant que la parole doit être rendue au peuple iranien, le plus tôt sera le mieux » Il demande donc à l’Iran de se soumettre au dictat des bombardements, et il sous-entend aussi que seuls les Iraniens menaient des négociations de mauvaise foi ! Mais il semble bien que ce soit le contraire et que les Etats-Unis faisaient trainer les négociations, le temps de rapatrier leur arsenal en Méditerranée. Autrement dit les Etats-Unis ont sciemment déclenché une guerre en plein milieu des négociations diplomatiques. Qui pourrait croire encore à la parole de Donald Trump ou des Etats-Unis ? Pour donner une mesure de l’imbécilité des militaires étatsuniens, rappelons que cette opération militaire est appelée Epic Fury – soit en français fureur épique ! Ajoutons que la première responsabilité de la guerre aujourd’hui c’est bien Trump, c’est lui en effet qui avait dans le cours de son premier mandat déchirer les accords auxquels était parvenu la présidence d’Obama. Ces accords stipulaient qu’en échange d’un contrôle plus sévère sur la filière nucléaire iranienne, l’Iran sortirait des sanctions qui étranglent le pays. Et on peut se demander si justement le projet des faucons de Washington n’est pas plutôt d’étrangler ce pays pour s’en approprier les ressources pétrolières, que l’apaisement sur le plan de la sécurité des nations. Il ne faut pas oublier que l’Iran est plus ou moins allié avec la Russie et la Chine, et que de laisser prospérer ce pays c’est renforcer indirectement l’axe Moscou-Pékin. En accablant l’Iran de sanctions qui le ruine, cela ne peut entraîner que le chaos. Il est donc exclu de croire que derrière l’action étatsunienne se profile une logique humanitaire. A mon sens le meilleur moyen de faire évoluer le régime pourri des mollahs serait de le laisser prospérer justement en échange d’un contrôle plus strict de l’activité iranienne dans le nucléaire. 

De la fumée s'élève après une explosion à Manama, au Bahreïn, samedi 28 février après des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran.

Frappe iranienne sur Barhein 

Ces bombardements qui ont commencé à faire des morts civils en Iran, ont déclenché en retour des frappes iraniennes sur les pays du Golfe où se trouvent positionnées des bases militaires étatsuniennes, et il semblerait qu’il y ait déjà des militaires étatsuniens tués. Rappelons que les Etats-Unis sont le seul pays au monde à disposer de près d’un millier de bases militaires sur l’ensemble de la planète. Il ne faut pas s’étonner qu’il s’en serve ! C’est sans doute cette situation qui fait que ce pays est le plus dangereux du monde car il pense en permanence qu’il peut se passer de négociations diplomatiques. L’ONU qui ne sert à rien, a demandé qu’une réunion du Conseil de sécurité se réunisse samedi 28 février à New York, illustrant le proverbe fameux, quand l’âne est sorti on ferme la porte ! Bien évidemment ce régime qui a menacé régulièrement de rayer Israël de la carte, ne peut pas être aimé de l’État hébreux. Mais celui-ci n’aurait pas participer à une telle opération de décapitation du régime sans l’aval de Trump. Le président des Etats-Unis a menacé – il ne sait faire que ça – l’Iran de frapper ce malheureux pays « avec une force qui n’a jamais été vue avant ». On ne sait pas trop ce que ça veut dire. Veut-il utiliser une bombe nucléaire ? Prétend-il envoyer des troupes au sol ? Ça sent le baratin du marchand de voitures d’occasion, et ça s’adresse plutôt aux médias occidentaux qu’aux dirigeants iraniens eux-mêmes. 

A Doha, le 1ᵉʳ mars 2026, au matin.

Frappe iranienne sur Doha, le 1er mars 

La stratégie de décapitation du régime, probablement pensée par les Israéliens semble avoir fonctionné. On a annoncé la mort du chef de l’État Ali Khameini. Parmi les victimes des frappes sur l’Iran figurent le chef d’état-major des forces armées, le général Abdolrahim Moussavi ; le commandant en chef des gardiens de la révolution, le général Mohammad Pakpour ; l’amiral Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême et secrétaire du Conseil de défense, ainsi que le ministre de la défense, le général Aziz Nasirzadeh. Pourtant, il ne semble pas que cela sera suffisant pour opérer un changement de régime. Le 28 février les soutiens du régime manifestaient massivement à Téhéran, laissant peu d’espoir pour une révolution interne qui amènerait un régime plus favorable aux intérêts d’Israël et des Etats-Unis. Si les buts d’Israël sont assez clairs, se débarrasser d’un régime qui les menace de destruction à ses portes, ceux des Etats-Unis semblent bien moins clairs. Trump veut-il mettre la main sur le pétrole iranien ? C’est probable, mais comment espère-t-il y arriver ? L’Iran n’est pas le Venezuela, ni même l’Irak de Saddam Hussein que les menteurs étatsuniens nous vendaient à l’époque comme la deuxième armée la plus puissante au monde. C’est un plus gros morceau. Certes de nombreux pays, notamment les pays du Golfe, ont eux aussi un intérêt à voir ce régime tomber, mais que feront-ils pour cela ? Les Etats-Unis ont-ils aujourd’hui les moyens d’envoyer des troupes au sol pour s’emparer eux-mêmes du pouvoir ? Reza Palhavi est sorti de son trou pour dire qu’il était près à assumer le pouvoir dans l’indifférence générale des Iraniens. Les médias français l’ont présenté comme le premier opposant au régime des mollahs, c’est un mensonge, un peu comme quand on essaie de vendre l’idée moisie selon laquelle Navalny en Russie est très craint par Poutine. En vérité il ne pourra accéder au pouvoir qu’à la condition que les Etats-Unis l’amènent dans leurs valises. Pour le peuple iranien, il ne représente pas grand-chose, cela est certain. 

A Téhéran, le 1ᵉʳmars 2026.

À Téhéran les soutiens du régime des ayatollahs se rassemblent par milliers 

Évidemment si la guerre en Iran dure encore longtemps cela aura de lourdes conséquences. D’abord parce que cela risque de faire des victimes du côté étatsunien, et donc nuire à de bons résultats pour Trump et son parti aux élections de midterms. Ensuite parce que les Etats-Unis ne pourront pas tenir tous les fronts. Déjà ils devront s’occuper un peu moins de l’Ukraine dont ils aident en sous-main le régime à tenir encore un peu face à l’armée russe, les Etats-Unis ne pourront plus livrer des missiles Patriot pour la défense de l’Ukraine par exemple. Ensuite les Iraniens ayant bloquer le détroit d’Ormuz, cela va être un problème pour les fournitures de pétrole à l’Occident. Que feront les Russes et les Chinois qui sont alliés avec l’Iran si le conflit dure et s’enlise ? Jusqu’ici il semble que la protection d’Israël, dite Dôme de fer, ait fonctionné de façon relativement satisfaisante. Mais rien ne dit que cette protection sera sur le long terme suffisante pour éviter un grand nombre de victimes. La Guerre de 12 jours de 2025 si elle a entraîné une répression sanglante des Iraniens qui ont manifesté contre les ayatollahs, elle n’a pas déstabilisé pour autant le régime, et n’a pas mené une guerre civile qui aurait finalement renversé ce pouvoir. Parier sur un changement de régime à l’issue d’une guerre courte parait très audacieux. Scott Ritter pense que ce plan a déjà échoué, et que les Etats-Unis n’ont pas assez de munitions pour poursuivre une guerre longue contre l’Iran[3]. Dès lors la question se pose de savoir si cette nouvelle guerre a été correctement pensée par les Etats-Unis et Israël. La guerre des 12 jours avait déjà été un échec, même si elle avait abouti à affaiblir le régime iranien. Il ne suffit pas de dire que le régime des ayatollahs est mauvais pour que cela justifie une intervention militaire contre lui, surtout si cette intervention n’aboutit pas à une victoire flagrante, c’est-à-dire dans les jours sui viennent. Mais si on ne peut pas compter sur un changement de régime dans le court terme, il est possible que Trump présente cette opération comme une victoire si de nouvelles négociations s’ouvrent.   

Les équipes de recherche sur le site de la frappe iranienne à Bet Shemesh (Israël), le 1ᵉʳ mars 2026.

Une frappe iranienne à Bet Shemesh en Israël, le 1ᵉʳ mars 2026 a fait au moins 9 morts 

Pour ceux qui doutaient encore que Rima Hassan était une agente de l’islamisme radical, voici la réflexion qu’elle a partagé sur son compte X. elle ne s’embarrasse pas d’analyse et de subtilités pour traiter les Israéliens, soit des Juifs, comme des sous-individus, des dhimmis. Les islamistes en effet ne supportent pas que les Juifs puissent avoir une existence et un État à eux.  « L’Iran a le droit de se défendre et Israël le droit de la fermer », avec cette élégance qui la caractérise.


[1] https://www.lefigaro.fr/international/je-m-en-fiche-de-ce-qu-elle-dit-donald-trump-contredit-sa-cheffe-du-renseignement-sur-le-programme-nucleaire-iranien-20250617

[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/01/iran-l-attaque-israelo-americaine-enterre-les-negociations-sur-le-dossier-nucleaire-alors-que-des-progres-venaient-d-etre-realises_6668757_3210.html

[3] https://www.youtube.com/watch?v=Pq_lK5dXexY Dans cette interview Scott Ritter pense que Trump à cause de cette guerre perdra les midterms dans les grandes largeurs, mais qu’en outre il sera destitué et condamné !

 

jeudi 26 février 2026

La dégradation de la situation des salariés en 2026

 

Parmi les sujets nombreux de préoccupation des Français il y a le pouvoir d’achat et donc l’emploi qui se dégrade inexorablement. Macron avait promis le plein-emploi pour la fin de son mandat, on en est très loin. L’idée stupide qu’il avait avancée, était de dire que trop de contraintes et de charges pesaient sur l’embauche, et donc il avait mis en œuvre le CICE puis pérennisé celui-ci sous la forme d’une baisse radicale des cotisations patronales. Cette logique n’a eu comme conséquence qu’un creusement des déficits des comptes sociaux. Dans le même temps les subventions aux entreprises augmentaient radicalement sous Macron, on a avancé le chiffre de 211 milliards d’euros selon le rapport du sénateur Fabien Gay[1]. Ce qui montrait qu’on n’allait pas vers un capitalisme de type libéral, mais vers un capitalisme assisté qui transférait des ressources essentielles des travailleurs vers les propriétaires des moyens de production. Ses transferts massifs n’ont absolument pas profité ni à la croissance économique qui est restée très faible en France comme dans l’Union européenne, ni bien entendu aux salariés. Ce transfert massif n’a profité qu’aux très très riches, et en même temps qu’on augmentait le nombre de pauvres, on augmentait le nombre de milliardaires en France. 

Évolution de la pauvreté en France - La Banque Postale

Mais il faut être juste cette dégradation du marché et des conditions de travail n’est pas de la seule responsabilité de Macron. Elle vient de beaucoup plus loin. Elle est le résultat de l’intégration du pays dans la logique mortifère de l’Union européenne. En effet les principales mesures qui depuis au moins trente ans affaiblissent les capacités des travailleurs à défendre leurs droits sont élaborées discrètement dans les officines patronales qui font le siège de la Commission européenne. Macron n’est que le porte-voix de de cette logique, un serviteur bien rémunéré d’une logique qu’il ne comprend pas car il n’est pas intelligent. Mais parmi les responsabilités de cette guerre des classes des riches contre les pauvres, il faut aussi pointer celles de la gauche représentée au parlement. D’abord bien sûr la canaille social-traitre représentée par le fourbe Hollande – on se souvient que son slogan de campagne en 2012 était « mon ennemi c’est la finance » – non seulement il a introduit au gouvernement un malade mental comme Macron qui lui a ensuite pissé contre, mais il a initié des lois antisociales[2]. La gauche soi-disant radicale n’est pas moins responsable de ces dérives dans la mesure où elle s’est plus occupée de Gaza et de la lutte contre l’islamophobie que de la lutte des classes. 

Syndicats : les causes du désintérêt des salariés Français.

La CFDT, le syndicat jaune, porte-voix des intérêts du grand patronat a également joué un rôle décisif. Cette boutique qui a ses débuts était financée par la CIA et soutenue par le Vatican, a signé tous les accords voulu par le MEDEF. Ses anciens dirigeants finissant invariablement par pantoufler dans des planques bien rémunérées, proches du grand capital. Récemment cette canaille a signé un accord réduisant un peu plus les droits des travailleurs en ce qui concerne la rupture conventionnelle[3]. Mais si la CFDT est bien le syndicat du patronat, la CGT a aussi ses responsabilités, par exemple en se mobilisant plus facilement pour Gaza que pour les droits des travailleurs. La mollesse de sa direction incarnée par l’évanescente Sophie Binet, ne fait que prolonger les difficultés de ce syndicat à se mobiliser pour les luttes sociales. On se souvient de Philippe Martinez, dirigeant très mou de la CGT à cette époque, qui passait son temps à essayer de casser le mouvement des Gilets Jaunes en 2018 et 2019. Évidemment je ne confonds pas les syndiqués de la CGT ou de la CFDT avec leurs dirigeants. Ce sont ses derniers qui sont responsables du délitement de la combattivité des salariés par leur incapacité à organiser les luttes sociales. Il n’y a pourtant rien de scandaleux à compenser les pertes de salaire lorsqu’on est chômeur. À la fin mars 2025, seuls 46 % des inscrits à France Travail (des principales catégories, A, B ou C) ont effectivement perçu une indemnité. Et que, parmi eux, un sur deux a touché une allocation inférieure à 1 151 euros par mois (trois sur quatre moins de 1 512 euros), alors que le smic sur la période s’élevait à 1 426 euros net. Ce n’est donc pas ce que coûtent les chômeurs qui devrait être un problème pour la France. Pour mieux comprendre les orientations politique du financement du chômage, il faut comparer ce qu’il coûte – environ 45 milliards d’euros par an – aux subventions versées aux entreprises – au moins 211 milliards d’euros par an !   

SEB, l'historique des autocuiseurs attendu au tournant des influenceurs |  Les Echos

La dérive des conditions de travail en France est illustrée par la désindustrialisation massive du pays. Le groupe SEB envisage de supprimer et de délocaliser encore un peu plus d’emplois. Les dernières nouvelles nous disent que 2100 emplois allaient être détruits dans le monde, dont 500 en France, et qu’en outre, le département recherche serait massivement transférer dans les pays asiatiques[4]. Quand on annonce une perte de 500 emplois en France, comme on se trouve dans le secteur manufacturier, il faut certainement multiplier ce chiffre par 3 ou 4 pour comprendre que la disparition de ces emplois chez SEB va induire des pertes d’emplois liés dans les secteurs en amont et des pertes d’emplois indirects. Plus l’industrie est lourde et plus le multiplicateur d’emplois est fort. C’est d’ailleurs parce que l’Allemagne est plus industrialisée que la France qu’elle est plus sensible à l’effondrement de la conjoncture européenne, c’est-à-dire que ce pays s’est piégé lui-même par incompétence et arrogance en s’engageant stupidement du côté des Etats-Unis pour soutenir la guerre contre la Russie. Son économie est encore plus sensible que la notre à la rupture des relations directes avec la Russie. Les perspectives de croissance économiques en Allemagne sont maintenant négatives et inférieures à celles de la France ! Or l’économie de la France et par suite l’emploi, est lié à la dynamique économique de l’Allemagne. C’est en effet notre premier partenaire économique. La France paye deux fois sa participation à l’Union européenne, d’abord parce qu’elle suit aveuglément les directives européennes en matière de gestion des droits des travailleurs – ce qu’on appelle l’austérité – ensuite parce qu’elle subit les contrecoups de son intégration à la monnaie unique. Plus généralement ce qu’elle paye c’est la logique dite mondialiste de recherche une compétitivité illusoire d’avec les pays émergents qui font que le coût du travail, donc les droits des travailleurs, est la variable fondamentale de l’ajustement des politiques économiques.    

Il a manqué quelques millions d'euros et du temps pour sauver Brandt

Les pertes d’emplois dans le secteur industriel se multiplient, ce qui n’augure rien de bon pour l’année en cours. Depuis janvier, les annonces de suppressions de postes s’accumulent : 135 chez LISI, un fabricant de pièces automobiles, 350 chez le constructeur de volets roulants et de domotique Somfy, une centaine chez Hager, fabricant d’appareils électriques, une soixantaine chez le verrier Verallia… Une liste non exhaustive, à laquelle est venue se greffer, mercredi 25 février, l’annonce d’une restructuration chez le fabricant d’électroménager SEB, qui devrait affecter 500 emplois en France. Sans oublier la liquidation ou le dépôt de bilan retentissants intervenus entre fin 2025 et début 2026, ceux du fabricant d’électroménager Brandt, qui emploie 700 personnes à Orléans, et du verrier Arc, qui fait travailler 3 500 personnes dans le Pas-de-Calais. Notez que la liquidation de Brandt a été prononcée alors qu’il y avait un projet sérieux de reprise par une SCOP. Mais le tribunal de commerce ne veut pas que des salariés détiennent finalement une petite partie des moyens de production. Il préfère livrer la France à la production étrangère.



[1] https://www.publicsenat.fr/actualites/economie/un-cout-annuel-de-211-milliards-deuros-la-commission-denquete-du-senat-sur-les-aides-publiques-aux-entreprises-reclame-un-choc-de-transparence 

[2] Cette vieille crapule n’a pas été qu’un ennemi de la classe ouvrière, il s’est comporté également comme un des fers de lance de l’atlantisme pour encourager l’Ukraine au réarmement et à la guerre contre la Russie. Il fait donc partie de cette classe politique criminelle occidentale responsable de millions de morts en Ukraine, en Syrie et jusqu’en Libye. 

[3] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/25/ruptures-conventionnelles-accord-trouve-entre-le-patronat-et-la-cfdt_6668285_3234.html 

[4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/25/seb-envisage-jusqu-a-2-100-suppressions-de-postes-dont-500-en-france_6668185_3234.html

 

Les impasses de la guerre en Iran

  L’incendie de dépôts de carburant à Téhéran a plongé la ville dans la nuit   Les événements de ces jours derniers nous obligent un peu...