lundi 23 mars 2026

Quelques mots sur le second tour des municipales

 Municipales 2026 à Marseille : Benoît Payan résiste au RN

Benoit Payan réélu largement à Marseille 

Peu de chose à dire qui n’ont été dites après le premier tour. La première réflexion, et à mon sens la plus importante est l’échec cinglant de la stratégie du parti de Mélenchon. L’idée stupide de ce parti se déclinait en deux volets : obliger partout la gauche à s’aligner sur les positions de la FI, afin qu’en 2027 Mélenchon apparaisse comme le seul candidat de gauche capable de gagner contre le Rassemblement national., et donc ensuite de faire battre tous les candidats qui, à Marseille comme à Paris refusaient de se soumettre à sa loi. Quelques jours avant le scrutin, Mélenchon qui devient avec l’âge de plus gâteux, annonçait que les socialistes étaient très faciles à acheter, et donc qu’ils allaient en faire qu’une bouchée. De telles forfanteries rappellent Jean-Marie Le Pen vieillissant dans cette méthode singulière qui consiste à insulter tous ceux qui potentiellement pourraient voter pour vous ! Depuis que Mélenchon a retourné ce qui reste de son parti – les autres comme Kuzmanovic, Ruffin, Autain ou encore Corbières ont été voir ailleurs – vers un soutien à Gaza, à l’immigration et à une haine des blancs totalement débile, l’issue de cette ligne de conduite était tout à fait prévisible. Les « stratèges » de la FI se sont alors lancés dans une politique aussi dure que suicidaire. A Marseille le sinistre analphabète Delogu qui n’a pas arrêté d’insulter le maire sortant, a été contraint de se retirer du second tour, étant donné le très faible score réussi le 15 mars 2022. A Paris ce fut encore plus dur, Sophia Chikirou s’était objectivement alliée avec Dati lors du débat d’entre les deux tours pour casser du sucre sur le dos de Grégoire. Elle s’est maintenue, malgré son faible score. C’est pour elle et pour son parti un désastre. Payan et Grégoire ont donc été élus sans aller se donner chercher les voix de la FI. A Lille malgré la volonté là aussi de la FI de faire battre le maire sortant, celui-ci est réélu. Il est probable que ce parti s’en aille vers un destin groupusculaire, et se divisera après la défaite programmée de Mélenchon en 2027. 

Après la victoire d'Emmanuel Grégoire, le PSG en position de se faire  désirer - LA LETTRE

Emmanuel Grégoire élu brillamment à Paris 

A Lyon le cas est un petit peu différent. Gregory Doucet a été élu, malgré un bilan calamiteux, malgré des Insoumis sur sa liste. La raison en est essentiellement la bêtise de Jean-Michel Aulas qui pensait même pourvoir être élu au premier tour ! Il est apparu comme encore plus incompétent que Doucet ! C’est dire ! Certes la victoire de Doucet est assez courte, mais elle prouve surtout l’incompétence d’Aulas qui enrage et en mauvais perdant qu’il est, prétend à déposer un recours contre cette élection pour des fraudes. C’est la mode aujourd’hui depuis la défaite de Trump en 2020 que de dire qu’on a été volé ! Personne n’y croit vraiment. Cependant force est de constater que les candidats écologistes étaient à la peine. A Bordeaux Pierre Humic, le maire sortant qui avait construit une liste plurielle de gauche est battu de très peu, mais il est battu par un Thomas Cazenave qui amène le seul succès de ces élections municipales pour le parti macronien, en s’alliant avec un économiste de droite, particulièrement médiocre, libéral grand teint, Dessertine. A Strasbourg, la tambouille électorale a vu la renégate Trautman ravir la municipalité à la gauche, l’ancienne socialiste s’étant rallier opportunément à la droite d’Edouard Philippe pour battre la maire écologiste sortante Jeanne Barseghian qui elle aussi avait pris sur sa liste des Insoumis qui, décidément, portent la scoumoune électorale ! 

Municipales 2026 : à Lyon, Doucet revendique la victoire, Aulas annonce un  recours, la métropole bascule à droite | Les Echos

Gregory Doucet l’emporte de peu à Lyon 

Globalement le bilan de ces municipales est très mauvais pour la gauche qui perd de nombreuses villes importantes en sus de Bordeaux et de Strasbourg entre autres Issoudun, Brest, Clermont-Ferrand, Tulle où elle était implantée depuis des décennies et d’autres comme Poitiers, Besançon. Les écologistes payent un lourd tribut à cette déconfiture, et la FI ne peut guère se targuer de succès importants, en dehors de Roubaix, de Saint-Denis ou de Créteil. A Pau, l’union de la gauche en dehors de la FI met un terme à la trop longue carrière politique de l’improbable Bayrou. Le PCF prend la mairie de Nîmes dans une triangulaire et une situation plutôt paradoxale vu la situation délicate du maire sortant. Les triangulaires se sont multipliées, ce qui explique que de plus en plus de maires des villes grandes ou moyennes soient élus avec des scores relativement faibles. Si la droite conserve ses positions et même les améliore quelque peu, c’est tout de même le Rassemblement national qui est le vrai gagnant, c’est le parti qui progresse le plus. À Menton la candidature inénarrable du rejeton Sarkozy a fait un flop de grande dimension avec sa candidature de diversion, et la ville a été gagnée par le RN. Celui-ci capture de nombreuses villes dans le Sud-Est. Cependant, il échoue à Toulon, où on voyait Lavalette élue, à Marseille où la marche était tout de même plus haute, malgré une bonne campagne d’Allisio. La ville de Carcassonne bascule vers le RN et Alliot à Perpignan avait été réélu dès le premier tour. Ces résultats indiquent que l’idée du barrage contre le RN fonctionne certes de moins en moins, mais fonctionne encore. Cela indique clairement que Bardella, probable candidat à la présidentielle, aura bien du mal à battre un candidat de la droite ordinaire, européiste et affairiste, comme le sinistre Edouard Philippe qui a été réélu sans briller comme maire du Havre. Cela laisse prévoir une abstention record pour le deuxième tour des présidentielles en 2027. Personne ne croit que Mélenchon aura une chance d’accéder au second tour, mais sa défaite sera nécessaire pour que la gauche puisse retrouver un semblant d’unité. La gauche aura longtemps vécu sur les efforts de François Mitterrand, fin tacticien, pour créer l’unité de son camp. Mélenchon fait exactement l’inverse. 

Nice et Menton basculent à l'extrême droite... Ce qu'il faut retenir du  second tour des élections municipales dans les Alpes-Maritimes

Éric Ciotti élu à Nice 

La FI a remporté 7 villes importants, tandis que le Rassemblement national en remportait 61 ! Ce que la FI a gagné dans les banlieues, est bien moins important que ce qu’elle perd ailleurs. Le vote communautariste peut très bien engranger des succès locaux, il est insuffisant pour gagner au niveau national. La campagne que la FI a menée contre les autres partis de gauche, va laisser des traces profondes. Cependant les déconvenues de la gauche masquent assez bien l’éclatement de la droite. L’union des droites n’est pas pour demain. A Nice le Rassemblement national inaugurait une alliance avec l’UDR et cela aboutit à l’élection d’Éric Ciotti. Celle-ci était plutôt prévisible. En effet Christian Estrosi qui, il y a quelques temps encore, semblait indéboulonnable à Nice, avait choisi une tactique suicidaire en ralliant la droite macroniste, dans ce moment particulier où la cote du président de la République touchait véritablement le fond. Il était ainsi passé d’une alliance virtuelle au RN à un barrage sans issue sous l’égide du parti Horizon. Cette inconséquence sera chèrement payée dans une ville ou la droite fait tout de même plus de 80% des suffrages. Mais Nice est encore un cas particulier, un modèle qui sera difficile à exporter à l’échelon national.   

jeudi 19 mars 2026

Les guerres improbables et impopulaires de Donald Trump

 Trump déclare que "tout a été détruit" en Iran, mais ne propose pas de plan  de guerre clair

Donald Trump en bouffon le 3 mars 2026 

Emmanuel Todd disait il y a quelques jours que le monde retrouverait la paix après la défaite des Etats-Unis. C’est un point de vue sans doute un peu exagéré, mais qui reflète le fait que ce pays se lance depuis des années dans des guerres inconsidérées qu’il perd systématiquement. Joe Biden a perdu la guerre en Ukraine, et Trump est en train de perdre « sa guerre » en Iran. Malgré ses rodomontades Trump a bien du mal à masquer les difficultés de la guerre contre l’Iran. Il y a deux semaines encore, il avançait que l’US Army avait détruit tout ce qu’il y avait à détruire en Iran[1], sous-entendant par là deux choses, d’abord que la guerre contre les mollahs allait se terminer, ensuite que les Iraniens n’avaient plus les moyens de continuer le conflit. C’était juste une bouffonnerie, comme il en a l’habitude. C’était le 3 mars 2026. Depuis cette date la guerre continue. L’armée iranienne inflige des dégâts importants en Israël, malgré l’efficacité du Dôme de fer. Les Iraniens ont bloqué le détroit d’Ormuz, plongeant l’économie occidentale dans une incertitude dont elle aura bien du mal à sortir autrement que très diminuée. Les journalistes occidentaux avancent que c’est le monde entier qui va souffrir du rationnement pétrolier et gazier. C’est complètement faux. La Chine et l’Inde souffriront bien moins que les Européens du blocage du détroit d’Ormuz se fourniront en Russie – c’est déjà le cas d’ailleurs – et continueront leur expansion. Et la Russie, la grande gagnante de cette guerre – est en train d’engranger des bénéfices inattendus qui vont lui permettre de relancer son économie et de continuer la guerre en Ukraine sans problème. Même cette imbécile de Sylvie Kauffmann s’en est rendu compte pour s’en désoler et demander aux dirigeant européens de tenir bon dans la guerre contre la Russie. Elle pense cependant de travers et veut croire que cette guerre démontre la perte d’influence de la Russie en Iran où elle perdrait un allié précieux[2]. La Russie non seulement a rendu la Chine encore plus dépendante d’elle, mais elle aide l’Iran dans sa guerre que ce pays n’a pas encore perdue. 

Guerre en Iran : la menace d'un blocus iranien du détroit d'Ormuz fait  planer le risque d'un choc pétrolier et d'une confrontation navale -  ladepeche.fr

Les grands perdants de cette guerre sur le plan économique sont comme d’habitude les Européens, leurs dirigeants persistant à se raccrocher aux Etats-Unis et à refuser tout dialogue avec la Russie, bien que de nombreuses voix s’élèvent maintenant en Europe et plus particulièrement en Allemagne où les partis anti-européistes – souverainistes si on veut – dépassent dans les urnes et les intentions de vote les 40%, pour mettre un terme à cette imbécilité qui nous ruine littéralement. Le second perdant est probablement Israël. En effet, cette guerre voulue par Trump comme par Netanyahu, prouve la vulnérabilité d’Israël dans une guerre de haute intensité. Certes cette guerre n’a pas les mêmes objectifs pour les Etats-Unis et pour Israël. L’État hébreux sait depuis longtemps que le régime des mollahs est son plus dangereux ennemi, et bien entendu s’il était vaincu, cela serait un triomphe pour Netanyahu. Mais comme on s’en rend compte, le chemin de la victoire ne se dessine pas du tout, malgré les dégâts considérables infligés à l’ennemi. Si le régime des mollahs survit – ce qui est le plus probable – alors on pourra dire que c’est une défaite pour l’Occident et pour Israël. Les règlements de compte ne tarderont pas à suivre pour ce qui est de la responsabilité de Netanyahu dans le développement de ce conflit. Également on lui reprochera en Israël même sa conduite de la guerre à Gaza, comme les exactions des colons en Cisjordanie qui profitent de la guerre pour mener leur offensive contre les Palestiniens. De l’armée même, par la voix d’Eyal Zamir, se dessine aujourd’hui une critique de ce qui se passe en Cisjordanie[3]. « Nous avons constaté récemment une augmentation des actes criminels à caractère nationaliste, dont certains sont dirigés directement contre nos soldats et contre la population civile », a déclaré le chef de l’armée israélienne. C’est évidemment une condamnation indirecte de la politique de Netanyahu dans son alliance avec la droite dure pour se maintenir encore un peu au pouvoir. Cette critique interne à Israël a été relayée au Parlement par la députée Meirav Cohen qui reproche directement au gouvernement sa passivité face aux exactions des colons. Déjà qu’Israël a une très mauvaise image à l’échelle de la        planète, les choses ne s’arrangent pas. 

Tel-Aviv: les habitants évaluent les dégâts après une frappe iranienne qui  fait un mort

Frappe iranienne sur Tel Aviv, le 1er mars 2026 

Trump semble promis lui aussi au rôle de perdant. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il n’est pas arrivé à gagner la guerre contre l’Iran. Cette nouvelle défaite des Etats-Unis montre que ce pays n’est militairement pas très fort. Une des preuves de cette faiblesse est que Trump a voulu faire appel aux Européens qu’il insulte et menace en permanence, pour qu’ils l’aident à ouvrir le détroit d’Ormuz, preuve qu’il n’en a pas lui-même les moyens. Il en a même appelé aux Chinois ! Les Japonais qui achète maintenant du pétrole à la Russie s’est refusé à suivre lui aussi les Etats-Unis dans cette aventure. Mais personne n’a voulu y aller, même Macron cet imbécile, a dit qu’il allait sécuriser le détroit une fois la guerre terminée[4] ! Ce qui ressort de cette attitude de Trump, c’est bien que, au-delà de sa nécessité discutable, la guerre n’a pas été correctement préparée, non seulement le Pentagone avait mis en garde Trump, mais en outre celui-ci n’avait pas pris la peine de communiquer avec ses alliés qu’il prend pour des éternels laquais. Mais Macron est critiqué non seulement par Trump, ce dont il a l’habitude, mais également par l’Iran ! « Macron n’a pas prononcé un seul mot de condamnation à l’égard de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran », a déploré le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, accusant encore le président français de n’avoir « pas condamné Israël lorsque ce pays a fait sauter un dépôt de carburant à Téhéran ». 

On est toujours vivants, mais pour combien de temps ? » : les habitants du  sud du Liban redoutent une invasion israélienne

Beyrouth sous les bombes israéliennes 

Israël dans cette guerre qui embrase le Moyen-Orient, a ouvert un nouveau front au Liban, bombardant le sud de Beyrouth, et entamant une campagne terrestre dans le sud de ce malheureux pays. Le prétexte en serait l’activité du Hezbollah. Mais il y a quelques mois au moment de la guerre dite des douze jours, le gouvernement israélien prétendait en avoir terminé avec le Hezbollah. Il est difficile de dire presqu’en même temps qu’on a gagné contre le Hezbollah et que celui-ci représente une menace vitale. Une des deux propositions est manifestement fausse. Les dégâts sont considérables, et de larges populations sont contraintes à l’exode dans des conditions déplorables. Cette incursion des soldats israéliens au sud du Liban, montre également que les Israéliens et Donald Trump ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Même si l’objectif d’Israël est contestable, il est plus clair que celui des Etats-Unis : la politique de décapitation du Hezbollah et de l’Iran ayant visiblement échouée, il vise à affaiblir ses ennemis directs qui le menacent de le rayer de la carte depuis plus de quarante années. 

Manama, capitale du Bahreïn, a été l'un des endroits attaqués par l'Iran. 

Les pays du Golfe sont attaqués par l’Iran maintenant. En réalité c’est moins une hostilité contre ces pays qui motive les frappes iraniennes, que le fait que ces pays hébergent des bases militaires étatsuniennes, même si des infrastructures énergétiques sont violemment touchées. Ces pays ont accepté la tutelle militaire des Etats-Unis en pensant que cela les protégerait, mais ce n’est pas le cas, c’est même l’inverse. On sait que le Qatar et l’Arabie saoudite cherchent à se débarrasser de ces bases, mais que les Etats-Unis s’y refusent pour l’instant. Cependant si cela tourne mal, vraiment mal, il est probable que cela accélèrera la pression sur les Etats-Unis pour qu’ils évacuent leur pays. Parallèlement les États du Golfe s’arment massivement afin de retrouver une sorte d’autonomie par rapport à Washington. Malgré les déclarations des uns et des autres, ces pays ne sont pas près d’entrer en conflit ouvert avec l’Iran, même si cela arrangerait assez l’administration Trump. 

Les bases étasuniennes dans les pays du Golfe 

Aux Etats-Unis, les critiques contre la stratégie de Trump fusent de tous les côtés. On a rappelé évidemment le fait que Tulsi Gabbard avait à l’automne dernier avancé que l’Iran ne présentait aucun danger du point de vue nucléaire. Cette vérité a été rappelée par Joe Kent qui, en tant que responsable du Centre national de la lutte contre le terrorisme, National Counterterrorism Center, s’est désolidarisé de la position de Trump : « Je ne peux pas, en mon âme et conscience, soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons commencé cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain », a-t-il dit dans une lettre ouverte annonçant sa démission[5]. Joe Kent n’est pas n’importe qui, c’est un ancien militaire, un béret vert, qui a travaillé pour la CIA. Depuis sa lettre de démission, il semble qu’on ait mis au point des contrefeux. Une enquête aurait été ouverte contre lui par le FBI selon le New York Times[6]. Quoi qu’il en soit, les propos de Tulsi Gabbard ou de Joe Kent, ou encore de Tucker Carlson, laissent entendre que Donald Trump a suivi Israël dans cette aventure. Ce n’est peut-être pas une analyse juste, mais elle sème la division dans le camp MAGA. En tous les cas, il est à peu près certain que la stratégie de décapitation du régime iranien dite « coupez la tête du serpent » soit d’origine israélienne.  

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Poutine a ouvert une nouvelle voie pour sécuriser les livraisons de pétrole à la Chine en passant par l’Arctique 

Comme on le comprend les conséquences de cette fantaisie militaire sont désastreuses. L’axe Russie-Chine en sort renforcé, il apparait comme un pôle de stabilité  aujourd’hui, et le régime des mollahs n’est pas près de tomber. Israël est en difficulté, en Iran comme au Liban, tandis que les Etats-Unis ont bien peu d’issues positives pour se sortir du piège de l’enlisement.


[1] https://fr.euronews.com/2026/03/03/trump-declare-que-tout-a-ete-detruit-en-iran-mais-ne-propose-pas-de-plan-de-guerre-clair

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/12/guerre-en-iran-une-aubaine-et-un-cruel-revelateur-pour-vladimir-poutine_6670724_3232.html

[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/19/le-chef-d-etat-major-israelien-juge-les-attaques-des-colons-contre-les-civils-palestiniens-moralement-et-ethiquement-inacceptables_6672276_3210.html

[4] https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/defense/pas-partie-prenante-au-conflit-macron-confirme-que-la-france-n-interviendra-pas-dans-le-detroit-d-ormuz-sous-les-bombes-peut-etre-une-escorte-quand-ce-sera-plus-calme_AV-202603170672.html

[5] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/17/la-lettre-de-demission-de-joe-kent-du-centre-national-americain-de-lutte-contre-le-terrorisme-l-iran-ne-representait-aucune-menace-imminente-pour-notre-nation_6671750_3232.html

[6] https://www.nytimes.com/2026/03/18/us/politics/fbi-joe-kent-intelligence-leak.html?partner=slack&smid=sl-share

mardi 17 mars 2026

Des manœuvres de la FI à Marseille pour faire perdre Payan au retrait de Delogu

Ni fusion, ni retrait, Marseille lancé vers une quadrangulaire pour le  second tour des municipales

Manifestation de la FI contre Payan le 16 mars 2026 

C’est de la tambouille politicienne. La FI continue d’instrumentaliser le faux danger du « fascisme qui vient ». La mairie de Marseille est un des enjeux les plus importants au niveau national. Dans cette ville, après que Payan ait eu déposé ses listes à la préfecture pour le second tour, listes qui excluent une alliance avec le sinistre Delogu, la FI qui a eu de très mauvais résultats à Marseille pour le premier tour des municipales, bien en de ça de ses attentes, a tenté de susciter une manœuvre qui vise à faire perdre Payan dimanche prochain en envoyant ses troupes manifester devant la mairie. L’idée est assez simple, Payan se refusant à partager le pouvoir avec l’analphabète Delogu, celui-ci, certainement en suivant les consignes de Mélenchon, tente de le faire perdre en l’accusant par avance de la défaite face au Rassemblement national. L’idée générale est de tenter de démontrer que si la gauche ne passe pas sous les fourches caudines de la FI, elle n’a aucune chance de gagner quoi que ce soit. Les manifestants devant la mairie ne sont que la chair à canon de cette stratégie qui compte essentiellement sur l’idée vague du « fascisme qui vient » pour justifier de son existence. C’est une approche tout à fait cynique de la vie politique. 

Résultat du premier tour des municipale à Marseille 

Cette démarche semble vouée à l’échec. D’abord parce que cela fait des semaines et des semaines que l’analphabète Delogu passe sont temps à cracher son venin sur Payan, le disant corrompu – alors que c’est Delogu qui a des ennuis judiciaires[1] – et porteur d’un bilan minable. Seuls les électeurs de la gauche décervelée pourront croire à que le but de la FI est vraiment de faire barrage au fascisme. Ensuite, si on regarde bien les résultats du premier tour, Benoît Payan va sans doute gagner son pari. D’abord parce que Martine Vassal se maintenant pour le second tour, le Rassemblement national n’a aucune réserve de voix, contrairement à la gauche. Vassal ne veut pas que le RN prenne la mairie, mais il faut reconnaitre que si elle agissait autrement, elle se déconsidérerait encore un peu plus et cela entrainerait encore plus de report de voix sur la liste de Payan. Il est probable que les Républicains pensent que leur avenir est lié à un « containment » du RN. Ensuite parce qu’il est probable qu’une partie non négligeable des électeurs qui ont voté pour la FI vont se reporter sur le vote utile à gauche, histoire justement de faire barrage au « fascisme qui vient ». Marseille est évidemment une ville de première importance en France, c’est donc une sorte de test au niveau national. Un échec de Payan renforcerait mécaniquement le RN. Mais de façon symétrique, il donnerait quitus à la stratégie de la FI qui se veut incontournable à gauche, histoire de montrer que c’est elle qui organise la gauche autour de son poids et donc qui adoube elle-même ceux avec qui elle choisit de s’allier. C’est clairement du chantage. En outre Delogu et les stratèges de la FI sous-estiment le fait que Payan en tenant tête à ce chantage va rallier à lui une partie de l’électorat marseillais qui est lassée des palinodies islamophiles de la FI. Il va apparaitre comme un homme déterminé. Je connais personnellement des Marseillais qui voteront pour Payan exactement pour cette raison. Un succès de Payan le 22 mars, renforcerait l’idée que la gauche peut se reconstruire à plus ou moins long terme en isolant la FI de ses alliances. 

Municipales 2026 : un duel serré se profile à Marseille entre Benoît Payan  et Franck Allisio, selon notre sondage

Les sondages donnent raison à la stratégie de Payan, on voit clairement qu’il devrait bénéficier d’un report des voix aussi bien de la FI que de la droite pour faire pièce au Rassemblement national et que cela sera suffisant pour qu’il retrouve son fauteuil. Mais si les sondages donnent raison à cette stratégie sur le court terme, ils indiquent quelle sera la voie à suivre pour le long terme. A l’heure actuelle la gauche multiplie les alliances avec la Fi au cas par cas, contrairement au souhait de l’ubuesque François Hollande qui n’a jamais rien compris à la stratégie politique. C’est le cas à Lyon, ce qui va permettre à Doucet dont le bilan est calamiteux, de retrouver probablement son siège de maire. Mais ce n’est pas le cas à Paris, ni à Marseille comme on vient de le voir. Autrement dit ce n’est pas la FI qui choisit avec qui elle s’allie, mais c’est exactement l’inverse. La gauche en fait des supplétifs pour conserver ses sièges et ses mairies. La droite et les macroniens inventent dès lors un reniement des socialistes qui s’allieraient avec un parti antisémite. C’est de bonne guerre électorale, mais ce n’est pas tout à fait juste. Aussi bien parce que la Fi est plus diverse que ne le croient ses stratèges, que parce que la meilleure manière de contrer ce parti ça reste de l’envelopper et non pas de lui laisser le champ libre. Cette guerre des gauches a comme enjeu central celui de savoir si la FI sera ou non le parti de gauche auquel le reste de la gauche devra se rallier en 2027. Pour ma part je pense que ce pari est déjà perdu pour Mélenchon et qu’il est promis à la défaite aux prochaines présidentielles. Il peut y avoir des surprises bien sûr. Nous vérifierons dimanche 22 mars si mon analyse est juste ou non. En attendant, Delogu prend acte de sa défaite dans les urnes et face à l’intransigeance de Payan il se retire purement et simplement probablement sur l’ordre de sa hiérarchie qui craint qu’une défaite de Payan face à Allesio lui soit comptabilisée. Il a annoncé ça mardi matin, il ouvre ainsi un boulevard pour la réélection de Payan qui finalement sera facilitée par les palinodies de la FI.   

A Marseille, dimanche 15 mars 2026. - FRANCE KEYSER/MYOP POUR « LE MONDE »


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/08/l-enquete-visant-sebastien-delogu-pour-des-soupcons-de-liens-avec-le-narcotrafic-est-close-annonce-le-parquet_6665926_3224.html

lundi 16 mars 2026

Les résultats du premier tour des municipales

Évolution de l’abstention au premier tour des élections municipales 

Le premier résultat important de ces municipales est le haut niveau de l’abstention qui confirme la grande méfiance des Français face à la classe politique. Le passage ravageur de Macron et de son gang au pouvoir en est la cause première, mais elle n’est pas la seule. La seconde est la désunion de la gauche qui ne présente aucune perspective sérieuse nulle part. Cette désunion de la gauche a deux causes bien connues, d’abord les trahisons successives de ce qu’on appelle à tort la social-démocratie représentée par Hollande et son gang, ensuite la tactique suicidaire de la France Insoumise qui de partout vise à faire battre le PS et le PCF afin d’apparaitre comme la seule force politique à gauche pour 2027. Sans parler du fait que la FI présente des candidats qui ne sont pas présentables, comme Sébastien Delogu par exemple à Marseille, et qui fait que ce parti devient celui des pestiférés contre lequel ceux qui votent encore feront un barrage comme jadis on faisait barrage au Front National, la FI apparaissant à beaucoup maintenant comme le premier parti antisémite en France[1]. Le soutien de l’immigration massive, comme celui de la cause palestinienne ça ne paye pas sur le plan électoral, sauf dans des localisations dominées par des populations issues de l’immigration comme à Saint Denis où Bally Bagayoko est élu dès le premier tour. Cette décomposition de la gauche décervelée entraîne par contrecoup une hausse du score du Rassemblement National pour une élection où il n’était jusqu’ici pas très fort. Le résultat le plus important sur le plan de la tactique politique, c’est que ces municipales dévoilent clairement les intentions malignes du parti mélénchoniste qui travaille à détruire l’idée même d’union de la gauche, au moment même où l’union de la droite commence à prendre forme sous la houlette du Rassemblement National. Sur le plan comptable, c’est bien ce parti qui va enregistrer les meilleurs gains et les partis de droite et du centre les plus cruelles déconvenues. 

Les résultats parisiens sont très intéressants. Les sondages donnaient Rachida Dati à quatre points derrière Emmanuel Grégoire. Mais à l’arrivée, elle se retrouve à 12 points derrière, écart qu’il lui sera sans doute impossible à combler, même avec l’aide des candidatures ubuesques de Sarah Knafo qui sera qualifiée pour le second tour, et de Sophia Chikirou qui, sous les couleurs de la FI tentait de faire passer la mairie de Paris de la gauche à la droite. Grégoire est dans une position idéale pour éviter de pactiser avec Chikirou : si celle-ci se maintient, elle sera ridiculisée un peu plus, si elle se désiste sans compensation, elle reconnaitra son échec. Que Knafo soit qualifiée de justesse est une très mauvaise nouvelle pour Dati. En effet si elle fusionne avec elle, elle se déconsidère, et si Knafo se maintient, ce sera une large défaite. Cette élection parisienne est très atypique par rapport au reste de la France. D’abord parce que la gauche y est majoritaire alors que sa sociologie est très droitière, ensuite parce que le Rassemblement national y est quasiment inexistant. Cela semble être un résultat passager lié à la déconfiture simultanée des Républicains et du parti présidentiel dont tout le monde se détourne. Tout ce passe comme si nous étions dans une phase de décomposition ou de recomposition du paysage politique. Le Rassemblement National confirme son statut de premier parti électoral, c’est le résultat de sa dédiabolisation. Ce nouvel ancrage municipal lui sera fort utile pour les élections de 2027. David Rachline qui pourtant a des sacrées casseroles au cul, est réélu dès le premier tour à Saint-Raphaël, de même pour Louis Alliot à Perpignan. C’est clairement le parti dominant de la droite aujourd’hui. Autre grande ville importante, le Rassemblement National est en position de revenir à la tête de la ville de Toulon. D’une manière symétrique les Républicains et le soi-disant centre à la Macron, qui est une variante de la droite affairiste, connaissent des déconfitures importantes et visibles. Les élections sont, malgré les hauts et les bas de l’abstention, un système géré par la loi des vases communicants. Les électeurs qui veulent faire leur devoir se plient à cette règle, si la gauche et le centre les déçoit, alors ils se replient sur le vote pour le Rassemblement National ! 

Municipales 2026 : coup de tonnerre à Grenoble, Alain Carignon en tête – TG+

A Grenoble les turpitudes du maire Éric Piolle, officiellement écologiste, mais plutôt candidat du parti des immigrés et de l’insécurité, ont conduit la gauche à des difficultés. Il ne se représentait pas, tant son bilan était jugé catastrophique dans une ville très longtemps à gauche. Inattendu, Alain Carignon, candidat de la vieille droite corrompue et corruptrice, condamné à des lourdes années de prison pour avoir tapé dans la caisse, est arrivé en tête de ce scrutin. Cependant, il est très peu probable qu’il gagne le second tour, le réservoir des voix étant plus important à gauche qu’à droite. Les électeurs, du moins une partie d’entre eux, ont intégré le cynisme affiché des politiciens de profession. On n’hésite pas à voter pour des gangsters, même en sachant qu’ils sont corrompus jusqu’à la moelle. On a le cas à Aix-en-Provence avec la dynastie Joissains dont le père et la mère ont été lourdement condamnés, et dont la fille gère maintenant les affaires de cette ville riche, malgré les efforts de ces gens pour défigurer la vieille cité dans un affairisme immobilier assez terrifiant. Parmi les autres résultats spectaculaires, on note le probable retour de Catherine Trautman, ancienne maire de Strasbourg à la tête de la ville, vingt-cinq ans après son départ ! A Toulouse, même si rien n’est complètement joué et même si la gauche atteint sur le papier les 50%, il semble que Moudenc sera réélu, la raison en est simple, c’est que la liste de la FI est arrivée à gauche en tête ! Nous verrons bien dimanche prochain, si le barrage anti-Mélenchon fonctionne correctement. La gauche devrait tout aussi bien conserver les trois villes les plus importantes du pays, Paris, Lyon et Marseille. À Lyon la candidature d’Aulas s’est littéralement effondrée, il partait pourtant d’une confortable avance dans les sondages, au point que certaine le voyait élu dès le premier tour. Mais durant la campagne, il a démontré qu’il ne connaissait rien à rien et encore moins sur le reste. Autre résultat intéressant, à Nice, la gauche qui à la Libération dirigeait la ville, est devenue inexistante et le maire sortant, Christian Estrosi, est en passe de perdre son siège au profit d’Éric Ciotti. La cause est bien connue et facile à comprendre Estrosi en ralliant la macronie a été à contre-courant de l’histoire ! En Avignon, la politique forcenée de division poursuivie par la FI va sans doute permettre à la droite de conquérir la ville la semaine prochaine. C’est la même logique suicidaire de la FI, qu’à Marseille ou même qu’à Aix-en-Provence. 


On peut considérer que la stratégie folle de la FI est d'ores et déjà un échec dans la perspective des élections de l'année prochaine. En effet dans toutes les grandes villes sont listes sont en recul par rapport aux précédentes élections, européennes et présidentielles. ce qui confirme notre diagnostic : plus la FI parie sur le vote communautariste, plus elle met en difficulté l'ensemble de la gauche, et plus elle diminue ses chances de bien figurer à la présidentielle de 2027 et aux législatives qui suivront probablement. en se coupant volontairement du reste de la gauche, elle devient le boulet dont il fait se débarrasser en priorité, et moins elle peut prétendre à rassembler qui de ce soit autour de son projet, surtout si on pense que pour gagner il faut rassembler au moins un petit peu au-delà de son camp. Or Mélenchon et son gang font exactement l'inverse ! 

André Santini, avant et après son hospitalisation 

Petite anecdote, à Issy-les Moulineaux, c’est le mort-vivant André Santini qui va sans doute décrocher un neuvième mandat de maire, en faisant campagne depuis son lit d’hôpital. Il a 85 ans, accusé d’agressions sexuelles et de prévarication. Mais rien n’y fait les électeurs sont une race indécrottable, ils voteront pour lui, certes pas en masse, mais suffisamment pour le voir réélu. Il est maire de cette ville depuis près de 50 ans, et président du Syndicat des eaux d’Ile-de-France depuis presqu’autant – à ce titre il s’opposera à une gestion publique de l’eau qui pourtant serait moins coûteuse pour les ménages. Mais il en veut encore, mourir à son poste est sa passion. C’est un politicien affairiste ordinaire.


[1] Voir LFI - Anatomie d'une perversion, éd. David Reinharc, 2026, sous la direction de Pierre-André Taguieff.

jeudi 12 mars 2026

Les impasses de la guerre en Iran

 En direct – Guerre au Moyen-Orient : des dépôts de carburant en feu  plongent Téhéran dans la nuit, en plein jour - Le Soir

L’incendie de dépôts de carburant à Téhéran a plongé la ville dans la nuit 

Les événements de ces jours derniers nous obligent un peu malgré nous à discuter de la guerre en Iran. Ce n’est pas drôle du tout, d’abord évidemment pour les civils qui prennent des bombes sur la gueule, mais aussi pour le monde entier qui se retrouve face à une nouvelle crise économique qui va être délicate à gérer. Tout le monde a compris qu’au-delà des morts nombreux, civils et militaires, qui vont être décomptés, c’est bien de nos existences matérielles qu’il s’agit. De même l’extension de la guerre aux pays voisins, de la Turquie aux pays du Golfe renforce l’incertitude politique et économique à l’échelle planétaire. On se rend compte cependant que peu d’analystes donnent un point de vue satisfaisant. En effet si on peut considérer que les Etats-Unis et Israël sont bien les agresseurs, et que cette agression a été décidée alors même que des négociations étaient en cours, on se saurait pour autant laver le régime des mollahs de toute responsabilité dans ce conflit. C’est un régime en effet indéfendable de tous les points de vue qu’on se place, aussi bien sur le plan interne – c’est bien une dictature et une répression des femmes en particulier – que sur le plan externe – c’est une menace directe pour la survie d’Israël. Mais cela n’épuise pas le sujet, une cause plus ou moins juste ne dispense pas de réfléchir avant de se lancer dans cette aventure. Deux points sont à mettre en avant : quels sont les buts de guerre des Etats-Unis et d’Israël ? cette guerre a-t-elle été sérieusement pensée ? 

Des responsables religieux prient pour Trump dans le Bureau ovale

Trump priant dans son bureau avec des pasteurs pour que la guerre se passe bien pour lui ! 

Le premier point est que les Etats-Unis et Israël n’ont pas les mêmes objectifs dans ce conflit. Mettons de côté évidemment le fait que Trump comme Netanyahu joue son avenir politique. Une défaite, voire même une demi-victoire mettrait fin à leur carrière et risquerait même d’entrainer des poursuites sur le plan judiciaire. Trump a déclenché ce conflit de haute intensité sans demander son avis au Congrès et encore moins à l’ONU. Il se trouve donc dans une situation différente des deux guerres en Irak. De ces deux points de vue, c’est une guerre illégale. On a beau dire que le droit international c’est une notion dépassée, mais cela contera pour faire sortir de l’impunité quelqu’un comme Trump. Mais quels sont ses buts de guerre ? Ils sont apparemment à géométrie variable. Trump nous dit qu’en décapitant le régime, il va remplacer lui-même la direction de ce pays, nommer qui il veut. Puis maintenant il nous dit qu’il pourrait s’accommoder comme au Venezuela d’un régime des mollahs qui ferait semblant de rengracier sur quelques points plus ou moins importants. Israël, même représenté par Netanyahu, considère globalement que l’Iran est son pire ennemi, et il est vrai que ce pays le menace depuis près de cinquante ans de disparition, qu’en outre il arme les groupes terroristes, et on sait que le 7 octobre 2023 a été planifié depuis Téhéran. 

Prix des carburants. Où trouver les stations essence les moins chères près  de chez vous ?

Si le prix du baril est légèrement redescendu, à la pompe l’essence continue de flamber ! 

Tout cela suffit-il à justifier le déclenchement d’une guerre ? Bien entendu, cette guerre a déjà comme conséquence directement le renchérissement du coût de l’énergie. On le voit déjà avec la hausse des prix à la pompe. Les compagnies pétrolières vont s’enrichir un peu plus, vendant leur ancien stock à des prix prohibitifs, dignes d’un racket. Mais les Russes vont également gagner beaucoup d’argent, les Chinois et les Indiens vont devoir se retourner vers l’énergie russe, puisqu’il va leur être impossible de se fournir en Iran. Il y a quelques jours encore, on avançait bêtement que le bas prix du pétrole allait ruiner la Russie et la priver de recettes fiscales pour financer la guerre en Ukraine. C’est un point sur lequel les commentateurs sérieux s’accordent : la Russie est, quel que soit l’issue de cette guerre, le grand gagnant. C’est même ce qu’a avancé l’ineffable président du Conseil européen : « Jusqu'à présent, il n'y a qu'un seul vainqueur dans cette guerre : la Russie. Elle fragilise progressivement la position de l'Ukraine en bafouant le droit international. La hausse des prix de l'énergie lui permet de financer sa guerre contre l'Ukraine. Elle profite du détournement de moyens militaires qui auraient pu être déployés pour soutenir l'Ukraine. Enfin, elle bénéficie du désintérêt croissant pour le front ukrainien, le conflit au Moyen-Orient occupant le devant de la scène »[1].C’est d’ailleurs pourquoi Zelensky s’est fait remarquer en avançant qu’il allait envoyer ses soldats pour aider Trump à gagner la guerre contre l’Iran[2]. Mais il sous-estime combien cette guerre contre l’Iran est impopulaire en Occident, mêmes si les mollahs sont particulièrement détestés. Poutine a déclaré lundi que la Russie était prête à approvisionner les pays européens en pétrole et en gaz, à condition qu’on trouve un chemin vers une « collaboration durable et stable » avec les États européens. Lors d’une réunion gouvernementale sur le marché des hydrocarbures, il a affirmé : « Nous sommes prêts à travailler avec les Européens, mais nous avons besoin de signes indiquant qu’ils sont prêts et désireux. » Cela veut dire qu’il faut d’abord en finir avec la guerre en Ukraine. C’est pourtant la voix de la sagesse si l’économie européenne ne veut pas sombrer définitivement. Le monde dans sa folie russophobe qui lui tient lieu de boussole quel que soit le sujet, pense que la guerre de Trump démontre que la Russie perd de son influence, chassée qu’elle serait à court terme du Moyen Orient. Mais c’est anticiper la victoire de Trump sur les mollahs, ce qui est loin d’être évident, et c’est également sous-estimer l’aide que la Chine et la Russie offrent à l’Iran en matière de renseignement satellitaires. Par effet de miroir, l’Union européenne est comme d’habitude le grand perdant de ce nouveau conflit car c’est la partie du monde la plus sensible à sa dépendance énergétique. Von der Leyen et la plupart des dirigeants européens, dont Merz et Macron, se sont précipités pour faire allégeance à Trump, vieux réflexe de soumission d’une valetaille qui a été élevée en batterie de l’autre côté de l’Atlantique. 

 

Qu’on soit d’accord ou non avec le déclenchement de cette guerre, il semble bien que les Etats-Unis ne l’aient pas préparée sérieusement, contrairement aux mollahs. La résilience de l’armée iranienne par drones et missiles interposés, laisse entendre que les Etats-Unis et Israël, s’ils peuvent infliger des dégâts considérables à l’Iran, n’ont pas les moyens matériels de gagner cette guerre en remplaçant le régime. Beaucoup de militaires de haut rang aux Etats-Unis ont pointé l’insuffisance des stocks de munitions[3]. Il semble que les Etats-Unis ne veuillent pas envoyer des troupes au sol. Mais sans cela on ne voit pas comment le régime des mollahs pourrait tomber. Si finalement Trump se décidait pour envoyer des troupes en Iran, il s’engagerait pour longtemps dans une guerre dure et impopulaire.  Les supplétifs des Etats-Unis se sont montrés eux aussi très maladroits. Voici Macron qui nous dit que sa guerre sera seulement défensive. Que peut défendre la France dans le Golfe persique ? Starmer aussi est entré dans le jeu de la guerre, mais on s’est aperçu que la marine britannique, jadis la meilleure du monde, n’avait même pas les moyens d’escorter son porte-avions[4] ! La question était : la Royal Navy va-t-elle demander l’aide de la France pour escorter son porte avion ? C’est l’objet d’un scandale énorme au Royaume Uni.

La Royal navy va-t-elle demander de l'aide à la marine française pour  escorter son porte-avions au Moyen-Orient ?

Une des impasses de la guerre menée contre le régime des mollahs est que celui-ci a encore de très nombreux soutiens. Et ceux-là non seulement ne veulent pas être libérés par la soldatesque étatsunienne, mais ils sont prêts à se battre longtemps pour défendre leur patrie. C’est un tort quoi qu’on pense par ailleurs que de présenter l’Iran comme si la population dans son entier subissait un régime qui ne lui convient pas. Il faut le répéter, l’Iran est un pays très divisé, et un noyau très solide défend ce régime que les médias occidentaux présentent comme une horreur absolue. Bien évidemment une large partie de la population est aussi très opposée au régime dictatorial des mollahs. Mais les plus farouches opposants sont en exil à l’étranger, ce qui ne facilite certainement pas une révolte ouverte à Téhéran, cette révolte que Trump souhaiterait voir prendre le pouvoir. On a vu ce que ça avait donné au mois de janvier 2026 : un bain de sang, des milliers de personnes tuées. C’est d’ailleurs parce que ce mouvement de janvier n’a pas abouti, alors qu’il était soutenu par Trump, que celui-ci s’est décidé à attaquer ce pays. Sans doute a -t-il pensé que ces émeutes spectaculaires avaient durablement affaibli le pays dans ses capacités à répondre à une attaque. Cela semble être une vraie faute politique. 

Des drapeaux iraniens et des portraits du nouveau guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, lors d'un rassemblement de soutien à Téhéran, le 9 mars 2026

Le 9 mars 2026, les soutiens du régime manifestaient à Téhéran 

La stratégie choisie par les Etats-Unis et Israël a été de décapiter les têtes du régime, à la fois pour espérer susciter une révolte intérieure puissante, et pour susciter éventuellement une lutte des clans pour mieux diviser le pouvoir. Jacques Baud rappelait que c’était toujours une mauvaise stratégie, parce que les services secrets israéliens connaissent très bien les hiérarques du système, et que les remplaçants seront plus difficiles à cerner et à localiser[5]. En outre, il semble bien que cette tactique ait produit le résultat inverse, en soudant un peu plus les soutiens du régime des mollahs. Le nouveau guide suprême a été visé, puis on a annoncé qu’il avait été tué. Mais cela s’est révélé faux, Mojtaba Khameini semble être toujours vivant[6]. Les médias français se sont précipités tout de suite pour avancer que le nouveau guide suprême était mort, comme si c’était vrai. Rapporter ce genre de fausse nouvelle sans vraiment la vérifier c’est confondre propagande et information. Car même si on est pour l’effondrement du régime des mollahs, on ne voit pas en quoi rapporter ce genre de fausse information l’aide en quoi que ce soit. Les journalistes se discréditent totalement en faisant comme s’ils anticipaient une forme de victoire des Etats-Unis pour maintenir le moral des citoyens comme soutien, alors que celle-ci a bien du mal à se dessiner sur le terrain. Ce nouveau dirigeant a la réputation d’être un dur du régime, et donc en tuant son père considéré comme modéré on n’a probablement rien gagné. On incrimine souvent les services secrets israéliens, mais en réalité ce ne sont pas eux qui ont décidé de cette tactique à courte vue, mais plutôt les politiques, soit l’entourage de Netanyahu, comme pour les ratés du 7 octobre 2023 où il semble bien que les politiques n’aient pas voulu tenir compte des alertes des services de renseignements. que ce soit en Israël ou aux Etats-Unis, on sait qu’il y a des divergences sur la conduite à tenir, mais ces divergences sont d’ordre politique avant tout et ne repose pas sur la défaillance des systèmes de renseignements. Aux Etats-Unis on présente souvent le Pentagone comme très divisé dont une large partie hostile à la politique guerrière tous azimuts de Trump. D’ailleurs dans toutes les dernières guerres menées par les Etats-Unis, de l’Afghanistan à l’Iran en passant par l’Irak et la Libye, ont été des fiascos militaires ruineux, essentiellement parce qu’elles n’avaient pas d’objectifs politiques très clairs. Ce n’est pas une défaillance militaire au fond, mais une défaillance essentiellement politique, la classe dirigeante étant pressée d’avoir des résultats n’arrive pas à concevoir clairement l’avenir. 

En Iran, un nouveau guide suprême : à peine nommé, déjà ciblé

Tout cela n’est pas très certain, mais, une fois de plus, il ne faut guère compter sur les médias occidentaux et particulièrement français pour nous aider à comprendre ce qui se passe vraiment. Le journal Le monde, le leader en matière de désinformation en France, ne parle presque pas des dégâts que les drones iraniens ont infligés en Israël et dans les pays du golfe. Également ils parlent des bombardements iraniens, mais sans préciser que ce que ceux-ci visent ce sont avant tout les systèmes américains de radars qui aident les bombardements. On doit faire avec des nouvelles collectées à droite et à gauche, et essayer d’évacuer les extravagances propagandistes des uns et des autres. Pour les uns l’Iran n’en a plus pour longtemps et les Etats-Unis vont écraser l’Iran, quitte à faire des centaines de milliers de morts. Pour les autres, c’est au contraire les Etats-Unis et Israël qui ne peuvent plus suivre cette étrange compétition. Certains avancent que le nouveau chef suprême a été tué, d’autres qu’au contraire, Netanyahu a été touché sérieusement et que son frère a été tué. Ces nouvelles qui trainent sur la toile, se sont révélées pour l’instant fausses. Ces contradictions directement perceptibles montrent pour le moins que l’issue de cette guerre est très incertaine et que de se faire une opinion circonstanciée n’est pas si facile que cela. Les témoignages des Iraniens présentés dans les médias occidentaux sont uniquement ceux des opposants, et on a peut d’exemple d’Iraniens qui seraient des soutiens du régime. On a vu ça aussi avec l’Ukraine, les seuls Russes et Ukrainiens interrogés sur les médias de grand chemin en Occident, sont seulement ceux qui sont opposés à Poutine ou ceux qui approuvent la politique militaire de Zelensky.


[1] https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/03/10/speech-by-president-antonio-costa-at-the-eu-ambassadors-conference-2026/

[2] https://actu.orange.fr/videos/france/guerre-au-moyen-orient-volodymyr-zelensky-propose-l-aide-de-l-ukraine-aux-pays-du-golfe-pour-combattre-les-drones-iraniens-shahed-CNT000002nKZm0.html

[3] https://lignesdedefense.ouest-france.fr/les-etats-unis-et-leurs-allies-israeliens-consomment-des-munitions-a-un-rythme-accelere-qui-inquiete-deja-a-washington/

[4] https://www.meretmarine.com/fr/defense/chypre-la-royal-navy-incapable-d-envoyer-un-batiment-au-pied-leve

[5] https://www.youtube.com/watch?v=93Bzt2KUF_U Dans cette interview, Jacques Baud soutient que les services secrets israéliens ne connaissent pas très bien l’Iran. Cela me semble douteux, et surtout il confond la connaissance intime du pays avec la prise de décision politique qui conduit la stratégie militaire.

[6] https://www.lefigaro.fr/international/guerre-au-moyen-orient-le-nouveau-guide-supreme-mojtaba-khamenei-est-sain-et-sauf-malgre-ses-blessures-selon-le-fils-du-president-iranien-20260311

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