Le titre de cet ouvrage rappelle les beaux temps de la Guerre froide quand il s’agissait de désigner le communisme et donc derrière la Russie qui dominait l’URSS, comme l’ennemi à abattre. Frédéric Martel est de ces gens qui ont traficoté dans les ambassades, ou dans les planques ici et là qui sont financé par le gouvernement français au motif de faire la promotion de la France à l’étranger. Il est, depuis 2020, professeur en économies créatives, ça c’est quelque chose que j’ai bien du mal à imaginer ! Il a eu beaucoup de succès avec Sodoma, publié en 2019 chez Laffont, un ouvrage sur l’homosexualité au Vatican ! Militant pour la communauté homosexuelle à laquelle il appartient, cela n’est pas étonnant. L’homosexualité est son obsession, même Rimbaud sous sa plume devient essentiellement un homosexuel contrarié[1] ! En 2006, il avait publié De la culture en Amérique chez Gallimard. Un gros ouvrage à la gloire des Etats-Unis et de la forme marchande qui a été le plus développée dans ce pays. Il admirait ce modèle. C’était cependant un ouvrage intéressant, mais il péchait par le fait de ne pas faire le lien avec le soft power de ce pays. C’est un individu bien-pensant, oscillant entre Michel Rocard et Macron sur le plan politique, adoptant la posture de l’homosexuel militant, ce conformisme lui a ouvert bien des portes. D’ailleurs pour faire la promotion de son livre, il est invité dans toutes les rédactions, de France culture à Cnews, en passant par BFMTV, RMC et par France Inter et bien sûr toute la presse de la droite cosmopolite, L’express, Le point, Le Figaro etc. ! Dans le temps c’étaient les fascistes, les vrais, qui défendaient l’Occident et ses valeurs. Aujourd’hui c’est le confusionniste Martel qui s’y colle. Voici sa « méthode » : « En écoutant ceux qui ne pensent pas comme nous, je crois que nous pouvons aussi découvrir qui nous sommes, écrit-il dans l'introduction, notre identité apparaît et nous saisissons mieux ce que “valent” nos valeurs. Au fond, j'aimerais ici inverser la perspective : expliquer “l'Occident” par la haine qu'il suscite. » Autrement dit, l’Occident serait la victime inconsidérée d’une haine injustifiée ! C’est sans surprise que Le monde a consacré un dossier de plusieurs pages au livre de Martel, encore que ce dossier mette en avant les lacunes nombreuses du gros livre, plus de 600 pages, de Martel.
L’ICE aux Etats-Unis dans un État de droit sème le chaos
Résumons, en gros les ennemis de l’Occident sont ceux qui ne pensent pas comme lui, qui sont hostiles à la mondialisation heureuse, qui sont nationalistes et qui se réfère à la tradition au lieu de se réclamer du progrès sous toutes ses formes. Il y a deux sortes d’ennemis de l’Occident selon Martel, ceux de l’extérieur, Poutine qu’il voudrait mettre en prison, la Chine, Cuba, et ceux de l’intérieur ! Trump, Orban, Sarkozy, etc. autrement dit il renverse le discours habituel des Etats-Unis du temps de la Guerre froide pour lesquels il y avait les ennemis de l’extérieur qu’on présentait comme en expansion, presqu’à nos frontières, et les ennemis de l’intérieur, globalement rangés sous le nom de « rouges » ou de « communistes » ! Il voudrait donc un Occident qui sur le plan de la morale soit compatible avec ses idées personnelles. Il passe donc complètement à côté de son sujet parce qu’il ne se pose pas la question de savoir pourquoi l’Occident – en fait les Etats-Unis principalement – est autant détesté. Les pays qui détestent l’Occident global ne deviennent sous sa plume qu’un ensemble de jaloux qui sont à la traine aussi bien sur le plan économique que sur le plan de la morale. Mais en réalité si les pays non-occidentaux détestent l’Occident global, c’est pour deux raisons essentielles : d’abord parce que l’Occident n’a existé et n’existe encore que par les guerres qu’il a entreprises sur toute la surface de la planète, et ensuite parce que ces guerres lui ont permis d’exploiter ces mêmes pays, la Chine n’a pas oublié les guerres de l’opium. C’est le sens de la Guerre en Ukraine provoquée par les Etats-Unis consciemment afin d’affaiblir et de démanteler la fédération de Russie, ou encore de la guerre que les Etats-Unis et Israël ont déclaré à l’Iran. Comment voulez-vous que ces gens qui ont subi les agressions et les mensonges des Etats-Unis pendant des siècles aiment l’Occident ? Comment voulez-vous que les Cubains qui subissent un blocus illégal et honteux depuis plus de soixante années aiment les États-Unis ? Mais Martel pense que ces ennemis de l’extérieur nous attaquent parce qu’ils sont ennemis de notre civilisation, la preuve ? Ils sont hostiles aux homosexuels et aux organisations qui les soutiennent ! En vérité ce qui inquiète le malheureux Martel qui s’accroche comme el lierre au tronc à l’idée nébuleuse d’un État de droit qui n’a jamais existé, c’est l’effacement progressif de l’idée selon laquelle nous avançons vers un pouvoir hors sol, supranational, concocté par des experts qui disent le droit et qui disent le bien, autrement dit, un pouvoir qui considère qu’il n’y a qu’une manière de faire civilisation ! Et que cette manière est celle de l’Occident sous tutelle des penseurs progressistes anglo-saxons du XIXème siècle.
Pour Martel, Bannon et Trump sont les ennemis de l’intérieur
Si l’Occident par la voix de Martel s’inquiète de ses ennemis, c’est aussi parce que son hégémonie est remise en cause, et que sur le plan militaire la suprématie des Etats-Unis est elle aussi remise en question par les guerres qu’ils ont déclenchées ces dernières décennies. Le sens de la démondialisation à l’œuvre est en fait un refus de la vassalisation de nombreux pays vis-à-vis des Etats-Unis. Les Européens acceptent cette vassalisation, à leur détriment d’ailleurs, mais les pays émergents comme la Chine, la Russie et quelques autres ont maintenant les moyens de la refuser. Martel qui a des capacités intellectuelles assez limitées n’arrive pas à comprendre cela. Je vais donner juste un exemple à cet individu qui se targue de comprendre les choses de la culture et de sa marchandisation : le cinéma étatsunien qui était jusqu’à encore quelques années dominant en termes de part de marché, est maintenant dépassé par le cinéma asiatique ! C’est donc bien l’Occident qui est en régression aussi bien sur le plan économique que civilisationnel. Il est assez comique de voir Martel dénoncer les liens entre Mélenchon et Chavez qui l’aurait financé, tandis qu’il reste muet sur l’enlèvement illégal du président Maduro par les troupes de Donal Trump. C’est choquant, même si comme moi on est opposé à Mélenchon et ses frasques. Le financement permanent des coups d’État dans les pays étrangers sont aussi la marque d’un pays qui n’a de la démocratie que le nom. Mais si les Etats-Unis sont intervenus contre la Russie et contre la Chine, démontrant par là leur peu de goût pour la démocratie, l’inverse n'est pas vrai. Les bases de l’OTAN entourent la Russie, l’inverse n'est pas vrai.
Les rues misérables de la
Havane
Martel s’en prend aux Européens qui ont soutenu la dictature à Cuba. Ce sont ses ennemis de l’intérieur de « gauche » si je puis dire. Mais en réalité il n’est pas besoin de soutenir la dictature castriste et sa suite pour comprendre que le blocus étatsunien qui n’a aucun fondement légal – je dis ça pour Martel qui est du moins en paroles un adepte de l’État de droit – est un crime contre les Cubains eux-mêmes, comme les sanctions contre l’Iran si elles n’ont pas permis de renverser le régime des mollahs, ont par contre contribué à martyriser tout un peuple. Trump, incapable de gagner la guerre contre l’Iran, menace quotidiennement de renverser le régime cubain. Il est très probable que si les Etats-Unis n’avaient pas martyrisé les Cubains et les Iraniens, ces pays se seraient développés plus naturellement et certainement évoluer vers des changements décisifs. C’est exactement ce qui s’est passé d’ailleurs en Russie et en Chine où sans qu’on soit dans une démocratie, les libertés individuelles ont accompagné clairement le développement économique. Certes Martel n’est pas trumpiste, mais les menaces contre Cuba sont récurrentes de la part des Etats-Unis depuis plus de soixante ans. N’est-ce pas une bonne raison de détester les Etats-Unis ? Mais la « méthode » de Martel ne lui permet pas de comprendre cela, autrement dit il regarde par le petit bout de la lorgnette, sans même se rendre compte que dans les pays occidentaux la démocratie non seulement n’a jamais existé, mais qu’en plus les libertés individuelles s’étiolent. Il faut voir comment l’Union européenne sanctionne les voix dissidentes sur la question ukrainienne, il faut voir comment cette structure bureaucratique qui ressemble de plus en plus à l’URSS dans ses derniers moments, met en place un contrôle numérique sur les réseaux sociaux.
Poutine l’autre obsession de
Martel
Poutine est l’autre obsession de Martel. Selon lui, on devrait le mettre en prison. Dire que Martel ne comprend rien à la Russie est un euphémisme, même dans le dossier que Le monde a consacré généreusement à son livre, le russophobe Benoît Quénelle le dit. Martel fait comme si Poutine non seulement était seul à gouverner, mais qu’en outre il ne développerait qu’un modèle de pensée hégémonique pour faire la guerre à l’Europe et ses « valeurs » fameuses. Martel consacre plus de cent pages à Alexandre Douguine, comme si ce dernier avait une réelle importance dans les orientations politiques et stratégiques de la Russie. Ça frise carrément l’imbécilité puisqu’un peu plus loin il l’admet. Mais cela ne l’empêche pas de se donner le rôle d’un juge en écrivant : « Les idées nationales-socialistes, c'est-à-dire fascistes, d'Alexandre Douguine n'ont jamais vraiment compté, et pas davantage celles de Kirill ou des autres idéologues de Poutine qui tous, devraient finir leurs jours en prison — en compagnie du dictateur russe. » Ces lignes sont dignes du Père Ubu ! Tous ceux qui pensent et agissent différemment de la doxa occidentale sont des « fascistes » ! C’est un peu court, car non seulement Martel n’est pas armé intellectuellement pour juger de qui est fasciste et de qui ne l’est pas, ce mot valise servant à tout et à n’importe quoi, mais en plus si cela justifie le soutien stupide de l’Occident au gang de Kiev, cela n’ouvre aucune perspective pour l’avenir.
Joshua Wong, dissident hongkongais,
emprisonné
Il nous sert sans surprise le même discours à propos de la Chine. Je ne vais pas faire l’apologie du régime chinois, cependant il faut reconnaitre qu’avec la Russie la Chine est le pays qui s’est le plus développé au monde ces vingt-cinq dernières années. Tandis que l’Europe stagnait et que le PIB par tête augmentait de 150% aux Etats-Unis, celui de la Chine progressait de 1000% et celui de la Russie de 750%. C’est ce qui explique sans doute que le peuple chinois, comme le peuple russe soutient son président, tandis qu’en Occident aucun dirigeant n’arrive à 50% de satisfaction, Trump c’est 35%, Meloni également, Starmer c’est 20%, Merz et Macron 17%. Poutine dans le même temps a le soutien de 72% des Russes ! Dans ces conditions on se demande de quelle démocratie on parle quand on oppose l’Occident à ces pays soi-disant non-démocratiques ! Il faut croire que la démocratie pour Martel ce n’est pas que les dirigeants d’un pays soient en phase avec leur peuple, mais seulement qu’elle protège les minorités agissantes qu’elles soient LGBTQ+, ou politiquement dissidentes, souvent financées par des ONG ou des think tanks qui ne sont qu’un faux nez pour imposer des révolutions de couleur de l’Ukraine à la Géorgie – encore que là cela a échoué – ou de la Syrie à l’Algérie. Tout cela n’a pas empêché la montée en puissance de la Russie et de la Chine sur le plan économique et militaire. Un élément important pour ce qui concerne la Chine est le suivant. Il y a encore vingt ou trente ans, les Etats-Unis arrivaient à attirer contre espèces sonnantes et trébuchantes des chercheurs chinois au fort potentiel, et ceux-ci ne désiraient pas rentrer dans leur pays. C’est exactement l’inverse qui se passe aujourd’hui, les chercheurs chinois restent dans leur pays et beaucoup de Chinois de la diaspora y reviennent. Et quand les Chinois choisissent aujourd’hui d’immigrer pour respirer un peu plus de liberté, ils prennent la destination de Moscou où la vie leur semble bonne !
Le livre est d’une médiocrité affligeante, justement parce qu’il regarde les choses par le petit bout de la lorgnette. Martel est tellement borné qu’il croit qu’en Occident existe la démocratie. Certes elle n’existe pas en Russie ou en Chine, nous l’admettons, mais elle n’existe pas plus en Occident. Et le système occidental fonctionne avec beaucoup moins d’efficacité que les systèmes russe et chinois. C’est bien cette méthode d’investigation qui pose problème, il s’est contenté de rencontrer ici et là une poignée de citoyens, confondant l’esprit des minorités avec l’esprit d’un peuple. Il surestime donc l’importance de ces témoignages qu’il a recueillis, nous dit-il, pendant huit ans[2]. Non seulement ils ne sont pas représentatifs de quoi que ce soit, mais en outre, mais ces huit dernières années il s’est passé beaucoup de choses, à commencé par l’organisation des BRICS qui va en s’élargissant et en s’approfondissant, et puis la défaite militaire de l’Occident en Afghanistan, en Ukraine et maintenant en Iran. Ce travail relève plus de la propagande et de la volonté de se rassurer quand l’Occident – et plus encore l’Europe – se trouve dans un chaos total, que d’une étude sérieuse. Martel veut défendre « nos valeurs », sans trop savoir ce qu’elles sont vraiment : sont-elles celles de Trump, celles de Mélenchon, ou encore celles de Macron ? On n’en sait rien. Ce que Martel ne comprend pas c’est d’un pays a besoin d’une certaine stabilité et de savoir où il va. Ce qu’arrivent finalement très bien à produire aussi bien les régimes chinois et russe, et ce qu’est incapable de donner aussi bien Trump que l’Union européenne. Si Poutine est populaire dans son pays c’est parce qu’il a insufflé une dynamique forte à la Russie tandis que l’Occident se plongeait dans la décomposition aussi bien de l’économie que de sa culture. J’ai passé volontiers sur l’idée un peu juste sur le plan intellectuel qui consiste à parler d’Occidents avec un « s » plutôt que d’Occident. Ce distinguo est stupide parce qu’il méconnait ou feint de méconnaitre que les Etats-Unis ont été les maitres des orientations économiques, culturelles et politiques de ses pays vassaux.
[1] En
2021 il a publié un recueil des principales citations et fragments de Rimbaud,
suivi par Le Rainbow, dictionnaire homo-érotique des mots à
caractère homosexuel présents dans l’œuvre.
[2] Ce
constat que je fais est d’ailleurs partagé par les journalistes du Monde qui
ont fait la recension du livre.