mercredi 4 mars 2026

L’extension de la guerre au Moyen Orient et ses conséquences

 

L’attaque sournoise des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran en pleines négociations a maintenant des conséquences planétaires. C’est-à-dire que les pays du monde entier sont forcés de s’aligner, et pas seulement en parole. Macron, Merz et Starmer se sont évidemment précipités pour dénoncer l’Iran ! Dans un communiqué des plus délirants les trois imbéciles ont condamné le fait que les Iraniens aient osé riposter. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les pays de la région. L’Iran doit s’abstenir de frappes militaires indiscriminées. » Et d’ajouter : « Nous appelons à la reprise des négociations et exhortons les dirigeants iraniens à rechercher une solution négociée. » Ces trois vieux moutons qui de temps en temps font semblant de critiquer Trump font comme si les Iraniens avaient quitté la table des négociations, ce qui est une inversion de la réalité. En outre on ne comprend pas que dans une guerre le pays agressé n’aurait pas le droit de se défendre. Les mensonges de ces trois supplétifs de l’hégémon étatsunien sont pathétiques. Évidemment quand les Iraniens attaquent des pays voisins, ce n’est pas une attaque de ces pays en tant que telle, mais une attaque sur des bases américaines installées de longue date dans ces pays. Évidemment on sait parfaitement que le régime des mollahs est criminel, ce n’est pas la peine de le répéter, mais l’attaque de l’Occident, puisque maintenant un certain nombre de pays européens s’engagent aux côtés des Etats-Unis, n’est pas menée pour chasser ce régime honni, mais pour le détruire un maximum en espérant que cela déclenchera une guerre civile et que les Etats-Unis pourront y placer un de leurs hommes de paille à sa tête, Reza Palhavi peut être, Trump affirmant que c’est lui qui choisirait parmi plusieurs candidats ! 

L'Espagne appelle à une désescalade des tensions au Moyen-Orient et  soutient une solution "diplomatique" en IranPedro Sanchez ne veut pas s’impliquer contre l’Iran 

Le premier ministre espagnol a lui refuser de s’engager derrière les Etats-Unis. Il appelle à une solution négociée. Il refuse que les bases espagnoles soient utilisées par les Etats-Unis pour mener cette guerre. Le ministre des affaires étrangères espagnol a indiqué que les Etats-Unis n’avaient pas prévenus son pays de l’imminence de cette attaque[1]. Macron et ses deux acolytes avaient d’ailleurs dit la même chose, les Etats-Unis ne les ont pas tenus au courant, ce qui ne les empêchent pas par ailleurs de montrer leur allégeance, allégeance répétée par Jean-Noël Barrot le 3 mars 2026, prenant prétexte de la présence de militaires français dans les pays du Golfe[2]. Notez que ces trois sinistres imbéciles sont les trois dirigeants européens les plus détestés dans leur propre pays. Les Européens apparaissent comme profondément divisés sur cette question, comme sur les autres d’ailleurs. La Meloni qui sait que la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est très impopulaire dans son pays, s’est faite assez discrète, mais elle a publié un communiqué faux-cul où elle donne à la fois raison à Trump indiquant que les négociations avaient échouées – ce qui est un mensonge éhonté – mais en même temps en appelant à la désescalade. Von der Leyen et le président Costa représentant l’Union européenne ont clairement approuvé eux aussi la guerre déclenchée par Trump. Merz qui est toujours à contretemps a avancé le 3 mars 2026 : « Et nous espérons que les armées israélienne et américaine prennent les mesures qui s’imposent pour mettre fin à cette situation et mettre en place un nouveau gouvernement qui rétablisse la paix et la liberté », comme s’il croyait sérieusement à un changement de régime par la grâce des Étatsuniens et des Israéliens. Ce n’est pas une surprise et cela confirme la non autonomie des Européistes. Les dirigeants deviennent les promoteurs du parti de la guerre que ce soit en Ukraine, avec le coût astronomique qu’on supporte ou au Moyen Orient où on endosse des querelles qui ne sont pas les nôtres. Déjà le prix de l’énergie va augmenter radicalement, privant l’économie européenne de gaz liquéfié. Or celle-ci s’est privée stupidement de l’énergie russe. Elle subira la double peine, tandis que le prix du baril de pétrole augmentant fortement, cela va renflouer un peu plus les caisses de l’État russe, augmentant ses possibilités de financement de la guerre contre l’Ukraine. Curieusement c’est la Russie de Poutine qui apparait comme le grand gagnant de cette guerre décidée par Trump. On remarque que la Chine et l’Inde vont encore être plus dépendantes de l’énergie russe, alors qu’il y a quelques mois encore on avançait que la Russie était de plus en plus dépendante de la Chine et l’Inde pour continuer son effort de guerre contre l’OTAN en Ukraine. 

 Dissuasion nucléaire : comment l'Europe a accueilli le discours d'Emmanuel  Macron - Le Parisien            Macron tentant de vendre notre défense nucléaire le 2 mars 2026 

Mais il y a sans doute plus grave pour nous Français. Prenant le prétexte de la guerre en Iran Macron a tenté de faire avancer son idée moisie d’une défense européiste, comme une nouvelle forme de fédéralisme. Il a fait un long discours alambiqué comme il sait en faire pour dire qu’il allait augmenter, le nombre de têtes nucléaires détenues par la France, mais surtout partager notre arsenal nucléaire avec le reste de l’Europe[3]. Cette position présente plusieurs risques : d’abord c’est une dilution évidente de notre souveraineté. Il a parlé d’une « dissuasion avancée », ce qui ne veut rien dire, mais qui masque la volonté d’une Europe de la défense fédérale. Or cette défense fédéralisée tomberait directement sous la coupe de l’Allemagne qui est le pays le plus puissant d’’Europe et le pays qui a placé le plus de pions dans les instances de direction de l’Union européenne. En outre c’est le pays qui ambitionne de construire une armée qui serait la plus puissante du monde ! C’est évidemment une rupture de la conception gaulliste de l’arme nucléaire. Évidemment il ne faut pas être bien malin pour comprendre que le but de Macron n’a rien à voir avec la guerre en Iran, mais tout probablement avec le fait que Macron, en fin de mandat, va chercher à se faire élire président de l’Union européenne ! Il sous-estime évidemment le fait qu’il est non seulement impopulaire en France, mais aussi dans la plupart des pays européens, notamment en Allemagne ! Macron verrait bien sans doute l’idée de laisser le leadership économique à l’Allemagne, et France conserverait le leadership militaire. Dans un discours menaçant le monde entier, il a avancé qu’il allait ordonner une multiplication des têtes nucléaires, ajoutant : « Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat si puissant soit-il ne pourrait s’y soustraire et aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait ». Évidemment les idiots du journal Le monde, armés de leur russophobie native, se réjouissent de cet esprit va-t-en-guerre. Les Allemands ont fait savoir que cette position débile convenait parfaitement à leurs intérêts. On ne le dit pas assez, mais Macron et son gang sont bel et bien le parti de l’étranger et la ruine pour notre pays.   

Les attaques lancées en Iran par Donald Trump vues par la presse américaine  : « Une erreur impériale et irréfléchie »

La presse étatsunienne n’est pas tendre avec Trump 

Trump est en train de devenir impopulaire dans son pays, certes, il n’en est pas encore au niveau des Européens décervelés, mais 60% des étatsuniens désapprouvent ses guerres tous azimuts et ce chiffre montera encore si le nombre des soldats se font tuer pour l’Iran. Aux USA la presse est bien plus sévère que la presse française, elle condamne massivement cette intervention et la dénonce justement comme étant intervenue au milieu des négociations qui semble-t-il avaient des chances d’aboutir. L’accent est mis sur les justifications erratiques et les buts de guerre. Trump a parlé du nucléaire iranien, puis des missiles balistiques, il a parlé d’un changement de régime dans ce pays initié par lui, il a avancé qu’il n’enverrait pas de soldats sur le terrain, se contentant de bombarder le pays de très haut. Mais aujourd’hui personne ne sait quelles sont ses intentions – ou celle du Pentagone. Il semble maintenant qu’il se contenterait d’une inflexion du régime iranien comme pour le Venezuela, son Secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a fait entendre le même son de cloche : « ce n’est pas ce qu’on appelle une guerre de changement de régime mais le régime a bien changé ». Aux Etats-Unis personne ne croit à un changement de régime, et surtout, on commence à faire un parallèle avec les désastreuses aventures en Afghanistan qui se sont soldées par un retrait misérable, retrait d’ailleurs dénoncé en son temps par Trump lui-même pour rabaisser la politique agressive de Biden[4].  Aux Etats-Unis on commence d’ailleurs à parler des soldats qui risquent leur vie pour un but des plus opaques. Peu parient sur un succès pour Trump. On observe aussi bien des manifestations qui soutiennent un changement de régime en Iran, ce sont souvent des Iraniens en exil, mais aussi des manifestations contre la guerre de Trump. C’est encore un nouveau sujet qui va diviser un peu plus les Etats-Unis. Je crois qu’il faut bien distinguer les buts de guerre d’Israël de ceux des Etats-Unis. Les Israéliens depuis longtemps considèrent que l’Iran des mollahs est leur pire ennemi pour des raisons de sécurité. Les Etats-Unis cherchent principalement à remodeler le Moyen Orient pour leur profit. 

Frappes en Iran: au moins 85 morts dans une école du sud du pays, selon les  médias d'État 

100 morts dans une école détruite par un bombardement en Iran 

En attendant la guerre fait de nombreux morts au milieu d’un peuple qu’on prétend libérer. Plus de 500 selon les sources iraniennes au 2 mars 2026. Du côté étatsunien, on compte 6 soldats tués. En Israël on dénombre aussi une dizaine de morts. Le conflit s’étend maintenant au Liban où Israël avance avoir frappé des sites du Hezbollah, en réponse à des tirs de missiles[5], à Beyrouth se sont des dizaines de morts supplémentaires. La Russie et la Chine qui sont plus ou moins alliés avec l’Iran ont bien sûr condamné ces attaques. Mais ces pays ne semblent guère vouloir s’insérer dans un élargissement dangereux du conflit. Autrement dit, celui-ci, s’il se régionalise, n’ira pas au-delà du Moyen Orient. Même les pays du Golfe, touché par les frappes iraniennes ne semblent pas disposés à rentrer ouvertement en guerre. Pour l’Occident l’opinion est divisée, d’un côté on déteste, et à juste titre, le régime des mollahs, mais de l’autre on ne soutient pas non plus – à part quelques imbéciles et les Iraniens exilés – la guerre de Trump. Une question qui commence à agiter la presse est de savoir si en représailles l’Iran aura l’opportunité de lancer des opérations terroristes en Europe et aux Etats-Unis. 

Guerre en Iran : la grande incertitude stratégique de Trump et Netanyahou

Trump a fait le pari hasardeux qu’avec Israël il gagnerait la guerre rapidement. C’est le même pari qui a été fait quand on a cru il y a quelques mois que les Iraniens se révolteraient et renverseraient le pouvoir des mollahs. Cela a seulement abouti à un bain de sang. Mais si le régime iranien tient bon, il sera le grand perdant de ce conflit. Or cette défaite de Trump aurait des lourdes conséquences. La première est qu’il perdrait les élections des midterms. La seconde est qu’il risque un procès et peut-être même la prison pour avoir engagé la guerre sans en référer au Congrès. La troisième est peut-être encore la plus grave. Cette défaite qui remettrait en question la relation privilégiée entre les Etats-Unis et Israël affaiblirait un peu plus l’État hébreux à la fois sur le plan politique et sur le plan militaire, et ce serait aussi la fin de Netanyahu. Une défaite de Trump entrainerait aussi mécaniquement un renforcement de l’Iran et un affaiblissement aussi des États du Golfe. Cela serait un nouveau désastre pour l’Occident après celui de la guerre en Ukraine. Un autre point très important est que les Etats-Unis ont profité des négociations en cours avec l’Iran pour préparer et lancer une action militaire de grande envergure. Ce qui va donner pour longtemps l’image d’un pays essentiellement fourbe. C’est la deuxième fois que les Etats-Unis et plus largement le camp occidental rompent les règles de la diplomatie. La première fois c’était en 2022, quand ils ont profité des négociations d’Istamboul pour préparer une contre-attaque en Ukraine. Sans parler des accords de Minsk qui selon Merkel et Hollande n’étaient pas destinés à être appliqués, mais seulement à permettre de réorganiser et de réarmer l’Ukraine avant de repartir à l’assaut de la Russie. Trump cependant semble commencer à vouloir faire machine arrière. On le sait amateur des opérations spectaculaires qui ont un effet immédiat sur l’opinion. Lors de sa conférence de presse du 3 mars 2026, il a affirmé que toutes forces armées de l’Iran avaient été détruites, comme s’il avait atteint son but ! C’est un nouveau mensonge. Quoi qu’il en soit, il apparait évident que cette nouvelle guerre n’a pas été correctement préparée, justement parce qu’elle n’avait pas pour objectif de durer.  



[1] https://www.aa.com.tr/fr/monde/l-espagne-affirme-que-les-%C3%A9tats-unis-n-ont-pas-utilis%C3%A9-et-n-utiliseront-pas-de-bases-sur-son-sol-pour-frapper-l-iran/3846859

[2] https://www.ouest-france.fr/monde/iran/guerre-au-moyen-orient-la-france-prepare-des-affretements-de-vols-pour-les-plus-vulnerables-dit-jean-noel-barrot-c025beac-16d2-11f1-97f1-526ef9f97286

[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/03/la-dissuasion-nucleaire-francaise-fait-un-grand-pas-vers-l-europe_6669308_3210.html 

[4] https://edition.cnn.com/2026/03/03/politics/analysis-trump-iran-war-outcomes

[5] https://www.leparisien.fr/international/israel/une-salve-de-missiles-et-un-essaim-de-drones-israel-bombarde-le-liban-apres-des-tirs-du-hezbollah-02-03-2026-NIKZYVEEQFAVDPN5XWTGF3EE74.php

dimanche 1 mars 2026

La guerre avec l’Iran est commencée

  

Soyons clairs, ce n’est pas parce que l’Iran a un régime politique pourri, que celui qui l’attaque est bien meilleur et respectable. Il y a quelques mois Donald Trump disait qu’il méritait le prix Nobel de la paix, c’est raté. Il aura celui de la guerre certainement. Il avait vendu sa dernière campagne présidentielle sur le thème America First, reprochant à Joe Biden d’avoir déclenché des guerres un peu partout, et principalement en Ukraine. Donc les Etats-Unis avec les Israéliens bombardent l’Iran et disent que ce sera une guerre longue. Une guerre longe, cela veut dire des morts. Je vous rassure tout de suite, je ne suis pas un soutien du régime des ayatollahs. C’est même l’inverse, et en mon temps j’ai dénoncé les imbéciles qui, comme Michel Foucault, se réjouissaient de l’arrivée de Khomeiny au pouvoir. Mais la question principale est celle-ci : qui a chargé Donald Trump de faire la police au Moyen Orient ? Ça rhétorique est simple, voire simplette. L’Iran fabriquerait des armes nucléaires qui menaceraient directement la sécurité des Etats-Unis. Ils exigent donc le démantèlement de ce pseudo-arsenal et demandent en outre un changement de régime. Ça nous rappelle les débuts de la guerre en Irak quand on nous racontait que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive et que le menteur Colin Powell présentait une fiole avec rien dedans pour dire qu’il en avait la preuve. Pour ce mensonge criminel qui finalement fit probablement plus d’un million de morts du côté irakien et qui ruina ce pays pour de longues années. Cette intervention de Colin Powell le menteur avait pour but de rallier à lui les valets de l’impérialisme étatsunien, avec en tête Tony Blair qui représentait le Royaume Uni comme supplétif des ambitions des USA. Bush couvrait cela en disant que le régime de Saddam Hussein était inhumain pour laisser croire que son pays avait aussi un cœur et se souciait des peuples qu’il entendait « libérer ». Tulsi Gabbard elle-même, directrice du renseignement national, a dit et répété qu’il n’y avait aucune chance que les Iraniens possèdent l’arme nucléaire, des propos qui contredisaient évidemment la rhétorique guerrière de Trump[1]. La plupart des observateurs avançaient d’ailleurs que de nombreuses avancées dans les négociations avaient eu lieu, notamment l’Iran acceptait de se débarrasser de son stock d’uranium enrichi[2]. Mais justement il semble bien que les Etats-Unis et Israël pour des raisons politiques de survie de leurs dirigeants ne voulaient pas que ces négociations aboutissent. Outre la duplicité naturelle des Etats-Unis dans les négociations diplomatiques, il semble que la véritable raison du déclenchement de cette nouvelle guerre doive être recherchée dans la posture de Trump qui prépare les élections de midterms et dans celle de Netanyahu qui sait très bien qu’il devra rendre des comptes pour l’ensemble de sa politique erronée, sans parler des procès pour corruption qui le guette. Mais les Israéliens sont soudés au moins dans la désignation de l’Iran comme leur principal ennemi. Trump et Netanyahu sont tous les deux à la recherche d’une victoire. Cependant, il semble bien que celle-ci ait été mal préparée. On comprend qu’ils aient été pressés dans le temps parce que si les négociations aboutissaient, alors ils devaient changer de discours et admettre qu’ils s’étaient trompés, ce qui politiquement est une très mauvaise chose. Bien sûr cette démarche est ruineuse sur le plan humain, matériel et économique. 

Les sales guerres de Colin Powell | Solidaire

Colin Powell mentant effrontément devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003 

La catastrophique guerre en Irak n’a rien enseigné aux Étasuniens. Rien n’a changé depuis ce fiasco occidental. Trump le menteur nous dit qu’il veut aider le peuple iranien à se débarrasser d’un tyran, et que l’Iran posséderait un arsenal iranien. Selon les expertises les plus récentes, les Iraniens ne posséderaient rien du tout qui puisse ressembler à un arsenal nucléaire. Quant aux Iraniens eux-mêmes, il est clair que les Etats-Unis ne les considèrent qu’au mieux comme une masse de manœuvre qui pourrait les aider à prendre le pouvoir en Iran. Ce qui a changé par contre est que maintenant les fourbes Étatsuniens ne recherchent même pas le vernis d’une caution onusienne pour agir. Macron qui n’en rate pas une a dès le début des bombardements diffusé un communiqué faux-cul où il semblait justifier l’attaque des Etats-Unis sur l’Iran, tout en appelant à la désescalade. Mais quoi qu’on pense des ayatollahs et de leur régime pourri, il est clair que ce sont les Etats-Unis qui ont déclenché la guerre. « Le régime iranien doit comprendre qu’il n’a désormais plus d’autre option que d’engager une négociation de bonne foi pour mettre un terme à son programme nucléaire et balistique comme à ses actions de déstabilisation régionale", a dit macron, estimant que la parole doit être rendue au peuple iranien, le plus tôt sera le mieux » Il demande donc à l’Iran de se soumettre au dictat des bombardements, et il sous-entend aussi que seuls les Iraniens menaient des négociations de mauvaise foi ! Mais il semble bien que ce soit le contraire et que les Etats-Unis faisaient trainer les négociations, le temps de rapatrier leur arsenal en Méditerranée. Autrement dit les Etats-Unis ont sciemment déclenché une guerre en plein milieu des négociations diplomatiques. Qui pourrait croire encore à la parole de Donald Trump ou des Etats-Unis ? Pour donner une mesure de l’imbécilité des militaires étatsuniens, rappelons que cette opération militaire est appelée Epic Fury – soit en français fureur épique ! Ajoutons que la première responsabilité de la guerre aujourd’hui c’est bien Trump, c’est lui en effet qui avait dans le cours de son premier mandat déchirer les accords auxquels était parvenu la présidence d’Obama. Ces accords stipulaient qu’en échange d’un contrôle plus sévère sur la filière nucléaire iranienne, l’Iran sortirait des sanctions qui étranglent le pays. Et on peut se demander si justement le projet des faucons de Washington n’est pas plutôt d’étrangler ce pays pour s’en approprier les ressources pétrolières, que l’apaisement sur le plan de la sécurité des nations. Il ne faut pas oublier que l’Iran est plus ou moins allié avec la Russie et la Chine, et que de laisser prospérer ce pays c’est renforcer indirectement l’axe Moscou-Pékin. En accablant l’Iran de sanctions qui le ruine, cela ne peut entraîner que le chaos. Il est donc exclu de croire que derrière l’action étatsunienne se profile une logique humanitaire. A mon sens le meilleur moyen de faire évoluer le régime pourri des mollahs serait de le laisser prospérer justement en échange d’un contrôle plus strict de l’activité iranienne dans le nucléaire. 

De la fumée s'élève après une explosion à Manama, au Bahreïn, samedi 28 février après des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran.

Frappe iranienne sur Barhein 

Ces bombardements qui ont commencé à faire des morts civils en Iran, ont déclenché en retour des frappes iraniennes sur les pays du Golfe où se trouvent positionnées des bases militaires étatsuniennes, et il semblerait qu’il y ait déjà des militaires étatsuniens tués. Rappelons que les Etats-Unis sont le seul pays au monde à disposer de près d’un millier de bases militaires sur l’ensemble de la planète. Il ne faut pas s’étonner qu’il s’en serve ! C’est sans doute cette situation qui fait que ce pays est le plus dangereux du monde car il pense en permanence qu’il peut se passer de négociations diplomatiques. L’ONU qui ne sert à rien, a demandé qu’une réunion du Conseil de sécurité se réunisse samedi 28 février à New York, illustrant le proverbe fameux, quand l’âne est sorti on ferme la porte ! Bien évidemment ce régime qui a menacé régulièrement de rayer Israël de la carte, ne peut pas être aimé de l’État hébreux. Mais celui-ci n’aurait pas participer à une telle opération de décapitation du régime sans l’aval de Trump. Le président des Etats-Unis a menacé – il ne sait faire que ça – l’Iran de frapper ce malheureux pays « avec une force qui n’a jamais été vue avant ». On ne sait pas trop ce que ça veut dire. Veut-il utiliser une bombe nucléaire ? Prétend-il envoyer des troupes au sol ? Ça sent le baratin du marchand de voitures d’occasion, et ça s’adresse plutôt aux médias occidentaux qu’aux dirigeants iraniens eux-mêmes. 

A Doha, le 1ᵉʳ mars 2026, au matin.

Frappe iranienne sur Doha, le 1er mars 

La stratégie de décapitation du régime, probablement pensée par les Israéliens semble avoir fonctionné. On a annoncé la mort du chef de l’État Ali Khameini. Parmi les victimes des frappes sur l’Iran figurent le chef d’état-major des forces armées, le général Abdolrahim Moussavi ; le commandant en chef des gardiens de la révolution, le général Mohammad Pakpour ; l’amiral Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême et secrétaire du Conseil de défense, ainsi que le ministre de la défense, le général Aziz Nasirzadeh. Pourtant, il ne semble pas que cela sera suffisant pour opérer un changement de régime. Le 28 février les soutiens du régime manifestaient massivement à Téhéran, laissant peu d’espoir pour une révolution interne qui amènerait un régime plus favorable aux intérêts d’Israël et des Etats-Unis. Si les buts d’Israël sont assez clairs, se débarrasser d’un régime qui les menace de destruction à ses portes, ceux des Etats-Unis semblent bien moins clairs. Trump veut-il mettre la main sur le pétrole iranien ? C’est probable, mais comment espère-t-il y arriver ? L’Iran n’est pas le Venezuela, ni même l’Irak de Saddam Hussein que les menteurs étatsuniens nous vendaient à l’époque comme la deuxième armée la plus puissante au monde. C’est un plus gros morceau. Certes de nombreux pays, notamment les pays du Golfe, ont eux aussi un intérêt à voir ce régime tomber, mais que feront-ils pour cela ? Les Etats-Unis ont-ils aujourd’hui les moyens d’envoyer des troupes au sol pour s’emparer eux-mêmes du pouvoir ? Reza Palhavi est sorti de son trou pour dire qu’il était près à assumer le pouvoir dans l’indifférence générale des Iraniens. Les médias français l’ont présenté comme le premier opposant au régime des mollahs, c’est un mensonge, un peu comme quand on essaie de vendre l’idée moisie selon laquelle Navalny en Russie est très craint par Poutine. En vérité il ne pourra accéder au pouvoir qu’à la condition que les Etats-Unis l’amènent dans leurs valises. Pour le peuple iranien, il ne représente pas grand-chose, cela est certain. 

A Téhéran, le 1ᵉʳmars 2026.

À Téhéran les soutiens du régime des ayatollahs se rassemblent par milliers 

Évidemment si la guerre en Iran dure encore longtemps cela aura de lourdes conséquences. D’abord parce que cela risque de faire des victimes du côté étatsunien, et donc nuire à de bons résultats pour Trump et son parti aux élections de midterms. Ensuite parce que les Etats-Unis ne pourront pas tenir tous les fronts. Déjà ils devront s’occuper un peu moins de l’Ukraine dont ils aident en sous-main le régime à tenir encore un peu face à l’armée russe, les Etats-Unis ne pourront plus livrer des missiles Patriot pour la défense de l’Ukraine par exemple. Ensuite les Iraniens ayant bloquer le détroit d’Ormuz, cela va être un problème pour les fournitures de pétrole à l’Occident. Que feront les Russes et les Chinois qui sont alliés avec l’Iran si le conflit dure et s’enlise ? Jusqu’ici il semble que la protection d’Israël, dite Dôme de fer, ait fonctionné de façon relativement satisfaisante. Mais rien ne dit que cette protection sera sur le long terme suffisante pour éviter un grand nombre de victimes. La Guerre de 12 jours de 2025 si elle a entraîné une répression sanglante des Iraniens qui ont manifesté contre les ayatollahs, elle n’a pas déstabilisé pour autant le régime, et n’a pas mené une guerre civile qui aurait finalement renversé ce pouvoir. Parier sur un changement de régime à l’issue d’une guerre courte parait très audacieux. Scott Ritter pense que ce plan a déjà échoué, et que les Etats-Unis n’ont pas assez de munitions pour poursuivre une guerre longue contre l’Iran[3]. Dès lors la question se pose de savoir si cette nouvelle guerre a été correctement pensée par les Etats-Unis et Israël. La guerre des 12 jours avait déjà été un échec, même si elle avait abouti à affaiblir le régime iranien. Il ne suffit pas de dire que le régime des ayatollahs est mauvais pour que cela justifie une intervention militaire contre lui, surtout si cette intervention n’aboutit pas à une victoire flagrante, c’est-à-dire dans les jours sui viennent. Mais si on ne peut pas compter sur un changement de régime dans le court terme, il est possible que Trump présente cette opération comme une victoire si de nouvelles négociations s’ouvrent.   

Les équipes de recherche sur le site de la frappe iranienne à Bet Shemesh (Israël), le 1ᵉʳ mars 2026.

Une frappe iranienne à Bet Shemesh en Israël, le 1ᵉʳ mars 2026 a fait au moins 9 morts 

Pour ceux qui doutaient encore que Rima Hassan était une agente de l’islamisme radical, voici la réflexion qu’elle a partagé sur son compte X. elle ne s’embarrasse pas d’analyse et de subtilités pour traiter les Israéliens, soit des Juifs, comme des sous-individus, des dhimmis. Les islamistes en effet ne supportent pas que les Juifs puissent avoir une existence et un État à eux.  « L’Iran a le droit de se défendre et Israël le droit de la fermer », avec cette élégance qui la caractérise.


[1] https://www.lefigaro.fr/international/je-m-en-fiche-de-ce-qu-elle-dit-donald-trump-contredit-sa-cheffe-du-renseignement-sur-le-programme-nucleaire-iranien-20250617

[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/01/iran-l-attaque-israelo-americaine-enterre-les-negociations-sur-le-dossier-nucleaire-alors-que-des-progres-venaient-d-etre-realises_6668757_3210.html

[3] https://www.youtube.com/watch?v=Pq_lK5dXexY Dans cette interview Scott Ritter pense que Trump à cause de cette guerre perdra les midterms dans les grandes largeurs, mais qu’en outre il sera destitué et condamné !

 

jeudi 26 février 2026

La dégradation de la situation des salariés en 2026

 

Parmi les sujets nombreux de préoccupation des Français il y a le pouvoir d’achat et donc l’emploi qui se dégrade inexorablement. Macron avait promis le plein-emploi pour la fin de son mandat, on en est très loin. L’idée stupide qu’il avait avancée, était de dire que trop de contraintes et de charges pesaient sur l’embauche, et donc il avait mis en œuvre le CICE puis pérennisé celui-ci sous la forme d’une baisse radicale des cotisations patronales. Cette logique n’a eu comme conséquence qu’un creusement des déficits des comptes sociaux. Dans le même temps les subventions aux entreprises augmentaient radicalement sous Macron, on a avancé le chiffre de 211 milliards d’euros selon le rapport du sénateur Fabien Gay[1]. Ce qui montrait qu’on n’allait pas vers un capitalisme de type libéral, mais vers un capitalisme assisté qui transférait des ressources essentielles des travailleurs vers les propriétaires des moyens de production. Ses transferts massifs n’ont absolument pas profité ni à la croissance économique qui est restée très faible en France comme dans l’Union européenne, ni bien entendu aux salariés. Ce transfert massif n’a profité qu’aux très très riches, et en même temps qu’on augmentait le nombre de pauvres, on augmentait le nombre de milliardaires en France. 

Évolution de la pauvreté en France - La Banque Postale

Mais il faut être juste cette dégradation du marché et des conditions de travail n’est pas de la seule responsabilité de Macron. Elle vient de beaucoup plus loin. Elle est le résultat de l’intégration du pays dans la logique mortifère de l’Union européenne. En effet les principales mesures qui depuis au moins trente ans affaiblissent les capacités des travailleurs à défendre leurs droits sont élaborées discrètement dans les officines patronales qui font le siège de la Commission européenne. Macron n’est que le porte-voix de de cette logique, un serviteur bien rémunéré d’une logique qu’il ne comprend pas car il n’est pas intelligent. Mais parmi les responsabilités de cette guerre des classes des riches contre les pauvres, il faut aussi pointer celles de la gauche représentée au parlement. D’abord bien sûr la canaille social-traitre représentée par le fourbe Hollande – on se souvient que son slogan de campagne en 2012 était « mon ennemi c’est la finance » – non seulement il a introduit au gouvernement un malade mental comme Macron qui lui a ensuite pissé contre, mais il a initié des lois antisociales[2]. La gauche soi-disant radicale n’est pas moins responsable de ces dérives dans la mesure où elle s’est plus occupée de Gaza et de la lutte contre l’islamophobie que de la lutte des classes. 

Syndicats : les causes du désintérêt des salariés Français.

La CFDT, le syndicat jaune, porte-voix des intérêts du grand patronat a également joué un rôle décisif. Cette boutique qui a ses débuts était financée par la CIA et soutenue par le Vatican, a signé tous les accords voulu par le MEDEF. Ses anciens dirigeants finissant invariablement par pantoufler dans des planques bien rémunérées, proches du grand capital. Récemment cette canaille a signé un accord réduisant un peu plus les droits des travailleurs en ce qui concerne la rupture conventionnelle[3]. Mais si la CFDT est bien le syndicat du patronat, la CGT a aussi ses responsabilités, par exemple en se mobilisant plus facilement pour Gaza que pour les droits des travailleurs. La mollesse de sa direction incarnée par l’évanescente Sophie Binet, ne fait que prolonger les difficultés de ce syndicat à se mobiliser pour les luttes sociales. On se souvient de Philippe Martinez, dirigeant très mou de la CGT à cette époque, qui passait son temps à essayer de casser le mouvement des Gilets Jaunes en 2018 et 2019. Évidemment je ne confonds pas les syndiqués de la CGT ou de la CFDT avec leurs dirigeants. Ce sont ses derniers qui sont responsables du délitement de la combattivité des salariés par leur incapacité à organiser les luttes sociales. Il n’y a pourtant rien de scandaleux à compenser les pertes de salaire lorsqu’on est chômeur. À la fin mars 2025, seuls 46 % des inscrits à France Travail (des principales catégories, A, B ou C) ont effectivement perçu une indemnité. Et que, parmi eux, un sur deux a touché une allocation inférieure à 1 151 euros par mois (trois sur quatre moins de 1 512 euros), alors que le smic sur la période s’élevait à 1 426 euros net. Ce n’est donc pas ce que coûtent les chômeurs qui devrait être un problème pour la France. Pour mieux comprendre les orientations politique du financement du chômage, il faut comparer ce qu’il coûte – environ 45 milliards d’euros par an – aux subventions versées aux entreprises – au moins 211 milliards d’euros par an !   

SEB, l'historique des autocuiseurs attendu au tournant des influenceurs |  Les Echos

La dérive des conditions de travail en France est illustrée par la désindustrialisation massive du pays. Le groupe SEB envisage de supprimer et de délocaliser encore un peu plus d’emplois. Les dernières nouvelles nous disent que 2100 emplois allaient être détruits dans le monde, dont 500 en France, et qu’en outre, le département recherche serait massivement transférer dans les pays asiatiques[4]. Quand on annonce une perte de 500 emplois en France, comme on se trouve dans le secteur manufacturier, il faut certainement multiplier ce chiffre par 3 ou 4 pour comprendre que la disparition de ces emplois chez SEB va induire des pertes d’emplois liés dans les secteurs en amont et des pertes d’emplois indirects. Plus l’industrie est lourde et plus le multiplicateur d’emplois est fort. C’est d’ailleurs parce que l’Allemagne est plus industrialisée que la France qu’elle est plus sensible à l’effondrement de la conjoncture européenne, c’est-à-dire que ce pays s’est piégé lui-même par incompétence et arrogance en s’engageant stupidement du côté des Etats-Unis pour soutenir la guerre contre la Russie. Son économie est encore plus sensible que la notre à la rupture des relations directes avec la Russie. Les perspectives de croissance économiques en Allemagne sont maintenant négatives et inférieures à celles de la France ! Or l’économie de la France et par suite l’emploi, est lié à la dynamique économique de l’Allemagne. C’est en effet notre premier partenaire économique. La France paye deux fois sa participation à l’Union européenne, d’abord parce qu’elle suit aveuglément les directives européennes en matière de gestion des droits des travailleurs – ce qu’on appelle l’austérité – ensuite parce qu’elle subit les contrecoups de son intégration à la monnaie unique. Plus généralement ce qu’elle paye c’est la logique dite mondialiste de recherche une compétitivité illusoire d’avec les pays émergents qui font que le coût du travail, donc les droits des travailleurs, est la variable fondamentale de l’ajustement des politiques économiques.    

Il a manqué quelques millions d'euros et du temps pour sauver Brandt

Les pertes d’emplois dans le secteur industriel se multiplient, ce qui n’augure rien de bon pour l’année en cours. Depuis janvier, les annonces de suppressions de postes s’accumulent : 135 chez LISI, un fabricant de pièces automobiles, 350 chez le constructeur de volets roulants et de domotique Somfy, une centaine chez Hager, fabricant d’appareils électriques, une soixantaine chez le verrier Verallia… Une liste non exhaustive, à laquelle est venue se greffer, mercredi 25 février, l’annonce d’une restructuration chez le fabricant d’électroménager SEB, qui devrait affecter 500 emplois en France. Sans oublier la liquidation ou le dépôt de bilan retentissants intervenus entre fin 2025 et début 2026, ceux du fabricant d’électroménager Brandt, qui emploie 700 personnes à Orléans, et du verrier Arc, qui fait travailler 3 500 personnes dans le Pas-de-Calais. Notez que la liquidation de Brandt a été prononcée alors qu’il y avait un projet sérieux de reprise par une SCOP. Mais le tribunal de commerce ne veut pas que des salariés détiennent finalement une petite partie des moyens de production. Il préfère livrer la France à la production étrangère.



[1] https://www.publicsenat.fr/actualites/economie/un-cout-annuel-de-211-milliards-deuros-la-commission-denquete-du-senat-sur-les-aides-publiques-aux-entreprises-reclame-un-choc-de-transparence 

[2] Cette vieille crapule n’a pas été qu’un ennemi de la classe ouvrière, il s’est comporté également comme un des fers de lance de l’atlantisme pour encourager l’Ukraine au réarmement et à la guerre contre la Russie. Il fait donc partie de cette classe politique criminelle occidentale responsable de millions de morts en Ukraine, en Syrie et jusqu’en Libye. 

[3] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/25/ruptures-conventionnelles-accord-trouve-entre-le-patronat-et-la-cfdt_6668285_3234.html 

[4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/25/seb-envisage-jusqu-a-2-100-suppressions-de-postes-dont-500-en-france_6668185_3234.html

 

dimanche 22 février 2026

Les tarifs douaniers de Trump, la question du protectionnisme et de la monnaie

 🔴 C'est historique : la Cour suprême annule les droits de douane de Donald  Trump !

Trump vient de connaitre un nouveau revers devant la Cour Suprême. Celle-ci a en effet invalidé la loi sur les droits de douane imposée par Trump dans un très grand désordre, avec des avancées et des reculades. Il faut dire que cette loi ménageait un peut tout, d’un côté – par exemple contre la Chine ou contre le Canada – elle était présentait comme un outil pour redresser le commerce extérieur étatsunien, et de l’autre – par exemple contre la Russie, ou les pays européens – comme un acte punitif parce que des pays ne veulent pas s’aligner sur sa politique étrangère, sur l’Ukraine ou sur le Groenland. Ce camouflet est présenté essentiellement comme un revers pour les tenants d’un protectionnisme renforcé. Ce n’est pas le cas, on comprendrait mal d’ailleurs que la Cour Suprême juge la politique économique du président. Il est en outre évident que le déficit commercial économique des Etats-Unis qui se creuse depuis près de soixante ans est un vrai problème, c’est pour cette raison que les Etats-Unis s’affaiblissent, perdant peu à peu leurs industries, notamment les industries manufacturières. Si le déficit s’aggrave c’est bien parce que les Etats-Unis ne sont plus compétitifs sur les marchés extérieurs. Les taxes décidées par Trump n’ont pas réduit ce déficit, mais l’ont aggravé par qu’elles n'ont eu comme effet que d’augmenter les prix sur le marché extérieur. Mais la Cour Suprême a essentiellement condamné la méthode par laquelle Trump a fait passer ses taxes, et non les taxes elles-mêmes.  Disons pour aller vite que ce n’est pas à Trump de décider des taxes, mais au Congrès. Or celui-ci est très partagé sur les droits de douane. Il faut dire que les « élites » plus ou moins représentatives ont été éduquées aux vertus du libre-échange depuis des années.

Déficit commercial aggravé pour les Etats-Unis en 2025 

Le rendu de la Cour Suprême ne tranchera pas le débat. En effet en 2025 donc sous l’administration de Trump ce déficit s’est encore aggravé. Et donc les tenants du libre-échange vont sans doute avancer que la hausse des tarifs n’est pas la solution, mais qu’au contraire on doit d’abord renforcer la compétitivité, notamment en abaissant les salaires. C’est pour cette raison que la Bourse de Wall Street a salué le jugement, le prenant pour une invalidation de l’idée protectionniste. Mais tous les journalistes français ont repris l’idée d’un revers majeur pour Trump, parce qu’ils sont eux aussi travaillé par l’idée que le libre-échange est la meilleure des politiques commerciales, la loi de l’offre et de la demande ajustant la balance commerciale au fil du temps. Pourtant les faits montrent qu’en plus de soixante ans, la libération des flux commerciaux a clairement joué contre les Etats-Unis. Le jugement de la Cour Suprême n’est pourtant pas une mesure libre-échangiste, et Trump a d’ailleurs annoncé qu’il allait mettre en place en vertu de la loi sur le commerce un droit de douane de 10% au monde entier – sauf que ces droits seront limités à 150 jours !  Pour le reste les droits de douane sectoriels restent en application et évidemment les tarifs qui sont rattachés à l’idée de souveraineté nationale[1]. Comme on le voit, rien n’est réglé, et le jugement de la Cour Suprême renforce au contraire les difficultés de lire l’avenir économique. Oui, c’est bien un revers pour Trump, mais c’est un revers très limité et qui ne remet pas l’idée protectionniste. Celle-ci d’ailleurs fait son chemin, elle est même reprise par Macron qui aimerait que celle-ci s’applique à l’Union européenne par exemple contre la concurrence chinoise. Mais si on suit son idée, on pourrait dire tout autant que la France doit sortir de l’Union européenne pour contrer la concurrence de l’Allemagne par exemple. Il est évident que l’Union européenne est une zone de libre-échange, libre-échange aggravé par la monnaie unique, et que cette intégration a complètement tué l’industrie française. C’est une partie du constat que fait Rexecode, un think tank du patronat dans un document[2]. Le déclin de l’industrie française s’est accéléré clairement depuis l’arrivée de Macron à l’Élysée. Mais il ne faudrait pas croire que c’est cette marionnette qui est responsable de ce désastre. Ce sont essentiellement les traités européens et plus particulièrement la monnaie qui ont entraîné le pays dans une concurrence exacerbée pour laquelle elle n’était manifestement pas faite. Dans les traités de libre-échange, il y a une règle : celui-ci ne profite qu’aux nations qui possèdent un avantage comparatif initial. C’était ce qu’avait mis en lumière Friedrich List[3]. D’un point de vue théorique il faut voir les traités européens comme des traités inégaux, favorisant clairement l’Allemagne et quelques autres pays, au détriment de la France et de l’Italie, sans parler de la malheureuse Grèce qui dans ce système a été pillée puis rabaissée comme jamais un pays ne l’avait été. 

La part de la France dans les exportations de la zone euro 

Derrière la bataille pour les tarifs il se joue en fait une bataille pour la souveraineté nationale. Trump justifie d’ailleurs sa politique tarifaire par la nécessité de voir les Etats-Unis retrouver une puissance industrielle perdue. On sait depuis longtemps qu’il y a une corrélation positive entre la part de l’industrie dans le PIB et le PIB par tête. La guerre en Ukraine a d’ailleurs confirmé cette idée, la résilience de l’économie russe, malgré les 35 000 sanctions imposées par l’Occident, vient à la fois de son autonomie agricole et de la puissance de son industrie. En Europe les pays qui ont nettement reculé dans leur classement sont les pays qui ont vu d’abord leur industrie s’affaiblir comme la France par exemple. Dans la carte ci-dessous on remarque que en dehors de l’Allemagne et de l’Espagne, l’industrialisation de l’Europe s’est déplacée nettement vers l’Est. 

 

Part du secteur industriel dans le produit intérieur brut des pays en 2023, en % 

Dans le graphique ci-dessous on voit qu’il y a une corrélation positive entre le niveau de richesse et le degré d’industrialisation d’un pays. Cele a beaucoup de signification. D’abord parce que la richesse relative d’un pays est le résultat d’un passé industriel, et donc pour le cas de la France, mais aussi celui des Etats-Unis, il y a un refus de reconnaitre son déclassement dans la désindustrialisation. Ensuite que l’industrie doit être protégée de la concurrence par les bas salaires, par les délocalisations et de la prédation des concurrents étrangers. On sait qu’en France les ventes des entreprises industrielles n’ont jamais été aussi hautes que sous l’ère de Macron. François Ruffin avançait que Macron avait vendu 1500 entreprises aux Etats-Unis. En fait il se trompait, c’est 1600[4] ! Et ce sont comme chacun sait beaucoup d’entreprises à haute valeur ajoutée. Autrement dit par ces rachats qui permettent de mettre la main sur les brevets et le savoir-faire, les Etats-Unis se sont partiellement réindustrialisés. Les tarifs douaniers ne sont en réalité qu’une des manières possibles de se protéger. L’idée de se protéger est assez simples : on ne peut pas acheter plus qu’on ne vend à l’étranger car de tout temps cela se paye. Pour rééquilibrer les échanges commerciaux, il faut non seulement user des tarifs, mais également de la dévaluation de la monnaie. C’est ce que fait Trump qui laisse filer le dollar, ce qui aura aussi des conséquences parce que cet affaiblissement du dollar fait que cette monnaie sera de moins en moins une monnaie de référence et les bons du trésor pour financer la dette auront de plus en plus de mal à se placer sur les marchés. Déjà les pays asiatiques ont vendu massivement la dette étatsunienne, et qui l’a donc achetée ? Les banques centrales européennes ! Il y a là une réflexion à mener sur le fait qu’on ne peut pas en même temps dévaluer sa monnaie pour redresser la balance commerciale, et donner à sa monnaie un statut de réserve de valeur. C’est quelque chose qu’il faudra envisager si nous arrivons enfin à nous débarrasser de l’euro et à revenir au franc. 

Corrélation Prod. Indus/tête - PIB/tête (US$) 
Il faut comprendre que la difficulté de Trump est que la réindustrialisation du pays ne peut être en l’état qu’une action de longue haleine, et non le résultat de coups de communication. Les errements trumpistes en la matière montrent que cette action ne s’inscrit pas dans la durée. L’économie a besoin d’un environnement certain pour prospérer. Autrement dit, contrairement à ce que disent les médias et certains économistes, ce n’est pas le fait que Trump élève des barrières douanières pour protéger son économie et enrayer l’accroissement des déficits commerciaux, c’est plutôt que tout cela se fait d’une manière brouillonne. Par exemple augmenter les droits de douanes sur les pièces détachées de l’industrie automobile fabriquées au Canada n’a pas de sens si l’industrie étatsunienne continue à les importer parce qu’elle n’a pas encore aujourd’hui les capacités de les produire. C’est se tirer une balle dans le pied. Une politique protectionniste n’a de sens que si elle s’appuie sur une politique industrielle sérieuse et soutenue par l’État. Rapatrier chez soi les industries qu’on a délocalisées ne peut que prendre beaucoup de temps pour ce faire. Pour répondre au camouflet infligé par la Cour Suprême, Trump a décide d’augmenter les droits de douane qui passeraient de 10 à 15%. Mais dans le cadre de la loi, cela ne sera possible que pendant 150 jours[5] ! Ce n’est pas une réponse adaptée. L’économie, le commerce international doivent se développer dans un univers de règles assez stable. Qu’en sera-t-il après ces 150 jours ? Le désordre de l’administration Trump nuit énormément au débat sur la souveraineté nationale. Il sera facile après le départ de Trump aux mondialistes de mettre en avant cet échec pour disqualifier toute critique du protectionnisme


[1] https://www.ledevoir.com/economie/958029/comment-interpreter-decision-cour-supreme-americaine-tarifs-trump

[2] La compétitivité française en 2024, document de travail n°94, février 2025

[3] Système national d’économie politique, Traduction par Henri Richelot, Capelle, 1857. 

[4] https://www.tf1info.fr/economie/verif-1500-entreprises-francaises-avalees-par-le-capital-americain-en-dix-ans-comme-l-assure-francois-ruffin-2364348.html

[5] https://www.latribune.fr/article/economie/international/9960968705153714/cout-de-tonnerre-trump-annonce-faire-passer-ses-nouveaux-droits-de-douane-mondiaux-de-10-a-15

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