Les résultats des tests PISA ont été commentés abondamment un peu partout. On s’est sans doute un peu trop focalisé sur les résultats de la France qui sont en effet mauvais, très mauvais. Cependant le plus inquiétant n’est pas là, mais plutôt que ce sont tous les pays occidentaux qui sont dans ce cas. Il est curieux que tout le monde semble découvrir ce qu’au fond au connait depuis des décennies. Redresser l’éducation nationale cela est devenu un slogan pour les candidats à la présidentielle, les politiques n’ont jamais été très intéressés pour débattre de ce sujet, les uns à droite, comme Sarkozy, voyaient des enseignants trop payés ou ayant trop de vacances, les autres, à gauche, invoquaient le manque de moyens, les plus audacieux avaient lu les malheureux Baudelot et Establet et à l’inverse ils pensaient que le niveau ne cessait pas de monter[1]. C’était rassurant et nous mettait dans le sens de l’histoire et du progrès. On a vu le ridicule Bruno Le Maire qui a avancé une idée des plus loufoque, avancer l’âge d’entrée dans la maternelle à l’âge de 1 an au lieu de 3[2] ! À croire que cet imbécile qui a pris un abonnement pour dire n’importe quoi, n’a jamais eu de gosses. Son exemple pourrait d’ailleurs nous faire douter du système éducatif, il a fait selon ses diplômes de belles et bonnes études, il est diplômé de l’ENA, de Sciences Po, et encore de l’ENS et agrégé de lettres où il a été reçu premier au concours. Et pourtant malgré tout cela, c’est un crétin qui ne sait pas aligner trois idées sans dire des stupidités. De son talent d’« écrivain » je ne dirais rien, tant il a été moqué un peu partout.
Mais la plupart des commentateurs ont du mal à prendre toute la mesure du problème. Le monde soulignait que les pays nordiques, Suède, Danemark, étaient eux-aussi effarés de cet effondrement constaté par les tests PISA[3]. Ces tests portent sur trois domaines, la lecture, les mathématiques et les sciences, ils concernent les enfants de quinze ans, donc le niveau de notre BEPC qui aujourd’hui est en déshérence. Cette enquête large portait sur 91 pays, la Russie n’y participant pas. Sans surprise, globalement, ce sont les pays asiatiques qui arrivent en tête[4]. Les autres tests sur les systèmes éducatifs montrent également que les Russes sont très bien placés, produisant notamment des scientifiques et des ingénieurs de premier plan. La première réflexion qu’on se fait c’est que l’Occident est en voie d’effondrement, y compris un pays comme Israël qui naguère s’enorgueillissait de ses excellents résultats qui expliquait la quantité industrielle de prix Nobel que ce petit pays était capable de produire. Cela fait évidemment des années qu’en France on alerte sur la décomposition du système éducatif, aussi bien pour en souligner le manque de moyens, ou les salaires misérables des enseignants, on en arrive maintenant au fait que, malgré les fermetures d’établissements pour cause de baisse des effectifs, le ministère de l’éducation nationale ne trouve plus assez de candidats et surtout doit constamment abaisser le niveau de recrutement. Les différentes réformes – pratiquement une par an – n’ont abouti qu’à la confusion. Il fut un temps où le métier d’enseignant était valorisant, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il faut comprendre deux choses, d’abord que les mauvais salaires n’attirent pas les meilleurs éléments, ensuite que les mauvais élèves ne feront probablement pas de bons enseignants. En quelque sorte l’effondrement du système éducatif est l’origine de toutes les autres décompositions du pays, dans le domaine de la santé, des sciences en général et aussi de l’industrie elle aussi en voie de disparition. Étant donné qu’à la France dans la division internationale du travail on a assigné le secteur du tourisme, à quoi bon poursuivre l’accumulation des connaissances en dehors de l’élite qui manipule la finance. Bruxelles nous a assigné la tâche de développer des emplois de domestiques afin de satisfaire les étrangers qui viennent de loin polluer notre pays.
Plus généralement cet effondrement de l’Occident, et particulièrement de la France, est le résultat des trajectoires des politiques néolibérales. Les causes sont multiples, les élèves accrochés à leurs smartphones, ou encore accrochés aux ressources de l’Internet, Wikipédia, l’IA pour bâcler leurs devoirs, mais aussi les normes qui sont édictées depuis des décennies, qui visent à ne pas fatiguer trop les enfants avec des devoirs, des apprentissages par cœur, etc. Tout cela est bien connu, et certains pays nordiques comme la Suède ont avancé timidement dans la voie d’une interdiction des smartphones à l’école puis au collège. En France on avance aussi sur ce point encore plus timidement. Il est vrai qu’en s’attaquant aux écrans et aux ressources de l’Internet, on s’attaque à un environnement déjà là adapté aux pratiques consommatrices avancées. Pour répondre à cela il faudrait rechercher des normes plus efficaces dans l’apprentissage des savoirs de base, la langue, les mathématiques et les sciences.
Le monde dans son édition datée du 12 septembre 2026 a découvert que l’éducation dérivait dangereusement vers une ségrégation. Pour aller vite, on pourrait dire que les classes moyennes et aisées mettent leurs gosses dans les écoles et les collèges privés, et les autres dans les écoles et les collèges publics. Les articles consacrés à cette question importante sont lénifiants, ils tournent autour de l’idée que l’abandon de la mixité sociale à l’école engendrerait la peur des populations immigrées et donc nourrirait la ségrégation sociale et par suite la ségrégation raciale. Si ce constat ressort de l’évidence, les raisons à cela sont différentes. En effet les parents ne décident pas d’envoyer leur progéniture dans le secteur privé parce qu’ils seraient racistes et viseraient la ségrégation sociale, mais par un souci de sécurité et d’efficacité. Sur le plan de l’insécurité les exemples de dangerosité de la mixité raciale sont très nombreux, ça va de l’affaire Mila à la décapitation du malheureux Samuel Paty, mais aussi des multiplications de voies de faits des populations issues de l’immigration envers les autochtones. Récemment encore une enseignante a été menacée par un parent d’élève de « décapitation » – décapitation que Le monde euphémise en parlant du désir de lui couper la tête[5]. Il devient évident que l’immigration de masse a joué un rôle en Europe dans l’abaissement du niveau scolaire. Ce n’est pas seulement le fait que les professeurs d’histoire ne peuvent plus parler de la Shoah ou de l’antisémitisme dans leur classe, c’est aussi que nous avons pris la funeste habitude d’adapter l’enseignement au niveau supposé des élèves, et non plus d’exiger que ceux-ci s’adaptent aux exigences d’un programme.
Aujourd’hui l’enseignement en France est déjà à deux vitesses. Les meilleures écoles – du primaire jusqu’aux grandes écoles – sont réservées aux plus aisées. C’est aussi le cas des meilleurs lycées publics de Paris. Autrement dit la discrimination par l’éducation redouble une discrimination de classe. C’est comme si les classes riches avaient exclu les classes pauvres de l’accès à un enseignement de qualité. Cette volonté d’exclusion est elle aussi à l’origine de l’effondrement de tout le système d’enseignement national. Les grandes écoles sont elles-mêmes frappées par la contamination des idées idiotes, que ce soit Science Po où les étudiants se croient rebelles parce qu’ils portent un keffieh pour soutenir la cause palestinienne, ou que ce soit l’ENA où on apprend l’économie dans des manuels américains qui vantent l’excellence des mécanismes du marché, et la nécessité du moins d’État. Les facultés où se trainent la plupart des centaines de milliers d’étudiants dans des filières inutiles et sans consistance, sont devenues un dépotoir, ça permet de donner l’illusion que le chômage est moindre. Les étudiants étrangers représentent aujourd’hui environ 15% des effectifs. Ils se partagent entre ceux qui font du tourisme en France, par exemple les Erasmus, et ceux qui cherchent une bourse et un visa facile. Ils sont tous plus mauvais les uns que les autres et ne relèvent en rien le niveau. Sur les trois millions d’étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur, la très grande majorité trouveront un métier sans rapport avec leurs études, mais en outre ils n’auront rien appris. Pendant ce temps il y a une pénurie de médecins et une production excédentaire de masters en sciences sociales !
L’éducation est un sujet sérieux car en effet elle définit
la société qui existera dans les années futures et ma seulement dans les
métiers dit d’avenir, c’est aussi le futur en termes d’intelligence et de
civilisation. Il faut au minimum vingt ans pour porter une vraie réforme dans
ce domaine, reprendre l’affaire à la base. Redéfinir les programmes et les
méthodes d’apprentissage, bannir le « pédagogisme ». Le budget de l’éducation
nationale, hors pensions, aujourd’hui tourne autour de 65 milliards d’euros. Cette
somme importante parait très mal utilisée, les locaux sont délabrés, les
salaires des enseignants médiocres, empêchant les vocations de s’affirmer, mais
aussi amenant les étudiants sur des voies de garage. Je ne pense pas pour
autant qu’il faille supprimer ce qui relève des humanités, mais plutôt ces
demi-savoirs qui virent le plus souvent à la discussion d’après boire. L’ENA,
Sciences Po, doivent être bouclées, elles ne produisent que des imbéciles fiers
de leur ignorance, voyez Bruno Le Maire, voyez Macron. Il fut un temps où
la sociologie, notamment en France, était une discipline intelligente et noble,
aujourd’hui c’est un foutoir dont le recrutement relève des pratiques
mafieuses, voyez Éric Fassin, voyez de la Gasnerie. La science économique est
clairement au service du grand capital et de l’Europe, etc. Et je ne dis rien sur les études de genre qui ont donné naissance à des travaux frisant la débilité mentale.
Parmi les conseils qu’on pourrait donner, il y a celui d’instaurer
un filtre à l’entrée de l’enseignement supérieur, d’éliminer les formations de
masters complètement fantaisistes. Mais en amont, il faut repenser le
baccalauréat, un taux de réussite de 91,4% en 2026 est une extravagance reconnue
par tout le monde, sachant que la plupart de ses bacheliers ne savent ni lire
ni écrire, et encore moins compter sans calculette ! Mais il faudrait
aussi remonter jusqu’au collège, et ensuite encore à l’école primaire. C’est
une véritable révolution dont il s’agit, au fond on sait très bien ce qu’il
faudrait faire, mais on n’en a pas le courage politique, pas plus à gauche qu’à
droite d’ailleurs.
[1]
Roger Establet et Christian Baudfelot, le niveau monte, Le seuil, 2000.
[2]
https://www.franceinfo.fr/societe/education/bruno-le-maire-souhaite-avancer-la-maternelle-de-3-ans-a-1-an-face-a-la-baisse-des-resultats-des-eleves-francais-au-test-pisa_8184428.html
[3]
https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/09/pisa-2025-longtemps-bons-eleves-de-l-enquete-les-pays-scandinaves-meurtris-par-leur-chute_6768851_3224.html?srsltid=AfmBOoqeMCrIv2JRul3YVdqONBERGBFhIPkhAfKEN8BiuI6vPd1e3Nic
[4]
https://www.oecd.org/fr/publications/resultats-du-pisa-2025-volume-i-version-abregee_72cbf7bd-fr.html
[5]
https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/10/enseignante-menacee-de-mort-en-haute-garonne-un-parent-d-eleve-condamne-a-six-mois-de-prison-ferme_6769833_3225.html?srsltid=AfmBOorjRCb0hkKZxccmMIlynUi2wKbBI9UH1bKatyp9exe97sb-AkRA