Ce livre a près de trente ans, mais il reste important et
doit être lu et relu par tout le monde y compris et surtout par les ennemis de
l’impérialisme étatsunien. En vérité ce livre est d’une médiocrité et d’une
étroitesse d’esprit hallucinantes, mais il explique parfaitement comment
pensent les « élites » des Etats-Unis dans leur relation au monde. Et
c’est bien cela qui nous intéresse car cette rhétorique explique les guerres
d’aujourd’hui en Ukraine, mais aussi au Moyen-Orient, et les foyers que les Etats-Unis
alimentent dans le Caucase. Dans ce pays fait de bric et de broc, n’importe qui
peut devenir président, pourvu qu’il soit milliardaire, et n’importe quel
imbécile peut en devenir le penseur dominant. Je ne pointerais pas toutes les
stupidités et les erreurs qui émaillent cet ouvrage. Il y en a à toutes les
pages. Mais ces erreurs vont servir de fondement à un discours qui justifie
l’impérialisme étatsunien. Brzezinski chantait le vieux refrain de la paix dans
le monde et de la démocratie, sans qu’il soit capable de définir clairement ce
qu’était la démocratie, et il ne comprenait pas pourquoi les Etats-Unis sont
détestés dans le monde entier – et encore on peut dire que depuis la parution
de ce livre, cette détestation s’est aggravée. Les autres pays moins performants que les
Etats-Unis – selon lui – sont au fond jaloux alors qu’ils ont adopté les
éléments de la culture étatsunienne. C’est bien sûr une imbécilité parce que
sur le plan de la culture les Etats-Unis n’ont rien inventé et se sont nourris
essentiellement de la vieille Europe. Au passage Brzezinski soulignait l’importance
du soft power de la culture étatsunienne et de son influence sur les élites,
donc comment celles-ci sont en quelque sorte achetées. Cet aspect a été une
réussite dont les Etats-Unis aiment à se vantait puisque la plupart des dirigeants
européens ont été maintenant formés aux Etats-Unis, dans les universités ou
dans les nombreux think tanks que financent aussi bien le gouvernements que les
milliardaires.

Mais Brzezinski qui était Polonais d’origine, avait une
qualité si on peut dire, il parlait clairement, sans langue de bois. Il avouait
que les Etats-Unis visent à rester une puissance hégémonique et que les autres
nations doivent s’aligner, à commencer par les pays européens qu’il appelle des
vassaux ! Le but des Etats-Unis est d’arriver, après avoir vaincu l’URSS,
à faire passer l’ensemble de l’Eurasie sous la coupe des Etats-Unis. Il ne faisait
pas mystère du fait que la construction européenne est un élément décisif de ce
processus. Il soutenait la construction européenne parce que c’est d’abord dans
l’intérêt des Etats-Unis. Un des avantages de cette Europe institutionnelle
selon lui est qu’elle mettra fin à la spécificité de la position français –
c’est-à-dire gaulliste – qu’il trouvait un peu trop complaisante avec la Russie
et trop autonome. Pour mieux maitriser cet ensemble, il soutenait la position
allemande, puis comme il voulait une Europe confédérale dans laquelle les
identités nationales se dissolvent, il avança que les Allemands aimeraient bien
que dans l’Europe allemande, les résolutions se prennent à la
majorité qualifiée et non à l’unanimité. On voit aujourd’hui avec la
question ukrainienne que cette position serait une vraie calamité pour
nous ! L’idée d’une Europe dominée par le couple Allemagne-Etats-Unis
n’est pas nouvelle, comme le rappelait Annie Lacroix-Riz, elle remonte à la fin
de la Première Guerre mondiale.
L’ouvrage a été écrit en 1997. À cette époque les Etats-Unis pouvaient penser
qu’ils avaient gagné la Guerre froide. Mais Brzezinski ajoute deux petits
bémols à cette euphorie, d’abord il comprend que la Russie ne va pas rester
éternellement dans la nuit après l’effondrement de l’URSS. Brzezinski, mais il
n’est pas le seul, ne comprenait pas que l’URSS se soit effondrée à cause de
ses problèmes internes et non par exemple à cause des dépenses d’armement que
les Etats-Unis l’obligeaient à financer. Et donc qu’il faudra composer avec elle quand
elle aura retrouvé de la puissance. Mais Brzezinski craignait aussi que
l’Allemagne devienne trop puissante et finisse par jouer un jeu plus personnel
en s’alliant avec la Russie. D’autres plus fins que Brzezinski, comme par
exemple Georges Friedmann, avoueront qu’un des buts de la guerre en Ukraine, provoquée
par les Etats-Unis c’est d’affaiblir l’Allemagne en la coupant de la Russie.
Parmi les nombreuses erreurs d’analyse de Brzezinski, il y a
celle-là : il ne croit pas que la Russie et la Chine puissent s’allier
durablement. Évidemment il n’avait pas anticipé le fait que la croissance de la
Chine et de la Russie étant plus rapide que celle des pays occidentaux,
forcément ces pays allaient finalement pouvoir tenir la dragée haute aux
Etats-Unis et à ses valets européistes. En fait il croit comme beaucoup d’imbéciles
qui ont cru à la mondialisation heureuse sous l’égide des Etats-Unis, que
l’avance technologique de ce pays ne serait jamais rattrapée. Autrement dit il
pensait que la mondialisation consoliderait la hiérarchie des nations sans la
bouleverser ! C’est pourquoi beaucoup d’Étatsuniens étaient pour saturer
la Chine d’investissements étatsuniens qui ouvriraient ce marché énorme au profit
des multinationales étatsuniennes ! C’est un sujet assez peu étudié par
les économistes, mais les IDE qui partaient massivement de l’Occident pour
aller en Chine ou même en Russie étaient en quelque sorte un renoncement à s’occuper
de son pays en se comportant comme des prédateurs, profitant de l’aubaine de la
pauvreté des pays dans lesquels ils investissaient. Les Occidentaux ayant une
assez vague notion du long terme, ils pensaient que la Chine par exemple
resterait la grande manufacture du monde et resterait à l’écart des hautes
technologies. En vérité les IDE ont été justement une des sources du déclin de
l’Occident, avec une croissance faible.

Bien entendu Brzezinski soutenait l’idée de l’élargissement
de l’Union européenne et de l’OTAN vers l’Est comme étant une nécessité, une
mission historique qui devait s’accomplir. Il avait le mérite de dire
clairement que c’était la politique étatsunienne qui l’organisait. Supposant
que cette politique amènerait la paix, la démocratie et la prospérité,
mais surtout qu’elle ouvrirait aux multinationales étatsuniennes la possibilité
de mettre la main sur les réserves énergétiques de la Russie et du Caucase !
Un quart de siècle après on voit le résultat avec la pénurie de gaz et de parole
qui plombe pour longtemps l’économie européenne. Il voyait également l’Ukraine
comme le « pivot » de cette politique clairement impérialiste, c’est-à-dire
un Cheval de Troie. C’est sur ces bases idéologiques que les Kagan, Nuland et
autre Friedman ont construit concrètement la guerre à la Russie et le coup d’État
en Ukraine. Brzezinski n’est pas un pragmatique comme par exemple un Kissinger
qui a alerté dans les dernières années de sa vie des dangers qui guettaient l’Occident
en poussant toujours plus loin les frontières de l’OTAN et de l’Union
européenne, c’est un idéologue, mais il reconnaissait que l’OTAN et l’UE
étaient les deux faces d’une même pièce dans la consolidation de l’impérialisme
étatsunien. À la fin du XXème siècle il pensait que la Russie serait
incapable de trouver un leader qui dynamiserait le pays. Il s’est trompé, ses
prévisions se sont révélées erronées, la Russie depuis l’arrivée de Poutine au
pouvoir en 2000 s’est clairement redressée et a progressé bien plus vite que
l’Europe et bien plus vite aussi que les Etats-Unis.

De même il pensait impensable que la Russie s’allie
sérieusement avec la Chine, et qu’au contraire la Chine allait rapidement
revendiquer pour elle-même un morceau de la Russie, faisant passer ce pays sous
sa domination. Avec des analyses fausses, on ne fait jamais de bonnes
prévisions. Brzezinski n’avait pas prévu que la Russie de Poutine était le
moteur des BRICS, et il n’avait pas prévu que la Russie pourrait se développer
sans passer par une capitulation face aux exigences de la crapule étatsunienne
et européiste. Il pensait que la Russie ne pourrait sortir de son isolement
qu’en se soumettant aux exigences de l’OTAN, des Etats-Unis et de l’Union
européenne ! L’inverse s’est produit. En déclenchant la guerre en Ukraine,
c’est tout l’Occident qui a dévoilé ses faiblesses ! Accélérant ainsi son
déclin et construisant de fait son propre isolement. Depuis la guerre en
Ukraine en 2022, la Russie progresse trois fois plus vite que l’Union
européenne, deux fois plus vite que les USA et montre que sur le plan militaire
elle est capable de mettre en déroute l’ensemble des forces otaniennes. Les
Européistes dont le personnel politique est particulièrement dévalorisé,
attendent que la Russie se fatigue dans la guerre et que l’opinion publique se
retourne contre Poutine et le renverse, c’est aussi comme ça que Trump pensait
la guerre qu’il a perdue contre l’Iran. Mais Poutine est toujours très
populaire en Russie, il flirte, selon les sondages étatsuniens, avec les 70% de
soutien malgré quatre ans et demi de guerre, alors que les dirigeants européistes
voient leur niveau de popularité chuter en dessous de 20% d’opinion positive,
et la popularité de Trump est tombée dans son propre pays autour d’un gros
tiers ! Ces sondages montrent manifestement un décrochage entre les
soutiens des populations à la politique occidentale, et ceux qui soutiennent
les dirigeants chinois ou russe.

Ce qui masquait à Brzezinski la réalité de la situation
c’était de croire que l’Occident sur le plan économique était beaucoup plus
fort qu’il n’était en réalité. La Chine, la Russie sont des pays dynamiques,
autosuffisants, avec un endettement relativement faible. Les guerres
déclenchées par les Etats-Unis, en Ukraine d’abord, puis en Iran, ont montré
que l’Occident n’avait plus la capacité de ses ambitions. Mais en outre ce sont
des pays qui progressent très vite sur le plan de la maitrise des technologies
nouvelles, il suffit de comparer le nombre d’ingénieurs produits par les systèmes
éducatifs russe et chinois avec celui des Etats-Unis ou de l’Europe. Brzezinski
pensait que les Etats-Unis avaient les moyens militaires d’imposer au reste du
monde son hégémonie, et au besoin de punir les récalcitrants. On a vu avec
l’affaire de Taïwan que les Etats-Unis, fussent-ils conduit par Trump n’avaient
pas les moyens d’imposer quoi que ce soit à la Chine. Mais les Occidentaux, du
moins leurs dirigeants, veulent toujours suivre les idées fumeuses de
Brzezinski. Ils croient toujours que la Russie est faible et qu’inévitablement
elle perdra la guerre contre l’Ukraine. Ils suivent également Brzezinski quand
celui-ci suggère que l’expansion de l’Union européenne et de l’OTAN est un
mouvement irréversible. C’est pourquoi ils travaillent à truquer les élections,
en Arménie, en Roumanie, en Moldavie, et ils tentent de le faire aussi en
Géorgie. Cette logique peut bien amener le chaos, elle ne débouchera pas
forcément sur la reconstitution d’un Occident hégémonique qui imposera ses
valeurs. Aujourd’hui avec la crise énergétique provoquée par les deux guerres
majeures déclenchées par les Etats-Unis, on voit que le piège se referme sur
l’Occident et plus encore sur l’Union européenne qui est vouée maintenant à la
récession économique et à l’appauvrissement de ses sujets. Quand un journal
stupide comme Le monde continue à entretenir la flamme d’une défaite
imminente de la Russie contre l’Ukraine, il ne fait que prolonger l’agonie des
idées fumeuses de Brzezinski. Cette cécité de ce journal devenu un pur organe
de propagande, vient en réalité du fait que les journalistes qui s’occupent des
relations internationales ont été principalement élevés aux Etats-Unis, Young
Leaders ou autre think tank, et donc ils sont sous l’influence des idées
fausses de Brzezinski.

À l’époque où ce livre a été écrit, en 1997, l’Asie était
déjà pourtant la partie du monde qui progressait le plus vite. En 1991, au
moment même où s’effondrait l’URSS, M. Fouquin, E. Dourille-Feer, J Oliveira-Martins, publiaient aux éditions Economica, un ouvrage intitulé Pacifique
le recentrage asiatique. On comprenait déjà que l’Occident avait perdu le
leadership économique. Mais Brzezinski n’a pas tenu compte de ce qui pourtant
se discutait sérieusement parmi les économistes, c’est-à-dire, de
l’autonomisation croissante de cette zone qui est devenu dans les années
quatre-vingt-dix le pôle de la croissance économique mondiale en lieu et place
de l’Occident. Il pensait que les pays qui voulaient progresser devaient soit
faire allégeance aux Etats-Unis, soit à l’Union européenne ! Depuis les
BRICS se sont élargies et représentent maintenant plus de la moitié de la
population mondiale. Cet élargissement montre déjà que la relation entre la
Chine et la Russie est solide, mais aussi et surtout que la Russie est loin
d’être isolée sur la scène internationale, ce qui explique d’ailleurs que les
sanctions mises en place depuis 2014, si elles ont contrarié sont
développement, elles ne l’ont certainement pas empêché. Mais Brzezinski ne
croyait pas qu’un pays puisse se développer autrement qu’en passant sous les
fourches caudines de l’Occident, des Etats-Unis donc et de ses valets
européistes.

Dans son ouvrage Brzezinski récitait bêtement le crédo
étatsunien, supposant que le modèle américain était le seul possible pour
assurer le développement économique. Et donc il militait pour que l’Europe se
débarrasse de son modèle social qui selon lui l’handicapait. Bien entendu il se
trompait lourdement parce que justement c’est dans les années où l’Europe
mettait en place l’État providence que sa croissance était la plus forte. Ce
qu’il ne comprenait pas, comme beaucoup de « penseurs » étatsuniens,
c’est qu’on a commençait à entreprendre la chasse aux dépenses sociales comme
une réponse désespérée à la baisse des taux de profit, alors que les dépenses
étatiques ont toujours été la contrepartie du développement du marché. Apôtre
de l’économie de marché dérégulée et de la mondialisation, il n’a pas compris
et vu venir d’ailleurs la montée des nationalismes. Certes il voyait bien que
les nationalismes dans les pays de l’ex-URSS étaient une difficulté pour la
Russie, mais il pensait que le nationalisme n’était qu’un état passager et que rapidement
ces pays allaient rejoindre l’Union européenne et l’OTAN, donc la
mondialisation heureuse. Or les évolutions de ces dix dernières années ont
infirmé presque toutes les prévisions de Brzezinski, le Royaume Uni est sorti
de l’Union européenne, mais à l’intérieur de celle-ci la dissidence a commencé
à devenir un problème. Et curieusement ce sont les anciens pays du Pacte de
Varsovie qui ont posé ce problème, notamment la Hongrie, mais aussi maintenant
la Slovaquie et la Pologne. Autrement dit, en accélérant l’élargissement de l’Union
européenne pour partir à la conquête de la Russie, elle a créé les conditions
de son éclatement, on le voit avec les conséquences que la guerre en Ukraine a
engendré ces dernières années. Cela devrait éviter qu’on reste accroché à une
vision linéaire du développement historique. D’autres pays comme la Bulgarie et
la Roumanie ne veulent pas qu’on les contraigne à entrer en guerre avec la
Russie, leur russophobie a des limites contrairement aux Pays Baltes dont le
passé collaborationniste avec l’Allemagne nazie pèse encore très lourd
aujourd’hui dans leurs choix politiques. Dans l’hostilité que les anciens
pays du Pacte de Varsovie entretiennent envers la Russie, Brzezinski occultait complètement
le passé collaborationniste des Pays Baltes comme de l’Ukraine d’ailleurs,
chose qu’on comprend bien aujourd’hui quand on voit Zelensky qui a pourtant des
origines juives qu’il a cependant reniées, rendre des hommages répétés et
misérables aux anciens collaborateurs des nazis. A
force de passer sur toutes les turpitudes de leurs alliés pour des raisons
opportunistes, les Etats-Unis se sont totalement déconsidérés devant l’opinion
mondiale. Et depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, ils ont accru
mécaniquement la détestation mondiale qui a toujours été leur lot, au point qu’aujourd’hui
ils ne sont plus respectés nulle part, sauf par leurs valets européistes !
La guerre en Iran a démontré en outre que l’armée étatsunienne était incapable
de gagner une guerre contre une puissance moyenne. A tel point que les pays du
Golfe réfutent maintenant la « protection » étatsunienne et préfèrent
négocier directement des accords de non-agression avec l’Iran. Contrairement à
ce que prédisait Brzezinski, non seulement les Etats-Unis ont perdu la main
aussi sur Moyen-Orient, mais ce sont eux qui avaient semé le chaos dans cette
région.

Il est bon de confronter les prévisions à la réalité. Cette confrontation
démontre que Brzezinski n’était qu’un médiocre idéologue. Obsédé par l’idée que
le modèle étatsunien est le seul possible, Brzezinski prédisait que la
croissance chinoise se ralentirait ou que la Chine se refermera si elle ne s’oriente
pas vers une démocratie semblable à ce qu’on peut voir en Occident. Il pense d’ailleurs
que la Chine qui baigne dans le ressentiment envers l’Occident, envers la
Russie et envers le Japon, n’arrivera pas à nouer des alliances durables. Mais en
fait cet idéologue se reposait sur le fait que les Etats-Unis maintiendront
éternellement leur leadership. Il affirmait que même si par miracle la Chine
poursuivait sa croissance, le pays dans son ensemble resterait très pauvre et
que des troubles éclateraient pour instaurer un régime « démocratique »,
c’est-à-dire selon lui calqué sur le modèle étatsunien. Dans les années 2000,
la Chine a dépassé les Etats-Unis, non seulement en termes de PIB calculé et
PPA, mais aussi en qualité. Non seulement elle possède des terres rares dont
dépendent les industries de haute technologies étatsuniennes, mais elle innove
dans la technologie, elle leader sur le marché des voitures électriques, elle
est leader en matière d’Intelligence Artificielle. Brzezinski pointait ses
difficultés bien réelles en matière de ressources énergétiques pour continuer
son développement. C’est juste, mais ces difficultés se contournent maintenant
par son action diplomatique. Alliée de la Russie, elle n’a pas de problème pour
obtenir du gaz, alliée avec l’Iran elle n’a pas de problème pour avoir du
pétrole. C’est la grande différence d’avec les pays européens qui sont
maintenant étranglés dans leurs approvisionnements énergétiques à la fois par leur
politique jusqu’au-boutiste en Ukraine, et par leur soumission aux Etats-Unis
qui leur vendent du gaz très cher et les obligent à financer une guerre décidée
à Washington, ce qui à terme éloignera inévitablement les Etats-Unis de ses
valets européens.

Il soulevait aussi le problème de l’Asie centrale et
soutenait que les Etats-Unis et l’Union européenne devaient arrimer ces pays
aux organisations internationales occidentales afin de s’emparer des ressources
pétrolières de ces pays. C’était assez bien vu et explique sans doute bien des
choses. Il y voyait là une possibilité de contenir l’expansionnisme supposé de
la Russie. Mais il oubliait que la contrepartie de cette guerre à la Russie
était la montée de l’islamisme dans ces pays. Or les Etats-Unis encouragent
depuis des décennies les mouvements islamistes de partout dans le monde, en
Afghanistan qu’ils ont armé contre les Russes, au Pakistan, aujourd’hui la
Syrie. Or si les Etats-Unis ont cru pouvoir se servir de ces mouvements islamistes
pour combattre la Russie ils n’ont jamais compris qu’à moyen et long termes les
pays islamistes seraient leurs plus dangereux ennemis ! L’attaque contre
le World Trade Center en 2001 a démontré à quel point ils étaient passé à côté
de leur sujet. Ne tenant jamais compte des leçons de l’histoire, parce qu’intellectuellement,
il faut le dire, ils sont très limités, ils persistent à se servir de la
Turquie comme point d’appui en Méditerranée, sans même voir que ce pays joue
sur de nombreux tableaux et qu’en même temps qu’ils sont membres de l’OTAN, qu’ils
aspirent à intégrer l’Union européenne et ils demandent leur adhésion aux BRICS !
Tout au long de son ouvrage, Brzezinski croyait que la Russie ne se relèverait
pas de sitôt, voire jamais, sauf à devenir un pays croupion qui obéisse aux
réformes économiques et politiques suggérées par les Etats-Unis.

Comme on l’a compris cet ouvrage écrit il y a près de trente
ans explique les errements de la politique étatsunienne d’aujourd’hui et son
échec. S’il n’y avait pas ce rapport avec ce qui se passe aujourd’hui, on
pourrait mettre ce livre de côté, il n’aurait aucun intérêt. C’est justement
parce qu’il éclaire la décomposition de la mondialisation qu’il est
indispensable de le lire à un moment où l’Occident tout entier est engagé dans
une cruelle réévaluation de son rôle, de son poids et de sa destinée dans le
monde. Il révèle également le manque de profondeur intellectuelle des penseurs
phares des Etats-Unis qui donnent aujourd’hui l’image d’un pays à la dérive. Pour
nous ce qui est lamentable c’est que le personnel politique européen, toujours
acquis et vendu aux Etats-Unis nous entraine à sa suite vers le renoncement. Dans
la manière d’écrire, Brzezinski était assez drôle si on veut il nous expliquait
que les Etats-Unis doivent intervenir aux quatre coins du monde afin de
défendre « leurs intérêts », et il nous assure que ce qu’ils visent
ce qu’ils doivent viser, c’est d’assurer « la stabilité ». Ce vocabulaire
est étrange non seulement parce que le chaos c’est bien eux qui le sèment, mais
parce qu’en dehors de contrôler plus ou moins bien les lieux où il y a du
pétrole, il est difficile de comprendre ce que sont les intérêts réels des
Etats-Unis, car personne ne les menace vraiment d’envahissement ou de
destruction. Curieusement il pensait que la Corée du nord est instable, alors
qu’il n’y a pas plus stable que ce modèle de gouvernement, même si on en pense du
mal. De même il nous explique que pour atteindre à une stabilité des relations
entre l’Europe occidentale et la Russie, il faut étendre l’OTAN et l’Union
européenne, miner les pays du Caucase qui sont la porte ouverte sur les
richesses de leur sous-sol, puis diviser la Russie en trois pays ! Il nous
dit d’ailleurs que c’est là la solution pour stabiliser l’Ukraine. Rien que ça !
Aujourd’hui ce pays est en voie de disparition, la guerre amenée par les
Etats-Unis et l’OTAN a débouché sur la perte de 20% de son territoire – sans compter
la Crimée – et la perte d’un tiers de sa population, soit qu’elle se soit
exilée, soit qu’elle ait été sacrifiée sur le front. Et il s’étonnait que les
Russes puissent refuser ce plan débile au nom d’une hypothétique modernisation.
Aujourd’hui ces ambitions d’une Pax Americana apparaissent comme une vieille Lune.
Non seulement la position extérieure des Etats-Unis se détériore de partout,
les dociles Européens commencent à s’en éloigner, les pays du Golfe s’en
méfient de plus en plus, mais en outre ce pays est au bord du chaos intérieur.
Si c’est de second mandat de Trump qui achève le travail de décomposition,
celui-ci a démarré bien avant lui, sans doute quand Ronald Reagan a avancé
bêtement qu’il avait gagné la guerre contre la Russie avec l’effondrement de l’URSS !
La question est la suivante, est-ce que les déconvenues d’aujourd’hui induiront
les Etats-Unis à abandonner leur volonté hégémonique ? La réponse est oui,
mais il faudra d’abord que ce pays passe par une crise aussi profonde que celle
qu’il a traversée dans les années trente.