mercredi 16 novembre 2022

Le gouvernement veut-il détruire l’hôpital public complètement ?

  

Cela fait des années que les soignants alertent les gouvernements successifs, au moins depuis l’élection de Sarkozy, sur l’effondrement programmé de la santé en France. Jadis un des systèmes les plus performants du monde, la France est devenue un enfer médical. Il manque de médecins, on parle de déserts médicaux. Agnès Firmin Le Bodo, secrétaire d’Etat à une improbable Organisation territoriale et aux professions de santé avouait que 87% du territoire français était maintenant un désert médical[1]. Ce qui veut dire que les trois derniers présidents n’ont absolument rien fait pour résorber un problème de formation des médecins et des personnels soignants, c’est pourtant la chose la plus facile à prévoir, compte tenu de l’évolution démographique du pays. Ces gouvernements successifs ont été trop occupés à transférer des ressources publiques vers les entreprises privées pour avoir même l’idée de faire quelque chose en la matière – pour le budget de 2023, on parle de subventions aux entreprises de 160 milliards d’euros, tandis que l’ineffable ministre de la santé parle d’une rallonge de 400 millions d’euros pour le secteur pédiatrique. 

 

Pourtant le problème du numerus clausus est connu depuis bien longtemps. La bêtise au gouvernement, sans doute guidée par des cabinets de conseil américains, avait conduit « les décideurs » à durcir le numerus clausus à la fin du XXème siècle, organisant la pénurie de médecins pour les trente années à venir. Il y a deux problèmes qui conduisent à une explosion du secteur hospitalier : d’abord l’absence de cohérence dans les plans de formation des personnels soignants, ensuite les tours de vis successifs sur le plan financier qui conduisent à rendre ces métiers de moins en moins attractifs. Il y a pourtant une cohérence dans cette évolution, sous le prétexte de répondre positivement aux injonctions de Bruxelles, les gouvernements français successifs ont substitué une approche comptable et monétaire dans la gestion de l’hôpital. Le néolibéralisme considère la santé comme une consommation finale, alors que de longues date, même les économistes les plus bornés savent que les dépenses pour améliorer le « capital humain » sont aussi des dépenses productives, on dit généralement que ces dépenses produisent des effets externes positifs. C’est-à-dire que ces dépenses en améliorant le bien-être des populations contribuent à l’amélioration globale de la productivité du travail.

Dépenses de santé et PIB par habitant en 2000, en parité de pouvoir d'achat Source : Base Eco-Santé 2003 

Un gouvernement fasciste se reconnait à la dureté de la répression des mouvements sociaux et plus généralement à l’autoritarisme borné dont il fait preuve en toute circonstance. Les personnels soignants ont payé un lourd tribut à cette orientation. Matraqués pour avoir osé manifester contre la dégradation de leurs conditions de travail, vilipendés, beaucoup ont perdu leur emploi, mais d’autres se sont éloignés de l’hôpital, considérant que les salaires étaient très maigres et que les conditions de travail s’étaient dégradées[2]. L’hypocrisie de l’équipe au pouvoir est sans limites. D’un côté on nous raconte que l’hôpital peine à recruter des soignants, mais de l’autre on se refuse à réintégrer les personnels de santé non vaccinés. L’interdiction d’exercer concernerait entre 12 000 et 15 000 personnes. Cette démarche bornée et stupide n’a aucun sens sur le plan sanitaire. Les grandes vagues de la pandémie sont heureusement derrière nous, mais en outre il est amplement démontré que le vaccin contre le COVID ne protège absolument pas des contamination – c’est peut-être même le contraire. Aux Etats-Unis la Cour suprême a ouvert la voie à une réintégration des personnels hospitaliers[3]. En Italie le gouvernement de Meloni a autorisé les personnels soignants non-vaccinés à reprendre le travail. Ce qui lui permet de se rendre populaire facilement[4]. Les députés FI et RN avaient déposé cet été un projet de loi qui allait dans le sens des réintégrations, mais la crapule parlementaire l’a rejeté, suivant en cela l’avis de François Braun qui s’abritait derrière l’avis de la HAS, ajoutant que cette réintégration ne permettrait pas de toute façon de résoudre la crise de l’hôpital[5]. Certes c’est vrai, Macron a presque achevé de tuer l’hôpital durant son premier septennat, mais 15 000 soignants de plus ou de moins, ça fait tout de même une différence. Les larbins qui se prétendent journalistes, titrent fièrement que la France n’est pas le seul pays à refuser les réintégrations des soignants. Et ces idiots citent la Grèce, pays pourtant délabré sur le plan hospitalier depuis l’imposition de la cure d’austérité de 2015 ordonnée par l’Allemagne. Début octobre, le ministre de la Santé Thanos Plevris a livré son opinion à la radio : « Les agents de santé non vaccinés n'ont pas leur place dans le système de santé, car ils ne croient pas en la science ». Autrement dit, conserver la suspension c’est châtier les hérétiques qui ne croient pas à la science, c’est une question de foi et non une certitude scientifique !   

La crise du COVID avait montré d’une part qu’une grande quantité de lits de réanimation en France avaient été fermée en dépit du bon sens, d’autre part que les soignants étaient sous-équipés, et enfin que les milliards d’argent public octroyé aux laboratoires fabricant des vaccins douteux auraient peut-être dus être utilisés un peu mieux pour améliorer l’hôpital. On évaluait en janvier 2022 des dépenses publiques liées au COVID, vaccins et tests à 13 milliards d’euros pour la France dont une partie, environ 5 milliards serait payée par la Sécurité Sociale. Ce qui immanquablement aggravera le fameux déficit et justifiera à posteriori de nouvelles mesures austéritaires allant vers une accélération de la privation du secteur de la santé[6]. Le débat sur l’hôpital et sa très mauvaise gestion vient d’être relancé avec la question des urgences pédiatriques. Comme à son habitude le gouvernement agit dans l’urgence pour tenter de palier son manque d’anticipation des problèmes médicaux. Comme dit le proverbe, quand l’âne est sorti, on ferme la porte. Pour faire face à cette énième crise de l’hôpital, le médiocre François Braun est venu annoncer à grands coups de trompettes qu’il allait généreusement octroyer 400 millions supplémentaires pour les urgences pédiatriques[7]. Puis il a conseillé aux parents de ne plus emmener leurs enfants en pédiatrie pour une simple bronchiolite. Ce n’est pas la première fois qu’un ministre de la santé dénonce le manque de discernement des patients pour masquer son incurie, ça devient même une habitude. C’est aussi beaucoup moins que les milliards d’euros que nous coûte notre implication dans la guerre contre la Russie. En mai 2022, ce coût pour la France était évalué à 2 milliards d’euros, sans compter l’accueil des réfugiés ukrainiens. Non seulement ces mesures annoncées par François Braun apparaissent aux personnes concernées comme très insuffisantes, mais on ne sait pas dans quelles conditions et à quel rythme ces sommes seront débloquées. On voit ici la technique d’un gouvernement aux abois, répondre aux revendications sociales au coup par coup, alourdissant au passage le déficit budgétaire. En effet, le gouvernement Macron, totalement borné et autiste, a choisi contrairement à d’autres pays européens de ne pas taxer les superprofits. Une taxe sur les superprofits pourrait rapporter entre 15 et 25 milliards d’euros, de quoi rénover largement le secteur de la santé[8]. Même l’Angleterre très à droite à renoncer à creuser le déficit avec des baisses d’impôts trop larges et a voté pour taxer les superprofits comme beaucoup de pays en Europe, l’Espagne ou encore l’Allemagne. C’est d’ailleurs sur un entêtement imbécile de type que le gouvernement de Liz Truss est tombé, mais auparavant, on s’en souvient peut-être, c’est pour avoir laissé se décomposer les infrastructures de la Grande-Bretagne que l’ignoble ivrogne Margaret Thatcher a été remerciée par son propre parti. Macron veut-il suivre cet exemple alors qu’il est critiqué de tous les côtés pour tout ce qu’il fait et ce qu’il n’a pas fait ?


[1] https://www.lagazettedescommunes.com/829002/la-france-est-un-desert-medical-laveu-de-la-secretaire-detat-firmin-le-bodo/

[2] https://reporterre.net/Broyees-par-l-hopital-les-infirmieres-demissionnent-en-masse

[3] https://www.liberation.fr/checknews/la-cour-supreme-de-new-york-a-t-elle-impose-la-reintegration-et-lindemnisation-de-tous-les-soignants-non-vaccines-20221028_7M443H6FIJF4ZE5ZC7IKXNYXLM/

[4] https://www.bfmtv.com/international/europe/italie/italie-les-soignants-non-vaccines-contre-le-covid-19-autorises-a-reprendre-le-travail_AD-202210310639.html

[5] https://www.bfmtv.com/sante/reintegration-des-soignants-non-vaccines-francois-braun-va-saisir-la-has-dans-les-jours-qui-viennent_AN-202211020695.html

[6] https://www.lesechos.fr/economie-france/social/covid-les-tests-et-les-vaccins-ont-coute-plus-de-13-milliards-deuros-en-2021-1382549

[7] https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/03/crise-des-services-de-pediatrie-le-gouvernement-annonce-des-mesures-jugees-insuffisantes_6148275_3224.html

[8] https://multinationales.org/fr/enquetes/guerre-en-ukraine-et-superprofits-petroliers/taxe-sur-les-superprofits-totalenergies-ne-va-presque-rien-payer

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