Marseille le 19 janvier 2023
L’ignoble loi du gouvernement minoritaire de Macron a réussi à mobiliser du monde cette fois. J’ai déjà dit ici que cette nouvelle réforme était seulement un transfert des ressources des salariés vers le capital[1]. Il faut ajouter à ce que j’écrivais il y a quelques jours que non seulement les caisses de retraites sont excédentaires pour 2022 et 2023, au moins, mais qu’il existe une réserve dite de sécurité qui se monte à plus de 200 milliards d’euros. En intégrant le FRR, ces réserves s'élèvent à 163,2 milliards, selon le dernier rapport du COR, soit 6,5 % du PIB. La plus importante est celle du régime de retraite complémentaire des salariés du privé, l'Agirc-Arrco, qui dispose de 86,5 milliards d'euros. Toutefois, la réforme ne prévoit pas que ces fonds soient utilisés pour équilibrer le régime global et qu'ils continuent à servir de matelas de sécurité pour les régimes de retraite concernés. C’est dire que cette réforme n’a même pas l’excuse comptable pour exister. Et effet soutenir les retraites telles qu’elles sont calculées aujourd’hui couterait moins cher que de financer la guerre en Ukraine contre la Russie. Même si on considère que Macron est fou, qu’il aime emmerder le monde, il y a d’autres raisons : commencer à obliger les travailleurs à cotiser à des assurances privées, donc de transférer des fonds à nouveaux vers le secteur privé financier, ensuite continuer de diminuer les cotisations patronales, et donc renforcer le partage de la valeur vers le capital et les rentiers. Ceux qui ne travaillent pas. Je passe sur les mensonges des crapules politiciennes, Macron disant en 2019 qu’il ne fallait pas allonger la durée de vie de travail, il trouvait cela hypocrite[2], ou Dussopt, l’homme à la tête de rat, pris dans le piège d’une prise illégale d’intérêt[3], avançant en 2010 que la réforme des retraites pénaliserait les plus démunis[4]. Remarquez que Macron et Dussopt viennent tous les deux du misérable parti socialiste. Cette crapule invulnérable comme les machines de fer a non seulement la capacité de se vendre en permanence au plus offrant, mais aussi la patience de l’araignée qui lui fait obstinément avancer des réformes régressives les unes derrière les autres depuis au moins 1995 et les réformes Juppé. Cette guerre sociale que le Grand Capital orchestre depuis une quarantaine d’années contre modèle français, n’est jamais finie, et Le monde dans son édition datée du 19 janvier 2023, avançait que cette réforme ne serait sans doute pas la dernière. Cette annonce sibylline veut-elle dire que le but est de supprimer directement les retraites ? Il faut se souvenir que depuis 1995 c’est la treizième réforme des retraites qui est proposée, comme si les précédentes n’avaient servi à rien. En vérité c’est bien parce que les salariés ont cédé dans la rue sur les premières de ces réformes maudites qui a encouragé le Grand Capital à continuer son action contre les acquis sociaux.
Marseille le 19 janvier 2023
La mobilisation du 19 janvier 2023 est pleinement réussie. Il est vrai que tous les syndicats étaient d’accord pour mobiliser contre cette réforme pourrie qui ne servira qu’à renforcer la fortune des plus riches et du capitalisme financier. Et que l’arrogance de la très bornée première ministre qui n’a même pas fait semblant de discuter avec les syndicats, y a été pour quelque chose. Mais les Français que le gouvernement croit encore plus stupides que lui, se sont renseignés et ont compris les enjeux. Comme on l’a dit et répété, l’espérance de vie des Français n’augmente plus et commence maintenant à régresser. Or c’était le produit d’appel pour signifier que le capitalisme réussissait là où le « socialisme » façon URSS avait échoué. Il va de soi qu’un allongement de la durée de la vie de travail accélèrera la baisse de l’espérance de vie, et ce d’autant plus que la tiers-mondisation de la France a en partie détruit le système de santé. Ce n’est donc pas seulement contre la réforme des retraites que les Français de bon sens protestent, mais contre les mesures régressives et fascisantes que macron a prises depuis qu’il agit contre le pays, c’est-à-dire depuis 2014. Cette réforme des retraites vient s’ajouter aujourd’hui à la baisse réelle des salaires. Ce qui est organisé sous l’égide de Bruxelles c’est une déflation salariale de grande ampleur. Comme le montre le graphique ci-dessous, la productivité du travail en France comme ailleurs, a augmenté de manière continue depuis le début des années soixante-dix. Il était d’usage durant les Trente Glorieuses que ces gains de productivité servent à augmenter à la fois le salaire et à diminuer les durées travaillées. Or le salaire réel n’augmente plus depuis longtemps, et les durées travaillées ne baissent plus depuis près de vingt ans. Tout cela signifie que les gains de productivité du travail ont été entièrement confisqués par le capital. Pire encore, comme le signalait le dernier rapport d’Oxfam, c’est le 1% des plus riches qui, sur les trois dernières années a capté les deux tiers de l’accroissement de la richesse au niveau mondial[5]. La France étant le pays où la fortune des milliardaires, multipliée par quatre, a le plus progressé dans le monde développé. Une partie de cette captation de richesse vient en France du CICE et donc de la baisse des cotisations sociales qui alimentaient aussi bien la santé que les caisses de retraites. L’économie c’est un système de vases communicants, ce que tu donnes au travail tu ne peux pas le donner au capital, et vice versa. Tout le reste n’a aucun sens. La clé du financement des retraites, comme les salaires, dépend du partage de la valeur entre le capital et le travail. L’idée selon laquelle l’allongement de la durée de la vie – très provisoire comme on l’a dit – nécessité de travailler plus longtemps est juste un mensonge de plus pour couvrir la cupidité légendaire du capitalisme financier dont Macron est le petit domestique zélé.
Productivité horaire (PIB/nombre d’heures travaillées), 1970-2018, en dollars constants, PPA 2015
La mobilisation contre la réforme moyenâgeuse de Macron et de son gang, a été massive. Il n’est pas besoin de discuter des chiffres fournis par les menteurs du ministère de l’intérieur, ils annonçaient 1,12 millions de manifestants sur toute la France dont 80 000 à Paris. C’est un mensonge grossier. Les images du cortège parisien parlent d’elles-mêmes. C’était un premier test voulu par Macron, pour voir jusqu’où il pourrait tirer sur la ficelle avant qu’elle casse. Ses sbires avançaient sur les chaînes de désinformation en continue qui mentent sur à peu près tous les sujets, que Macron avait été élu pour faire cette réforme. Seuls 37% des électeurs inscrits ont voté pour lui au second tour, et encore parmi ces imbéciles, il y avait un nombre important d’idiots utiles de gauche – du type Philippe Martinez – qui voulaient faire barrage à Marine Le Pen. Or aujourd’hui on voit bien que cette idée était des plus stupides, voter pour la droite extrême en supposant que l’extrême droite serait plus dangereuse relève du confusionnisme. En ce jour de forte mobilisation, l’inanité d’une telle proposition saute aux yeux. Rien ne dit en effet que Marine Le Pen, si elle n’aurait pas été meilleure que Macron, aurait été pire que lui. Et justement en prévision de cette réforme des retraites, il fallait prévoir que Macron récupérerait les stupidités de Martinez et de Laurent Berger pour les confondre. Je rappelle que ce dernier signait un texte avec le patron du MEDEF pour appeler à voter Macron. Sans doute pensait-il que le squatter de l’Elysée l’appellerait pour construire avec lui la réforme des retraites. Mais macron n'a pas de parole, ni de reconnaissance du ventre. Que Laurent Berger s’en plaigne aujourd’hui est évidemment inconséquent.
Paris le 19 janvier 2019
Après ce premier test, il va y en avoir un second. Macron veut savoir si les Français auront encore de l’énergie pour s’opposer à ses réformes pourries. Derrière la réforme des retraites il arrive d’autres revendications, comme par exemple la nécessité de renationaliser intégralement le réseau électrique pour retrouver notre indépendance énergétique et soulager le pouvoir d’achat des Français, également la nationalisation du réseau autoroutier, un refinancement de l’hôpital par exemple. Le sinistre Macron fait mine de croire que les Français ont comme caractère singulier d’être des râleurs. Il est vrai que lui-même ne rechigne pas à plier l’échine devant les puissants, et qu’à ce titre il n’est pas vraiment français. Dans les cercles du pouvoir, il se dit que l’ignoble Borne a déjà programmé de faire semblant de lâcher du lest en renonçant aux 64 ans, mais en maintenant un allongement de la durée des cotisations. Berger fera semblant de s’en contenter et présentera ça comme une grande victoire des syndicats dits réformistes, mais qu’en d’autres temps on appelait syndicats jaunes ou syndicats patronaux.
Marseille le 19 janvier 2023
C’est entendu, l’opinion est massivement contre cette réforme. Dans toute la France les cortèges ont été compacts. Se pose alors la question de l’action, de sa forme et de sa finalité. Nicolas Dupont-Aignan avançait que si la réforme était mauvaise, ce qui est évident pour les trois quarts des Français, il fallait « bloquer le gouvernement, mais pas bloquer le pays ». Il est difficile de faire plus idiot. Avec le 49-3 Macron peut gouverner contre le pays et continuer à défaire ce qui reste du système social français dont jadis nous étions si fier. La seule chose que ce domestique du grand capital craint justement c’est que le mouvement occupe la rue et dure. On se souvient qu’en 2018 Macron fut contraint de lâcher du lest quand pris de panique il avait vu les manifestants marcher sur l’Elysée, ou quand, au Puy en Velay, il avait dû s’enfuir devant les charges des gilets jaunes. Les seules choses que craignent les « puissants » ce sont les grèves longues, le blocage des ronds-points, le blocage des raffineries, les coupures d’électricité ciblées, ou encore la paralysie des transports. Que les syndicats défilent même tous ensemble entre Bastille et République deux ou trois fois, cela ne dérange guère le Grand Capital. Il est temps de passer à autre chose et s’attaquer directement aux inégalités de toutes sortes qui rongent le pays. Il faut cesser par ailleurs de croire que nous serions des gros veinards de vivre en démocratie, quand une toute petite caste travaillée par la cupidité, et ses valets, gouverne conte le peuple et veut faire passer une réforme que l’opinion récuse. Il faut dénoncer la classe politicienne et des journalistes qui font métiers de mentir sur n’importe quel sujet pour complaire à leurs maîtres.
[1] https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2023/01/la-retraite-en-question-pourquoi-faire.html
[2] https://www.radiofrance.fr/franceinter/quand-emmanuel-macron-trouvait-hypocrite-de-decaler-l-age-legal-de-depart-a-la-retraite-1484781
[3] https://www.marianne.net/politique/le-ministre-olivier-dussopt-vise-par-une-enquete-pour-corruption-et-prise-illegale-d
[4] https://www.bfmtv.com/politique/gouvernement/en-2010-olivier-dussopt-s-opposait-a-la-reforme-des-retraites_VN-202301100748.html
[5] https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2023/01/Davos_2023_french_full_report.pdf
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