mardi 5 mai 2026

Pourquoi on ne peut pas voter pour Mélenchon

Le cirque peut commencer. Depuis que Mélenchon a annoncé sa candidature pour la présidentielle en 2027, ses soutiens et ses faux comptes se déchainent sur les réseaux sociaux pour tenter de faire croire à un nouvel élan. Je reconnais volontiers que Mélenchon a bien le droit de se présenter. Il est un peu le Bayrou de la gauche qui croit éternellement à son destin.  Certes, il peut invoquer lui-même qu’à gauche il n’a guère de concurrence, et après tout ce sera sa dernière campagne, il a bien le droit de faire un dernier tour de piste. Passons sur le fait qu’en 2022 il avait avancé qu’il ne se représenterait plus, comme tous les politiciens il est fourbe et menteur. Il avait pourtant désigné François Ruffin comme son successeur potentiel, mais c’était une autre époque, il est changeant, et plus il s’est éloigné de la laïcité, plus il a dragué le vote musulman des banlieues, et plus il s’est éloigné de François Ruffin qui est parti de la périphérie de la FI avec la charrette des condamnés, Autain, Simonet, Corbières ou encore Garrido. Pour justifier de sa nouvelle participation à ce cirque médiatique qu’il aime tant et pour lequel il vit, il a évoqué l’urgence, le danger du fascisme et tous les lieux communs de la langue de bois habituelle. Ils sont tous comme ça dans ce curieux métier, on peut écrire leurs discours à l’avance. En vérité, il espère que la diversité des candidatures de la droite, Philippe, Attal, Villepin et quelques autres lui permettront de refaire le coup de Chirac en 2002. C’est très hasardeux, d’abord parce que Attal renoncera, sauf s’il arrive devant Philippe dans les sondages, ce qui ne semble guère probable. On lui promettra un poste de Premier ministre ou quelque chose comme ça en échange de son désistement, et il se rangera derrière Fantômas, arguant lui aussi de la nécessité ténébreuse de faire barrage aux extrêmes. Quant à la candidature de Retailleau, elle n’est là que pour faire croire que le parti Les Républicains existe encore. Une partie des candidats déclarés sur la ligne de départ renoncera également faute de trouver les fonds et faute de réunir les signatures nécessaires. En attendant la position du reste de la gauche non-mélenchoniste, la droite s’organisera pour faire donner les parrainages à Glucksmann qui lui mangera quelques points du côté de ce qu’on appelle la social-démocratie et qui n’est qu’une droite avec un faux nez. Certes le reste de la gauche est dans les choux et divisée, mais elle va bien finir par faire émerger des candidats soit à partir d’une primaire, soit du côté des bureaucraties qui veulent prendre date pour après. A l’évidence la précipitation de Mélenchon se trouve de prendre de cours la gauche qui lui est hostile pour la désigner éventuellement comme un facteur de division. Mélenchon a d’ailleurs rappelé qu’en 2022 il n’a pas pu être au second tour çà cause de la candidature de Roussel ! 

La première raison de ne pas voter pour Mélenchon est qu’il est antipathique. Mais passons sur cette impression. Voyons son parcours louvoyant. On ne peut pas voter pour Mélenchon parce que ce type est changeant. Avant 2019 il était pour une laïcité exigeante et disait qu'on avait le croit d'être islamophobe. Maintenant il est ouvertement antisémite et fait la promotion de l'Islam pour racler les fonds de tiroir du vote des banlieues. Il fut d'abord trotskiste, puis rocardien, puis mitterrandiste, puis il a voté pour Maastricht, puis il a dit qu'il avait fait faux. C'est une girouette sans vraie colonne vertébrale. Il n'a pas de position sérieuse sur la guerre en Ukraine et son parti soutient le camp de la guerre. L'AEC est son programme économique qui pourrait aller dans le bon sens, sauf que sans sortie de l'UE et de l'euro, ce programme ne peut pas être mis en œuvre sans se retrouver dans une position très difficile pour le pays. Il est également immigrationniste et ses outrances sur la Nouvelle France issue du Grand remplacement lui ferme clairement la porte de la victoire. Or sur ces questions Mélenchon comme la FI s’en tiennent à des positions aussi européistes que farfelues, même si de temps à autre ils font quelques pas pour une réconciliation avec la Russie. Comme le RN d’ailleurs, ils ne se sont pas opposés lors du vote du budget, ni sur les transferts d’argent au régime de Kiev, ni à la hausse du budget de l’Union européenne géré par la Commission européenne dirigée d’une main de fer par la sinistre néo-fasciste Ursula von der Leyen. C’est une très grave erreur.

Mélenchon et ceux qui le soutiennent n’ont pas compris, ou font semblant de ne pas comprendre que la question de l’immigration est une question sérieuse pour les Français, et elle sera d’ailleurs un point important des débats autour de la présidentielle. Ils ont ouvert une polémique sur les propos de François Ruffin qui défendait une position un peu tiède sur l’immigration du travail, et qui avançait qu’il fallait former des médecins en France plutôt que d’en importer[1]. Cela relève du simple bon sens et cela pour deux raisons : d’abord parce que les pays en voie de développement n’ont pas trop de médecins pour eux-mêmes, ensuite parce que la souveraineté de la France passe justement par son autonomie en matière éducative. Il n’y a aucune raison pour que des pays pauvres, ou plus pauvres que nous, investissent pour former nos médecins. Faire l’apologie de l’immigration au nom de la lutte contre le fascisme relève au mieux de l’imbécilité, au pire d’une croyance dans les bienfaits de la mondialisation. Il n’est donc pas étonnant que dans Libération, Hélène Arnault, pianiste, mais surtout l'épouse de Bernard Arnault, le PDG de LVMH, confie qu'elle voterait pour Jean-Luc Mélenchon en cas de duel avec Jordan Bardella[2]. Comme quoi on peut être milliardaire et mélenchoniste à temps partiel, ce n’est pas incompatible ! 

Sur le plan stratégique, Mélenchon et son équipe ont beaucoup misé sur la Cause palestinienne. Leur soutien à celle-ci non seulement les a entraînés sur la pente savonnée de l’antisémitisme primaire, avec les pitreries de Mélenchon déformant les noms d’Epstein ou de Glucksmann comme au bon vieux temps du pétainisme pour en faire ressortir l’incongruité supposée de ceux-ci. Mais en soutenant la pantalonnade des croisières ridicules sur Gaza, ils ont montré que leurs priorités n’étaient aucunement dans la résolution des problèmes des Français. C’est seulement du spectacle qui permet de maintenir une certaine agitation permanente dans les rues ou à Sciences Po. Mais c’est assez contre-productif. Les soutiens à la dernière croisière ont connu très peu de succès, mais ont récolté d’énormes moqueries, alors même que la popularité d’Israël est au plus bas. Or tous les sondages le montrent les Français considèrent que le pouvoir d’achat, l’insécurité, ou encore la santé et les déserts médicaux et bien sûr l’immigration sont les priorités sur lesquelles devrait travailler le gouvernement. Sur ces thèmes la FI ne traite que de la question du pouvoir d’achat et au contraire est à l’envers des aspirations des Français sur les questions de l’immigration et de l’insécurité. Également avoir accès sa campagne depuis longtemps sur l’antienne du « fascisme qui vient » à décrédibiliser ceux qui sont encore sur ce registre. Le positionnement de Mélenchon est déjà stratégiquement dans l’impasse. Mais son comportement caractériel le plombe encore un peu plus. S’est-il posé sérieusement la question de la raison de ses échecs en 2022 ? Mélenchon nous dit qu’il veut lutter contre les inégalités, chose banale en soi, mais comme pour le reste, celle-ci dépend de la souveraineté de la France : et une France dans l’Union européenne et dans l’euro ne pourra rien faire pour réduire celles-ci ! Même si ça branle dans le manche du côté des anciens pays de l’Est, le chantage de la Commission européenne fonctionne encore assez bien. 

Les sondages pour le second tour sont ravageurs. Si à cause d’une grande dispersion de la droite ordinaire, Mélenchon accédait au second tour, il serait très clairement battu par Bardella. Il compte en effet près de 50 points de retard. Ça ne se rattrape pas, ce n’est pas trois ou cinq points. Même à supposer que Bardella se révèle parfaitement nul dans le débat du second tour, ce qui est tout à fait possible. Sur le plan tactique Mélenchon est extrêmement mauvais, en effet il est clivant comme on dit, et il est de plus en plus souvent comparé à Jean-Marie Le Pen pour ses outrances. Mélenchon est incapable de rassembler la gauche, or, pour gagner, il faut rassembler son camp et au second tour grignoter un peu au-delà. C’est ce qu’avait bien compris François Mitterrand qui était un fin tacticien, même si on peut contester son action au cours de ses deux septennats. Mélenchon a insulté tout le monde, de Glucksmann à Fabien Roussel, en passant par le PS. Et vous voulez que ces gens qui certes sont habitués à avaler des couleuvres de grande taille se mobilisent avec enthousiasme pour lui et les membres de son gang lui ont emboîter le pas sur ce thème ? Déjà que la confiance en France dans le personnel politique est au plus bas, ce n’est pas très sérieux.



[1] https://www.marianne.net/politique/gauche/francois-ruffin-et-l-immigration-de-travail-quand-la-gauche-chasse-les-blasphemateurs

[2] https://www.franceinfo.fr/politique/jordan-bardella/helene-arnault-voterait-jean-luc-melenchon-plutot-que-jordan-bardella-son-avis-ne-compte-pas-plus-que-celui-de-n-importe-quel-francais-reagit-un-depute-rn_7971821.html

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