vendredi 23 janvier 2026

L’isolement des Etats-Unis

Groenland, OTAN et guerre : fact-checking du discours de Trump à Davos |  Euronews

En ce début d’année 2026, ce sont les Etats-Unis et l’ubuesque Trump qui mobilisent l’attention. Après l’enlèvement d’un président élu, Trump a commencé à poser ses revendications pour obtenir la propriété du Groenland. Dans les deux cas il a avancé des arguments qui sont mensongers : d’abord dans le cas du président vénézuélien, il a prétendu que celui-ci était le chef d’un gang de narco-trafiquants, et que le pétrole de son pays appartenait aux Etats-Unis. Il a prétendu aussi qu’il allait lui-même gouverner ce pays pour le propre compte des Etats-Unis qui s’enrichiront ainsi. Pour le Groenland, il avance deux justifications tout aussi illégitimes et débiles : d’abord ce serait une condition pour renforcer la sécurité des Etats-Unis qui seraient menacés par la Chine et la Russie, ensuite il prétend exploiter le sous-sol de ce petit pays pour le compte encore des Etats-Unis. Tout cela ne résiste pas à l’analyse. Au Venezuela il n’est arrivé à rien, le régime chaviste est toujours en place et pire encore, les pétroliers étatsuniens ne veulent pas investir dans l’exploitation du pétrole vénézuélien, trouvant que le rendement est bien trop aléatoire vu la qualité du pétrole. Pour le Groenland c’est encore pire. Il s’est heurté à une fin de recevoir à la fois des Groenlandais, du Danemark et des pays européens. Il a dû se rabattre sur son cireur de pompes préféré, Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN qui prétend avoir trouvé une solution. Cette solution personne ne l’a vue. Il semblerait qu’elle porte sur une propriété partielle de la base étatsunienne dans ce petit pays.

Globalement l’opinion étatsunienne est négative sur la politique de Trump 

Les Étatsuniens sont très remontés contre cette dispersion et ces velléités impérialistes. Les sondages sont mauvais, ils n’approuvent aucune de ces bêtises, même en ce qui concerne la politique de lutte contre l’immigration menée par l’ICE. D’autant que dans le même temps Trump alignent les menaces de surtaxes contre le monde entier. Bien entendu tout le monde a souligné l’impuissance des dirigeants européens – on n’a pas entendu Ursula von der Leyen critiquer ces attaques en règles contre l’État de droit – mais, contraints et forcés, ils sont obligés d’ajuster leurs réponses. Ils avaient jusqu’à la guerre de l’OTAN contre la Russie, l’habitude de suivre aveuglément Washington sur à peu près tout, essentiellement parce que le personnel politique européiste a été formé par les Etats-Unis, que ce soit les Young leaders, ou encore par le biais de l’Aspen Institute. Le résultat de tout cela est que les Européens sont obligés de changer de discours. Depuis quelques semaines, on voit une timide tendance à se rabibocher avec les Russes. Macron a dit qu’il fallait parler à Poutine, Melon aussi, et également maintenant Merz. Dans ce dernier cas, il semble qu’il soit poussé par le patronat allemand qui rêve d’une réouverture des Nord Stream endommagés. C’est en effet la seule voie pour les Européens en ce qui concerne leur économie que de se tourner vers la Russie, mais pour cela il faut mettre fin à la guerre en Ukraine d’une manière ou d’une autre. Il y a cependant un puissant lobby qui ne le veut pas, von der Leyen, Kaja Kallas le représente, et bien sûr Zelensky et son gang. 

Trump, un an après : comment les Français voient les États-Unis et la crise  du Groenland - ladepeche.fr

Paradoxalement, c’est la politique de Trump qui va obliger les Européistes à changer de point de vue. Comme le montre le graphique ci-dessus, les Français sont de plus en plus remontés contre les Etats-Unis. Mais c’est un peu la même chose dans les autres pays de notre continent. On a même vu le premier ministre britannique Starmer, pourtant habitué à ramper devant le maître américain, avoir des velléités d’indépendance ! Trump est en échec sur le plan diplomatique, l’affaire du Venezuela n’est pas un succès, le processus de paix en Ukraine est enlisé aussi bien par la position jusqu’au-boutiste de Zelensky et des Européiste que par les errements de la diplomatie étatsunienne qui modifie ses propositions de paix en fonction de l’interlocuteur qu’elle a en face d’elle. Trump recule sur le Groenland. Il vient de bricoler un Conseil de la paix avec ses affidés. Mais celui-ci est rejeté, que ce soit pour la question de la Palestine ou pour sa composition. La carte ci-dessous montre l’isolement de Trump sur cette question. Ce Conseil de la paix s’apparente à une privatisation d’une instance de régulation multilatérale. Au passage Trump rackette ceux qui voudraient en faire partie contre 1 milliard de dollars ! Pire encore cette nouvelle lubie qui serait une sorte de privatisation de l’ONU, est présentée à Davos au World Economic Forum, une institution parallèle où se rencontrent sans aucune onction démocratique des oligarques et leurs valets, on y voit souvent Macron et Zelensky par exemple. Trump voudrait que cette initiative privée – son Conseil de la paix – remplace l’ONU qui manque d’efficacité. Dans son Conseil de Paix, Trump n’a rassemblé que des has been comme Tony Blair, ou encore le domestique Milei qu’il tient dans sa main. 

Ces nouvelles initiatives sont vouées à l’échec. Cela ne peut renforcer que le divorce entre les Etats-Unis et l’Europe, ce qui signifie au moins deux choses, d’abord que l’OTAN a du plomb dans l’aile, ensuite que les Européens seront obligés de se rabibocher avec la Russie sous peine de voir leur économie s’effondrer complètement alors qu’elle est vraiment mal en point. Si l’ambition de Trump était de redevenir le parrain de l’Occident pour le remettre en ordre, c’est raté, il a au contraire plongé celui-ci dans le chaos. Face à la Russie, à la Chine, et plus généralement aux BRICS, l’Occident apparait comme un pôle politiquement peu stable. La division des pays qui le composent est aussi bien externe qu’interne. Les Etats-Unis sont maintenant en guerre avec les pays européens, mais ils sont en outre très divisés sur le plan intérieur. Les exactions fascisantes de l’ICE sont désapprouvées par la majorité de la population. Ce n’est pas le cas de la Chine, même s’il y a de nombreuses critiques qu’on perçoit, ni celui de la Russie où globalement la population approuve l’action de son gouvernement. 

Arrestation lors d’un raid des services d’immigration à Minneapolis, le 21 janvier 2026 

Les gesticulations de l’homme à la figure orange sont en vérité un aveu de faiblesse. Trump prétend imposer ses propres choix politique au camp occidental par la force, mais ça n’impressionne apparemment plus personne. Quoi qu’on en pense, cette logique est fragile, non seulement elle crée des problèmes immédiats à n’en plus finir, mais elle prépare l’alternance qui pourrait remettre en question toutes les orientations trumpiennes. Une partie des dirigeants européistes semblent avoir fait ce pari incertain. Habitués à obéir sans broncher pour mettre en œuvre le projet ancien de la mondialisation heureuse qui prend eau de toute part, ils ne comprennent apparemment pas les raisons qui président à l’effondrement de l’ordre ancien. Mais même à supposer que Trump perde la majorité aux midterms, il n’est pas certain qu’un gouvernement démocrate revienne sur tout ce qu’a fait Trump, par exemple en laissant la lourde charge de l’OTAN et de la guerre en Ukraine aux Européens.

vendredi 16 janvier 2026

Le catastrophique accord avec le Mercosur, la fourberie de Meloni

Peut être une image de costume

La crapule européiste a gagné la bataille de l’accord du Mercosur. Cet accord a été approuvé par les dirigeants européens, mais surtout grâce à la fourberie de Meloni. De nombreux pays étaient contre cet accord ruineux pour notre agriculture, la France, l’Irlande, la Pologne, la Hongrie et l’Autriche. Cet accord pourri a été adopté en dépit des manifestations des paysans en France, en Grèce et ailleurs. Ces manifestations sont largement soutenues par l’opinion publique. Autrement dit la crapule bruxelloise une fois de plus agit contre les peuples. Il est clair que si en France on avait fait un référendum pour ou contre l’accord avec le Mercosur, une opinion presqu’unanime l’aurait rejeté. Cela montre clairement que la Commission européenne n’agit pas dans l’intérêts des peuples européens, mais dans celui des lobbies qui la corrompent. Si cet accord a été finalement signé, c’est parce que cela arrangeait essentiellement l’industrie allemande en manque de débouchés. Cela est déjà une bonne raison de sortir de l’Union européenne au plus vite. Et ce sera à moyen et long terme la conséquence de cette ignominie : les partis qui vont soutenir la sortie de ce machin vont être de plus en plus soutenus dans l’opinion. Cet accord n’a pu passer que grâce à la fourberie de Meloni. En bonne agente des Etats-Unis, corrompue jusqu’à la gauche, elle devait voter contre, et si elle avait voté contre, cet accord étais mort. Mais elle est fourbe et nulle. En effet il ne faut pas être bien malin pour se rendre compte que la souveraineté d’un pays réside d’abord dans son autonomie agro-alimentaire, puis dans son autonomie énergétique, c’est ce qu’ont compris les Russes après l’arrivée au pouvoir de Poutine. Et c’est ce qui leur permet de résister à la pression de l’OTAN. Quand je pense que certains ont vendu cette canaille de Meloni comme une souverainiste, je me demande comment une partie de l’opinion italienne a pu le croire. Elle s’est couchée sur la question ukrainienne, sur la question de l’immigration et maintenant sur la question de la politique agricole. En Italie on a aussi manifesté contre cet accord. Cela pourrait être un tournant dans la popularité de Meloni, popularité certes bien plus haute que celle de Macron ou de Starmer, mais qui ne recueille pas les suffrages pourtant de la majorité des Italiens.


  

Les agriculteurs italiens manifestent contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur, à Milan, le 9 janvier 

Macron est une nouvelle fois hors-jeu, il s’est ridiculisé en faisant semblant de combattre l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Et cela pourrait avoir, si la révolte des paysans français continue, des conséquences sur le gouvernement Lecornu. Macron a menacé de dissoudre l’Assemblée nationale en cas de censure. Il pense que cela fera peur aux socialistes frileux qui ont la trouille de retourner devant leurs électeurs avec les casseroles qu’ils trainent avec eux. Mais cela ne ferait que d’accroitre le désordre au moment où tout le monde se prépare à l’élection présidentielle de 2027. 

Sondage BFMTV - 87% des Français approuvent la mobilisation des agriculteurs

Une fois de plus la Commission européenne a pris une décision contraire à l’intérêt des peuples européens. Le financement de la guerre en Ukraine menace de ruiner l’Union européenne, mais l’accord avec le Mercosur menace toute l’agriculture européenne, et pas seulement celle de la France. Quand une bureaucratie totalement corrompue prend des décisions inverses à ce que souhaitent les peuples, on ne peut plus parler de démocratie, mais il faut parler d’une sorte de fascisme rampant qui est déjà à l’œuvre dans le domaine du contrôle de l’information qui passe par des sanctions contre les médias et les personnes qui mettent en doute la pertinence de l’action de la canaille européiste. Cette bureaucratie malade et corrompue s’étend évidemment à tout le parlement européen, un ramassis de fainéants et de corrompus sans qualification autre que d’être des rebuts de leur propre parti dans leurs pays respectifs. 

Deux agriculteurs de la Confédération paysanne arrêtés "malgré une action  pacifique" à Paris contre le Mercosur

Je ne vais pas détailler ici les méfaits des importations d’Amérique latine sur notre agriculture, mais on comprend facilement que de faire venir du bœuf ou des céréales du Brésil et de l’Argentine par bateau dans des conditions douteuses et peu contrôlées ne peut que détruire ce que nous produisons sur notre propre sol. Cette année et pour la première fois depuis des siècles, la France s’est trouvée en déficit commercial pour les productions agricoles. L’accord avec le Mercosur ne pourra qu’aggraver cet état de fait. Faire venir de très loin des produits de mauvaise qualité pour remplacer les productions françaises est à la fois une hérésie écologique et une manière de détruire un peu plus l’identité de la France. Celle-ci est intimement liée à la géographie et à son agriculture, et on le sait, la spécificité de notre pays est sa cuisine, celle-ci disparaitra probablement si nous n’avons plus de paysans. Ce n’est pas seulement une question économique, c’est aussi une question de civilisation. On n’y a guère pris garde, mais les manifestations de paysans ont pris un tour nouveau, elles sont faites pour durer et elles sont aussi bien plus offensives.  

En France comme en Grèce ou comme à Bruxelles, les pouvoirs constitués ont beau être minoritaires, ils répondent toujours de la même manière, en envoyant une milice sauvage et décervelée pour réprimer et contraindre. À Bruxelles au milieu du mois de décembre dernier, ça a tourné à l’affrontement violent. Mais il y a plus, en France Macron s’est complètement disqualifié, d’abord en soutenant très mollement une critique contre l’accord avec le Mercosur, mais ensuite dans ce revirement qui a démontré qu’il n’avait aucune influence même pour faire rentrer la crapule Meloni dans le rang. Bien sûr von der Leyen et son gang sont tout autant discrédités, et pour longtemps. La victoire de la Commission européenne est en fait une victoire à la Pyrrhus. Elle a semé les graines pour une critique de plus en plus dure de ce Machin, critique qui dépasse évidemment la question agricole. C’est toute la question de la souveraineté. Si l’Union européenne prétend remplacer les souverainetés nationales par une souveraineté européiste, cela ne se fera pas, bien au contraire, c’est exactement ce qui alimente le renouveau des tendances souverainistes. Par contre ces tendances fascisantes sont le support d’une impopularité croissante de l’Union européenne. Bien entendu, les choses ne se feront que lentement, mais elles se feront, parce qu’un changement de personnalités pour remplacer des dirigeants honnis ne suffira pas à calmer la colère et la méfiance générale à l’égard de cette institution maudite. Terminons sur ce paradoxe, le commerce de l’UE avec le reste du monde ne se décide pas à l’unanimité, mais à la majorité qualifiée ! Sinon cet accord ne serait jamais passé, c’est là encore une preuve de la violation des souverainetés nationales. 

18 décembre 2025 des milliers d'agriculteurs européens réunis à Bruxelles pour manifester 

Dans les jours qui viennent les députés du Parlement européen vont devoir valider le choix des dirigeants. On dit qu’il est très divisé et que ce même Parlement pourrait faire trainer les choses en longueur, c’est pourquoi la crapuleuse Commission européenne a décidé de faire appliquer l’accord avant même qu’il ne soit validé. L’idée est de mettre les faibles élus de ce parlement croupion devant le fait accompli et de passer à autre chose. Mais il y a un biais juridique à cet accord de libre-échange mal ficelé, c’est que si par la suite les lois européennes ou des pays européens évoluaient pour restreindre les importations des produits pourris du Mercosur, les pays de ce bloc auraient droit à des compensations ! Les eurodéputés s’inquiètent de la légalité d’un dispositif du traité de libre-échange – le mécanisme de rééquilibrage permettrait au Mercosur de prendre des mesures de compensation si de futures lois européennes devaient provoquer une baisse de ses exportations – et pourraient saisir la Cour de justice de l’UE (CJUE) à ce sujet. La question devrait être soumise au vote à Strasbourg en janvier ou en février et si le Parlement européen décidait de consulter les juges de Luxembourg, cela aurait pour effet de suspendre l’accord, le temps que la CJUE rende son avis. Que l’Union européenne ait eu l’idée de signer un tel traité sur le plan juridique laisse pantois. Que veulent les dirigeants de la Commission européenne, notre ruine accélérée ?

mercredi 14 janvier 2026

Répression sanglante en Iran, quelle issue ?

Iran : le bilan de la répression s'alourdit, le pouvoir appelle à des  contre-manifestations - France 24

Les manifestations en Iran sont récurrentes depuis des années, avec son lot de répression et de morts. En ce moment elles sont puissantes, parties d’une révolte contre la vie chère et la difficulté de se procurer des biens de première nécessité, elle parait de loin – c’est-à-dire depuis l’Occident – vouloir se transformer en une volonté de s’affranchir de l’ordre tyrannique des mollahs. L’ampleur des manifestations qui se sont déployées dans l’ensemble du pays, bien au-delà de Téhéran, semble avoir surpris le régime, et celui-ci a fini par réagir d’une manière ultra-violente : la répression des gardiens de la révolution aurait déjà fait des centaines de morts. Les images qui ont circulé confirment que la répression est d’une très grande ampleur. Tout le pays semble touché. Il y avait déjà eu des manifestations importantes en 2022, et la répression avait été sanglante aussi. Mais il semble que cette fois la lame de fond soit plus large. Ces manifestations se nourrissent évidemment de l’existence d’un régime tyrannique, mais aussi de la conséquence des sanctions occidentales qui empêchent l’Iran de se développer, notamment en vendant son pétrole. La stupide Kaja Kallas a annoncé que si le régime continuait à réprimer son peuple, l’Union européenne durcirait encore ses sanctions. Trump également a menacé de bombarder le pays si celui-ci s’enfonçait dans la crise, puis il a dit que finalement il allait trouver un accord avec les dirigeants du régime iranien ! Diable un pays pétrolier ça se respecte !    

Amnesty dénonce la "violente" répression contre des "rassemblements  pacifiques" en Iran – L'Express

Téhéran, le 11 janvier 2025 

On comprend en lisant les réactions des Occidentaux que la question iranienne dépasse l’Iran. Le journal Le monde avançait dans son édition du 14 janvier que l’Iran s’enfonçait dans une double crise, interne et externe. En vérité on ne peut pas dissocier les deux. Si le régime des mollahs est criminel et détestable, la crise économique que subissent les malheureux Iraniens est, comme au Venezuela, le résultat des lourdes sanctions occidentales qui ravagent le pays. L’horrible Ursula von der Leyen en a rajouté en disant que les sanctions européistes allaient encore se durcir si le régime iranien continuait à réprimer les manifestants. Comme on le comprend l’idée des Occidentaux est qu’en frappant le peuple, en l’affamant, on le pousse à se révolter et qu’ensuite le régime change et devient plus conciliant avec les intérêts occidentaux, et principalement étatsuniens. De là à penser que les manifestations de masse contre les mollahs sont instrumentalisées par les Occidentaux et Israël, il n’y a qu’un pas que je me garderais bien de franchir. On ne mobilise pas massivement les populations avec des agents étatsuniens ou israéliens infiltrés dans le pays. Il y a une révolte profonde et spontanée contre un régime détesté. Mais le peuple iranien est très divisé, et comme on a pu le voir le 12 janvier dernier à Téhéran, les mollahs comptent encore beaucoup de partisans. Le régime ne pourra pas s’effondrer comme un château de cartes, et on comprend qu’il se remobilise pour mater la révolte, même si cela se fera dans les sens.

Les soutiens du régime manifestaient le 12 janvier 2026 

On l’a dit, Israël et les Etats-Unis souhaitent la fin de se régime. Israël ne peut pas avoir de complaisance avec les mollahs qui depuis des décennies annoncent qu’ils vont liquider « l’entité sioniste ». Évidemment si Reza Palhavi, le fils du Shah, prenait le pouvoir cela arrangerait Israël. En effet celui que les États-Unis voudraient bien mettre à la place des mollahs s’est rapproché d’Israël et suggère un axe Téhéran-Tel Aviv qui pourrait stabiliser la région. Mais ce n’est pas si simple parce que si de nombreux Iraniens seraient manifestement favorables à ce scénario, d’autres le rejettent fermement. C’est le résultat d’un peuple déchiré entre différentes ethnies. Les principaux groupes ethniques sont les Perses, 53 %, les Kurdes, 10 %, puis les Lours, 6 %, qui parlent une langue iranienne. Mais on compte aussi
16 % d’Azéris, ce qui explique que l’Azerbaïdjan est intéressé aussi par la chute du régime, espérant ainsi travailler à la reconstruction de leur ancien empire ! Les Turcs sont aussi à la manœuvre bien entendu. Le noyau dur du pays est bien plus structuré par les mollahs qu’il n’y parait au premier abord. Souvent on prend comme mesure étalon de la révolte en Iran les grandes villes, mais c’est beaucoup moins le cas dans les zones rurales. Bien évidemment les Etats-Unis qui sont toujours intéressés pour voler les ressources naturelles des autres pays, aimeraient bien mettre la main sur les larges ressources pétrolières de l’Iran. 
Peuples iraniens — Wikipédia

Principales ethnies en Iran 

Dans ces conditions, on voit difficilement comment Reza Palhavi pourrait s’imposer et stabiliser le pays. S’il a l’appui d’Israël et des Etats-Unis, il n’est guère populaire en Iran où la mémoire de son père s’est largement effacée. Il ne faudrait pas oublier non plus que la révolution de 1979 qui a permis aux mollahs de prendre ensuite le pouvoir était une révolte contre le Shah qui avait été lâché par les Etats-Unis. L’issue du mouvement de révolte en Iran est aujourd’hui très incertaine. En tous les cas, il ne semble pas que le renversement des mollahs puisse se passer d’une guerre civile longue et sanglante, même si les Etats-Unis bombardent le pays. Il y a toujours un moment où il faudra affronter les Gardiens de la révolution qui sont lourdement armés et très déterminés, et les Etats-Unis ne semblent pas avoir, ni les moyens, ni l’intention d’y envoyer des troupes au sol. Cependant si Trump n’intervient pas, après toutes ses forfanteries, il va un peu plus perdre de son crédit qui diminue comme peau de chagrin. 

En Israël, l'intrigant soutien à Reza Pahlavi, fils du chah d'Iran

Reza Palhavi a rencontré Netanyahu en 2023 à Jérusalem 

En attendant les morts se comptent par centaines dans les rangs des manifestants. On les évalue provisoirement à au moins deux milles, mais ce chiffre pourrait rapidement être dépassé. Le régime des mollahs est coupable bien entendu, on ne peut pas dire le contraire pour tout ce qu’on sait de ce régime criminel. Cependant, les Occidentaux qui ont décidé de lourdes sanctions contre ce malheureux pays le sont tout autant, même si c’est d’une manière sournoise. Car cette dégradation de la situation à pousser les Iraniens à descendre dans la rue sont la conséquence de ces sanctions. Comme toujours les sanctions frappent d’abord le peuple dans sa chair avant de toucher les dirigeants. 

En Iran, la répression des manifestations fait au moins 192 morts

Devant le centre médico-légal Kahrizak, à Téhéran 

Beaucoup se fixent sur Israël et les Etats-Unis, comme si le régime des mollahs n’était pour rien dans ce délabrement de l’Iran, mais d’autres restent fixés sur le seul rôle des mollahs. Or c’est un jeu mortel qui se joue à deux. Les mollahs sont depuis longtemps responsables de la répression d’un peuple qui est pourtant de plus en plus éduqué. On ne le dit pas assez, mais en Iran le niveau de l’éducation est élevé. Et bien entendu plus le niveau éducatif est haut, et moins les Iraniens sont aptes à tolérer un régime archaïque. Mais d’un autre côté, il faut le rappeler, les Occidentaux ont mis beaucoup d’huile sur le feu, avec leurs sanctions, leurs fausses déclarations sur la bombe nucléaire iranienne. C’est ce qui fait que, selon moi, nous devons en même temps soutenir le peuple iranien en révolte, mais dénoncer aussi les manœuvres pour le moins suspectes des Occidentaux. Cette double responsabilité fait d’ailleurs que la sortie de cette crise dans un sens positif n’est certainement pas simple. 

La révolte du peuple iranien face au «mauvais œil» crevé des idéologues

Le 11 janvier 2026, on pouvait voir dans les rues de Téhéran des manifestants arborant le drapeau israélien 

La position de Mélenchon est devenue intenable. En effet, il a commencé par parler d’une révolte contre la vie chère, histoire de minimisé le rôle des mollahs, mais ensuite il s’est fait le vecteur de l’idée selon laquelle Israël serait derrière tout ça. C’est accorder beaucoup de puissance au Mossad, même si comme je l’ai dit, il est évident qu’Israël souhaite la fin de ce régime. On ne fait pas descendre autant de monde dans la rue en le manipulant, surtout que les Iraniens savent très bien ce qu’ils risquent en affrontant les Gardiens de la révolution. En 2012 Mélenchon qui défendait encore la laïcité, dénonçait le régime théocratique en Iran. On voit bien qu’entre 2012 et 2026 Mélenchon a totalement régressé et a renoncé par opportunisme à la défense de la laïcité. Ce positionnement crée des remous d’ailleurs au sein de la France Insoumise. Le 12 février 2012, sur les ondes de Radio France on demandait à Malenchon  : « Les menaces de frappes d’Israël (sur l’Iran), vous pensez que c’est sérieux ? » Il répondait : « Je ne sais pas, je ne suis pas lié aux services de renseignement israéliens (…). Ce n’est pas acceptable, mais, d’un autre côté, il faut aussi entendre quelque chose : ce qu’a dit M. Ahminejab (sic) (Mahmoud Ahmadinejad, alors président iranien) n’est pas acceptable. C’est la première fois qu’on voit un pays (…) dire : “Si on a une bombe, on ira taper sur Israël.” Ça, personne ne peut accepter une chose pareille, que, sur le plan international, quelqu’un décide qu’il va détruire, et à coups de bombe atomique, son voisin (…). » 

lundi 12 janvier 2026

Les Etats-Unis une nouvelle forme de fascisme

 

Je n’ai pas l’habitude d’utiliser inconsidérément le mot fascisme à toutes les sauces, comme peuvent le faire les gauchistes, mais l’action de Trump nous y oblige. Après le coup d’État larvé au Venezuela, les Etats-Unis, habitués à vivre du brigandage et de la rapine, s’attaquent maintenant aux navires russes dans les eaux internationales ! Je disais dans un message précédent que les Étatsuniens eux-mêmes n’approuvaient pas l’action de Trump, et évidemment même les Européens les plus serviles comme Macron, commence à changer de ton. Non pas qu’ils aient découvert la rapacité des Etats-Unis, mais plutôt parce que c’est une obligation. En ce début d’année 2026, nous avons déjà trois actes de piraterie plus ou moins assumés. D’abord le rapt de Maduro, qui est illégal du point de vue du droit international, mais aussi du point de vue de la Constitution étatsunienne. Ensuite la volonté de s’emparer du Groenland même contre l’avis du Danemark, des Groenlandais et des Européens, Trump promet qu’il va s’en occuper d’ici à deux mois ! Pour l’instant il a abandonné l’idée loufoque d’annexer le Canada, simplement parce que c’est un trop gros morceau à avaler. Le 7 janvier 2025, la marine étatsunienne a arraisonné un pétrolier russe au prétexte qu’il n’aurait pas observer les sanctions étatsuniennes contre le pétrole vénézuélien. Ce dernier point est bouffon, mais il vient mettre à mal les idées de certains qui semblaient croire que Trump était un agent des Russes. 

Trump tweets promise not to build 'Trump' properties in Greenland | Fox News

Le réveil des Européens est brutal. Notez qu’ils ont toujours un temps de retard, la plupart des dirigeants européens ont en effet été formés par les Etats-Unis et ont pris l’habitude d’approuver toutes les saloperies qu’ils fomentent aux quatre coins du monde. On a encore vu il y a quelques jours le faible Macron ou la semi-idiote Kaja Kallas approuver bruyamment le rapt de Maduro. Mais vous noterez que certains européistes ont commencé à prendre leur distance, certes timidement, mais ça commence. Les dirigeants européistes n’ayant aucune expérience sérieuse de la politique ont du mal à s’adapter aux situations changeantes.  Ce qui les obligent à changer c’est évidemment la question du Groenland qui est sous souveraineté danoise, mais aussi dans le périmètre d’influence de l’Union européenne. Trump peut-il prendre le Groenland ? La première évidence est qu’il parle exactement comme Hitler qui dans le temps revendiquait ceci et puis cela pour des raisons de sécurité. Il nous dit que les Etats-Unis ont absolument besoin de ce territoire pour leur sécurité. Certains ont avancé que les Etats-Unis ayant déjà une base militaire sur cette île, c’est comme s’ils la possédaient déjà. Et qu’en outre les Européens n’ont pas la capacité militaire de se battre contre l’armée des Etats-Unis. Mais en vérité on comprend bien que si les Européens envoyaient des troupes pour protéger le Groenland, Trump aurait des difficultés à faire admettre par l’opinion étatsunienne qu’il mène un combat juste contre ses propres alliés. Comme tout le monde se trouve dans l’OTAN cette fantaisie signerait la fin de cette bureaucratie militaire et ajouterait le chaos au chaos. 

Donald Trump : "Nous aurons le Groenland, sûr à 100%"|LCI

Les Européens ont glissé honteusement sur le fait que Trump voulait administrer lui-même le Venezuela – c’est ce que faisait Hitler en envahissant ses voisins. Mais ils commencent à réagir aux velléités d’annexion du Groenland.  « Si les Etats-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. Y compris notre OTAN, et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la seconde guerre mondiale », s’est inquiétée la première ministre danoise, Mette Frederiksen. Il était temps jusqu’ici elle considérait que la première et seule menace contre le Danemark, c’était la Russie ! Il y a donc un changement de ton qui commence à s’imposer. De même Macron a dû rétropédaler dans son soutien à Trump, disant qu’il fallait respecter le droit international. En Europe, même les télévisions commencent à dire du mal de Trump. On a vu ainsi sur LCI, la chaîne qui soutient jusqu’à la mort le gang de Kiev, le général Nicolas Richoux n’y a pas été par quatre chemins, en cas d’invasion du Groenland, il avance qu’il faudra se battre contre les Etats-Unis ! Ce glissement est important, et d’une manière ou d’une autre on comprend que Trump est en train de remplacer Poutine dans la démonologie politicienne. Tout cela va donner de plus en plus de crédit justement au fait que les Européens ont eu tort de se soumettre en 2022 à la doxa étatsunienne et de soutenir la guerre contre la Russie. Je vous fais remarquer que cela se passe au moment où Macron nous dit qu’il nous faut renouer le dialogue avec Poutine. 

Contrairement à ce qu’on a pu croire, Trump n’est pas original, sauf peut-être dans sa manière de communiquer. Il a beau jouer les histrions, il est dans l’exacte continuité de ses prédécesseurs. Le tort des Européens a été de suivre Biden et son administration dans cette idée saugrenue de faire la guerre à la Russie par l’intermédiaire de l’Ukraine. Les dirigeants européens, habitués à la servilité passive ont suivi et avaler toutes les couleuvres qui les ont ruinés. La séquence qui se projette aujourd’hui est la prise de conscience progressive que les Etats-Unis sont un État-voyou, ou un fascisme qui ne dit pas son nom. Cette prise de conscience va avoir plusieurs conséquences, surtout au moment où on constate la décomposition accélérée de l’économie européenne et particulièrement de l’Allemagne. D’abord que le pire ennemi de l’Europe n’est pas la Russie, mais les Etats-Unis ! Ensuite que pour apaiser les tensions, cela passe par un rapprochement à moyen terme d’avec la Russie, et par exemple d’une réouverture des Nord Stream et de l’abandon des sanctions. Certes ce virage nécessaire ne se fera pas facilement, et il est probable qu’il faudra passer par un changement de dirigeants, en France, c’est pour 2027, Starmer, ce n’est pas pour dans longtemps, mais aussi Merz et von der Leyen, tous ceux qui se sont compromis dans le suivisme des Etats-Unis. Il est à remarquer que ce changement de ligne n’est pas seulement un impératif économique, c’est aussi une nécessité pour ceux qui voudraient voir l’Union européenne ne pas exploser dans les années à venir.  

La coalition des volontaires le 6 janvier 2026 

L’autre point important de cette séquence de début d’année particulièrement chargée, réside dans le processus de paix en Ukraine. L’agression d’un navire russe et le rapt de Maduro ne peut pas donner beaucoup d’illusion sur le crédit qu’on peut apporter à la parole des Etats-Unis – encore qu’on a appris que le navire n’était pas vraiment russe et qu’en outre il était vide. La coalition des volontaires, faite de bric et de broc, n’a apporté aucune garantie réelle à Kiev. Mais surtout elle a pris acte de la défection des Etats-Unis dans cette « force de réassurance » qui devrait être mise en place si la paix était signée. Cette coalition des volontaires qui a réuni beaucoup de pays, manque curieusement de volonté, de budget et d’objectif ! Ses réunions périodiques n’avancent à rien, et même Zelensky s’en est plaint ! Le communiqué final ne mentionnait même pas les Etats-Unis comme garants de la sécurité en Ukraine. Ce qui veut dire que dans les conditions d’aujourd’hui, les Etats-Unis ne résoudront pas les contradictions des Européens quant à la poursuite de la guerre à leur place. Qu’attendent-ils, que le front ukrainien soit complètement enfoncé ? Que l’armée ukrainienne n’ait plus ni hommes, ni matériel ? Les Russes continuent à avancer, les soldats ukrainiens à se rendre. Plus le processus de négociation traine en longueur, et plus les Ukrainiens sont perdants. En s’obstinant à soutenir l’idée d’un cessez-le-feu comme préalable aux négociations, les Européens ont perdu tout crédit. Mais les turpitudes fascisantes de Trump montrent aussi que la Russie n’a pas beaucoup d’interlocuteurs sérieux intéressés par une solution négociée et donc qu’elle doit continuer sa guerre d’attrition pour vaincre l’armée otano-ukrainienne. 

Trump threatens to cut off Cuba if it does not strike deal with US | ABC  NEWS

Après l’Iran, le Groenland, le Venezuela, Trump menace une nouvelle fois Cuba. On n’est pas obligé d’être castriste ou d’extrême-gauche pour comprendre que ce blocus de 66 ans est une saloperie dénuée de sens. En effet, Cuba ne menace en rien les intérêts des Etats-Unis. Et il es probable que sans le blocus étatsunien, Cuba aurait évolué vers des formes plus « démocratiques » de gouvernement. Trump l’a avoué, il veut la peau de ce petit pays. « Il n’y aura plus ni pétrole ni argent pour Cuba ! Zéro ! Je leur conseille vivement de conclure un accord, avant qu’il ne soit trop tard. », a écrit Donald Trump sur sa chaîne Truth Social. Ces actions unilatérales sont toujours aussi illégales du point de vue du droit international que du point de vue de la Constitution étatsunienne. Dans sa folie des grandeurs il a ajouté qu’il pourrait offrir la présidence de ce pays à Marco Rubio, descendant de Cubains exilés et revanchard par destination. Cette haine inexplicable n’a comme ressort que la volonté de faire plier des pays qui sont plus faibles que les Etats-Unis. Ce n’est pas le changement de régime à Cuba qui changera quoi que ce soit pour les Etats-Unis. Ce néocolonialisme est en train d’écrire une nouvelle page sanglante pour les Etats-Unis. Mais cela se paiera bien naturellement par une détestation encore accrue du reste du monde. 

Leaders alarmed about fairness of FBI inquiry into Minneapolis ICE shooting  | Minnesota ICE shooting | The Guardian

La cote de popularité de Trump a déjà chuté à cause de toutes ces fantaisies. Mais l’épisode du meurtre de Renée Nicole Good par des miliciens de l’ICE le 7 janvier 2025 a jeté une lumière encore plus crue sur ce que sont devenus les Etats-Unis. D’abord parce que les miliciens de l’ICE procèdent à des rafles désordonnées de migrants – les vidéos qu’on voit sont semblables à celles de la milice ukrainienne qui ramasse les hommes jeunes ou moins jeunes pour les envoyer au front se faire tuer. Mais le pire est que la crapule dirigeante à Washington a trouvé le moyen de se faire remarquer en disant contre toute invraisemblance pour qui a vu la vidéo du meurtre qu’il s’agissait de légitime défense. Trump a dit : : « Cette femme a violemment, délibérément et sauvagement renversé un policier de l’ICE. » Avant de qualifier d'« agitatrice professionnelle » cette femme de 37 ans sur son réseau social Truth Social. Et la faute serait à incomber, en premier lieu, à la gauche radicale : « La raison pour laquelle ces incidents se produisent est que l'extrême gauche menace, agresse et cible quotidiennement nos agents des forces de l'ordre et nos agents de l'ICE. » Non seulement cet épisode dramatique ne va pas faire remonter la cote de popularité de Trump, mais surtout elle renforce la polarisation entre ceux qui le soutiennent encore et ses ennemis. Des manifestations nombreuses ont eu lieu pour protester contre ce crime. Mais il y a eu antérieurement de nombreuses manifestations contre les pratiques des hommes de l’ICE. 

Mort de Renee Nicole Good, tuée par un agent de l'ICE : des manifestations  à Minneapolis et à travers les Etats-Unis contre la police de l'immigration

Manifestation sur les lieux où Renée Nicole Good a été tuée le 10 janvier 2026

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Ci-dessus, une analyse de la position de tir de l’assassin de Renée Nicole Good

mercredi 7 janvier 2026

Ce que dit l’action des Etats-Unis au Venezuela

Attaque américaine au Venezuela : « La véritable motivation de Trump n'est  pas le pétrole mais la domination régionale » - L'Humanité

Le premier point, et le plus important, est que Trump s’est affranchi de tout vernis « démocratique » et légaliste. Ouvertement il nous dit qu’il va violer la souveraineté de l’État vénézuélien pour le bien des Etats-Unis. « Nous ne nous attendons pas à des troupes sur le terrain, » a aussi avancé Mike Johnson le président de la Chambre des représentants. « Nous ne prévoyons pas d’implication directe au-delà de simplement exercer une coercition sur le nouveau gouvernement intérimaire », a-t-il ajouté. C’est une position clairement fasciste, ou illibérale si on veut reprendre le vocabulaire stupide des européistes. Trump dans son délire communicationnel en a rajouté, prétendant qu’il allait ensuite s’attaquer à tous les pays qui ne se soumettent pas aux intérêts des Etats-Unis. Il a expressément parlé du Groenland et de la Colombie. Pour l’instant il ne parle plus de conquérir le Canada. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois », a-t-il menacé[1]. Ce qui est le plus hallucinant dans cette pantomime ce n’est pas ce que raconte Trump qui est fourbe et menteur comme tous les présidents étatsuniens qui l’ont précédé, mais surtout qu’il avoue sortir de la démocratie la plus élémentaire, sans que les dirigeants européens ne se rebellent contre cette sortie de ce qu’on appelle l’État de droit. 

On a vu le faible Macron, rapidement justifier l’action criminelle de Trump en cassant du sucre sur le dos de Maduro. Il a dit : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. » Certains l’ont critiqué pour cette position veule et lâche. Mais elle est normale quand on sait que la plupart – pour ne pas dire tous les dirigeants européens – sont des petits soldats des Etats-Unis, souvent formés et financés par eux. Trump lui a donné un bon point pour cet alignement au fond sans surprise. Seul le premier ministre espagnol a condamné fermement cet acte de piratage dans les Caraïbes. Évidemment les européistes sont pris au piège, condamner et sanctionner Poutine au nom de l’inviolabilité des frontières et ne pas faire de même avec Trump relève de l’hypocrisie, mais surtout dévoile la soumission de cette classe corrompue aux intérêts des Etats-Unis. Une fois de plus l’Union européenne étale sa veulerie et ses divisions. Même les réactions du Danemark aux provocations trumpistes d’annexion du Groenland ont été particulièrement molles. Kaja Kallas soi-disant représentante de la diplomatie de l’Union européenne a appelé à une transition pacifique, avançant que l’illégitimité de Maduro justifiait l’action de Trump. 

La réunion de l’ONU lundi 5 janvier 2025 

La réunion de l’ONU lundi 5 janvier 2025 n’a rien donné. Certes le secrétaire général Guterres a rappelé mollement les notions d’État de droit et la Charte de l’ONU, mais sans critiquer l’action étatsunienne plus que ça. Pour beaucoup d’observateurs, cet effacement de l’ONU ruine complètement l’idée d’un ordre mondial multilatéral. En vérité cette action fascisante des Etats-Unis disqualifie tous ceux qui ici et là veulent l’arrestation de Netanyahu ou de Poutine pour des crimes de guerre, car il faudrait étendre ce principe à Donald Trump qui a ordonné une attaque contre un petit pays et qui a causé une trentaine de morts. L’Occident ne peut plus se donner en modèle d’une démocratie véritable. C’est un pôle de pouvoir militaire, dominé par les Etats-Unis qui utilisent la vassalisation des dirigeants européens pour tenter d’enrayer son déclin par rapport au reste du monde. Ce que fait Trump c’est de tenter de reconstruire brutalement l’Empire étatsunien. Bien sûr il fait plaisir au lobby pétrolier qui a financé sa campagne électorale de 2024. Mais il poursuit toujours le même but que ses prédécesseurs : mettre la main sur les ressources naturelles clés, le pétrole, le gaz, ou les terres rares. Cela a échoué avec la Russie que les Etats-Unis ont poussé à la guerre en Ukraine. Et cela est plus facile avec le Venezuela. Les Etats-Unis ont-ils les capacités de poursuivre dans cette voie en mettant la main sur l’Iran et son pétrole ? La situation intérieure de ce pays offre une opportunité, mais les capacités de défense de l’armée iranienne semblent tout de même plus élevées et un changement de régime risque d’être coûteux en vie humaine.    

Il faut reconnaitre aux Etats-Unis une qualité, ce pays a la patience de l’araignée. Il a mis un quart de siècle pour mettre au pas le Venezuela – même si cette mise au pas semble fragile. Il est clair que même si une paix est signée entre l’Ukraine et la Russie, les Etats-Unis reviendront à l’assaut de ce pays dans dix ans, ou quinze ans. Ils peuvent compter sur au moins deux leviers : le premier est la corruption des élites, politiciens et journalistes qui souvent ont été formés par eux. Même si ces élites sont de plus en plus en décalage par rapports aux opinions publiques, les dirigeants européens sont pour la plupart impopulaires dans leur pays, à l’instar de Macron, de Merz ou de Starmer. Le second levier est celui de la dépendance de la dette de ces pays par rapport au dollar. Mais là se trouve une difficulté énorme pour l’hégémon étatsunien, c’est la question du délabrement de toute l’économie occidentale, à commencer par celle des Etats-Unis qui ne fonctionne que parce que ce pays fait tourner la planche à billets. En conséquence et contrairement à ce que raconte Trump-le-menteur, l’armée étatsunienne n’est pas la meilleure du monde. Et si la CIA a réussi son coup à Caracas, c’est parce qu’elle a corrompu une partie de l’entourage de Maduro. D’ailleurs on note qu’après cet acte de piraterie, Trump fait profil bas. Il a exclu de retourner avec des soldats au Venezuela et il semble qu’on s’achemine vers un deal entre Trump et Delcy Rodriguez pour négocier un retour des compagnies pétrolières étatsuniennes, sans changer de régime. L’agente de la CIA Machado qui comptait sur ce coup d’État larvé pour revenir au pouvoir dans les valises de Trump, doit manger son chapeau : Trump n’en veut pas, avouant qu’elle est impopulaire dans son pays. Soutenue par les Européistes et le journal Le monde, elle met en avant son prix Nobel de la guerre – elle réclamait il y a quelques mois le bombardement de son propre pays – pour justifier son retour. Mais cela semble exclu pour le moment. 

Venezuela : l'opposante Maria Corina Machado dit vouloir retourner « le  plus vite possible » dans son pays

Machado espérait revenir à Caracas dans les valises de Trump, c’est raté

Les médias européens la présentent comme « la cheffe de l’opposition au Venezuela ». C’est en vérité un peu la Navalny vénézuélienne, une outre gonflée de vent, sans ancrage réel dans son pays et surtout qui porte l’image d’une traitresse à sa patrie. Mais aussi cela en dit long sur les limites de l’intervention trumpienne. Il apparait que celle-ci présente une part de comédie, comme si une partie du pouvoir chaviste, peut-être Delcy Rodriguez, avait voulu se débarrasser de Maduro pour réorienter le pays en le faisant sortir du régime des sanctions. Il est trop tôt pour confirmer ce genre d’hypothèse. D’autres ont avancé que l’action trumpiste au Venezuela était le résultat d’un autre deal : Poutine abandonnerait Maduro contre l’abandon de l’Ukraine par les Etats-Unis. Cette idée en reviendrait à une autre forme de partage du monde entre les Etats-Unis, laissés libres dans leur sphère d’influence, et les BRICS laissés eux aussi libres en Asie et dans l’Est de l’Europe. Il n’est pas obligatoire que cela soit le résultat de tractations réelles, mais ce peut-être aussi le résultat d’un accord tacite. Là encore ce sont des hypothèses qui demandent à être confirmées. 

Tout le monde a compris que Maduro avait été trahi par quelqu’un de très proche et de suffisamment puissant pour enrayer le système de défense et de protection. Le général Javier Marcano Tabata a été mercredi 7 janvier arrête pour trahison. Il semble que des comptes vont se régler dans les prochaines heures. Ce qui est curieux c’est que ce général n’ait pas pris des précautions plus sérieuses. Que pensait-il que Trump nommerait quelqu’un qui le protégerait à la place de Maduro. Il a oublié une règle pourtant connue depuis longtemps ceux qui servent les Etats-Unis sont ensuite lâchés par celui qui les a corrompus. Probablement il y aura d’autres arrestations, parce que c’est la seule façon pour Delcy Rodriguez de protéger son fragile pouvoir. 

D’un point de vue stratégique, il y a aujourd’hui trois points chauds : l’Ukraine, l’Iran et Taïwan. Dans ces trois cas, le précédent vénézuélien peut servir de mètre étalon pour de nouvelles actions de transformation des frontières et des pouvoirs par la force, bien que la question de Taïwan puisse facilement se régler, cette petite île qui appartient officiellement à la Chine de Pékin, pourrait y revenir officiellement en échange d’un statut aménagé comme l’a obtenu par exemple Hong-Kong qui ne semble pas souffrir de sa situation. Le Moyen-Orient, c’est autre chose, parce que ce n’est pas autour d’Israël et même de l’Iran que la Russie et les Etats-Unis vont s’affronter. 

Les citoyens des USA n’approuvent pas Trump dans son kidnapping 

Quoi qu’on en dise, l’action des Etats-Unis pour kidnapper Maduro est très mal perçue dans le monde entier, et malgré la veulerie de Macron et la lâcheté de Kaja Kallas, les Européens n’apprécient pas cet acte de piraterie dans les Caraïbes. Sur le long terme, cela va sans doute obliger d’une manière ou d’une autre à s’émanciper de la tutelle des Etats-Unis. Cependant, ce que Trump a le plus à redouter pour le moment, c’est une opposition interne à son action fascisante. Contrairement aux idiots Européistes, les Étatsuniens sont bien loin d’approuver son action. En décembre dernier, la popularité de Trump était tombée à 36%. Et ce n’est pas cette action de piraterie dans les Caraïbes qui va lui permettre de se redresser dans l’opinion. Un Américain sur trois approuve la frappe militaire étatsunienne sur le Venezuela qui a permis le kidnapping du président du pays et 72 % craignent que les États-Unis ne s'impliquent trop dans ce pays d'Amérique du Sud, selon un sondage Reuters/Ipsos qui s'est terminé lundi. Le sondage réalisé sur deux jours a montré que 65 % des républicains soutiennent l'opération militaire ordonnée par le président républicain Donald Trump, contre 11 % des démocrates et 23 % des indépendants. C’est bien là le piège, les Étatsuniens ne semblent pas gober la fable selon laquelle Maduro serait un trafiquant de drogue. Et évidemment les menaces que Trump fait peser sur le Mexique et le Groenland ne sont pas pour les enthousiasmer. Après s’être présenter comme un président faiseur de paix, le voilà qu’il apparaît comme un faiseur de guerre un peu partout dans le monde. On ne peut pas dire encore si cela lui fera perdre les élections de midterm, mais ce sera le cas probablement si les résultats économiques ne sont pas au rendez-vous d’ici à l’automne. Les sondages avant l’attaque sur Caracas donnaient pour 2026 une quasi égalité entre les Démocrates et les Républicains dans les intentions de vote, aujourd’hui cette égalité qui permettrait aux Républicains de garder le pouvoir puisque le Sénat ne sera renouvelé que pour un tiers, ne parait pas évidente. L’image bien écornée des Etats-Unis en a pris un grand coup. Évidemment pour ceux qui connaissent un peu l’histoire de ce pays, il n’y a rien d’étonnant dans tout ça. Depuis 1945 on a vu les Etats-Unis intervenir une centaine de fois à l’étranger[2], sans base légale autre que leur propre volonté. Aurions-nous oublié les bombes atomiques sur le Japon, les bombardements sur la Serbie, la guerre en Irak ? 

De Gaulle n'avait pas imaginé que les nations européennes puissent se  coucher à ce point devant les USA. Le 27 septembre 2022 restera dans  l'histoire comme le jour où l'Allemagne réunifiée a

PS : On apprenait mardi 6 janvier que l’accusation avait abandonné la poursuite de Maduro comme chef du cartel de los soles ! Ce qui veut dire que cette fantaisie qui avait été avancée n’était qu’un leurre, un nouveau mensonge, comme les Etats-Unis sont capables d’en fabriquer à la chaîne[3]. Ce qui n’empêche pas les imbéciles, même en France, de soutenir que Maduro est un chef de gang dont le but est d’inonder les Etats-Unis de la drogue que le Venezuela pourtant ne produit pas ! 

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment.

Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

-- François Mitterrand à Georges-Marc Benamou.

 Peut être une image de texte qui dit ’Edwy Plenel @edwyplenel @edwyp plenel Correspondante de @Mediapart à Caracas, @Al @Al_Campaignolle décrit la stupeur à l'annonce de la < capture >> du président Maduro. Mais elle décrit aussi une partie de la population peu solidaire d'un pouvoir < qui la terrorise depuis des années >. #Venezuela MEDIAPART Les États-Unis États Unis frappent le Venezuela, Trump annonce la << < C... 77 脂 星龍團讀 Demediapart.f’ 

Cette vieille crapule d’Edwy Plenel, délateur de profession, agent du Qatar, ancien trotskiste qui justifiait les massacres de Munich, vient au secours de Trump pour tenter de justifier l’injustifiable. Il aura soutenu tous les pouvoirs pour finalement se ranger ouvertement du côté de l’Empire. La fausseté de ce post réside dans le fait qu’elle produit une équivalence entre l’agresseur et l’agressé. Or ce n’est pas du tout la question de savoir quels sont les défauts de Maduro, s’il est bon, s’il est mauvais, mais c’est celle de comprendre que Trump se permet d’agresser un petit État pour le pétrole et pour le profit personnel de ceux qui ont financé sa campagne électorale de 2024. Menteur invétéré, Edwy Plenel retourne sa veste comme une vieille peau de lapin. Vieillard vermoulu, à la moustache passée de mode depuis la mort de Staline, il n’a aucune vergogne à servir de paillasson à l’Empire ! J’aurais honte d’être lui.


[1] https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/nous-nous-occuperons-du-groenland-dans-environ-deux-mois-les-vues-de-trump-representent-un-risque-existentiel-pour-lotan-2207791

[2] William Blum, Rogue State: A Guide to the World's Only Superpower, Zed Books Ltd, 2000.

[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/06/les-etats-unis-n-accusent-plus-nicolas-maduro-d-etre-a-la-tete-du-cartel-de-los-soles_6660787_3210.html

L’isolement des Etats-Unis

En ce début d’année 2026, ce sont les Etats-Unis et l’ubuesque Trump qui mobilisent l’attention. Après l’enlèvement d’un président élu, Tr...