jeudi 19 mars 2026

Les guerres improbables et impopulaires de Donald Trump

 Trump déclare que "tout a été détruit" en Iran, mais ne propose pas de plan  de guerre clair

Donald Trump en bouffon le 3 mars 2026 

Emmanuel Todd disait il y a quelques jours que le monde retrouverait la paix après la défaite des Etats-Unis. C’est un point de vue sans doute un peu exagéré, mais qui reflète le fait que ce pays se lance depuis des années dans des guerres inconsidérées qu’il perd systématiquement. Joe Biden a perdu la guerre en Ukraine, et Trump est en train de perdre « sa guerre » en Iran. Malgré ses rodomontades Trump a bien du mal à masquer les difficultés de la guerre contre l’Iran. Il y a deux semaines encore, il avançait que l’US Army avait détruit tout ce qu’il y avait à détruire en Iran[1], sous-entendant par là deux choses, d’abord que la guerre contre les mollahs allait se terminer, ensuite que les Iraniens n’avaient plus les moyens de continuer le conflit. C’était juste une bouffonnerie, comme il en a l’habitude. C’était le 3 mars 2026. Depuis cette date la guerre continue. L’armée iranienne inflige des dégâts importants en Israël, malgré l’efficacité du Dôme de fer. Les Iraniens ont bloqué le détroit d’Ormuz, plongeant l’économie occidentale dans une incertitude dont elle aura bien du mal à sortir autrement que très diminuée. Les journalistes occidentaux avancent que c’est le monde entier qui va souffrir du rationnement pétrolier et gazier. C’est complètement faux. La Chine et l’Inde souffriront bien moins que les Européens du blocage du détroit d’Ormuz se fourniront en Russie – c’est déjà le cas d’ailleurs – et continueront leur expansion. Et la Russie, la grande gagnante de cette guerre – est en train d’engranger des bénéfices inattendus qui vont lui permettre de relancer son économie et de continuer la guerre en Ukraine sans problème. Même cette imbécile de Sylvie Kauffmann s’en est rendu compte pour s’en désoler et demander aux dirigeant européens de tenir bon dans la guerre contre la Russie. Elle pense cependant de travers et veut croire que cette guerre démontre la perte d’influence de la Russie en Iran où elle perdrait un allié précieux[2]. La Russie non seulement a rendu la Chine encore plus dépendante d’elle, mais elle aide l’Iran dans sa guerre que ce pays n’a pas encore perdue. 

Guerre en Iran : la menace d'un blocus iranien du détroit d'Ormuz fait  planer le risque d'un choc pétrolier et d'une confrontation navale -  ladepeche.fr

Les grands perdants de cette guerre sur le plan économique sont comme d’habitude les Européens, leurs dirigeants persistant à se raccrocher aux Etats-Unis et à refuser tout dialogue avec la Russie, bien que de nombreuses voix s’élèvent maintenant en Europe et plus particulièrement en Allemagne où les partis anti-européistes – souverainistes si on veut – dépassent dans les urnes et les intentions de vote les 40%, pour mettre un terme à cette imbécilité qui nous ruine littéralement. Le second perdant est probablement Israël. En effet, cette guerre voulue par Trump comme par Netanyahu, prouve la vulnérabilité d’Israël dans une guerre de haute intensité. Certes cette guerre n’a pas les mêmes objectifs pour les Etats-Unis et pour Israël. L’État hébreux sait depuis longtemps que le régime des mollahs est son plus dangereux ennemi, et bien entendu s’il était vaincu, cela serait un triomphe pour Netanyahu. Mais comme on s’en rend compte, le chemin de la victoire ne se dessine pas du tout, malgré les dégâts considérables infligés à l’ennemi. Si le régime des mollahs survit – ce qui est le plus probable – alors on pourra dire que c’est une défaite pour l’Occident et pour Israël. Les règlements de compte ne tarderont pas à suivre pour ce qui est de la responsabilité de Netanyahu dans le développement de ce conflit. Également on lui reprochera en Israël même sa conduite de la guerre à Gaza, comme les exactions des colons en Cisjordanie qui profitent de la guerre pour mener leur offensive contre les Palestiniens. De l’armée même, par la voix d’Eyal Zamir, se dessine aujourd’hui une critique de ce qui se passe en Cisjordanie[3]. « Nous avons constaté récemment une augmentation des actes criminels à caractère nationaliste, dont certains sont dirigés directement contre nos soldats et contre la population civile », a déclaré le chef de l’armée israélienne. C’est évidemment une condamnation indirecte de la politique de Netanyahu dans son alliance avec la droite dure pour se maintenir encore un peu au pouvoir. Cette critique interne à Israël a été relayée au Parlement par la députée Meirav Cohen qui reproche directement au gouvernement sa passivité face aux exactions des colons. Déjà qu’Israël a une très mauvaise image à l’échelle de la        planète, les choses ne s’arrangent pas. 

Tel-Aviv: les habitants évaluent les dégâts après une frappe iranienne qui  fait un mort

Frappe iranienne sur Tel Aviv, le 1er mars 2026 

Trump semble promis lui aussi au rôle de perdant. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il n’est pas arrivé à gagner la guerre contre l’Iran. Cette nouvelle défaite des Etats-Unis montre que ce pays n’est militairement pas très fort. Une des preuves de cette faiblesse est que Trump a voulu faire appel aux Européens qu’il insulte et menace en permanence, pour qu’ils l’aident à ouvrir le détroit d’Ormuz, preuve qu’il n’en a pas lui-même les moyens. Il en a même appelé aux Chinois ! Les Japonais qui achète maintenant du pétrole à la Russie s’est refusé à suivre lui aussi les Etats-Unis dans cette aventure. Mais personne n’a voulu y aller, même Macron cet imbécile, a dit qu’il allait sécuriser le détroit une fois la guerre terminée[4] ! Ce qui ressort de cette attitude de Trump, c’est bien que, au-delà de sa nécessité discutable, la guerre n’a pas été correctement préparée, non seulement le Pentagone avait mis en garde Trump, mais en outre celui-ci n’avait pas pris la peine de communiquer avec ses alliés qu’il prend pour des éternels laquais. Mais Macron est critiqué non seulement par Trump, ce dont il a l’habitude, mais également par l’Iran ! « Macron n’a pas prononcé un seul mot de condamnation à l’égard de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran », a déploré le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, accusant encore le président français de n’avoir « pas condamné Israël lorsque ce pays a fait sauter un dépôt de carburant à Téhéran ». 

On est toujours vivants, mais pour combien de temps ? » : les habitants du  sud du Liban redoutent une invasion israélienne

Beyrouth sous les bombes israéliennes 

Israël dans cette guerre qui embrase le Moyen-Orient, a ouvert un nouveau front au Liban, bombardant le sud de Beyrouth, et entamant une campagne terrestre dans le sud de ce malheureux pays. Le prétexte en serait l’activité du Hezbollah. Mais il y a quelques mois au moment de la guerre dite des douze jours, le gouvernement israélien prétendait en avoir terminé avec le Hezbollah. Il est difficile de dire presqu’en même temps qu’on a gagné contre le Hezbollah et que celui-ci représente une menace vitale. Une des deux propositions est manifestement fausse. Les dégâts sont considérables, et de larges populations sont contraintes à l’exode dans des conditions déplorables. Cette incursion des soldats israéliens au sud du Liban, montre également que les Israéliens et Donald Trump ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Même si l’objectif d’Israël est contestable, il est plus clair que celui des Etats-Unis : la politique de décapitation du Hezbollah et de l’Iran ayant visiblement échouée, il vise à affaiblir ses ennemis directs qui le menacent de le rayer de la carte depuis plus de quarante années. 

Manama, capitale du Bahreïn, a été l'un des endroits attaqués par l'Iran. 

Les pays du Golfe sont attaqués par l’Iran maintenant. En réalité c’est moins une hostilité contre ces pays qui motive les frappes iraniennes, que le fait que ces pays hébergent des bases militaires étatsuniennes, même si des infrastructures énergétiques sont violemment touchées. Ces pays ont accepté la tutelle militaire des Etats-Unis en pensant que cela les protégerait, mais ce n’est pas le cas, c’est même l’inverse. On sait que le Qatar et l’Arabie saoudite cherchent à se débarrasser de ces bases, mais que les Etats-Unis s’y refusent pour l’instant. Cependant si cela tourne mal, vraiment mal, il est probable que cela accélèrera la pression sur les Etats-Unis pour qu’ils évacuent leur pays. Parallèlement les États du Golfe s’arment massivement afin de retrouver une sorte d’autonomie par rapport à Washington. Malgré les déclarations des uns et des autres, ces pays ne sont pas près d’entrer en conflit ouvert avec l’Iran, même si cela arrangerait assez l’administration Trump. 

Les bases étasuniennes dans les pays du Golfe 

Aux Etats-Unis, les critiques contre la stratégie de Trump fusent de tous les côtés. On a rappelé évidemment le fait que Tulsi Gabbard avait à l’automne dernier avancé que l’Iran ne présentait aucun danger du point de vue nucléaire. Cette vérité a été rappelée par Joe Kent qui, en tant que responsable du Centre national de la lutte contre le terrorisme, National Counterterrorism Center, s’est désolidarisé de la position de Trump : « Je ne peux pas, en mon âme et conscience, soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons commencé cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain », a-t-il dit dans une lettre ouverte annonçant sa démission[5]. Joe Kent n’est pas n’importe qui, c’est un ancien militaire, un béret vert, qui a travaillé pour la CIA. Depuis sa lettre de démission, il semble qu’on ait mis au point des contrefeux. Une enquête aurait été ouverte contre lui par le FBI selon le New York Times[6]. Quoi qu’il en soit, les propos de Tulsi Gabbard ou de Joe Kent, ou encore de Tucker Carlson, laissent entendre que Donald Trump a suivi Israël dans cette aventure. Ce n’est peut-être pas une analyse juste, mais elle sème la division dans le camp MAGA. En tous les cas, il est à peu près certain que la stratégie de décapitation du régime iranien dite « coupez la tête du serpent » soit d’origine israélienne.  

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Poutine a ouvert une nouvelle voie pour sécuriser les livraisons de pétrole à la Chine en passant par l’Arctique 

Comme on le comprend les conséquences de cette fantaisie militaire sont désastreuses. L’axe Russie-Chine en sort renforcé, il apparait comme un pôle de stabilité  aujourd’hui, et le régime des mollahs n’est pas près de tomber. Israël est en difficulté, en Iran comme au Liban, tandis que les Etats-Unis ont bien peu d’issues positives pour se sortir du piège de l’enlisement.


[1] https://fr.euronews.com/2026/03/03/trump-declare-que-tout-a-ete-detruit-en-iran-mais-ne-propose-pas-de-plan-de-guerre-clair

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/12/guerre-en-iran-une-aubaine-et-un-cruel-revelateur-pour-vladimir-poutine_6670724_3232.html

[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/19/le-chef-d-etat-major-israelien-juge-les-attaques-des-colons-contre-les-civils-palestiniens-moralement-et-ethiquement-inacceptables_6672276_3210.html

[4] https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/defense/pas-partie-prenante-au-conflit-macron-confirme-que-la-france-n-interviendra-pas-dans-le-detroit-d-ormuz-sous-les-bombes-peut-etre-une-escorte-quand-ce-sera-plus-calme_AV-202603170672.html

[5] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/17/la-lettre-de-demission-de-joe-kent-du-centre-national-americain-de-lutte-contre-le-terrorisme-l-iran-ne-representait-aucune-menace-imminente-pour-notre-nation_6671750_3232.html

[6] https://www.nytimes.com/2026/03/18/us/politics/fbi-joe-kent-intelligence-leak.html?partner=slack&smid=sl-share

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