Les Iraniens célèbrent le cessez-le-feu sur la place
centrale de Téhéran
La seconde défaite stratégique de Trump est la démonstration qu’il n’arrive plus à contrôler son allié principal dans la région : Israël en effet a décidé de continuer sa guerre au Liban. Sans doute pour porter des coups au Hezbollah que Nétanyahu avait pourtant annoncé comme pratiquement détruit à la suite de la guerre des 12 jours l’année dernière. Mais les Israéliens comme les Étatsuniens avaient également annoncé à la suite de cette guerre que le programme nucléaire iranien avait été quasiment anéanti. Or après l’acceptation d’un cessez-le-feu le 8 avril 2026, il semble que l’action militaire des Israéliens au Liban soit poursuivie essentiellement pour empêcher cette trêve, autrement dit Netanyahu veut la continuation de la guerre avec évidemment l’appui des Etats-Unis. En forçant la main à leur allié, ils veulent le pousser à aller beaucoup plus loin dans les destructions de l’Iran. La question que tout le monde se pose est de savoir si Trump et son gang auront les moyens d’imposer ce cessez-le-feu à Israël. En théorie ils l’ont, parce qu’Israël dépend militairement des fournitures de matériel étatsunien. Il suffit de couper les financements étatsuniens à ce pays pour le contraindre à en rabattre. Le premier ministre israélien semble vouloir pousser Téhéran à la faute, en lui imposant deux choix aussi mauvais l'un que l'autre : abandonner son allié libanais ou rompre de lui-même la trêve avec Washington. Mais ce calcul semble ne pas tenir compte des moyens militaires israélien et étatsuniens qui ont été largement entamés à la suite de cette guerre qui dure depuis le 28 février dernier. J. D. Vance interrogé sur le fait qu’Israël ne respectait pas le cessez-le-feu a botté en touche, en parlant de malentendu[2]. Les frappes sur le Liban du 9 avril 2026 ont été particulièrement meurtrières, elles auraient fait plus de 300 morts. Cela ne va pas accroître la popularité d’Israël dans le monde. Ce sabotage délibéré de Netanyahu pose de très nombreuses questions. La première est celle des capacités militaires israéliennes aussi bien sur le plan offensif que défensif. Beaucoup d’observateurs pensaient que celles-ci étaient très diminuées, même si elles ont été fortement entamées. On disait aussi que la guerre des 12 jours avait épuisé ses réserves, ce n’est manifestement pas le cas. La journée du 9 avril 2026 semble montrer que non. Il y a encore de la réserve. Il est bien entendu encore trop tôt pour savoir si cette provocation fonctionnera pour ranimer le conflit sur la question du détroit d’Ormuz. Personnellement je pense que non, les Etats-Unis ont maintenant trop à y perdre. Cette incapacité manifeste de Trump à contrôler son allié est très certainement la preuve d’un effondrement du leadership étatsunien. Que ce soit aux Iraniens ou aux Israéliens, Trump est incapable d’imposer quoi que ce soit, ce qui va certainement raviver la méfiance naturelle des États du Golfe vis-à-vis des Etats-Unis. A plus long terme il est à peu près certain que les liens privilégiés entre les Etats-Unis et Israël vont se distendre. Cette guerre est donc aussi un mauvais choix pour Netanyahu. Cependant, le 10 avril Israël annonçait entamer des négociations avec le Liban à partir du 13 avril[3], ce qui veut dire clairement que Netanyahu n’a plus le soutien des Etats-Unis dans son conflit au Liban, et que probablement il renoncera à annexer une partie du sud Liban, se contentant de créer une zone tampon de quelques kilomètres. Cette annonce était assortie des bouffonneries habituelles de Netanyahu sir « la paix par la force » afin de rassurer les ultras de sa coalition en voie d’explosion dans les semaines à venir. Car c’est là une dimension occultée : la fin de la guerre va replonger Israël dans ses divisions politiques. En tous les cas, c’est bien là le résultat immédiat, Israël ne peut faire la guerre, je veux dire une guerre offensive et non défensive, sans le soutien des Etats-Unis. Il semblerait que depuis la fin du mois de février, Israël ait gaspillé des munitions pourtant indispensables à sa défense comme l’a prouvé récemment la porosité du Dôme de fer.
Sidon, au sud de Beyrouth, le 9 avril 2026
La guerre déclenchée par les Etats-Unis contre l’Iran, avec Israël, va avoir des conséquences internes importantes pour Trump. Sa popularité s’est effondrée, on l’a dit et répété, et il semble bien que son parti perte la majorité au Congrès en novembre 2026, ce qui modifierait beaucoup de choses au niveau stratégique, notamment dans le soutien à Israël. Il est reproché également à Trump d’avoir dépensé des milliards de dollars pour une guerre qui n’a obtenu aucun résultat positif, bien au contraire. Cette guerre aurait déjà coûté directement entre 50 et 95 milliards de dollars, le Pentagone réclamant maintenant une rallonge de 200 autres milliards de dollars pour remettre l’armée à flot[4]. Ces chiffres sont incertains bien entendu, mais ils donnent déjà des ordres de grandeur du coût de ce désastre. Cette guerre fait on remarquer va coûter plus cher que le soutien de l’Ukraine depuis 2022 ! La Harvard Kennedy School avançait que la guerre coûtait au minimum – directement – deux milliards de dollars par jour[5]. Quoi qu’il en soit de l’exactitude de ces chiffres, il est certain que ces dépenses vont peser lourdement sur la dette étatsunienne. Lors de l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003, la dette publique était inférieure à 4 000 milliards de dollars. Aujourd'hui, notre dette nationale totale s'élève à 31 000 milliards de dollars, en grande partie à cause des emprunts contractés pour l'Irak et l'Afghanistan. Or, tous les emprunts contractés ces 20 dernières années à des taux d'intérêt bas sont désormais remboursés aux taux d'intérêt élevés que nous subissons tous. Aujourd'hui, environ 15 % du budget national est consacré au seul paiement des intérêts. Cela va peser lourdement sur les obligations et faire grimper les taux d’intérêt qui eux-mêmes limiteront les capacités d’investissement productif de ce pays. Les conséquences économiques sont assez prévisibles, non seulement cela va relancer l’inflation, mais le dollar va être moins demandé et les dépenses de fonds pour les infrastructures du pays seront abaissées, affaiblissant encore un peu le pays et en le divisant toujours plus.
Ce coût élevé de la guerre contre l’Iran est sans doute une des raisons qui feront que le cessez-le-feu tiendra. Les Étatsuniens sont lessivés par cette guerre ruineuse. Les Israéliens ne peuvent poursuivre seuls le conflit, et les Iraniens également ont été très touchés sur tous les plans. Relancer le conflit serait se lancer dans une aventure encore plus incertaine pour les trois principaux protagonistes. Les journalistes, ceux du Monde par exemple, sèment le doute sur l’avenir des négociations qui se tiennent au Pakistan entre l’Iran et les Etats-Unis. Mais ils oublient que les Etats-Unis ont déjà capitulé. Certes les Iraniens vont se méfier de la fourberie des Étatsuniens qui ont déclenché par deux fois un conflit en plein milieu des négociations, mais ils vont tenir compte du fait que ceux-ci n’ont plus les moyens pour un long moment de relancer la machine de guerre. On estime que les Etats-Unis en auront pour au moins 2 à cinq ans pour reconstituer leurs arsenaux, et que cela coutera au minimum 200 milliards de dollars, les prix de remplacement des missiles tirés et des radars détruits ayant considérablement augmentés ! C’est Vance qui conduira la délégation étatsunienne, c’est sans doute le moins fou de ce gang. En attendant, Netanyahu est convoqué au tribunal pour ses différents méfaits. « Avec la levée de l’état d’urgence et la reprise du fonctionnement du système judiciaire, les audiences reprennent leur cours », et la prochaine audience du premier ministre israélien « est fixée au dimanche » à 9 h 30 (8 h 30 à Paris), pour une audition avec la défense, a annoncé, jeudi, le tribunal de district de Jérusalem, dans un communiqué. Il faudra ensuite tenir compte du fait que les guerres ont complètement changé de formes, les porte-avions ne comptent guère, l’aviation un peu plus, mais par contre les missiles balistiques et les drones ont fait la démonstration de leur efficacité, ici comme en Ukraine. Dans cette guerre asymétrique, on s’est rendu compte aussi que les mensonges à répétition, c’est une technique de communication qui a des limites. Trump s’est ridiculisé par ses cris de victoire saugrenus.
[1] https://www.bfmtv.com/economie/international/c-est-une-excellente-chose-donald-trump-est-favorable-a-l-idee-d-un-peage-dans-le-detroit-d-ormuz-et-propose-de-le-gerer-sous-forme-de-coentreprise-avec-l-iran_AV-202604090546.html
[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/09/guerre-en-iran-un-cessez-le-feu-en-forme-de-debacle-strategique-pour-les-etats-unis_6678464_3210.html
[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/10/netanyahou-annonce-des-negociations-avec-le-liban-mais-prone-une-paix-par-la-force_6678848_3210.html
[4] https://www.latribune.fr/article/economie/international/23386625801236/200-milliards-de-dollars-le-cout-de-la-guerre-avec-l-iran-s-envole-pour-les-etats-unis
[5] https://www.hks.harvard.edu/faculty-research/policy-topics/international-relations-security/why-war-iran-so-expensive
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