mardi 23 février 2021

La souveraineté nationale sans candidat aux prochaines présidentielles

 

J’ai dit il y a quelques jours que la question de l’Union européenne et de l’euro devrait être au cœur des présidentielles de 2022[1]. Mais aucun candidat de droite ou de gauche ne semble prêt à relever le défi de la souveraineté. Beaucoup, Montebourg, Mélenchon, Marine Le Pen ou encore Nicolas Dupont-Aignan, en parlent, mais ils ne donnent aucune solution concrète pour y parvenir. Parler de souveraineté dans le cadre européen comme commence à le faire Macron est au mieux une blague, au pire un foutage de gueule. Mais les sondages montrent pourtant que les Français en ont assez de la mondialisation et de l’Union européenne. Voici ci-dessous les résultats d’un sondage commandé par le journal Le monde à Ipsos/Sopra Steria en septembre 2020. La mondialisation est vécue comme quelque chose de mauvais et de destructeur, mais que l’Union européenne participe de cette mondialisation. On voit donc que l’idée de souveraineté est adossée aussi à une critique radicale de l’Union européenne. J’ai souvent répété que le Frexit pouvait être majoritaire après une campagne référendaire bien menée. C’est la conclusion à laquelle arrive aussi Fabien Buzzanca[2]. Mais peu importe si cette idée est ou non majoritaire dans le pays, Florian Philippot évaluait les Frexiters l’an dernier à environ 40% de l’électorat. Peu importe l’exactitude de ce chiffre, le fait est que cette idée existe, qu’elle est massive et qu’elle n’a pas de représentant rassembleur.  

L’extrême-droite dans son inconstance native, et sans doute dans la crainte de devoir exercer un jour le pouvoir, a abandonné l’idée d’une dissolution de l’Union européenne et de la monnaie unique[3]. Montebourg et Mélenchon éloignent d’eux l’idée. Ce sont là les politiciens ayant une forte visibilité et une place dans les médias. Il existe pourtant toute une galaxie de petites formations qui continuent de prôner la sortie de l’Union européenne et l’abandon de la monnaie unique, considérant que sur le moyen et long terme ce sera un avantage pour la France, et même la seule solution pour continuer à exister en dehors de l’hégémonie allemande. Donnons une liste rapide sans toutefois en faire la critique de leurs insuffisance politique, il est trop facile et commode de s’abriter derrière ce genre d’attitude pour ne rien faire :

– l’UPR, le petit parti le plus connu et le plus ancien critique de l’Union européenne, mais qui ne progresse pas sans doute pour partie à cause de la personnalité controversée de son leader François Asselineau ;

– le PARDEM de Jacques Nikonoff, lui aussi formé à l’analyse économique et clairement pour le Frexit, mais qui vient de la gauche. Bien que l’UPR ait plus avancé me semble t il sur les conditions concrètes de la sortie de l’Union européenne, leurs positions sont assez proches ;

Génération Frexit autour de Charles-Henri Gallois, un ancien de l’UPR qui vient de publier Les illusions économiques de l’Union européenne aux éditions Fauves. Parmi ses idées, il travaille sur deux points : à démonter le slogan l’Europe c’est la paix et à vouloir rassembler les souverainistes de tous bords parce qu’au fond on ne peut pas faire de politique vraiment tant qu’on est dans l’Europe ;

République souveraine qui se veut un mouvement et non un parti et qui a clôturé son congrès fondateur en décembre dernier. Il rassemble des souverainistes comme Georges Kuzmanovic qui vient de la France Insoumise ou comme David Cayla, économiste qui a publié plusieurs ouvrages avec Coralie Delaume.

Les patriotes, petit parti fondé par Florian Philippot suite à son éviction du Front National. La plupart des cadres de ce parti viennent du Front National ce qui fait qu’il est souvent classé à l’extrême-droite, mais ce parti est plutôt populiste et a soutenu le mouvement des Gilets jaunes. Philippot avait d’ailleurs donné une touche très sociale et populaire au mouvement de Marine Le Pen, ce qui avait permis à celui-ci une forme de dédiabolisation et donc d’obtenir d’excellents résultats électoraux. 

 

En vérité que ces petits groupements proviennent de la droite ou de la gauche, ils ont plus de choses en commun que d’objet de discorde, le principal des divergences théoriques venant des solutions à mettre en œuvre pour réaliser cette sortie. Beaucoup se sont posés la question de savoir si on pouvait construire un parti souverainiste en rassemblant tout le monde, un peu comme l’avait fait le CNR en écrivant un programme de redressement de la France qui pouvait être accepté par une large partie de la population. Ce programme bien connu de tous ceux qui critiquent les dérives libérales de notre monde contemporain, avait contre lui ce qu’il est convenu d’appeler le grand capital et qui refusait obstinément les avancées sociales, comme la création de la Sécurité sociale ou la mise en place d’une caisse de retraite pour tout le monde, avançant que cela ruinerait l’économie. Mais il avait derrière lui les gros bataillons des syndicats et des partis de gauche qui étaient très puissants à la sortie de la guerre. Le programme Les jours heureux était très souverainiste, nationaliste si on veut et s’opposait franchement au multilatéralisme et à une gouvernance supranationale. Du reste dans le terme CNR – Conseil Nationale de la Résistance - il y avait très bien le mot National, une partie de la gauche semble l’avoir oublié[4]. A cette époque la gauche n’hésitait pas à terminer ses discours par Vive la France ! 

 

Aujourd’hui cette idée de rallier tous les souverainistes sous une même casquette pose la question du nombre. Il faut le reconnaitre, ces petites organisations sont peu populaires et ne rassemblent guère, alors que nous avons vu que massivement les Gilets jaunes se réclamaient d’une sortie de l’Union européenne et de l’euro. Les Gilets jaunes avaient avancé deux idées fortes en matière d’institution, la sortie de l’Union européenne et de l’euro et la RIC. Il semble évident que si un vrai parti anti-européen arrivait à émerger, il serait rapidement puissant et déterminant dans le jeu politique. Et cela est d’autant plus vrai que nous trouvons encore des souverainistes véritables aussi bien au RN qu’au PCF, mais ils restent à l’intérieur de ces partis par habitude, ou parce qu’ils pensent pouvoir les changer. Pour moi il y a deux raisons principales qui font que le souverainisme n’arrive pas à s’incarner dans une formation politique traditionnelle qui puisse se présenter au vote des électeurs avec des chances de l’emporter :

– la première raison est l’ostracisme des médias dominants face à l’idée même de souveraineté nationale. Pendant longtemps ils ont mis en avant que souveraineté et populisme, c’était là la marque de l’extrême-droite, nous venons de voir qu’il n’en est rien. Cet ostracisme tend à les faire passer pour des illuminés ou de dangereux opportunistes quand ils ne sont pas accusés d’être à la solde de Moscou ou de Washington. Une très grande partie de la gauche et des gauchistes appuie tout à fait dans ce sens ;

– la seconde raison est que les souverainistes venant d’horizons divers et variés, n’arrivent pas à dépasser le stade de la méfiance vis-à-vis de ceux qu’ils voient d’abord comme des concurrents et donc qu’ils espèrent voir disparaitre pour ramasser la mise.

Il est illusoire que dans les conditions présentes nous puissions arriver à une réunion de ces différents courants. Seul un mouvement global en dehors des partis normalisés arrivera à créer cette synthèse, c’est selon mois d’ailleurs une des leçons des Gilets jaunes. L’unité se fera par le bas et non par des accords d’Etats-majors de petites boutiques obscures.

Comme on le comprend il est anormal qu’un tel mouvement aussi profond ne puisse être représenté nulle part, ni au parlement, ni avec une candidature sérieuse aux futures élections présidentielles. C’est bien là la faute impardonnable de cette démocratie représentative qui est de plus en plus en décalage avec les aspirations des citoyens. Et c’est cela qui nous permet d’anticiper – sauf accident bien entendu – un taux énorme d’abstention aux scrutins de 2022.



[1] https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2021/01/leurope-et-leuro-dans-les.html

[2] https://fr.sputniknews.com/interviews/202010131044569103-le-frexit-pourrait-lemporter-60-des-francais-desormais-favorables-au-protectionnisme/

[3] https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2021/02/a-lextreme-droite-la-debandade-face.html

[4] https://cache.media.eduscol.education.fr/file/droits_homme/19/8/Programme_du_Conseil_national_de_la_Resistance_319198.pdf

11 commentaires:

  1. Coluche avait sorti pour plomber les publicités des lessives, plus blanc que blanc....C'est quoi? J'ai envie de dire à propos de cette analyse : plus négatif que négatif c'est quoi? L'appel à l’abstention ne résoudra pas la paupérisation grandissante ni ne réduira l'angle de la planche sur laquelle glisse la France vers l'effondrement. Chacun sait bien que sur un pays effondré ne poussent jamais les graines de révolution. Ou bien très longtemps après.

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    1. Bonjour Unknown,
      Après 40 ans de fausse alternance, on peut se demander en quoi le fait de voter résoudra la paupérisation grandissante ou réduira l'angle de la planche sur laquelle glisse la France vers l'effondrement... ?

      J'ai longtemps été un fervent partisan du "voter pour voter".
      L'absence d'offre politique acceptable, ou ayant ses chances compte-tenu du verrou médiatique, mais aussi le refus de tout débat autour d'un système de vote failli (scrutin majoritaire archaïque, dysfonctionnel et au final anti-démocratique, maintenu en dépit des réflexions modernes - françaises soit-dit en passant - menées autour du "jugement majoritaire" par exemple), ont fini par me convaincre de l'inutilité du déplacement vers des urnes (qui plus est électroniques - recompter est impossible - dans de nombreuses communes dont la mienne...).

      A moins que vous ne trouviez un motif de satisfaction dans l'abstention que vous semblez dénoncer, vous devriez changer de perspective...

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  2. Pollix
    D'accord avec Unknown, et c'est pourquoi nous, nous proposons des journées d'actions transpartisanes pour retrouver une résistance commune à l'oligarchie, malgré des points de vue différents.
    https://solidariteetprogres.fr/nos-actions-20/actions/27-fevrier-journee-d-action.html?fbclid=IwAR1G8BFbU1dWN2YFkF7SO7BpvCBcftC0a2ge1cIsg_BlI8YP2ZnZSY_XGUw
    Vous avez oublié dans votre liste Solidarité et Progrès de Jacques Cheminade qui sans élus mais grâce à ses idées de souveraineté a pu par trois fois réunir les signatures nécessaires pour la présidentielle . Comment a t il fait si ce n'est avec des arguments convaincant pour les élus de terrain ?

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    1. oui j'ai oublié Solidarité et progrès de Cheminade. Je n'y pensais plus. Mais ce mouvement tombe dans les travers des autres mouvements, trop petit pour faire quelque chose

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  3. Evidemment que l'abstention ne résoudra rien. Cependant si c'est voter pour rester dans les mêmes cadres institutionnels, ça ne résoudra rien non plus. Quand les voies des urnes ne permettent aucun changement sérieux, alors il faut bien passer à autre chose. Je ne fais aucune religion de voter ou de ne pas voter. Force est de constater cependant que depuis que nous sommes coincés par les traités européens et les règles de la monnaie unique, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Pourquoi voter pour un candidat qui veut garder la monnaie unique alors que nous savons, démonstrations à l'appui que celle-ci est mauvaise pour la France ?

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  4. Je découvre votre blog. Très intéressant. Continuez !

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  5. Bonjour
    ___ “Le Frexit pouvait être majoritaire après une campagne bien menée ” … menée comment ? Façon Trump ? Mais dans ce cas là tout peut se passer, reste à en gérer les conséquences.
     ___ “ Les Gilets jaunes avaient avancé deux idées fortes en matière d’institution, la sortie de l’Union européenne et de l’euro et la RIC ” Les Gilets Jaunes étaient un mouvement très … plastique, toutes les catégories d’opposition aux institution peuvent en revendiquer le message. Reste les faits, combien de signatures pour le RIP aéroport de Paris ? Un million ? Comment appelle t’on cela ? Un bide.
    ___ “ ces petits groupements proviennent de la droite ou de la gauche, ils ont plus de choses en commun que d’objet de discorde ” Rajoutez à cela que pour certains de ses leaders, le souverainisme est une autre façon d’exister dans le marigot politique. Imaginer qu’ils soient plus vertueux que les institutions qu’ils critiquent est un pari que je ne prendrai pas, ça tombe bien, personne ne me le demande, pour l’instant.
    ___ “il y avait très bien le mot National, une partie de la gauche semble l’avoir oublié ” OK, mais c’est un peu rapide comme conclusion. La construction d’un rassemblement européen n’entraîne pas automatiquement une dissolution de la dimension nationale, sauf à tordre le réel. Écrire “ qu’un parti anti-européen serait puissant et déterminant dans le jeu politique ” fait sûrement du bien à l’âme de celui qui l’écrit, mais reste de l’ordre du pari Pascalien. Car une chose est de produire des courbes de sondage, une autre est de sortir de l’Union, une troisième est de faire exister la dimension Nationale dans le monde tel qu’il est.

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    1. Bonjour,
      Quand on dit une campagne menée, ça veut dire comme on l'a fait en 2005, avec du temps devant soi et une argumentation solide. Trump n'a rien à voir là dedans et encore moins avec moi qui compte plutôt sur l'intelligence des gens.
      le RIP a été en effet un bide, mais ça ne veut pas dire qu'un référendum sur ce thème aurait échoué, je pense même le contraire.
      Je ne pense pas que ces petits partis soient plus vertueux que les autres. je pense cependant que sous la pression des nécessités, lors d'une crise grave, ils peuvent être obligés de s'entendre.
      J'ai bien expliqué pourquoi il n'y aurait à court terme aucun parti anti-européen. Pour la dimension national il n'a échappé à personne qu'elle est à l'ordre du jour de partout, y compris en France où Macron commence à parler de souverainisme, même si on ne lui fait pas confiance sur rien du tout.

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  6. Et si le frexit n'était qu'un slogan insaisissable (au final) faute d'une mise en rapport avec les revendications urgentes, une sorte de fric-site à usage de qui veut se faire une petite place dans le monde politique… En effet le souverainisme abstrait, dont Asselineau est le porte-parole éminent, reste bien taiseux sur la domination néolibérale du monde, sur la nécessité de briser les chaînes de l'exploitation capitaliste moderne. Comme le rappelait l'illustre militant martyr : «l'ennemi est dans notre propre pays ». L'Angleterre nous montre que la prise de distance avec l'union européenne ne change rien dans les rapports sociaux dominants. De son côté l'Italie de Salvini nous indique (comme le rassemblement national) que l'anti- européisme n'était qu'un canular à l'aune de la préservation des intérêts primordiaux. La conquête de la souveraineté économique sociale et politique implique de bouleverser les rapports, non seulement avec les traités mais dans la réalité du territoire. Le peuple, maître souverain, doit établir de nouvelles règles de pouvoir (sixième république- constituante), de la propriété, de la gouvernance des entreprises sur un projet collectif (planification), rupture donc avec le grand déménagement du monde en établissant « le protectionnisme solidaire »................... A-t-il échappé à l'auteur de la publication que la ligne politique « l'avenir en commun » répond à ces préoccupations ? Evidemment que non ! Cet oubli est bien conforme aux méthodes et options politiques de quelques-uns sur ce groupe " les maquisards", quelques-uns qui se sont fixés pour tâche de discréditer, de faire oublier le programme AEC dont ils se réclamaient fallacieusement en 2017
    .

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    1. Personne n'a dit que la sortie de l'Union européenne et de l'euro serait suffisante. Je pense comme beaucoup que ce serait la première étape. On sait que dans un cadre national - les années d'après guerre l'ont montré - il est plus facile de lutter contre les inégalités sociales. Oui Salvini et MLP sont des anti-européistes en carton, je l'ai dit dans un autre billet. Je connais très bien le programme AEC, bien que j'ai voté pour Mélenchon en 2017, j'en avais pointé à l'époque les lacunes, mais aussi les avancées. Avec l'abandon d'une défense de la laïcité, Mélenchon s'est éloigné de moi, et moi de lui, et nous sommes nombreux dans ce cas. Pour le reste les marseillais ont d'autres griefs à son endroit qui en font un politicien peu fiable, ces griefs je les ai détaillés plusieurs fois, non pas pour lui casser du sucre sur le dos, mais pour mettre en avant les dangers qu'il y a à croire en un homme providentiel.

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François Ruffin, Leur progrès et le nôtre, Le seuil, 2021

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