Le premier point, et le plus important, est que Trump s’est affranchi de tout vernis « démocratique » et légaliste. Ouvertement il nous dit qu’il va violer la souveraineté de l’État vénézuélien pour le bien des Etats-Unis. « Nous ne nous attendons pas à des troupes sur le terrain, » a aussi avancé Mike Johnson le président de la Chambre des représentants. « Nous ne prévoyons pas d’implication directe au-delà de simplement exercer une coercition sur le nouveau gouvernement intérimaire », a-t-il ajouté. C’est une position clairement fasciste, ou illibérale si on veut reprendre le vocabulaire stupide des européistes. Trump dans son délire communicationnel en a rajouté, prétendant qu’il allait ensuite s’attaquer à tous les pays qui ne se soumettent pas aux intérêts des Etats-Unis. Il a expressément parlé du Groenland et de la Colombie. Pour l’instant il ne parle plus de conquérir le Canada. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois », a-t-il menacé[1]. Ce qui est le plus hallucinant dans cette pantomime ce n’est pas ce que raconte Trump qui est fourbe et menteur comme tous les présidents étatsuniens qui l’ont précédé, mais surtout qu’il avoue sortir de la démocratie la plus élémentaire, sans que les dirigeants européens ne se rebellent contre cette sortie de ce qu’on appelle l’État de droit.
On a vu le faible Macron, rapidement justifier l’action criminelle de Trump en cassant du sucre sur le dos de Maduro. Il a dit : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. » Certains l’ont critiqué pour cette position veule et lâche. Mais elle est normale quand on sait que la plupart – pour ne pas dire tous les dirigeants européens – sont des petits soldats des Etats-Unis, souvent formés et financés par eux. Trump lui a donné un bon point pour cet alignement au fond sans surprise. Seul le premier ministre espagnol a condamné fermement cet acte de piratage dans les Caraïbes. Évidemment les européistes sont pris au piège, condamner et sanctionner Poutine au nom de l’inviolabilité des frontières et ne pas faire de même avec Trump relève de l’hypocrisie, mais surtout dévoile la soumission de cette classe corrompue aux intérêts des Etats-Unis. Une fois de plus l’Union européenne étale sa veulerie et ses divisions. Même les réactions du Danemark aux provocations trumpistes d’annexion du Groenland ont été particulièrement molles. Kaja Kallas soi-disant représentante de la diplomatie de l’Union européenne a appelé à une transition pacifique, avançant que l’illégitimité de Maduro justifiait l’action de Trump.
La réunion de l’ONU lundi 5 janvier 2025
La réunion de l’ONU lundi 5 janvier 2025 n’a rien donné. Certes le secrétaire général Guterres a rappelé mollement les notions d’État de droit et la Charte de l’ONU, mais sans critiquer l’action étatsunienne plus que ça. Pour beaucoup d’observateurs, cet effacement de l’ONU ruine complètement l’idée d’un ordre mondial multilatéral. En vérité cette action fascisante des Etats-Unis disqualifie tous ceux qui ici et là veulent l’arrestation de Netanyahu ou de Poutine pour des crimes de guerre, car il faudrait étendre ce principe à Donald Trump qui a ordonné une attaque contre un petit pays et qui a causé une trentaine de morts. L’Occident ne peut plus se donner en modèle d’une démocratie véritable. C’est un pôle de pouvoir militaire, dominé par les Etats-Unis qui utilisent la vassalisation des dirigeants européens pour tenter d’enrayer son déclin par rapport au reste du monde. Ce que fait Trump c’est de tenter de reconstruire brutalement l’Empire étatsunien. Bien sûr il fait plaisir au lobby pétrolier qui a financé sa campagne électorale de 2024. Mais il poursuit toujours le même but que ses prédécesseurs : mettre la main sur les ressources naturelles clés, le pétrole, le gaz, ou les terres rares. Cela a échoué avec la Russie que les Etats-Unis ont poussé à la guerre en Ukraine. Et cela est plus facile avec le Venezuela. Les Etats-Unis ont-ils les capacités de poursuivre dans cette voie en mettant la main sur l’Iran et son pétrole ? La situation intérieure de ce pays offre une opportunité, mais les capacités de défense de l’armée iranienne semblent tout de même plus élevées et un changement de régime risque d’être coûteux en vie humaine.
Il faut reconnaitre aux Etats-Unis une qualité, ce pays a la patience de l’araignée. Il a mis un quart de siècle pour mettre au pas le Venezuela – même si cette mise au pas semble fragile. Il est clair que même si une paix est signée entre l’Ukraine et la Russie, les Etats-Unis reviendront à l’assaut de ce pays dans dix ans, ou quinze ans. Ils peuvent compter sur au moins deux leviers : le premier est la corruption des élites, politiciens et journalistes qui souvent ont été formés par eux. Même si ces élites sont de plus en plus en décalage par rapports aux opinions publiques, les dirigeants européens sont pour la plupart impopulaires dans leur pays, à l’instar de Macron, de Merz ou de Starmer. Le second levier est celui de la dépendance de la dette de ces pays par rapport au dollar. Mais là se trouve une difficulté énorme pour l’hégémon étatsunien, c’est la question du délabrement de toute l’économie occidentale, à commencer par celle des Etats-Unis qui ne fonctionne que parce que ce pays fait tourner la planche à billets. En conséquence et contrairement à ce que raconte Trump-le-menteur, l’armée étatsunienne n’est pas la meilleure du monde. Et si la CIA a réussi son coup à Caracas, c’est parce qu’elle a corrompu une partie de l’entourage de Maduro. D’ailleurs on note qu’après cet acte de piraterie, Trump fait profil bas. Il a exclu de retourner avec des soldats au Venezuela et il semble qu’on s’achemine vers un deal entre Trump et Delcy Rodriguez pour négocier un retour des compagnies pétrolières étatsuniennes, sans changer de régime. L’agente de la CIA Machado qui comptait sur ce coup d’État larvé pour revenir au pouvoir dans les valises de Trump, doit manger son chapeau : Trump n’en veut pas, avouant qu’elle est impopulaire dans son pays. Soutenue par les Européistes et le journal Le monde, elle met en avant son prix Nobel de la guerre – elle réclamait il y a quelques mois le bombardement de son propre pays – pour justifier son retour. Mais cela semble exclu pour le moment.
Machado espérait revenir à
Caracas dans les valises de Trump, c’est raté
Les médias européens la présentent comme « la cheffe de l’opposition au Venezuela ». C’est en vérité un peu la Navalny vénézuélienne, une outre gonflée de vent, sans ancrage réel dans son pays et surtout qui porte l’image d’une traitresse à sa patrie. Mais aussi cela en dit long sur les limites de l’intervention trumpienne. Il apparait que celle-ci présente une part de comédie, comme si une partie du pouvoir chaviste, peut-être Delcy Rodriguez, avait voulu se débarrasser de Maduro pour réorienter le pays en le faisant sortir du régime des sanctions. Il est trop tôt pour confirmer ce genre d’hypothèse. D’autres ont avancé que l’action trumpiste au Venezuela était le résultat d’un autre deal : Poutine abandonnerait Maduro contre l’abandon de l’Ukraine par les Etats-Unis. Cette idée en reviendrait à une autre forme de partage du monde entre les Etats-Unis, laissés libres dans leur sphère d’influence, et les BRICS laissés eux aussi libres en Asie et dans l’Est de l’Europe. Il n’est pas obligatoire que cela soit le résultat de tractations réelles, mais ce peut-être aussi le résultat d’un accord tacite. Là encore ce sont des hypothèses qui demandent à être confirmées.
Tout le monde a compris que Maduro avait été trahi par quelqu’un de très proche et de suffisamment puissant pour enrayer le système de défense et de protection. Le général Javier Marcano Tabata a été mercredi 7 janvier arrête pour trahison. Il semble que des comptes vont se régler dans les prochaines heures. Ce qui est curieux c’est que ce général n’ait pas pris des précautions plus sérieuses. Que pensait-il que Trump nommerait quelqu’un qui le protégerait à la place de Maduro. Il a oublié une règle pourtant connue depuis longtemps ceux qui servent les Etats-Unis sont ensuite lâchés par celui qui les a corrompus. Probablement il y aura d’autres arrestations, parce que c’est la seule façon pour Delcy Rodriguez de protéger son fragile pouvoir.
D’un point de vue stratégique, il y a aujourd’hui trois points chauds : l’Ukraine, l’Iran et Taïwan. Dans ces trois cas, le précédent vénézuélien peut servir de mètre étalon pour de nouvelles actions de transformation des frontières et des pouvoirs par la force, bien que la question de Taïwan puisse facilement se régler, cette petite île qui appartient officiellement à la Chine de Pékin, pourrait y revenir officiellement en échange d’un statut aménagé comme l’a obtenu par exemple Hong-Kong qui ne semble pas souffrir de sa situation. Le Moyen-Orient, c’est autre chose, parce que ce n’est pas autour d’Israël et même de l’Iran que la Russie et les Etats-Unis vont s’affronter.
Les citoyens des USA n’approuvent pas Trump dans son kidnapping
Quoi qu’on en dise, l’action des Etats-Unis pour kidnapper Maduro est très mal perçue dans le monde entier, et malgré la veulerie de Macron et la lâcheté de Kaja Kallas, les Européens n’apprécient pas cet acte de piraterie dans les Caraïbes. Sur le long terme, cela va sans doute obliger d’une manière ou d’une autre à s’émanciper de la tutelle des Etats-Unis. Cependant, ce que Trump a le plus à redouter pour le moment, c’est une opposition interne à son action fascisante. Contrairement aux idiots Européistes, les Étatsuniens sont bien loin d’approuver son action. En décembre dernier, la popularité de Trump était tombée à 36%. Et ce n’est pas cette action de piraterie dans les Caraïbes qui va lui permettre de se redresser dans l’opinion. Un Américain sur trois approuve la frappe militaire étatsunienne sur le Venezuela qui a permis le kidnapping du président du pays et 72 % craignent que les États-Unis ne s'impliquent trop dans ce pays d'Amérique du Sud, selon un sondage Reuters/Ipsos qui s'est terminé lundi. Le sondage réalisé sur deux jours a montré que 65 % des républicains soutiennent l'opération militaire ordonnée par le président républicain Donald Trump, contre 11 % des démocrates et 23 % des indépendants. C’est bien là le piège, les Étatsuniens ne semblent pas gober la fable selon laquelle Maduro serait un trafiquant de drogue. Et évidemment les menaces que Trump fait peser sur le Mexique et le Groenland ne sont pas pour les enthousiasmer. Après s’être présenter comme un président faiseur de paix, le voilà qu’il apparaît comme un faiseur de guerre un peu partout dans le monde. On ne peut pas dire encore si cela lui fera perdre les élections de midterm, mais ce sera le cas probablement si les résultats économiques ne sont pas au rendez-vous d’ici à l’automne. Les sondages avant l’attaque sur Caracas donnaient pour 2026 une quasi égalité entre les Démocrates et les Républicains dans les intentions de vote, aujourd’hui cette égalité qui permettrait aux Républicains de garder le pouvoir puisque le Sénat ne sera renouvelé que pour un tiers, ne parait pas évidente. L’image bien écornée des Etats-Unis en a pris un grand coup. Évidemment pour ceux qui connaissent un peu l’histoire de ce pays, il n’y a rien d’étonnant dans tout ça. Depuis 1945 on a vu les Etats-Unis intervenir une centaine de fois à l’étranger[2], sans base légale autre que leur propre volonté. Aurions-nous oublié les bombes atomiques sur le Japon, les bombardements sur la Serbie, la guerre en Irak ?
PS : On apprenait mardi 6 janvier que l’accusation avait abandonné la poursuite de Maduro comme chef du cartel de los soles ! Ce qui veut dire que cette fantaisie qui avait été avancée n’était qu’un leurre, un nouveau mensonge, comme les Etats-Unis sont capables d’en fabriquer à la chaîne[3]. Ce qui n’empêche pas les imbéciles, même en France, de soutenir que Maduro est un chef de gang dont le but est d’inonder les Etats-Unis de la drogue que le Venezuela pourtant ne produit pas !
« La France ne le sait pas, mais
nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre
vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment.
Oui, ils sont très durs les
Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde.
C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et
pourtant une guerre à mort. »
-- François Mitterrand à
Georges-Marc Benamou.
Cette vieille crapule d’Edwy Plenel, délateur de profession, agent du Qatar, ancien trotskiste qui justifiait les massacres de Munich, vient au secours de Trump pour tenter de justifier l’injustifiable. Il aura soutenu tous les pouvoirs pour finalement se ranger ouvertement du côté de l’Empire. La fausseté de ce post réside dans le fait qu’elle produit une équivalence entre l’agresseur et l’agressé. Or ce n’est pas du tout la question de savoir quels sont les défauts de Maduro, s’il est bon, s’il est mauvais, mais c’est celle de comprendre que Trump se permet d’agresser un petit État pour le pétrole et pour le profit personnel de ceux qui ont financé sa campagne électorale de 2024. Menteur invétéré, Edwy Plenel retourne sa veste comme une vieille peau de lapin. Vieillard vermoulu, à la moustache passée de mode depuis la mort de Staline, il n’a aucune vergogne à servir de paillasson à l’Empire ! J’aurais honte d’être lui.
[1] https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/nous-nous-occuperons-du-groenland-dans-environ-deux-mois-les-vues-de-trump-representent-un-risque-existentiel-pour-lotan-2207791
[2] William Blum, Rogue State:
A Guide to the World's Only Superpower, Zed Books Ltd, 2000.
[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/06/les-etats-unis-n-accusent-plus-nicolas-maduro-d-etre-a-la-tete-du-cartel-de-los-soles_6660787_3210.html
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