À mon sens l’antisémitisme de gauche, rebaptisé antisionisme
à la hâte, est aussi bien le résultat d’un antisémitisme ancestral que d’un
effondrement de la connaissance historique. Si on veut faire avancer le débat
sur le chemin de la paix, il fait mettre un peu d’ordre et combattre les idées
fausses. Les gauchistes de base qui ne connaissent évidemment pas leur sujet,
partent de cette suite de cartes qui prouverait la volonté expansionniste et
colonisatrice d’Israël. Et il leur arrive de réclamer le retour d’Israël dans
ses frontières telles qu’une résolution de l’ONU les définit en 1967, suite à
la Guerre des Six jours. Le premier point qu’ils oublient est que ce sont les
États arabo-musulmans, Jordanie, Égypte, Syrie, Irak, Yémen, Arabie Saoudite
qui ont contesté les armes à la main cette décision de l’ONU de reconnaitre
l’État d’Israël. Cette guerre contre Israël a repris en 1956 et en 1967, avant
que les États arabo-musulmans reconnaissent leur défaite et renonce à la
guerre. Durant toute cette période on ne parlait pas de Palestiniens, et le mot
de Palestine renvoyait systématiquement soit au mandat britannique sur cette
région administrée avant 1918 par l’Empire ottoman, soit à la Palestine des
Juifs. Les gauchistes vous diront qu’en 1948 les Juifs ont chassé les Arabes –
les autochtones selon eux – et qu’ils ont dû fuir. Il faut faire trois
remarques à ce propos :
1. Ce que les musulmans appellent la Nakba a été encouragé
par les États arabes au motif qu’après une nouvelle guerre, ils pourraient
revenir sur une terre débarrassée des Juifs. Ça ne s’est pas concrétisé parce
que les guerres successives ont été perdues. Il n’empêche qu’on continue à
réclamer des dédommagements pour cette évacuation qui bien entendu n’a pas été
épargnée de violence.
2. Le gauchiste de base ne parle jamais de l’expulsion des
Juifs des États arabo-musulmans, du Machrek et du Maghreb, or cela représente
un volume à peu près similaire à celui de la Nakba[1].
Les Juifs chassés de ces pays n’ont jamais eu et jamais demandé de compensation
d’une manière virulente et ils n’ont pas bénéficié du statut de réfugié. On
remarque d’ailleurs qu’une partie de ces Juifs sont venus en Israël où ils
croyaient trouver la paix. Un grand nombre de ces Juifs qu’on nomme sépharades
étaient d’ailleurs installés au Maghreb bien avant la colonisation arabe. Lors
de la conquête romaine de l’Algérie, on évalue la population autochtone
ainsi : un quart de Juifs et trois quarts de Berbères ou d’Amazighs, et
bien sûr il n’y avait pas d’Arabes ni de musulmans.
3. On parle des Arabes qui sont partis sous la pression des
Israéliens, et on ne peut pas nier évidemment des exactions et des injustices,
mais on ne parle jamais des Arabes qui sont restés et qui sont devenus
Israéliens et qui surtout ne veulent pas devenir Palestiniens !
L’idée générale est que les Juifs n’ont pas aucun droit sur la Palestine, et qu’ils sont des envahisseurs. Venus d’Europe, on les a laissé s’installer en Palestine comme une compensation pour les massacres perpétrés par les nazis. Mais en réalité dans la partie de la Palestine qui va de la mer au Jourdain, les Arabo-musulmans n’ont jamais été majoritaires, loin de là, avant ou après la Seconde Guerre mondiale.
La Palestine reconnue comme un État juif, avec pour capitale Jérusalem. Dictionnaire Larousse, 1925.
Contrairement aux absurdités que colportent les soutiens de
la Cause palestinienne, à l’Ouest du Jourdain, la population arabe y était
minoritaire, et les Juifs représentaient une majorité relative.
Population juive en Palestine.
1/ Empire ottoman 1800-1880.
PALESTINE OUEST DU JOURDAIN (futur Israël)
344.000 personnes :
- 134.000 Juifs
- 55.000 chrétiens
- 15.000 Druzes
- 80.000 musulmans nomades bédouins
- 60.000 arabes originaires d’Egypte, Syrie, Irak, Liban,
Algérie, Maroc, Balkan et Empire Russe.
Les musulmans nomades bédouins étaient originaire du Sinaï et de la Palestine de l'Est du Jourdain, la futur Jordanie. La communauté arabe de Palestine de l'Ouest du Jourdain était donc composée en majorité de Bédouins nomades et d’une minorité de musulmans sédentaires moins nombreux que les Juifs et guère plus nombreux que les Chrétiens. Ils ne deviennent plus nombreux que les Juifs, soit 140.000, uniquement si on compte les deux communautés musulmanes, nomade et sédentaire pourtant culturellement différente, ensemble (80.000 + 60.000). Sous la domination Ottomane, la Palestine de l'Ouest du Jourdain était à l’abandon et dépeuplée. Une seule ville arabe fut construite en Terre d’Israël (Palestine Ouest du Jourdain) Ramleh. Toutes les autres sont des villes juives rebaptisées par les arabes.
Le fait que la mosquée al-Aqsa se trouve au-dessus du mur des lamentation prouve que les Juifs étaient là bien avant les Arabes
2/ En 1920, donc bien avant 1948, la SDN évalue la
population de l’Ouest et de l’Est du Jourdain à 919.000. La population juive
est déjà plus importante de la population arabe, celle qu’on appelle
aujourd’hui bêtement la population palestinienne.
- 421.000 Musulmans sédentaires,
- 90.000 Musulmans Bédouins nomades
- 30.000 Druzes,
- 94.000 Chrétiens,
- 279.000 Juifs.
PALESTINE DE L'OUEST DU JOURDAIN (futur Israël) :
- 270.000 Juifs,
- 30.000 Druzes,
- 153.000 Musulmans sédentaires
- 45.000 Musulmans Bédouins nomades,
- 85.000 Chrétiens.
Dans cet obscur débat il faut parler de la façon dont la Palestine a été peuplée. C’était jusqu’au dernier quart du XIXème siècle une terre peu peuplée, délaissée même par ses propriétaires arabes qui vivaient au Liban ou en Égypte et qui se hâtèrent de vendre les terres aux Juifs qui arrivaient parce qu’ils faisaient de gras bénéfices. Est-ce là une spoliation ? Remontons un peu le temps. Selon Henry Laurens, qui est pourtant un propagandiste de la cause palestinienne, en même temps qu’il y eut une immigration de Juifs européens vers la Palestine, l’Empire Ottoman encouragea l’arrivée de musulmans de tout le pourtour de la Méditerranée, certains arrivaient même d’Algérie[2]. Il va de soi que ces migrants n’étaient pas des autochtones. Or le gauchiste moyen fait comme si seuls les Juifs venant d’Europe n’étaient pas des autochtones. Dans les années trente, le Yichouv étant une des rares zones dynamiques dans cette période de dépression mondiale, des Arabes venant de Transjordanie, d’Égypte, de Syrie et du Liban vinrent y travailler[3]. Ceux-là non plus ne peuvent pas être considérés comme des autochtones. On comprend alors que de tenter de faire passer les Arabes pour des Palestiniens, et pour des autochtones qui auraient plus de droit que les Juifs sur cette terre relève du non-sens, ou de l’escroquerie intellectuelle.
Porte de Sion, Jérusalem, 28 mai 1948. Les Juifs de Jérusalem sont expulsés des maisons qu’ils habitaient depuis des générations, tandis que des nationalistes palestiniens pillent le quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem.
Voici un autre fait oublié plus ou moins volontairement, en 1948, toute la population juive du quartier juif historique de Jérusalem-Est est expulsée après un siège total (faim, eau coupée, snipers). Après la capitulation, le quartier est vidé de ses Juifs, synagogues et cimetières profanés. 1948–1967 : aucun Juif autorisé à y vivre. Des populations arabes s’y installent. Fait historique souvent effacé au profit du récit d’une « Jérusalem-Est colonisée ». Cela est généralement passé sous silence et les gauchistes qui hurlent après les expulsions le plus souvent ne le savent pas et ne veulent pas le savoir. Dans cette guerre de 1948, il ne faut considérer comme victimes que les Palestiniens, ou supposés tels. Or dans la vieille ville de Jérusalem vivaient depuis des millénaires justement des Juifs. Dans la dernière moitié du XIXème siècle, ils avaient été martyrisés par les Arabes. Karl Marx en parle à plusieurs reprises dans les articles qu’il donne aux journaux américains[4]. A son époque, on peut dire que la communauté juive de Palestine est en voie de disparition, tandis que les Juifs des pays de l’Est se battent pour leur émancipation, et que les Juifs européens semblent s’intégrer aux valeurs de l’Occident.
La petite surface en rouge représente plus ou moins Israël
On entend souvent parler de colonisation ou de colonialisme à propos d’Israël. Si je regarde la carte ci-dessus, il est évident que la colonisation au long cours n’est pas le fait des Juifs, mais bien celui des Arabes ! Les Arabes ont conquis en effet le Maghreb et le Machrek, si on prend le cas de l’Algérie par exemple, cette région était aux trois quarts peuplés de Berbères et pour un autre quart de Juifs, avant que les Arabes déferlent sur cette contrée. Les Arabes qui sont toujours en guerre latente contre les Berbères en Kabylie, n’ont pas encore tout à fait terminé la conquête de ce territoire. Dans ces conditions perler de colonisation israélienne est un abus de langage. Et ne venez pas me dire que je suis pour la colonisation israélienne ne Cisjordanie par exemple, ce n’est pas le cas puisque je suis pour une solution à deux États dans cette région du monde. Dans la plupart des pays musulmans il n’y a plus aujourd’hui de Juifs. Or en Israël qu’on le veuille ou non, il y a plus de deux millions d’arabes israéliens. Mais dans la carte ci-dessus, nous remarquons aussi qu’Israël occupe un pourcentage infime de la surface des pays musulmans !
On fait flèche de tout bois pour tenter de faire d’Israël une sorte de pays nazi. Des crétins ont relayé l’image ci-dessus. C’est spectaculaire, un tiers de la population aurait disparu à cause du comportement de l’armée israélienne. Et on ajoute pour faire pleurer dans les chaumières 380 000 enfants en dessous de cinq ans. Un peu de réflexion montre que ces deux chiffres sont faux. D’abord le Hamas qui n’est pas un exemple de vérité factuelle considère lui-même que les morts – miliciens et civils confondus – seraient d’environ 70 000. Certes c’est beaucoup, mais dire que 680 000 Gazaouis seraient décédés relève de l’extravagance, cela voudrait dire que plus d’un tiers de la population a été exterminée. Bien sûr cela permettrait de parler clairement de génocide. Mais ce chiffre ne repose sur rien. Ensuite parler de 380 000 enfants de moins de cinq ans décédés, cela voudrait qu’il y a plus de morts que de vivants avant le 7 octobre 2023. En effet, selon la pyramide des âges, il est impossible que sur 2 millions de Gazaouis il y ait eu 380 000 enfants de moins de cinq ans. Le mensonge est grossier et discrédite tout de suite ceux qui s’en servent.
À partir de ces considérations, il vient qu’il n’y a que
trois solutions possibles :
1. La construction d’un Grand Israël, avec évacuation des
populations musulmanes qui ne sont pas israéliennes vers la Jordanie par
exemple, ou vers le Liban et l’Egypte. Cette solution se heurte à de nombreux
obstacles, à la fois sur le plan moral et sur le plan militaire, et il ne
semble pas que les Etats-Unis soient disposés à soutenir ce genre de
solution ;
2. La construction d’un État de Palestine de la mer Méditerranée au Jourdain, c’est la solution que préconisent le Hamas, mais aussi des gens de la FI comme Rima Hassan, ou encore de cet imbécile de Shlomo Sand qui avance que nous sommes déjà dans la situation d’un seul État et qu’il suffirait de rééquilibrer les pouvoirs entre arabes et Juifs. Cette solution équivaudrait à la disparition d’Israël. Elle ne sera pas soutenue non plus par les Etats-Unis, et même par les États arabes de la région ;
3. La construction de deux États stabilisés et sécurisés
dans leurs frontières, c’est pour moi la seule solution sérieuse. Contrairement
à ce qu’on croit, il y a déjà des plans sérieux qui ont avancé sur les
questions sensibles, comme celle du partage de Jérusalem, ou la question des
échanges de territoires afin de régler la question des colonies en Cisjordanie.
Il manque encore une volonté politique.
[1] Georges Bensoussan, Juifs en pays arabes : le grand déracinement 1850-1975, éditions Tallandier, 2012
[2] La question de Palestine, tome 1, Fayard, 1999.
[3] Jacob Metzer, The Divided Economy of Mandatory Palestine, Cambridge University Press, 1998.
[4] https://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2017/09/marx-et-les-bolcheviks-face-a-l-islam.html
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