mercredi 14 janvier 2026

Répression sanglante en Iran, quelle issue ?

Iran : le bilan de la répression s'alourdit, le pouvoir appelle à des  contre-manifestations - France 24

Les manifestations en Iran sont récurrentes depuis des années, avec son lot de répression et de morts. En ce moment elles sont puissantes, parties d’une révolte contre la vie chère et la difficulté de se procurer des biens de première nécessité, elle parait de loin – c’est-à-dire depuis l’Occident – vouloir se transformer en une volonté de s’affranchir de l’ordre tyrannique des mollahs. L’ampleur des manifestations qui se sont déployées dans l’ensemble du pays, bien au-delà de Téhéran, semble avoir surpris le régime, et celui-ci a fini par réagir d’une manière ultra-violente : la répression des gardiens de la révolution aurait déjà fait des centaines de morts. Les images qui ont circulé confirment que la répression est d’une très grande ampleur. Tout le pays semble touché. Il y avait déjà eu des manifestations importantes en 2022, et la répression avait été sanglante aussi. Mais il semble que cette fois la lame de fond soit plus large. Ces manifestations se nourrissent évidemment de l’existence d’un régime tyrannique, mais aussi de la conséquence des sanctions occidentales qui empêchent l’Iran de se développer, notamment en vendant son pétrole. La stupide Kaja Kallas a annoncé que si le régime continuait à réprimer son peuple, l’Union européenne durcirait encore ses sanctions. Trump également a menacé de bombarder le pays si celui-ci s’enfonçait dans la crise, puis il a dit que finalement il allait trouver un accord avec les dirigeants du régime iranien ! Diable un pays pétrolier ça se respecte !    

Amnesty dénonce la "violente" répression contre des "rassemblements  pacifiques" en Iran – L'Express

Téhéran, le 11 janvier 2025 

On comprend en lisant les réactions des Occidentaux que la question iranienne dépasse l’Iran. Le journal Le monde avançait dans son édition du 14 janvier que l’Iran s’enfonçait dans une double crise, interne et externe. En vérité on ne peut pas dissocier les deux. Si le régime des mollahs est criminel et détestable, la crise économique que subissent les malheureux Iraniens est, comme au Venezuela, le résultat des lourdes sanctions occidentales qui ravagent le pays. L’horrible Ursula von der Leyen en a rajouté en disant que les sanctions européistes allaient encore se durcir si le régime iranien continuait à réprimer les manifestants. Comme on le comprend l’idée des Occidentaux est qu’en frappant le peuple, en l’affamant, on le pousse à se révolter et qu’ensuite le régime change et devient plus conciliant avec les intérêts occidentaux, et principalement étatsuniens. De là à penser que les manifestations de masse contre les mollahs sont instrumentalisées par les Occidentaux et Israël, il n’y a qu’un pas que je me garderais bien de franchir. On ne mobilise pas massivement les populations avec des agents étatsuniens ou israéliens infiltrés dans le pays. Il y a une révolte profonde et spontanée contre un régime détesté. Mais le peuple iranien est très divisé, et comme on a pu le voir le 12 janvier dernier à Téhéran, les mollahs comptent encore beaucoup de partisans. Le régime ne pourra pas s’effondrer comme un château de cartes, et on comprend qu’il se remobilise pour mater la révolte, même si cela se fera dans les sens.

Les soutiens du régime manifestaient le 12 janvier 2026 

On l’a dit, Israël et les Etats-Unis souhaitent la fin de se régime. Israël ne peut pas avoir de complaisance avec les mollahs qui depuis des décennies annoncent qu’ils vont liquider « l’entité sioniste ». Évidemment si Reza Palhavi, le fils du Shah, prenait le pouvoir cela arrangerait Israël. En effet celui que les États-Unis voudraient bien mettre à la place des mollahs s’est rapproché d’Israël et suggère un axe Téhéran-Tel Aviv qui pourrait stabiliser la région. Mais ce n’est pas si simple parce que si de nombreux Iraniens seraient manifestement favorables à ce scénario, d’autres le rejettent fermement. C’est le résultat d’un peuple déchiré entre différentes ethnies. Les principaux groupes ethniques sont les Perses, 53 %, les Kurdes, 10 %, puis les Lours, 6 %, qui parlent une langue iranienne. Mais on compte aussi
16 % d’Azéris, ce qui explique que l’Azerbaïdjan est intéressé aussi par la chute du régime, espérant ainsi travailler à la reconstruction de leur ancien empire ! Les Turcs sont aussi à la manœuvre bien entendu. Le noyau dur du pays est bien plus structuré par les mollahs qu’il n’y parait au premier abord. Souvent on prend comme mesure étalon de la révolte en Iran les grandes villes, mais c’est beaucoup moins le cas dans les zones rurales. Bien évidemment les Etats-Unis qui sont toujours intéressés pour voler les ressources naturelles des autres pays, aimeraient bien mettre la main sur les larges ressources pétrolières de l’Iran. 
Peuples iraniens — Wikipédia

Principales ethnies en Iran 

Dans ces conditions, on voit difficilement comment Reza Palhavi pourrait s’imposer et stabiliser le pays. S’il a l’appui d’Israël et des Etats-Unis, il n’est guère populaire en Iran où la mémoire de son père s’est largement effacée. Il ne faudrait pas oublier non plus que la révolution de 1979 qui a permis aux mollahs de prendre ensuite le pouvoir était une révolte contre le Shah qui avait été lâché par les Etats-Unis. L’issue du mouvement de révolte en Iran est aujourd’hui très incertaine. En tous les cas, il ne semble pas que le renversement des mollahs puisse se passer d’une guerre civile longue et sanglante, même si les Etats-Unis bombardent le pays. Il y a toujours un moment où il faudra affronter les Gardiens de la révolution qui sont lourdement armés et très déterminés, et les Etats-Unis ne semblent pas avoir, ni les moyens, ni l’intention d’y envoyer des troupes au sol. Cependant si Trump n’intervient pas, après toutes ses forfanteries, il va un peu plus perdre de son crédit qui diminue comme peau de chagrin. 

En Israël, l'intrigant soutien à Reza Pahlavi, fils du chah d'Iran

Reza Palhavi a rencontré Netanyahu en 2023 à Jérusalem 

En attendant les morts se comptent par centaines dans les rangs des manifestants. On les évalue provisoirement à au moins deux milles, mais ce chiffre pourrait rapidement être dépassé. Le régime des mollahs est coupable bien entendu, on ne peut pas dire le contraire pour tout ce qu’on sait de ce régime criminel. Cependant, les Occidentaux qui ont décidé de lourdes sanctions contre ce malheureux pays le sont tout autant, même si c’est d’une manière sournoise. Car cette dégradation de la situation à pousser les Iraniens à descendre dans la rue sont la conséquence de ces sanctions. Comme toujours les sanctions frappent d’abord le peuple dans sa chair avant de toucher les dirigeants. 

En Iran, la répression des manifestations fait au moins 192 morts

Devant le centre médico-légal Kahrizak, à Téhéran 

Beaucoup se fixent sur Israël et les Etats-Unis, comme si le régime des mollahs n’était pour rien dans ce délabrement de l’Iran, mais d’autres restent fixés sur le seul rôle des mollahs. Or c’est un jeu mortel qui se joue à deux. Les mollahs sont depuis longtemps responsables de la répression d’un peuple qui est pourtant de plus en plus éduqué. On ne le dit pas assez, mais en Iran le niveau de l’éducation est élevé. Et bien entendu plus le niveau éducatif est haut, et moins les Iraniens sont aptes à tolérer un régime archaïque. Mais d’un autre côté, il faut le rappeler, les Occidentaux ont mis beaucoup d’huile sur le feu, avec leurs sanctions, leurs fausses déclarations sur la bombe nucléaire iranienne. C’est ce qui fait que, selon moi, nous devons en même temps soutenir le peuple iranien en révolte, mais dénoncer aussi les manœuvres pour le moins suspectes des Occidentaux. Cette double responsabilité fait d’ailleurs que la sortie de cette crise dans un sens positif n’est certainement pas simple. 

La révolte du peuple iranien face au «mauvais œil» crevé des idéologues

Le 11 janvier 2026, on pouvait voir dans les rues de Téhéran des manifestants arborant le drapeau israélien 

La position de Mélenchon est devenue intenable. En effet, il a commencé par parler d’une révolte contre la vie chère, histoire de minimisé le rôle des mollahs, mais ensuite il s’est fait le vecteur de l’idée selon laquelle Israël serait derrière tout ça. C’est accorder beaucoup de puissance au Mossad, même si comme je l’ai dit, il est évident qu’Israël souhaite la fin de ce régime. On ne fait pas descendre autant de monde dans la rue en le manipulant, surtout que les Iraniens savent très bien ce qu’ils risquent en affrontant les Gardiens de la révolution. En 2012 Mélenchon qui défendait encore la laïcité, dénonçait le régime théocratique en Iran. On voit bien qu’entre 2012 et 2026 Mélenchon a totalement régressé et a renoncé par opportunisme à la défense de la laïcité. Ce positionnement crée des remous d’ailleurs au sein de la France Insoumise. Le 12 février 2012, sur les ondes de Radio France on demandait à Malenchon  : « Les menaces de frappes d’Israël (sur l’Iran), vous pensez que c’est sérieux ? » Il répondait : « Je ne sais pas, je ne suis pas lié aux services de renseignement israéliens (…). Ce n’est pas acceptable, mais, d’un autre côté, il faut aussi entendre quelque chose : ce qu’a dit M. Ahminejab (sic) (Mahmoud Ahmadinejad, alors président iranien) n’est pas acceptable. C’est la première fois qu’on voit un pays (…) dire : “Si on a une bombe, on ira taper sur Israël.” Ça, personne ne peut accepter une chose pareille, que, sur le plan international, quelqu’un décide qu’il va détruire, et à coups de bombe atomique, son voisin (…). » 

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