jeudi 17 septembre 2026

La dette publique et les taux d’intérêt

L'écart de taux entre l’OAT française et le Bund allemand 

Dans le temps, on nous vantait les mérites du capitalisme dans le fait que le temps de travail diminuait, l’âge de la retraite arrivait de plus en plus tôt, générant une silver économie dynamique, les avantages sociaux étaient de plus en plus importants. Aujourd’hui on nous dit exactement le contraire, que le progrès économique est épuisé qu’il faut travailler plus, partir plus tard à la retraite, consommer moins et épargner moins pour financer la dette publique ! C’est comme ça en France, mais aussi dans la plupart des pays occidentaux. Est-ce un constat de faillite du système capitaliste ? Ça y ressemble furieusement.

Tout le monde s’affole sur la hausse des taux d’intérêt sur la dette française, et on souligne que ce taux est bien au-dessus du taux allemand, alors que l’économie allemande est encore plus malade que l’économie française. Évidemment les mêmes rigolos qui dans le camp macronien ont creusé la dette pour financer la guerre en Ukraine, pour financer le budget de la Commission européenne, ou encore pour réarmer la France contre une menace qui n’existe pas, nous disent que tout le monde doit faire des efforts parce que les hedge funds spéculent contre la France pour faire monter les taux, ce qui est exact. Il est assez comique cependant de voir le journal Le monde, le quotidien principal de désinformation en France sur tous les plans nous dire que finalement cela est aussi le résultat de la hausse des cours du pétrole[1]. En vérité la première cause de cette spéculation hostile, sur le plan technique, est le résultat de deux funestes décisions :

1. l’interdiction de l’État de financer sa dette auprès de la Banque de France ; cette interdiction de financer les déficits publics par la Banque de France est inscrite à l’article 123 du Traité de Maastricht, interdisant tout crédit ou achat direct de titres de la dette par la banque centrale

2. l’indépendance de la Banque centrale européenne dont maintenant nous dépendons et dont l’objectif unique est de lutter contre l’inflation – ce qui veut dire, produire des taux d’intérêts qui dissuadent aussi bien les investissements productifs que les investissements immobiliers.

Le gouvernement Biscornu a décidé que ce sera aux retraités et aux petites gens de payer pour la dette que les politiciens, cornaqués par le patronat, ont laissé filer. On a vu l’ubuesque ministre de l’économie, Roland Lescure, dont le patrimoine déclaré est de plus de 4 millions d’euros, selon l’HATVP, nous expliquer benoîtement que les retraités qui touchent une pension de 2000 € par mois sont des nantis. J’ai déjà dit que la question n’était pas l’idée d’abaisser la dette, mais plutôt de qui en paiera le prix[2]. Trois pistes sont facilement réalisables, d’abord une baisse des subventions aux entreprises, ensuite cesser de financer à perte le budget de la Commission européenne, enfin refuser d’augmenter le budget de la défense. A cela bien entendu on peut ajouter une quatrième possibilité, l’option d’une taxe de type Zucman sur les patrimoines les plus élevés. Mais le gouvernement de Biscornu à la solde du patronat et de la Commission européenne préfère nettement s’en prendre aux remboursements de la sécurité sociale, aux allocations chômage et aux retraites. C’est une option idéologique qui, ainsi que le demande depuis 1945 le patronat, vise à privatiser le secteur des dépenses sociales qui lui échappe encore en grande partie. Dans le tableau ci-dessous je fais une estimation grossière de ce que pourrait rapporter une orientation différente de celle qui est suivie aujourd’hui. Pour le budget européen, je prends la somme de 2026 qui est la somme nette, déduction faite des retours. Pour les subventions aux entreprises, je les divise par trois, supposant que l’État a une légitimité pour subventionner des secteurs essentiels à notre souveraineté. Pour la taxe Zucman, je prends l’estimation la plus basse qui a été faite. En suivant ces principes, mais il y en a bien d’autres, je n’ai pas compté par exemple les 6 milliards supplémentaires alloués au secteur de la défense, nous voyons que la dette pourrait être remboursée en trente ans facilement. Ce calcul très approximatif a uniquement pour but de montrer que le remboursement de la dette dans ses modalités ressort d’abord d’un choix politique, autrement dit de la lutte des classes, et c’est bien le patronat et l’oligarchie qui ont le vent en poupe, ayant financé les politiciens qui définissent les lois qui seront mises en place. 

 

On voit que ces simples pistes produiraient tout à fait un choc sur les marchés, simplement en réduisant la dette publique de plus de 100 milliards par an. Mélenchon lui a avancé l’idée de « brûler la dette »[3]. Cette proposition spectaculaire n’a pas de sens. Tout d’abord parce que cela voudrait dire que la France sanctuarise les 18% de la dette publique qu’elle détient dans les coffres de la Banque de France – en fait du Trésor. Or il faut rappeler à Mélenchon que la Banque de France est indépendante des pouvoirs publics, et qu’elle n’est pas obligée de le faire, ensuite que la BCE ne serait pas d’accord, qu’il faudrait violer les traités européens pour cela. Et si le nouveau gouvernement désobéissait, les marchés financiers feraient exploser les taux sur les 82% du reste de la dette ! L’idée de Mélenchon est typique de ses errements. Il veut en parole une souveraineté nationale, mais il accepte de rester dans l’euro et dans l’Union européenne. Sortir de l’euro et renationaliser la Banque de France, cela aurait du sens du point de vue de la gestion souveraine de la dette. Sanctuariser 18% de la dette cumulerait au contraire toutes les difficultés à venir et accélérerait les attaques des marchés contre la dette. Ce qu’on gagnerait d’un côté, on le perdrait de l’autre très rapidement. Curieusement le banquier macronien, Mathieu Pigasse qui pense lui aussi avoir un destin politique à sa portée, est venu le soutenir. Mélenchon avance que cela permettrait de trouver des marges de manœuvre budgétaire. En fait ce serait 630 milliards de dette gelés, mais on économiserait que sur les intérêts, c’est-à-dire environ 25 milliards. Cela n’est pas négligeable bien entendu, mais nous avons vu ci-dessus que d’autres économies plus substantielles sont possibles.   

 

La dette cumulée de la Sécurité sociale s’élève à environ 300 milliards d’euros. Celle-ci est la contrepartie en vérité de la baisse relative des salaires. Tout le monde s’accorde en effet pour dire que les salaires en France sont scandaleusement bas, qu’ils n’ont pas suivi la hausse de la productivité du travail depuis 1983 comme nous le voyons dans le graphique ci-dessous. Comme on le sait c’est bien cette déconnexion des salaires de la hausse de la productivité du travail qui a permis l’explosion des fortunes des milliardaires, voire d’en produire de nouveau. En 2026, la masse salariale sera d’environ 820 milliards d’euros. Supposons que cette masse augmente de 10% - ce qui ne serait au fond qu’un maigre rattrapage – cela engendrerait un volume de 900 milliards d’euros et donc une hausse concomitante des cotisations sociales d’environ 20 milliards, si on suppose que les cotisations sociales représentent environ 25% du salaire brut. Puisque la dette de la Sécurité sociale est évaluée à 300 milliards d’euros, cela permettrait d’apurer celle-ci en 15 ans ! Bien entendu un taux de croissance de 2 ou 2,5% par an, aiderait encore plus à purger les dettes. Il faut se souvenir que nous avons aujourd’hui près de 6 millions de personnes à la recherche d’un emploi[4], et plutôt que de se lancer dans une politique d’allongement de la vie de travail, et d’augmentation des durées travaillées, il serait bon de donner du travail à tout le monde, contrairement aux propositions rétrogrades des Attal et des Philippe qui n’ont jamais travaillé de leur vie et qui n’ont pas été plus loin que ça au-delà du périphérique de la capitale ! 

Productivité et salaires : un lien rompu | À la marge | Martin Anota | Les  blogs d'Alternatives Économiques

La dette publique, dont celle de la Sécurité sociale, est une construction sur quarante ans : on a déformé volontairement la répartition de la valeur entre les salaires et les profits au nom de la politique de l’offre pour nous adapter à l’idéal européiste de la concurrence pure et parfaite, idéal qui devait faire de l’Union européenne la première économie du monde, avec des salaires élevés, un niveau d’éducation très haut et une croissance forte fondée sur l’économie de la connaissance ! On a multiplié les exemptions de cotisations sociales, on a voté des lois fiscales de plus en plus favorables aux très riches et aux entreprises. Le résultat est un fiasco général : aucun des buts que l’Union européenne s’était fixés n’a été atteint, et aujourd’hui nous voyons le résultat. Cette déconfiture était déjà visible avant la guerre en Ukraine, il faut remonter au moins à la crise de 2008 et à la crise de l’euro qui s’est ensuivie. Bien sûr la politique belliciste menée aujourd’hui par la bureaucratie bruxelloise contre la Russie ne fait qu’aggraver les choses, aussi bien parce qu’elle nous coupe de ressources énergétiques et d’un marché dynamique, mais aussi parce qu’elle aggrave la crise des finances publiques avec sa velléité de surarmement. Il est assez hallucinant de voir que la classe politique française – gauche y comprise – marche dans ces visées sans trop le dire. Dans le temps la gauche militait pour la paix, pour le désarmement, aujourd’hui, FI comprise, c’est un silence assourdissant, sans parler de cette gauche de droite dirigée par l’agent des Etats-Unis Glucksmann. L’Union européenne s’appauvrit rapidement et la France se tiermondise, c’est un fait. Abaisser drastiquement les dépenses de Sécurité sociale est le signe d’une civilisation en déclin, nonobstant le fait que très certainement des dépenses inutiles pourraient être évitées. On peut dire évidemment la même chose des dépenses étatiques ou de celles des collectivités locales où la gabegie ne manque pas.

 

Au fond pour comprendre l’économie, il faut avoir en tête l’idée des vases communicants ce qui va d’un côté ne peut pas aller de l’autre. Au sait depuis le XVIIIème siècle et les Physiocrates que l’économie est un circuit et qu’il est très mauvais de laisser s’accumuler une épargne oisive ou destinée à la spéculation, c’est pourquoi l’impôt doit éponger ce surplus d’épargne qui en fait bloque la circulation de la valeur. La plupart des économistes d’aujourd’hui dont la culture historique tient sur le dos d’un timbre-poste, n’ont pas l’idée de la notion de circuit, et puis c’est tout de même bien plus payant et moins fatigant de réciter le catéchisme de l’économie de l’offre diffusé dans les grandes écoles, à Bruxelles et dans les milieux patronaux.



[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/15/flambee-du-petrole-et-hausse-des-taux-nouvelle-alerte-sur-les-finances-publiques-francaises_6774322_823448.html

[2] https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2026/08/de-la-dette-publique-et-de-son.html

[3] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/28/l-annulation-de-la-dette-de-la-france-la-proposition-polemique-qui-place-jean-luc-melenchon-au-c-ur-des-debats-de-la-presidentielle_6758807_823448.html?srsltid=AfmBOoqls0QFon-LQdVbDMdMXZ4szEvvRekrqgkDW22l2YJRIXF-lpGF

[4] https://dares.travail-emploi.gouv.fr/donnees/demandeurs-emploi-inscrits-france-travail-donnees-mensuelles

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