
Manifestation du 9 octobre 2026, place de la Bastille
La longue séquence du mouvement des lycéens qui est loin d’être terminée, appelle quelques réflexions immédiates. La première est que malgré une propagande honteuse, les Français sont solidaires des lycéens, c’est-à-dire qu’ils ont conscience que notre société en décrépitude accélérée est incapable de donner un avenir à cette jeunesse très désorientée. D’un côté on nous dit qu’il faut faire des enfants en grande quantité pour compenser le vieillissement de la population française, mais de l’autre à ces enfants on promet une guerre de cent ans avec la Russie, la retraite à 70 ans, des mauvais salaires et une précarité accrue. Alors bien sûr l’éducation va à vau-l’eau, non seulement comme le montre les tests PISA[1], c’est un désastre, mais c’est la conséquence d’un système à deux vitesses, d’un côté les lycées puis les filières d’élite, et de l’autre un enseignement de masse qui se délite complètement, mais ce désastre est l’image d’une société sans avenir, construite ou déconstruite, comme vous voulez, méthodiquement depuis quarante années. Et c’est ça qui est le plus grave. Ajoutez à cela que nous n’avons plus de gouvernement depuis la dissolution de 2024 et vous vous trouvez face à un vide difficile à combler. Le gouvernement a mis beaucoup de temps à réagir, misant dans un premier temps uniquement sur la répression, puis racontant à peu près n’importe quoi pour gagner du temps. Biscornu pensait désamorcer la crise en disant qu’il présenterait son plan pour les lycées à la fin du mois, c’est-à-dire au moment des vacances de la Toussaint[2]. Mais la mobilisation s’amplifiant, il a fallu envoyer l’improbable ministre de l’éducation sur le front médiatique, où il s’est montré rapidement dépassé, ne sachant plus quoi dire. Dernier exemple en date, comme les lycéens soulignent avec constance l’absence de professeurs dans telle ou telle matière, tout soudain le petit monstre qui tient le poste de ministre de l’éducation, après que la flicaille ait bastonné les gosses, comme la mobilisation dure encore, trouve 3 000 professeurs qui seront engagés dans la semaine ! Cynisme ou imbécilité, ce gouvernement aux abois se moque clairement de nous.

On avait dit à la rentrée qu’il manquait 4 000 postes d’enseignants[3], mais le gouvernement n’a rien fait, trop occupé à chercher des solutions sans toucher aux revenus des plus riches pour donner l’idée d’un budget sur la voie de l’équilibre[4]. Le problème n’est pas nouveau, mais on disait que l’éducation nationale avait du mal à recruter ! Puis tout soudain on trouve comme ça 3 000 profs ! D’où sortent-ils, on se le demande, alors qu’on nous disait qu’on n’arrivait pas à recruter. C’est juste un effet d’annonce pour calmer le jeu parce que la phase répressive n’a pas donner les résultats escomptés, au contraire, celle-ci a élargi le soutien des adultes au mouvement. Cependant si les Français soutiennent majoritairement le mouvement des lycéens, ils portent un regard très sévère sur la France Insoumise qui a tenté sans beaucoup de succès de récupérer le mouvement à son profit à travers les pitreries de Bagayoko – le maire de Saint-Denis – ou de Louis Boyard qui ont cherché à jeter de l’huile sur le feu. Il n’est pas certain que ce mouvement profitera en 2027 à Mélenchon dans les urnes, je pense même que ce sera le contraire. Ce soutien massif montre non seulement que les Français haïssent les résidus gouvernementaux de la macronie, mais qu’ils ont aussi une claire conscience des dégâts que les derniers gouvernements ont infligés à notre système éducatif qui jadis était un des meilleurs du monde et qui aujourd’hui se traine dans les tréfonds des classements mondiaux, en concurrence avec les pays du tiers monde.

Bagayoko dans ses œuvres, on dirait un mauvais acteur du cinéma muet
Les manifestations du 9 octobre 2026 ont été nombreuses et très suivies, souvent encadrées par des parents d’élèves. La Bastille était noire de monde, la mobilisation s’étendant bien au-delà du peuple des lycées. Ce qui n’a pas empêché la milice de Macron de charger avec brutalité, que ce soit à Marseille ou à Paris et de faire usage des canons à eau. Cette brutalité est l’image de marque du fascisme macronien depuis au moins 2018 et les Gilets jaunes, mais cela avait commencé avant avec la répression des manifestations contre les lois dites El Khomri – lois Macron en réalité – qui visaient à une destruction accélérée du droit du travail. Les premiers chiffres que nous avons sur cette répression montre que nous avons maintenant basculé dans une forme de société anti-démocratique dont la seule raison d’être est le matraquage de tous les récalcitrants. Ici et là on a vu des policiers – miliciens imbéciles de la macronie – lancer leur voiture directement contre les manifestants. Cette répression policière hors norme qui est la honte de l’Europe, va de pair d’ailleurs avec les formes de censure qui se développent jour après jour dans toute l’Union européenne, voir par exemple les sanctions appliquées à tous ceux qui critiquent la politique européiste d’agression contre la Russie ou qui dénonce la gabegie du soutien financier de l’Europe au gang de Kiev, ou encore cette volonté d’accroître le contrôle de ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Tous les sondages montrent que cela ne passe pas et que les Français, comme les Allemands ne sont pas dupes de la situation dans laquelle on se trouve : l’appauvrissement de l’Union européenne engendre la décomposition des services publics, de la santé comme de l’éducation, et par suite génère des politiques policières répressives. De plus en plus souvent et contre les politiciens moutonniers qu’ils soient de gauche ou de droite, les Français se rendent bien compte que l’argent qu’on donne pour entretenir une guerre ingagnable en Russie ou qu’on attribue aux industries d’armement vient à manquer pour les politiques d’éducation et de santé. On voit bien que l’endettement extravagant de la France, résultat de quarante années d’européisme forcené des politiciens qui se sont succédés à la tête de l’État, oblige le gouvernement à faire un grand écart, d’un côté à dépenser sans compter pour l’Europe et pour l’Ukraine, et de l’autre de serrer la vis à tout ce qui peut de près ou de loin ressembler à des dépenses sociales. Mais on sait depuis longtemps que les dépenses de santé et les dépenses d’éducation sont des dépenses d’infrastructure comme disent les institutions internationales, le FMI ou la Banque mondiale, qui, si elles contribuent au bien-être les citoyens sont aussi indispensables à la cohésion économique. Croire qu’on puisse s’en passer en s’en remettant aux seules forces du marché c’est ce que nous racontent des imbéciles comme David Lisnard ou Sarah Knafo, mais c’est ce qui a coûté son poste de premier ministre à Margaret Thatcher.

Les chaines de désinformation en continu se sont distinguées en mettant en scène la racaille qui brule des poubelles et des lycées, avec pour but de discréditer le mouvement. Il s’avère ainsi que cette racaille-là est bien utile au pouvoir, c’est son meilleur allié, un peu comme le lumpen prolétariat était pour Marx le meilleur allié de la bourgeoisie. On a remarqué que ces individus cagoulés quand ils n’étaient pas carrément des flicaillons en civil, venaient des banlieues, et avaient le temps de mettre le feu avant que les forces du désordre n’interviennent. C’est la technique habituelle du pourrissement, mais cette fois ça n’a pas marché, sauf auprès des imbéciles de droite qui veulent réprimer tout ce qui bouge sans distinction entre le bon grain et l’ivraie. Les micro-trottoir ont été soigneusement choisis pour fait passer les lycéens pour des analphabètes, des privilégiés et des imbéciles. Nous savons bien entendu que les lycéens d’aujourd’hui, pour des tas de raisons que nous ne développerons pas aujourd’hui, sont très mal éduqués, c’est un fait, mais tenter de faire croire que cette jeunesse est seulement stupide relève du mensonge avec la complicité habituelle de la canaille des journalistes qui eux pour le coup non seulement sont stupides, mais en plus habités par l’esprit du larbinat. Le message était clair : les lycéens étant des abrutis, il n’est pas utile de leur donner la parole ! C’est une contre-vérité, quiconque a des enfants sait bien que cela n’est pas vrai et que le problème est ailleurs.

Les racailles mettent le feu aux poubelles, ce qui fera un prétexte à la milice pour bastonner les lycéens
Les chaines de désinformation en continu ont donc aidé le pouvoir chancelant en place en tentant de discréditer le mouvement, elles ont donc mis en scène de faux débats – Macron est un spécialiste de ce type d’évitement – pour faire croire que la jeunesse les intéressait et que les journalistes, bien plus idiots que les lycéens, faisaient un grand effort pour les comprendre. Avant on faisait des commissions, maintenant on fait des débats. Le plus souvent on choisit des ignorants ou des imbéciles pour noyer le poisson. Le 7 octobre 2026, LCI la chaîne qui nous explique depuis bientôt cinq ans que les Russes sont foutus en Ukraine et que Zelensky est un champion de la démocratie, s’était surpassée. Elle a organisé un débat en mettant face à face un imbécile heureux, Elwan Benoit, le lycéen qui s’était fait stupidement remarquer en allant embrasser Mélenchon avec autour du cou un keffieh – on a la soumission qu’on peut – et Louise Montagon, une étudiante proche du RN, si j’ai bien compris, et membre du syndicat UNI. Autrement dit on réunit deux « extrêmes » et on néglige évidemment la masse des lycéens et des étudiants qui ne sont encartés nulle part, c’est une manière de refermer le débat entre deux apprentis politiciens qui ont déjà à cet âge la faculté de manier la langue de bois et de s’écouter parler. C’est évidemment Elwan Benoit qui à ce petit jeu est passé le plus facilement pour un abruti, non seulement à cause de la cuistrerie de son argumentaire, mais aussi de ses mimiques idiotes qui accompagnaient les gens qui parlaient en face de lui. Cependant ce débat a révélé que la question lycéenne n’en était pas une et qu’en fait il s’agissait du délabrement complet de l’État et de sa quasi disparition.

On peut toujours critiquer les jeunes adolescents, dire qu’ils se laissent aller à suivre n’importe quoi, n’importe qui – ce qui à mon sens est faux – mais en vérité il faut comprendre qu’ils sont en train de faire leur propre éducation politique. Ils restent en dehors du lycée, passent un temps infini à bavarder de tout et de n’importe quoi, apparemment d’une manière décousue, mais cela participe de leur éveil et leur donne l’occasion de mieux comprendre les choses de la vie, aussi bien sa dureté que les difficultés de son changement, sans parler du fait qu’ils apprennent aussi en même temps à déjouer les mensonges des adultes qu’ils soient policiers ou politiciens. Cette quête désordonnée de liberté est à mon sens un très bon investissement pour l’avenir. Il faut cesser d’incriminer la jeunesse, de croire que c’est juste un ramassis d’imbéciles. Que veut-on les garder sous cloche en attendant que la jeunesse se passe et que de lycéens ils deviennent à leur tour des vieux cons, aigris et peu remuant ? Beaucoup qui soutiennent le mouvement des lycéens soulignent que leurs revendications sont justifiées, eu égard la décomposition du système éducatif français. Mais on aurait tort de croire que ces revendications suffisent à expliquer ce vaste mouvement. Il s’agit de bien plus de ça, ces jeunes gens rejettent au fond l’avenir sinistre qu’on leur promet, et s’ils en veulent un autre, plus riant, pour l’instant ils ne savent pas le dessiner !
[1]
https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2026/09/les-resultats-des-tests-pisa_02057268552.html
[2]
https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/07/face-au-mouvement-lyceen-le-gouvernement-se-donne-du-temps-au-risque-de-l-enlisement_6789649_3224.html
[3]
https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/08/l-arrivee-de-3-000-enseignants-remplacants-une-reponse-partielle-a-un-probleme-toujours-endemique-dans-l-education-nationale_6790288_3224.html
[4]
https://www.letudiant.fr/lycee/a-la-rentree-plus-d-un-etablissement-sur-deux-manque-d-au-moins-un-professeur.html
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