La question des retraites et de leur financement va être au centre de la campagne présidentielle, c’est assez facile de le prévoir. Avec d’un côté la droite et l’extrême centre unis pour augmenter la durée de vie au travail, Edouard Philippe et Attal qui n’ont jamais travaillé préconisent i=un départ à la retraite à 67 ans, mais certains aimeraient aller plus loin, comme au Danemark, jusqu’à 70 ans, peu importe si cela augmentera la mortalité des salariés les plus âgés, après tout, on est en train de voter une loi pour le suicide assisté. Selon Fondapol, un think tank qui se dit progressiste, libérale et européiste, la légalisation de cette pratique permettrait de baisser d’1,4 milliard d’euros les dépenses annuelles de santé[1]. Et de l’autre côté ceux qui pensent qu’on peut faire une retraite à 62 ans ou même à 60 ans, comme par exemple la CGT[2].
Pour tenter de mettre de l’ordre dans cette querelle, il existe un Comité d’experts de suivi des retraites et celui-ci préconise sans surprise deux pistes : geler l’indexation des retraites sur l’inflation – donc à abaisser le pouvoir d’achat des retraités – et bien entendu allonger la durée de la vie de travail donc retarder l’âge de départ à la retraite[3]. Ces « recommandations » qui sont semblables à ce que demande la Commission européenne sont faites sur la base de la projection de ce que sera notre économie entre 2027 et 2045 ! Pour bien comprendre ce débat, il faut se souvenir de deux choses, d’abord que ce comité de suivi est présidé par un macronien de choc Franck Von Lennep qui fut aussi conseiller de Fantômas quand celui-ci était Premier ministre. Les autres experts sont tous issus de la même sphère politique néo-libérale. Malgré cela Le monde nous parle du CSR – Comité de Suivi des Retraites – comme d’une officine indépendante ! Ça ne manque pas de sel. Le deuxième point est que pour faire des projections à l’horizon de 2045 il faut avoir un culot monstre. En effet on ne sait pas du tout ce que sera l’économie française d’ici à 2030, et donc encore moins ce que pourra être le déficit des caisses de retraites. Tout dépendra de la croissance économique et par exemple de la fin ou non des guerres engagées par l’Occident global en Ukraine et en Iran. Le déficit global des caisses de retraites est aujourd’hui d’environ 4,5 milliards d’euros pour l’année 2026. Or à l’heure actuelle le gouvernement Biscornu a fait augmenter le budget de la défense de 6,7 milliards d’euros pour l’année 2026 pour nous prémunir de l’attaque d’un ennemi imaginaire. Autrement dit on choisit donner de l’argent pour la guerre qu’on dit préparer contre la Russie pour 2030, désignée comme un ennemi éternel, que pour subvenir aux besoins des anciens qui ont pourtant cotisé pour cette même retraite pendant des décennies. Je pourrais ajouter qu’on donne environ 20 milliards d’euros pour le budget européen et encore 5 milliards par an au gang de Zelensky pour continuer à chatouiller les Russes et nous priver du gaz russe. On voit donc qu’en refusant la surenchère guerrière et en sortant de l’Union européenne, on pourrait économiser facilement une trentaine de milliards, ce qui couvrirait largement le déficit de ces mêmes caisses de retraite.
Part des salaires dans de la
valeur ajoutée
Il faut comprendre que la question du financement des dépenses sociales est un problème de vases communicants. C’est-à-dire du partage de la richesse entre les salaires directs et indirects – c’est-à-dire les cotisations sociales qui servent principalement à financer la santé et les retraites. Dans le graphique ci-dessus, nous voyons que depuis le fameux tournant de 1983, quand les socialistes ont décidé de renier leurs engagements électoraux pour se ranger à la doxa néolibérale, la part des salaires a beaucoup baissée. Quand le point le plus bas est atteint, en 1997, tout le monde, y compris l’OCDE, convient que cette part des salaires trop basse plombe la consommation et l’économie dans son ensemble. Lionel Jospin sera élu à ce moment là et mènera une politique qui engendrera une meilleure répartition de la valeur ajoutée en faveur des salariés. Cette part repartira à la baisse avec l’élection malencontreuse d’Emmanuel Macron, marionnette des Etats-Unis et de l’Union européenne, et François Hollande ne fera strictement rien pour corriger ce déséquilibre. Les cotisations sociales qui couvrent les dépensent de santé et de retraite, sont proportionnées aux salaires versés. Donc on peut mécaniquement augmenter les recettes de la Sécurité sociale soit en augmentant les cotisations sociales, soit en augmentant les salaires, par exemple en augmentant le SMIC. La canaille macronienne, par exemple Fantômas et Attal, vous dira qu’on ne peut pas augmenter les salaires et le pourcentage des cotisations sociales parce que cela nous empêchera d’être concurrentiel sur les marchés extérieurs.
Cet argument ne tient pas debout puisque depuis 1990 les cotisations patronales ont été allégées, et encore plus depuis que Macron a été ministre de l’économie, sans que cela ait d’effet sur notre commerce extérieur qui s’est dégradé tellement que cela a ruiné complètement notre industrie. Autrement dit on a allégé les cotisations sociales pour rester concurrentiels, mais cela n’a pas fonctionné. Au contraire plus on a abaissé les cotisations sociales patronales, et plus le déficit commercial s’est creusé. En vérité c’était la mauvaise méthode pour retrouver de la compétitivité. Il aurait fallu ne pas rentrer dans l’euro. C’est comme vous pouvez le voir sur le graphique suivant que tout est parti à vau l’eau. En effet cette entrée dans la monnaie unique, très mal négociée par l’incompétent Dominique Strauss-Kahn, équivalait de fait à une réévaluation du franc et à une dévaluation du mark. Cette asymétrie voulu par les Allemands et stupidement acceptée par les Français qui militaient pour construire un capitalisme financier débarrassé de l’industrie, a permis à l’Allemagne de prendre des parts de marché et d’entrainer la ruine de notre industrie. Mais les élites patronales et politicardes, nourries de théories économiques étatsuniennes qu’on enseigne à l’ENA ou à Sciences Po, préfèrent laisser croire que notre manque de compétitivité qui a tué notre industrie – avec la vente de nos meilleures entreprises aux Etats-Unis comme l’a fait massivement Macron et la crapule Kohler – que c’était le salarié et ses exigences salariales qui étaient responsables de la déconfiture de notre économie. C’est une façon de désigner le coupable – quand ce n’est pas le salarié qui est trop cher, c’est le retraité – qui est mensongère et paresseuse. Mais les faits sont têtus et montrent clairement que c’est bien à partir de l’entrée de la France dans l’euro que notre commerce extérieur s’est écroulé, laissant la place aux produits industriels allemands ou venant des pays de l’Est de l’Europe où ces mêmes Allemands avaient beaucoup investi.
Solde du commerce extérieur
de la France depuis 1985
Pendant que les salariés s’appauvrissaient régulièrement la fortune des plus riches augmentait tout aussi régulièrement et de manière extravagante comme nous pouvons le voir dans le graphique suivant. Cela n’a rien à voir avec le talent ou l’esprit d’entreprise, mais c’est plutôt la conséquence de l’abaissement des cotisations sociales et à la baisse des impôts sur les entreprises et sur les revenus des plus riches. C’est le résultat d’une politique budgétaire délibérée de transferts de richesses du secteur public vers le secteur privé, cette fameuse théorie du ruissellement qui datait du XVIIIème siècle et que le sinistre Macron avait tenté de nous remettre au goût du jour il y a maintenant une douzaine d’années. Dans un rapport d’Oxfam, on montrait qu’en 2017, les 1% les plus riches avaient confisqué pour leur profit 82% des gains de croissance[4]. Les salariés ne profitant pas de la hausse régulière de la productivité du travail. La richesse des milliardaires se construit sur l’appauvrissement des salariés, et cela est d’autant plus flagrant que la croissance est faible, voire comme aujourd’hui inexistante. L’Insee constatait dans une étude récente que la pauvreté avait augmenté fortement en France, on était en 2024 à 9,8 millions de pauvres, soit 15,4% de la population, et encore ce ne sont là que les chiffres de 2024. Il est probable qu’en 2026 ce sera encore un petit peu plus avec notamment la hausse du chômage. Pour ne pas voir le lien avec l’extrême richesse, la richesse démente et stérilisée aux mains des milliardaires, il faut être soit idiot, soit une canaille. Il en ressort que les inégalités augmentent rapidement dans notre pays.
Toutes ces sommes – impôts, cotisations sociales – qui ont été détournées par la classe politique au profit du patronat et des très riches, ce sont les sommes qui manquent ensuite pour financer les services publics, l’éducation, la santé, et qui manquent aussi pour financer les retraites. Or les recommandations présentées par la canaille du CSR visent directement à appauvrir encore un peu plus les retraités, mais aussi à les tuer à petit feu puisque l’allongement de la durée de vie de travail ne peut pas être compatible avec une amélioration de la santé. Les canicules à répétition contre lesquelles le gouvernement fantôme de Biscornu n’a aucun plan, même pas une idée pour en atténuer les effets[5], engendrent une surmortalité chez les personnes âgées, les retraites qui coûtent si cher, mais le fait que les hôpitaux soient maintenant privés de moyens et de médecin, accentuent cette disparition des plus âgés, et ce d’autant plus qu’ils sont pauvres et ne peuvent pas se payer une climatisation ou des soins apropriés. Je veux bien que les membres du CSR soient des imbéciles et des ignorants, mais il est certain qu’ils ont compris que la baisse des pensions de retraite amènera forcément un recul de l’espérance de vie. Cette espérance de vie est déjà en recul aux Etats-Unis[6], mais elle stagne maintenant en France[7]. Il faut bien se rendre compte que si l’espérance de vie a augmenté plus ou moins régulièrement depuis disons deux siècles, c’est parce que, entre autres choses, la durée du travail comme celle de la vie active, a bien diminué et que les revenus des plus pauvres avaient augmenté. Mais cette espérance de vie qui semblait jusqu’à une date récente augmenter régulièrement était présentée comme une grande réussite du système de l’économie de marché. Or si celle-ci repart en arrière, on ne voit plus très bien quels seraient les côtés positifs du capitalisme. Dans ce contexte on comprend mieux pourquoi la Commission européenne veut diminuer le poids des retraites, éliminer les vieux inactifs sur le marché, c’est faire de la place pour des travailleurs plus jeunes et moins chers qui viendraient d’Afrique par exemple et qui financeraient les retraites de ceux qui ne seraient pas encore morts, c’est-à-dire des plus riches !
Si je regarde les graphiques ci-dessus je constate que sur le long terme la croissance économique est orientée à la baisse, et le double quinquennat de Macron n’a rien arrangé. C’est encore pire depuis 2022, quand on s’est coupé volontairement des sources d’énergie russes au nom d’une idéologie imbécile. Or c’est au nom de la nécessité de relancer la croissance économique en France qu’on a massacré les retraites, comme les salaires et quelques autres avantages sociaux. L’idée qui a été vendue est que cela permettrait de désendetter l’État et que cela reconstituerait les marges de profits qui se transformeraient en investissements productifs. Or nous voyons que ce plan a été défaillant, n’a pas produit les résultats escomptés, malgré toute la propagande que les économistes comme Philippe Aghion ou Jean Pisani-Ferry, ont déployée. En toute bonne logique ceux qui, politiciens ou économistes, ont soutenu ce genre d’idée, devraient soit faire repentance, soit se taire. Mais comme l’ont montré les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, sans honte, ils continuent à vendre leur soupe aigre, alors qu’on sait au moins depuis les années 1815-1820 que ces idées sont erronées[8]. Confrontée à l’idéologie l’expérience ne semble servir à rien pour les économistes de salon et les politiciens. Il fallait voir Hollande pérorer à ces mêmes Rencontres, alors qu’il a tout raté durant son misérable quinquennat. Il leur faudra une catastrophe encore plus grande pour qu’enfin ils cessent de dire n’importe quoi avec un aplomb qui dépasse l’entendement.
Situation des PER en 2023
Évidemment derrière ces fantaisies il y a une autre idée, faire monter les fonds de pension dans le financement des retraites. En France on n’appelle pas ça des fonds de pension, parce que ce vocabulaire a mauvaise presse, mais des PER – Plan d’épargne retraite. Comme on le voit ci-dessus, les encours des PER se montaient à 73 milliards d’euros, aujourd’hui ils seraient à 136 milliards d’euros, à force de faire planer la peur sur l’avenir des retraites ces fonds ont fini par gonfler. Le rendement moyen des PER se situerait à 2,5%, soit 3,4 milliards d’euros par an[9]. C’est très peu, surtout si on tient compte de l’inflation et si on les compare aux 420 milliards d’euros qui sont payés en 2025 pour les pensions de retraites. C’est seulement le rendement de ces PER qui est distribué. Et c’est peu encore si considère que sur environ 17,5 millions de retraités seulement 6,5 détiennent un PER. L’idée générale est de se servir de l’épargne des Français pour investir soit dans des obligations, soit dans des actions, supposant qu’on va ainsi diriger des fonds vers des investissements productifs et que le rendement de ces investissements va financer au moins pour partie les retraites. Les défauts de ce système sont bien connus. En cas d’effondrement des valeurs en bourses les retraites ne sont plus financées. C’est ce qui s’est passé aux Etats-Unis sous Reagan, les caisses d’épargne n’assuraient plus les montants des fonds placés au-delà de 1% de leur valeur au début des années quatre-vingts. C’était la conséquence des déréglementation voulues par Reagan. Cela a entraîné des faillites en chaîne, et il fallu que l’État vienne à la rescousse en faisant de la dette[10] ! Le même scénario s’est rejoué en mineur en avril 2025, consécutivement aux décisions idiotes de Donald Trump qui lui aussi contre toute vraisemblance disait faire confiance au marché[11]. Il y a cependant un autre défaut dans ce type de financement puisqu’en effet, pour financer sa retraite de cette façon il faut avoir de l’épargne, or avec un taux de pauvreté aussi élevé que celui que nous connaissons – 15,4% officiellement – il est exclu que tout le monde puisse accéder à ce type de financement, ce qui naturellement contribuera, s’il est étendu à accroitre encore un peu plus les inégalités entre les classes.
Au moment où va s’ouvrir un débat sur les programmes
économiques et sociaux des uns et des autres, ces rappels sont nécessaires et
obligatoires dans la mesure où la plupart d’entre nous ne comprend pas que le
financement de la retraite est une question de répartition donc de choix
politique. Même Emmanuel Todd qui a un sens critique tout de même, croit que
comme l’espérance de vie a augmenté, il est normal de reculer le moment où on
partira à la retraite. Résumons, si nous avons un problème pour financer les
retraites, c’est parce que nous avons globalement creusé les inégalités de
revenus comme de patrimoines. La taxe Zucman qui est plébiscitée par les
Français qui ont une passion pour un peu plus d’égalité, pourrait rapporter 20
milliards d’euros par an. Ce qui non seulement couvrirait les 5 milliards de
déficit des caisses de retraite, mais qui permettrait aussi de financer le
système hospitalier qui est exsangue comme les difficultés dans la gestion de
la canicule viennent de le rappeler.
[1] https://www.fondapol.org/dans-les-medias/et-si-le-suicide-assiste-faisait-du-bien-aux-comptes-de-la-securite-sociale/
[2] https://www.cgt.fr/actualites/france/mobilisation/la-retraite-60-ans-cest-possible
[3] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/10/retraites-les-experts-du-comite-de-suivi-preconisent-de-brider-les-pensions-pour-sortir-d-une-situation-alarmante_6722403_823448.html
[4] https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/les-1-les-plus-riches-empochent-82-des-richesses-creees-lan-dernier-la-moitie-la
[5] Pour
le mois de juin 2026, on évalue à 2000 la surmortalité des personnes âgées en France,
et encore Le monde soulignait que c’était un chiffre sans doute
sous-estimé.
[6] https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse/3399#:~:text=Les%20habitants%20des%20%C3%89tats%20am%C3%A9ricains,ans%20%C3%A0%2080%2C7%20ans.
[7] https://www.observationsociete.fr/population/donneesgeneralespopulation/evolution-esperance-de-vie/
[8] https://ingirumimusnocte2.blogspot.com/2026/07/les-rencontres-economiques-daix-en.html
[9] https://investir.lesechos.fr/placements/assurance-vie/per-des-rendements-en-trompe-loeil-2216308
[10] https://books.openedition.org/psn/5366?lang=fr
[11] https://www.huffingtonpost.fr/international/article/chaos-sur-les-bourses-pourquoi-ces-americains-ont-perdu-des-dizaines-de-milliers-de-dollars-de-retraite_248546.html
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