lundi 10 août 2020

La France, le dindon de la farce européenne

Les journalistes passent la brosse à reluire à Macron 

Macron, pour arriver rapidement à un accord qui soi-disant préfigure le fédéralisme européen, a cédé exactement sur tout[1]. Seuls les journaux européistes comme Libération ou Le monde, ont salué sans réserve cet accord. Pour bien comprendre les enjeux de ce dernier sommet européen qui s’est tenu durant quatre jours à Bruxelles, il faut partir de ce que disait depuis le début du mois de juillet Merkel : consciente que l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche sont parmi les principaux gagnants de l’euro, elle s’est faite militante d’un plan de relance de 750 milliards d’euros. Convertie à la dépense publique sans limite, dépense financée par la planche à billets, on savait donc que puisque l’Allemagne le voulait, l’accord serait signé. Macron dans ce contexte a joué le rôle de l’idiot utile. Il en a l’habitude, tant en France qu’à l’étranger. Les pays excédentaires qui seront aussi ceux qui profiteront le plus du plan de relance, soi-disant évalué à 750 milliards d’euros, ont obtenu des rabais importants dans leur contribution au budget européen.

Il va donc y avoir des Etats qui sont déjà excédentaires, qui bénéficient de ristournes pour leur contribution au budget qui vont bénéficier de nouvelles ristournes. Autrement dit Moins les Etats ont besoin des facilités financières européennes, et plus ils bénéficieront de ristournes. C’est l’idée qu’on se fait de la solidarité entre les Etats riches et les Etats pauvres. Parmi ces États, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark bénéficiaient déjà d'un rabais sur la période 2014-2020. Tous le verront grimper dans le cadre du prochain budget : il augmentera de 1,23 milliard dans le cas hollandais (+176%), de 247 millions pour leurs homologues danois (+190%), et de 884 millions pour les Suédois (+478%). Ces « corrections » sont censées compenser des contributions jugées excessives par les pays concernés, qui considéraient qu'ils payaient trop par rapport à ce qu'ils recevaient du pot commun européen. Et ce même si "les contributions [sont] fondés (sic) sur des critères économiques objectifs", comme l'affirme la Commission européenne.

Le premier point perdu par Macron est celui-là : la France et les pays du Sud devront compenser les ristournes accordées aux pays dits frugaux ! Et cela d’autant plus que les britanniques ne seront plus là. Autrement dit pour aider les pauvres, les pays riches leur font les poches ! Macron s’est flatté que la France toucherait 40 milliards d’euros de subventions en quelque sorte, et que ces subventions ne seront pas payées par nos impôts. C’est un mensonge plus gros que lui. Emile Verhaeghe précise cela : « Pour parvenir à ces 40 milliards mirifiques, l’Europe empruntera 390 milliards € sous sa signature collective. Mais si l’on se souvient que la France contribue à hauteur de 13% du budget de l’Union… cela signifie donc que, pour récolter 40 milliards nets, la France apporte sa signature à un endettement de 40 milliards environ (soit 13% de 390 milliards). 

Autrement dit, la France ne gagne absolument rien dans cet accord : si elle avait décidé d’emprunter seule cette somme, elle l’aurait fait dans les mêmes conditions financières. »[2]  

Il n’est pas le seul à s’être aperçu de la supercherie. Arnaud Danjean, député européen Les Républicains, dit la même chose ou à peu près[3].

 

Pablo déconne

 


Pablo Iglesias croit que le Père Noël loge à Bruxelles

 Pablo Iglesias qu’on peut dorénavant qualifier d’un degré d’importance nulle tente de faire oublier qu’en Espagne il est en perdition sur le plan politique, son parti Podemos ne fait plus recette. Le voilà, tel un Tsípras Ibérique posant devant le drapeau européen pour nous expliquer dans une interview au Monde que cet accord est historique parce qu’il signifie qu’on sort de l’austérité[4]. Cet imbécile ne comprend pas que ce n’est pas en distribuant de l’argent aux entreprises qu’on sort de l’austérité – ça c’est la politique de l’offre – mais en renforçant les services publics et en modifiant le partage de la valeur ajoutée en faveur des salariés. L’argent débloqué devrait représenter 750 milliards d’euros, à condition que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe donne son feu vert. Tout dépendra comment il sera utilisé. Macron prétend que cela ira à l’investissement pour soutenir ce vieux serpent de mer de la transition écologique. Mais ce dont les entreprises manquent ce n’est pas de liquidités pour investir, puisqu’en effet les clients les ayant délaissées pour cause de COVID-19 ils ont des stocks sur les bras difficiles à écouler. Déjà qu’avant la crise sanitaire les entreprises du monde entier se trouvaient en excès d’offre, c’est forcément encore plus vrai aujourd’hui. En outre les entreprises peuvent emprunter à des taux très bas. Il vient que cette manœuvre n’est pas un plan de relance, mais une manière de renforcer le contrôle et de piller les pays en position de faiblesse comme la France. Il n’est pas étonnant que les électeurs se détournent d’Iglesias dont le parti est maintenant clairement en voie d’extinction. Il est patent qu’il ne comprend même pas ce qui lui arrive. Il croit que du moment que les Etats distribuent de l’argent on met en pratique un plan de relance keynésien. Ce n’est pas le cas non seulement parce que ces sommes devront être remboursées, mais aussi parce qu’elles iront d’abord vers les entreprises, donc du côté de l’offre. Mais regardons d’un peu plus près ces accords en ce qui concerne la France.

Le contenu des accords est calamiteux pour la France 

 

Pour comprendre un peu cette tambouille, que le jargon européiste nomme Next Generation EU, et malgré le découragement bien légitime qui nous prend à lire cette prose bureaucratique – à côté les discours de Staline ou de Fidel Castro apparaissent comme des poèmes lyriques – il faut d’abord partir de l’idée que ces 750 milliards seront dragués sur le marché des capitaux. L’ensemble des mesures financières atteindra donc les 750 milliards d’euros, dont la moitié en ces emprunts cautionnés par la BCE seront étalés sur six ans. Les conclusions donnent les sommes suivantes, 360 milliards de subventions, et 312 milliards de prêts qu’il faudra rembourser. Ce qui fait en fait 672 milliards et non pas 750 milliards comme annoncé d’ailleurs dans ces mêmes conclusions : la conclusion 6 vient contredire la conclusion 4 ! Mais passons. Et donc les 40 milliards d’euros que recevra la France ce sera à peut près 6 milliards par an. Ces subventions seront décidées à Bercy, mais évidemment contrôlées par Bruxelles. Une partie ira à l’agriculture, et la FNSEA qui représente le lobby des agriculteurs industriels – les gros – a déjà annoncé qu’elle n’approuverait pas une décision qui limiterait les aides à 100 000 euros par actif. La Commission européenne qui défend le glyphosate jusqu’à la mort a tout de même pondu ça dans son paragraphe 27 de ses conclusions, et c’est bien ce qui inquiète les industriels de l’agriculture qui pourrissent nos sols et nos assiettes.

« Une politique agricole commune (PAC) réformée et modernisée garantira l'accès à une alimentation sûre, de grande qualité, abordable, nutritive et diversifiée. Elle contribuera à la transition vers un secteur agricole durable sur les plans économique, environnemental et social et tourné vers le marché, ainsi qu'au développement de régions rurales dynamiques. »

  

Le remboursement sera salé 

D’autres points sont importants : « Le remboursement est programmé, conformément au principe de bonne gestion financière, de manière à garantir la réduction constante et prévisible des engagements jusqu'au 31 décembre 2058 » nous dit la conclusion 4, ce qui veut dire que pendant les 40 prochaines années nous allons vivre sous l’épée de Damoclès de la dette. Mais bien évidemment et sans le dire explicitement, si l’Union européenne ne va pas vers plus de solidarité entre les peuples – c’est même l’inverse – en tous les cas elle va vers plus de contrôle sur les pays endettés et non sur les pays dits frugaux qui nous pillent à qui mieux mieux. Cette perte de souveraineté absolue va se concrétiser très rapidement par une demande de la Commission européenne – c’est-à-dire de l’Allemagne – d’achever les reformes des retraites en France. Il y a une chose sur laquelle les journalistes ignares n’ont pas dit un seul mot : la France recevra bien une quarantaine de milliards, mais elle remboursera le double, sans parler des intérêts ! Pourquoi ? Parce que le remboursement de la dette contracté par l’Union européenne se rembourse non pas sur la base des sommes reçues, mais sur celle du poids du pays dans l’Union européenne, soit 13% de 750 milliards, soit un peu plus de 97 milliards d’euros. Certains ont avancé un chiffre inférieur, disant que le remboursement se ferait sur la base de la contribution nette au budget européen, ce serait alors « seulement » 82,5 milliards d’euros. Je fais remarquer que le couple maudit Merkel-Macron visait à l’origine un plan de relance de 1500 milliards, ils ont rabattus leurs prétentions à la moitié de cette somme.

Comme quoi il y a des gagnants et des perdants, et si l’Allemagne et les Pays Bas sont les grands gagnants sur le plan financier, Macron est le grand perdant sur le plan financier et politique. Il est apparu dans le rôle de l’idiot utile qui aide bêtement Merkel à tisser sa toile pour nous ruiner. Je rappelle qu’en vingt ans, les Français ont perdu 56 000 € par personne, tandis que les Allemands gagnaient 23 000 € par personne[5]. C’est d’un pillage dont il s’agit, un pillage qui va continuer et qui a accéléré notre désindustrialisation.

Pendant qu’on déconne avec « l’accord historique arraché par Macron et Merkel aux radins du Nord », on apprenait qu’Amazon avait conclu un accord historique elle aussi avec la justice européenne. La Commission européenne qui avait fait des tas de manières pour montrer qu’elle se battait contre les GAFA, vient de voir sa propre Cour de justice, plus prompte à limiter le droit de grève qu’à s’attaquer aux multinationales, annuler 13 milliards d’euros d’arriérés d’impôts qu’on réclamait à Amazon[6]. Ce n’est pas la première fois Apple avait aussi esquiver une réclamation de 13 milliards d’euros une semaine plus tôt[7]. 13 milliards, c’est le chiffre magique ! Et si je calcule bien ces deux multinationales pourries ont gratté 26 milliards d’euros sur notre compte. Car en effet elles s’installent chez nous profitent de nos infrastructures payées par nos impôts, détruisent nos emplois, mais refusent de payer leurs impôts chez nous. Cela montre que la Commission européenne est extrêmement dispendieuse de nos deniers, mais surtout que la Cour de justice européenne est corrompue jusqu’au trognon. C’est là aussi une autre raison de sortir de l’Union européenne en courant, ses institutions sont totalement corrompues.

J’ai noté tout de même que beaucoup de journalistes émettaient des réserves sur ces accords, donnant la parole à des analystes mieux au fait qu’eux des combines européistes. Macron a beau s’autoféliciter de son succès, cela ressemble à une victoire à la Pyrrhus. Comme toujours son culot permet de laisser croire qu’il est actif et qu’il fait quelque chose parce qu’il s’agite énormément, mais le soufflé retombe bien vite. C’est déjà le cas pour cette affaire de plan de relance.

Mélenchon disait sur BFMTV que ce désastre venait du fait que Macron était un très mauvais négociateur[8]. Je ne suis pas sûr que ce soit vrai. Je crois tout simplement que Macron a choisi son camp, celui de la collaboration comme naguère Tsípras. Il ressort que tout cela ressemble à une mauvaise comédie jouée par de mauvais acteurs, qui tentent de nous faire croire qu’il y a des négociations. En fait il n’y en a pas eu. Le scénario qui avait été écrit par Merkel est celui qui a été adopté.



[1] On trouvera le long texte complet  de cet accord sur le lien suivant https://www.slideshare.net/ParmenideInnovation/accord-du-conseil-europen-coronabonds-de-juillet

jeudi 6 août 2020

Manœuvres politiques et mouvement social, la voie du changement

 

LREM vient de perdre sa majorité à l’Assemblée nationale. C’était annoncé depuis quelques jours avec le départ d’Aurélien Taché. Depuis le début du quinquennat, LREM avait déjà perdu une vingtaine de députés. Là il s’agit de quelque chose de plus sérieux pour Macron : c’est la création d’un neuvième groupe baptisé, Ecologie Démocratie Solidarité[1]. Si cela va gêner considérablement Macron et son gang, ajoutant à la confusion, les Français n’ont pourtant rien à attendre de cette manœuvre de couloir. Ce groupe qui se voudrait de centre-gauche, avec une touche d’écologie, prendra certainement Hulot comme tête de liste pour 2022. Cette manœuvre ne vise pas à remettre en cause ni la croissance, ni le capitalisme, mais à assurer la transition vers un capitalisme repeint en vert, et cela dans le cadre de l’Union européenne. Mais ils sont sans doute aussi près à se vendre à Macron pour peu que celui-ci fasse quelques gestes en faveur de l’écologie et de la réduction des inégalités. C’est d’abord là que se situe la faiblesse de la création de ce groupe : croire qu’on peut aménager le capitalisme dans le cadre du libre-échange. Ces gens-là sont également immigrationnistes, c’est-à-dire qu’ils ne savent pas à quoi servent des frontières. Or c’est bien ce discours qui est massivement rejeté an France comme en Italie, mais aussi dans les pays de l’Est où on tient beaucoup à son identité nationale. Cet effritement va sans doute continuer et marque forcément l’échec du quinquennat de Macron, au point que certains LREM comme Stéphane Séjourné[2], commencent à évoquer la dissolution de l’Assemblée nationale – ce qui en fait équivaudrait à un suicide, d’autres pensent que Macron ne pourra pas se représenter en 2022, sous peine de le voir éliminer au premier tour, laissant la place à une duel Mélenchon-Marine Le Pen pour le second tour. 

Source Le monde 

Les plans de relance de l’Union européenne pour ce qu’on en connaît nous laissent entendre que de changement sérieux on ne peut pas en attendre[3]. La position de l’Union européenne est doublement erronée et sans avenir :

- d’abord parce que les plans de relance se multiplient sans qu’on puisse distinguer les effets d’annonce des réalités concrètes. Mais en outre on ne sait pas qui fait quoi. Alors que Van der Leyen a annoncé un plan de relance sous la houlette de Bruxelles, Macron et Merkel de leur côté ont dévoiler leur propre plan de 500 milliards d’euros[4]. On sait également que dans ces plans de relance, ce sera l’Allemagne qui va se tailler la part du lion, alors que son économie a bien moins souffert que celle des pays du Sud, de l’Italie, de l’Espagne et de la France.

- ensuite parce que ces plans non seulement visent à restaurer le monde d’avant, mais en outre ils font avancer l’idée qu’il faudra rembourser les emprunts, ce qui veut dire en clair que nous allons revenir au cycle infernal qui guide nos choix depuis la crise de 2008. On creuse la dette – celle de la France va sans doute atteindre les 141% – puis on réclame des efforts d’austérité qui porteront à la fois sur la baisse des salaires et la baisse de la dépense publique[5]. Dans ces conditions on ne voit pas comment on va refinancement l’hôpital en France pour le rénover. Pour financer cette immense mer de dettes, on a proposé en France de restaurer l’ISF, cette idée a été balayée d’un revers de main par Le Maire comme étant démagogique, même s’il admet qu’il faudra bien augmenter les impôts… mais pas ceux des riches[6]. Il est étrange que personne n’ait proposer – en dehors de moi – de supprimer le CICE. L’ISF c’est 4,5 milliards d’euros, mais le CICE c’est 20 milliards. Or le CICE ne se justifie en théorie que si l’économie a besoin d’investir. Ce n’est pas le cas puisqu’après deux mois de confinement l’économie souffre d’abord d’un défaut de demande. Se trouvant en excès d’offre, il apparait que le CICE sert seulement à enrichir les plus riches et à transférer de la valeur des salariés vers le capital – les fameux actionnaires.  

Cette instabilité du pouvoir aiguise les appétits. La droite, LR, LREM et Modem, n’a rien à proposer en dehors de plans de relance visant à restaurer l’ancien système. Ils pourront compter si cela se passe mal sur l’apport du nouveau groupe parlementaire pour donner un coup de barre à gauche, dans le sens de la transition écologique, et encore réclamer une politique immigrationniste. A gauche on essaie d’être en rupture et de nombreuses petites boutiques tentent de reprendre du service en essayant de tenir compte non seulement des critiques féroces que les Français ont adressées à la gestion de la crise sanitaire, mais aussi en tentant de proposer un modèle différent. Il y a d’abord dans cette manière de faire une erreur de méthode, c’est-à-dire que les artisans de ces regroupements présentent un programme plus ou moins clair, et ensuite ils attendent que le peuple de gauche y adhère pour le mettre en œuvre. Cela ne marche pas, et du reste dans toute ces initiatives on va voir qu’il y a un écart énorme entre les propositions avancées et les désirs du peuple. Autrement dit cette démarche va renforcer le clivage entre l’élite autoproclamée et le peuple. La première de ces initiatives est une tribune publiée dans les journaux de la gauche gnangnan – Libération et l’Obs – elle émane de politiciens qui ont échoué sur tout et dont les partis sont en fort déclin[7]. L’idée serait de retrouver l’esprit d’Union de la gauche avec un zeste d’écologie, mais surtout sans remettre en question l’Union européenne. Or il va de soi que le modèle de l’Union européenne qui repose sur la croissance à tout va et le libre-échange, est en contradiction avec un programme qui préserverait l’environnement. La plupart des signataires viennent du PS ou du PCF. Alliés à jadot qui veut croire qu’il prendra la tête de cette coalition, ils nous vendent une nouvelle fois, l’idée d’une Europe sociale, matinée toutefois d’une plus grande implication de l’Etat national. Il semble bien que le but soit de tailler des croupières à la France Insoumise qui n’est pas partie prenante de cette combinaison. 


La crise sanitaire ayant mis au grand jour la décomposition presqu’achevée des avancées sociales du CNR – droit du travail, protection sociale, intervention de l’Etat dans l’économie – certains ont eu l’idée de reproduire la démarche qui avait abouti justement aux propositions de réforme qui restaurèrent la société française, son économie, tout en restreignant les inégalités sociales à travers un programme massif de redistribution des richesses[8]. Cette nouvelle boutique s’est donné un nom Conseil National de la Nouvelle Résistance. Et son logo marie les couleurs verte et rouge pour bien montrer qu’on est du côté d’un socialisme mâtiné d’écologie. Ce CNNR mélange un peu tous les genres, pour être dans le politiquement correct il prétend ménager une parité hommes-femmes strictes dans son organe de direction. Ce qui suppose déjà qu’il y a un organe de direction avant même qu’il y ait des troupes. Comme l’armée mexicaine, on distribue les titres de généraux avant même de rassembler[9]. C’est encore une initiative qui vient d’en haut et qui ne risque pas de transcender le petit peuple qui se tiendra à l’écart de tout ça. Son public sera sans doute celui de Politis ou celui du Monde diplomatique. Plus encore, ceux qui ont lancé cette initiative ne semblent pas s’inquiéter du fait que dans CNNR si le mot résistance est important, celui de « national » l’est tout autant. Cette démarche a été validé par Claude Alphandéry qui avait auparavant signé la tribune avec Jadot, Ian Brossat et Olivier Faure. Dans cette initiative on retrouve Gérard Mordillat, Gilles Perret, mais aussi Dominique Méda qui, quand elle ne va pas à des rendez-vous avec Macron, tente de penser l’avenir du travail. Voici comment ils se présentent eux-mêmes.

« En dehors des partis et des syndicats (mais pas contre eux), les personnes qui composent ce nouveau conseil ont pour légitimité leurs travaux, leur expérience, leur engagement contre les ravages du néolibéralisme dont nous payons aujourd’hui la terrible addition. »

Cette présentation est doublement erronée. D’abord ils supposent que leur « expertise » les autorise à parler plus que quiconque, mais ensuite ils nous affirment qu’ils ne sont pas hostiles ni aux partis, ni aux syndicats. Or on ne peut pas garder les deux pieds dans une même chaussures. Depuis le mouvement des Gilets jaunes, on a vu que les partis et les syndicats, non seulement étaient à la traîne, mais en outre freinaient volontairement le mouvement social à défaut de pouvoir en prendre la tête. On ne voit pas en quoi la parole de Dominique Méda serait plus juste et plus vraie que celle d’un Gilet jaune de base, sans titre autre que sa propre détermination. En effet on se souvient que Dominique Méda s’était compromise en allant soutenir le spectacle de Macron discutant avec des « intellectuels ». Elle le regrettera publiquement, mais s’être laissé ainsi piéger en dit long sur la faiblesse de caractère des intellectuels, et les difficultés de comprendre les structures du pouvoir dans leur fonctionnement réel[10]. Dès qu’on leur dit qu’ils sont importants et qu’ils comptent, ils accourent ventre à terre !  

Revoilà Dominique Méda qui, répondant à l’initiative de Nathan Cazeneuve, le fils de l’ancien ministre socialiste, se trouve à la tête d’un projet de revue « de gauche », mais de « qualité ». Nathan Cazeneuve ayant comme modèle la revue de droite Commentaire[11]. Cette revue qui devrait paraître à l’automne s’appellera Germinal. Germinal s’est le titre d’un roman célèbre de Zola, soit la vision d’un bourgeois qui se penche sur la question prolétaire. Mais Nathan Cazeneuve et Dominique Méda n’ont pas fait attention que ce titre était aussi celui d’une revue collaborationniste, pétainiste de gauche, dans laquelle on trouvait comme collaborateur le propre père de Lionel Jospin, Robert Jospin ! L’inconscient parle, et même en quelque sorte il bafouille ! Je rappellerai que le pétainisme de gauche était aussi l’avant-garde de l’européisme. Quelle peut bien être l’idée de cette revue ? Elle procède de plusieurs objectifs :

– d’abord c’est l’idée du ruissellement traditionnelle. On suppose que la richesse intellectuelle des collaborateurs de cette revue, va redescendre vers les masses avec le relais de ceux qui la liront et donc que cela structurera le combat politique ;

– ensuite elle suppose que ce qui nous manque c’est de produire des idées de changement sociétal. En vérité ce n’est pas là que se trouve la difficulté, des idées on en a des tonnes sur ce que devrait être la vie, mais ce qui nous manque c’est la pratique concrète de la transformation sociale. Les institutions sont difficiles à renverser, la police, la justice, l’argent s’y opposent farouchement. Les Gilets jaunes ont montré que seul un mouvement massif dans la rue était capable d’inquiéter sérieusement le pouvoir. 

 

Durant le confinement on s’est activé. Voici maintenant Michel Onfray qui, fort de son statut d’opposant virulent à Macron, tente de créer une revue autour de laquelle pourront se regrouper des gens venus de tout horizon[12].  Première remarque, Onfray a choisi Front populaire évidemment en référence avec l’immense espoir qu’avait suscité l’arrivé au pouvoir de la gauche réunie en 1936. Comme ceux qui veulent créer Germinal ou qui tentent de ressusciter le CNR, c’est encore une référence au passé. C’est un manque d’imagination certain, et surtout une incompréhension de ce qu’est la période actuelle. Mais peu importe, le projet d’Onfray présente à la fois des avantages et de lourds inconvénients. Puisqu’il s’agit de rassembler, Onfray tente de sortir du clivage gauche-droite. Et en effet, ce clivage ne veut plus rien tant on voit combien les deux blocs ont développer ces dernières années le même type de politique – la brutalité en plus pour Macron. Ici le projet est d‘abord reconstruire la souveraineté populaire. Il se veut donc « populiste ». Onfray s’est fait critiquer vertement pour avoir mis dans un même sac Philippe de Villiers, ou encore Jacline Mouraud, fausse Gilet jaune, qui s’était empressée de jouer les entremetteuses avec Macron. On trouvera aussi des personnalités honorables comme Jacques Sapir ou encore Régis de Castelnau. Mais selon moi le défaut de l’entreprise ne se trouve pas là dans le rassemblement de personnalités hétéroclites, mais plutôt dans le manque de clarté d’une direction à prendre. Veut-on oui ou non sortir de l’Europe ? Veut-on oui ou non transformer les institutions ? Et dans quelle mesure celles-ci doivent être refondée par le peuple, et donc venir de la base ? Il y a en effet une majorité qui peut se dégager autour des quelques points suivants :

– sortir de l’Union européenne c’est déjà rendre une partie du pouvoir au peuple dans la mesure où les politicards ne pourront plus s’abriter derrière les ordres de Bruxelles pour faire leurs petites saletés. L’Allemagne a déjà donné l’exemple puisque sa cour constitutionnelle a réaffirmé que la constitution allemande était supérieure au « droit » européen issu de l’interprétation des traités européens par des juges nommés à la Cours de justice européenne d’une manière obscure[13].

– stopper l’immigration et donc revenir sur l’interprétation unilatérale de la Cours constitutionnelle du droit à l’aide des migrants qui a permis à Herrou d’être relaxé de ses nombreux manquements à la loi[14]. La grande majorité des Français est pour consolider les frontières, on l’a vue encore avec la crise sanitaire. Et en effet, il ne peut pas y avoir de souveraineté nationale sans frontières. Or les immigrés ne sont aujourd’hui qu’au mieux une force de travail d’appoint destinée à peser sur les salaires. Le taux de chômage extravagant qu’on trouve dans les banlieues montre à quel point ils n’arrivent pas à s’intégrer et deviennent de fait au fil du temps les ennemis de la République avec ces fameux territoires perdus[15].

– enfin, plutôt que de discuter de plans de transition écologiques fondés sur le high-tech, on peut mettre en œuvre des principes de précaution très simples : interdire les pesticides et le glyphosate, interdire l’agriculture non bio, avec par exemple des aides massives à la reconversion des parcelles vérolées par les formes industrielles de production. Mais on peut aussi étendre les interdictions à l’importation des produits qu’on peut facilement produire sur place. Ou encore interdire l’implantation des grandes surfaces, etc.

Tous ces exemples montrent que les possibilités de modification d’une trajectoire fatale existent au cœur même de la population. Mais cette rupture ne saurait être compatible avec les intérêts de l’oligarchie qu’il faudra bien un jour se décider à affronter. Les institutions françaises sont très solides et ne se laisseront pas abattre facilement, or elles sont favorables à l’exercice du pouvoir par une caste très riche. Cette question ne peut se régler dans le développement d’une revue ou d’un club qui de fait va rentrer en concurrence avec d’autres volontés politiciennes de prendre le pouvoir. On en revient toujours à la pratique : comment faire pour obtenir le changement ? 

 

Il n’y a pas trente-six façons de faire. La première est de jouer le jeu des institutions, tenter de prendre le pouvoir dans les urnes. Dans cette optique la gauche cherche une hypothétique unité, alors même qu’elle est minoritaire dans le pays. On a vu ainsi Ruffin appeler depuis plusieurs années à une candidature unique de la gauche[16]. Cette démarche est fausse de plusieurs points de vue : d’abord parce qu’elle suppose que tous ceux qui ne se disent pas de gauche sont nos ennemis. A l’heure actuelle la France est divisée entre trois blocs à peu près de taille égale : un bloc réactionnaire et de droite représenté par Macron, les Républicains, le Modem, ce bloc se caractérise par son européisme et son affairisme forcené. Il y a ensuite un deuxième bloc dit de gauche qui inclut la FI, le PCF, et les débris du PS.  Les écologistes d’EELV sont tiraillés entre ces deux pôles. Mais même s’ils rejoignent le bloc de gauche, cet ensemble n’arrivera pas à plus d’un tiers des électeurs. Et puis il y a le RN. C’est un parti qui rassemble près d’un tiers des électeurs. Certes on a vu avec Macron qu’un parti pouvait devenir majoritaire à l’Assemblée nationale, porter son candidat à l’Elysée avec moins de 20% des inscrits, mais la suite a montré que cet écart entre légalité du pouvoir et légitimité rendait le pays totalement ingouvernable, et en voulant faire avancer les Français à la trique sur la voie de la réforme, on en vient au chaos et à une dictature qui n’ose pas dire son nom. Est-ce le schéma que Ruffin veut poursuivre ? Veut-il se présenter aux présidentielles ? Comme on le comprend les logiques d’appareil et la tyrannie des partis empêchent la convergence populaire. Or si nous voulons un jour construire un bloc majoritaire, cela devra se faire sur la base d’une lutte des classes, les pauvres contre les riches. Or des pauvres et des exploités – et bientôt des millions de chômeurs – il y en a de partout, à droite comme à gauche, et bien sûr aussi au RN. D’autres comme François Boulo se trouvent dans cette même logique, se mettre à la tête du mouvement de révolte qui vient 

 

Il est très probable que toutes ces initiatives – j’en oublie sûrement – se soldent par des échecs cuisants aussi bien sur le plan politique que sur le plan intellectuel. La double leçon des Gilets jaunes c’est :

– d’abord de développer une logique au-dessus des partis et des syndicats qui avait mis au chômage de fait les bureaucraties ;

– de partir de la base, aussi bien en occupant les ronds-points et la rue, s’en aller jusqu’au Faubourg Saint-Honoré pour y déloger Macron, qu’en redéfinissant, sans l’aide d’experts, de politiciens ou d’autres élites, les contours des luttes qui viennent et de leurs enjeux.

Il faut abandonner cette idée funeste selon laquelle des élites proposent un programme et ensuite attendent que celui-ci soit validé soit par des électeurs, soit par des militants. L’époque le demande. C’est seulement à ce prix que nous pourrons nous engager dans une vraie démarche de rupture.



[6] Le prix Nobel d’économie Esther Duflo ne pense pas tout à fait comme lui. https://www.latribune.fr/economie/france/esther-duflo-plaide-pour-le-retablissement-de-l-isf-848138.html

[15] Emmanuel Brenner (sous la direction de), Les territoires perdus de la République, Milles et une nuits, 2002.

dimanche 2 août 2020

La liberté fout le camp à grande vitesse

 

Les enfants pris au piège de l’école 

Nous vivons dans un monde moderne incontestablement, un monde de progrès essentiellement dans la surveillance et l’apprentissage de la discipline des foules. Le Covid-19 est de ce point de vue une aubaine pour les classes dirigeantes qui sont contestées en permanence pour leur politique qui nous mène au chaos. Nous n’avons plus d’air à respirer, plus d’eau à boire, les produits qu’on nous vend pour s’alimenter sont tellement mauvais qu’on en tombe malade. Le monde n’a jamais été aussi laid et invivable. Ces résultats sont tellement évidents pour tout le monde que les politiciens ne peuvent plus se maintenir au pouvoir que par la répression et le contrôle social. Il est plus que banal de dire que nous sommes dans le monde décrit par George Orwell dans 1984. Relisant cet ouvrage, j’en avais déduit des considérations pour ce qui est de la Macronie[1]. Mais j’étais encore loin du compte. La crise sanitaire mondiale qui se transforme rapidement en crise économique généralisée est en réalité une nouvelle opportunité pour l’oligarchie de tester de nouvelles manières de gouverner. Surveiller et punir cette vieille logique des formes politiques est maintenant arrivée à un tel point qu’elle s’étend à tous les recoins de la vie sociale, économique et même familiale. En France les milices macroniennes s’en prennent aux Français avec la régularité d’un métronome dès que ceux-ci tentent de relever un peu la tête. C’est la stratégie du choc comme disait Naomi Klein[2]. Cependant la crise nous fait voir que ce qui aurait pu apparaitre comme un plan réfléchi et pensé, n’est en réalité qu’une fuite en avant, parce qu’il n’y a pas d’autre perspective possible. Dans un premier temps le capitalisme s’est imposé en défendant un certain nombre de « valeurs », notamment les libertés individuelles, encore que ces libertés individuelles devaient être compatibles avec la liberté des propriétaires des moyens de production d’exploiter le travail d’autrui, et d’entreprendre, c’est-à-dire de s’approprier une partie de la nature et de la détruire. Mais l’évolution a rendu ce programme obsolète parce que la croissance ne peut pas se poursuivre indéfiniment et que les profits accumulés doivent être réinvestis en permanence pour se justifier moralement et économiquement. La crise sanitaire vient de montrer que la liberté individuelle d’entreprendre et de faire des profits entrait en contradiction avec la liberté de vivre dans un environnement sain et avec un système sanitaire « performant », et donc avec les libertés tout court. C’est la liberté en tant que telle qui est combattu par les troupes de choc du libéralisme et la crise sanitaire en est le prétexte. Nul ne niera en effet que, face à une pandémie aussi dangereuse, des mesures fortes doivent être prises y compris en restreignant les libertés individuelles. Mais ce qu’on voit c’est que les oligarques investissent aujourd’hui plus dans la répression et le contrôle social que dans l’hôpital par exemple. Donc on dépense encore des millions pour des drones de surveillance des populations qu’on a préalablement parquées, et dans le même temps on propose de donner une médaille au personnel soignant ! Une telle cuistrerie indigne les personnes concernées[3]. On dirait que le gouvernement fait exprès.

 

Nice 

Dans le même temps on nous explique que les masques ne peuvent pas être gratuits parce que ça favoriserait les riches qui ne le paierait pas, selon Agnès Pannier-Runacher, obscure de la Macronie la plus stupide. Mais dans cette confusion généralisée, les Playmobils macroniens votent une loi des plus liberticides. Je passe sur les détails, mais pour lutter contre la haine, il n’y aura plus besoin de juge qui dira ce qu’est cette fameuse « haine », mais la police ou la dénonciation sur les réseaux sociaux suffira[4]. Évidemment on a compris que cette haine pourra qualifier également les discours anti-macroniens primaires, et par extension tous ceux qui critiquent le président-fou. La milice de Castaner a déjà commencé à appliquer cette loi avant qu’elle ne soit votée et mettent des amendes à ceux qui affichent des banderoles anti-Macron à leur balcon. Lundi ce sont des Gilets jaunes qui manifestaient à Metz qui ont été nassés puis verbalisés, 135 € par personne[5]. Il s’agit bien d’une entrave à la liberté de manifester. On voit à quoi servent les lois d’urgence « sanitaire ».   

 

Ce gouvernement pourri et réactionnaire s’en prend également aux enfants. Beaucoup se sont demandé pourquoi la crapule gouvernementale tenait tant à obliger les gosses à retourner à l’école, sachant qu’ils n’apprendront rien de plus. La réponse est assez simple : il faut leur apprendre une nouvelle discipline, celle de la distanciation sociale. Dans les images que nous voyons ci-dessous, avec le prétexte sanitaire, on apprend aux enfants à rester dans des cases, à ne pas se rapprocher les uns des autres, bref à vivre une situation de prisonnier. Mais cette connerie ne s’arrête pas aux enfants. Une note du ministère de l’éducation nationale demande à ce que les enseignants contrôlent les « propos inacceptables » des enfants sur le COVID-19[6]. Dans la mise en place accélérée du contrôle social, Big Brother travaille vite et bien. Donnons un autre exemple. Le gouvernement tente de faire accepter par les Français l’usage d’une application sur leur smartphone StopCovid, l’idée est de contrôler la pandémie de loin et de la suivre. C’est un peu fumeux, et les Français sont très réticents. Aussi pour contourner cette négation de la liberté individuelle, le gouvernement réfléchit – enfin il croit qu’il réfléchit – à l’usage d’un bracelet électronique pour ceux qui disent ne pas avoir de smartphone[7]. On voit à quoi sert le progrès en la matière. Evidemment les entreprises du numérique pousse à l’adoption de ces pratiques liberticides. Ce bracelet sera semblable à celui qu’on impose aux prisonniers en fin de peine, cela confirme que l’Etat nous considère exactement comme des prisonniers. Il sera évidemment facile ensuite d’utiliser ce bracelet et cette application pour contrôler ceux qui seront des récalcitrants :

- soit qu’ils soient connus comme des Gilets jaunes et fichés en tant que tel, ils pourront être tout de suite repérés dès lors qu’ils progresseront pour se regrouper ;

- soit qu’ils refusent par exemple de se faire vacciner comme Big Pharma qui a besoin de se refaire une santé va l’exiger. J’écris cela sans manifester pour l’instant le moindre avis sur le vaccin qui va venir, car que celui-ci soit contestable ou non, là n’est pas la question.

  

Ainsi le COVID-19 est une aubaine pour renforcer le contrôle social. Mais il renforce aussi le vieux modèle capitaliste à bout de souffle. Le MEDEF, bien aidé par le syndicat jaune de la CFDT, a commencé par réclamer que les congés payés soient pris sur les jours de chômage partiel. Mais la manœuvre était grossière. Le gouvernement par la voix de l’ignoble sorcière Pénicaud a annoncé qu’il était favorable à ce que les Français fassent cadeau de quelques jours de congés au profit des soignants[8] ! Le prétexte sera cette fois de faire un geste pour les soignants qui ne coûte rien, tout en œuvrant pour faire redémarrer l’économie. Cette cuistrerie a été accueillie par des ricanements, les salariés faisant remarquer que cet abus de droit permettait une fois de plus d’épargner les premiers de cordée. Et on a avancé qu’il eut été plus normal et plus naturel de supprimer l’ISF pour financer une remise en état de l’hôpital public dans toutes ses dimensions, congés payés compris ! On comprend bien que le fardeau de la dette à venir sera supporté une fois de plus par les salariés et non par les actionnaires et les plus riches. Mais cette protection du capitalisme prédateur ne suffit pas en apparence au MEDEF. Celui-ci vient en effet de demander que l’on suspende les lois qui maigrement protège l’environnement, et donc qu’on puisse clairement aggraver la pollution de l’eau, de l’air et de la terre au prétexte qu’il faudrait relancer la croissance et l’emploi[9]. On voit que le néolibéralisme a une notion des plus étriquées de la liberté individuelle. Elle se résume essentiellement par un maximum de liberté pour le capital, et le minimum pour les salariés et tous ceux qui sont mécontents de ce système stupide de répartition de la valeur, mais aussi qui sont mécontents en ce qui concerne les choix qui sont faits pour la satisfaction des besoins. Cette politique inique et répugnante se traduit aussi par les interdictions de manifester : le 16 mai 2020 le préfet de Toulouse, un des plus zélés disciples de Lallement, un digne successeur du préfet Papon, vient de prendre un arrêté pour interdire toute manifestation dans la ville rose. Il se confirme donc que nous sommes bien entrer dans une période de dictature qui ne dit pas son nom[10]. Etienne Guyot n’en est pas à son coup d’essai, on se souvient qu’il y a quelques mois il avait porté plainte contre un tweet des Gilets jaunes qui avaient diffusé sa binette. Mais aujourd’hui, c’est ce même chef de la milice d’Occitanie qui réclame des amendes en nombre si les Gilets jaunes cachent leur visage[11]. Il annonce du même coup que tout manifestant qui se fera prendre, prendra quant à lui une amende de 135 €. On constate que la liberté de manifester ou d’avoir des opinions divergentes d’avec le gouvernement, a aussi un prix et que ce prix n’est pas à la portée des économiquement faibles.

 


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