mercredi 15 juin 2022

Le réajustement permanent des frontières

Les frontières apparaissent au cours de l’histoire comme une nécessité, mais en même temps comme une forme qui doit être rectifier périodiquement. Ces rectifications, quoi qu’on en pense sont toujours le résultat d’un processus politique plus ou moins violent. A l’intérieur de celles-ci, il y a toujours une tension, entre ceux qui sont pour une ouverture ou une abolition des frontières, et ceux qui à l’inverse défendent la fermeture. Les premiers on les a vu à l’œuvre en tant que collaborationnistes pendant l’Occupation. Leur idée qui a été reprise telle quelle par les européistes est que cette abolition permet une meilleure coopération dans la paix. Les seconds pensent au contraire que leur culture et leur civilisation sont en jeu, et qu’une trop grande ouverture des frontières éradiquerait au-delà de la civilisation la mémoire des peuples. Bien entendu, entre les deux les prises de position se dégradent de la plus grande fermeture à la plus grande ouverture. Les raisons le plus souvent invoquées pour ce processus de réajustement sont d’ordre économique – l’ouverture ou le protectionnisme sont bons pour le développement – ou d’ordre civilisationnel – on préfère l’entre-soi ou on préfère se mélanger, se créoliser comme dirait Jean-Luc Mélenchon. L’Union européenne est un projet pétri de contradictions, non seulement elle est incapable de définit clairement ses frontières, celles existantes, comme celles projetées, mais ses contours ne sont pas vraiment fixés. Il y a quelques années un énergumène polonais qui s’était fait remarquer à cause d’une hisqtoire de plomberie et à qui on posait la question disait qu’il était envisageable que l’Union européenne inclut à terme le Japon. Cette bévue avait fait rire bien entendu, mais au-delà de la bêtise de son auteur, elle prouvait que même les européistes les plus convaincus n’avaient pas une idée vraiment claire de l’espace dans lequel ils voulaient développer leur projet. 

Les économistes américains considèrent souvent que l’Union européenne est un espace fermé à leurs marchandises et à leurs capitaux, et qu’ainsi ils reviennent à un protectionnisme honteux, à la fois entravant le développement économique, mais aussi entravant l’idée même de liberté. On est très loin de Vauban qui justifiait les frontières de la France du point de vue de la spécificité d’un espace borné par les mers, les montagnes ou les fleuves[1]. Pour lui c’était la seule manière de construire la paix. Il n’était pas le seul à penser cela, la plupart des auteurs mercantilistes supposaient que la raison conduirait à la stabilisation des frontières, à la paix et au développement économique. Le libéralisme renversa cette proposition, arguant que seule l’ouverture des frontières permettrait la paix et la prospérité. Passons sur la Guerre de l’opium qui vit la France, l’Angleterre et les Etats-Unis ouvrir les frontières de la Chine à coups de canons, au nom de la liberté[2]. L’histoire récente du capitalisme montre que c’est au contraire l’idée d’ouverture tous azimuts qui crée les conflits et les guerres. La plupart des guerres engendrées par l’Impérialisme américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le monde entier, jusqu’à celle d’aujourd’hui engagée en Ukraine, se sont faites au motif d’apporter le bien, la démocratie et le développement économique, voulant démontrer par là que l’idée même de frontière était mauvaise en soi et pour soi. La technique peut être directe ou indirecte, peu importe, il s’agit toujours de gérer un conflit armé, comme aujourd’hui en Ukraine, que les Américains ont voulu. Les Etats-Unis par ailleurs ont pourtant une vision très fermée de leurs propres frontières, comme la tentative de Donald Trump de construire un mur à la frontière du Mexique le montre. Mais ces violations américaines des frontières, comme en Serbie par exemple, entraîne des morts et des crimes de guerre qui ne leur sont pas imputés, parce que s’ils ont la plus grosse capacité militaire de la planète, ils ont aussi la haute main sur les instances juridiques au niveau international. On l’a vu quand il a fallu, en 2012, faire des procès abusifs à l’Argentine pour défendre le fonds Elliott et appauvrir un peu plus les malheureux Argentins[3]. Peu ce sont émus de cet énorme scandale, sans doute pour mieux se réserver pour verser des larmes de crocodiles sur l’Ukraine dix ans plus tard. Ils ont manipulé le droit pour faire en sorte qu’ils aient les capacités d’intervenir juridiquement contre des concurrents, dès lors que les marchés se font en dollars. C’est une autre manière de violer les frontières, à la surpuissance militaire, ils ont ajouté des principes juridiques qui ne sont valables que pour eux-mêmes ! et ça marche très bien, personne n’osant soulever cette inégalité de fait face à la loi. C’est ce qu’on appelle l’extraterritorialité du droit américain qui est la seule forme juridique au monde qui s’applique en dehors de leurs frontières. Si cette manière de faire la guerre – y compris d’ailleurs à ses alliés – est comprise comme un acte malveillant aujourd’hui, aucune instance internationale, qu’elle s’appelle l’ONU, l’OTAN ou autre chose, n’est intervenu pour s’y opposer. Cette particularité est le complément de la puissance militaire américaine, mais aussi de la puissance de sa monnaie. Elle permet de racketter tranquillement les entreprises ou les citoyens d’un pays qui ne se plient pas à leur injonction[4]. On a vu ça récemment avec ce scandale très vite étouffé d’Alstom, quand, pour accélérer la vente de ce joyau de l’industrie française, l’Etat américain a mis en prison et poursuivie des dirigeants français de cette entreprise[5]. Cette extraterritorialité du droit américain est bien plus qu’un viol des frontières, c’est la superposition d’un droit étranger au droit national. Toutes les années la justice américaine utilise son extraterritorialité juridique qui n’a pas de réciprocité, pour voler des milliards de dollars aux entreprises et citoyens européens par exemple. Il est clair que tôt ou tard les nations seront obligées de réagir à cette agression qui est une forme de pillage sans intervention militaire, mais aussi d’éliminer des concurrents potentiels quand les Etats-Unis veulent s’approprier un marché juteux pour ses entreprises comme par exemple la reconstruction de l’Irak[6]. Cette manière de faire a été longuement analysée dans l’ouvrage de Naomie Klein, La stratégie du choc, montée du capitalisme du désastre[7]. 

Liste des coups d’Etat fomentés par l’Impérialisme américain depuis 1945 en Amérique latine 

Mais la guerre juridique ou monétaire n’est pas la seule arme utilisée par le capitalisme américain et plus généralement de l’Occident. Avant on parlait de complexe militaro-industriel, puisque cela voulait dire que l’industrie de l’armement était un élément décisif dans l’accumulation du capital.  Mais on a oublié cette logique, jusqu’aux guerres en Irak dont la justification américaine devant l’ONU tenait de l’escroquerie intellectuelle et qui apparaitront comme une dépense ruineuse et inutile[8]. Sans le dire les pays occidentaux sont des fauteurs de guerre qui ravagent – à travers leurs coalitions plus ou moins bancales et forcées – les pays émergents ou en voie de développement qui voudraient échapper à leur tutelle. Les guerres qui surgissent ici et là depuis quelques dizaines d’années – disons depuis la chute de l’Empire soviétique – et qui le plus souvent sont repoussées pour l’instant à l’extérieur du monde occidental se présentent la plupart du temps comme un réajustement des frontières. Bien avant qu’on ne se rende compte de l’importance du problème ukrainien, on a vu par exemple la Turquie d’Erdogan annexer une partie du nord de la Syrie, en évacuer les populations Kurdes et les remplacer par des Turcs, dans l’indifférence. Cela s’est passé sous les yeux de l’Occident qui n’a pas levé un sourcil, et avec l’assentiment des Allemands, grands alliés du potentat turc. On l’avait vu aussi avec l’effondrement de l’URSS, et de celui presque simultané de la Yougoslavie. Le premier ensemble a été dépecé et a donné naissance à de nouvelles entités nationales autonomes, dont l’Ukraine bien entendu, mais aussi la Moldavie et la Georgie qu’on essaie d’enrôler aujourd’hui dans l’OTAN. La seconde s’est achevée dans le chaos de la guerre en Serbie avec ses lots d’horreurs dont les bombardements américains qui n’ont pas ému grand monde, on a entériné l’idée de l’OTAN d’une partition et baptisé de nouvelles nations sur le front de l’ONU. La Tchécoslovaquie a été elle aussi partitionnée dans un accord à l’amiable avec la création de la République tchèque et de la Slovaquie. C’est un des rares cas où la partition se fait sans guerre. En Palestine il n’a pour l’instant pas été possible de partitionner ce territoire entre deux Etats vraiment autonomes, Israël existe bien comme un Etat à part entière, mais les Territoires palestiniens restent une réalité fantomatique, et la population arabe d’Israël menace de faire sécession. Les frontières des pays d’Afrique sont le plus souvent incertaines, la Maurétanie et le Maroc se disputent depuis des décennies le Sahara occidental. La Chine a récupéré Hong Kong à la fin du XXème siècle et prétend récupérer le plus tôt possible Taïwan qu’elle considère comme faisant partie de son territoire. A cela s’ajoute les revendications autonomistes en Catalogne, en Ecosse, voire en France et au Canada, et encore la volonté de réunification des deux Irlande. 

Annexions turques récentes en Syrie 

Pour cette raison, il faut regarder la guerre en Ukraine comme un simple cas de ce processus constant en Europe d’un réajustement permanent des frontières. Dans tous les cas de rectification des frontières que l’Europe a connu au fil des derniers siècles, il y a une hétérogénéité des populations qui sont censées composer une nation. Cette hétérogénéité est à la fois ethnique et langagière. Retracer les frontières d’une nation existante, doit être compris comme le résultat d’un échec à unifier la langue et la population. Le cas de l’Ukraine est exemplaire à cet égard, nation faite de pièces et de morceaux, elle est aujourd’hui, dans ses frontières de 1991, divisée au moins en trois régions. L’Est est russophone et ses habitants ont l’habitude de travailler avec les Russes, voire ils se sentent Russes, souvent ils sont plus proches de la Russie par leurs liens familiaux que des Ukrainiens de l’Ouest. Ces derniers, sur près d’un tiers du territoire sont proches de la Pologne, reste un gros tiers au centre de la nation qui en représenterait le cœur, à défaut d’en représenter la vérité. En Pologne on trouve des politiciens qui revendiquent les deux régions les plus à l’Ouest, la Volhynie et la région de Lviv, arguant que celles-ci sont constitutives de la Pologne authentique. Dans le Donbass, il est clair qu’un référendum non seulement entérinerait son autonomie, mais conduirait, selon la volonté populaire, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à un rattachement à la Russie, sans qu’il soit besoin de truquer les élections depuis Moscou. 

Partage de l’Ukraine selon les langues 

La mondialisation avait, au moins sur le plan de la rhétorique, pour ambition de rejeter vers l’arrière les questions frontières, en adhérant à des ensembles supranationaux, on pensait que cela suffirait pour éviter de se pencher à nouveau sur la question du tracé des frontières. Cela n’a pas été le cas, au contraire. Si en Ukraine on voit bien qu’une des raisons à la guerre est la volonté d’intégrer ce territoire à l’Union européenne et à l’OTAN, à l’inverse, c’est la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne qui a relancé la question des frontières avec l’Irlande, mais aussi la possibilité d’une indépendance de l’Ecosse. Il y a quelque chose d’illogique en Occident de réclamer la liberté pour les migrants et de demander au contraire de renforcer ces frontières pour faire face à une invasion russe. L’Union européenne manie un double langage : d’une part elle se dit totalement ouverte pour les flux de marchandises, puisqu’elle place la loi du marché au-dessus des frontières et des législations nationales, mais d’autre part elle nous raconte qu’il faut se renforcer en intégrant de nouveaux pays à son ensemble déjà fortement hétérogène. En intégrant de nouveaux arrivants dans l’ensemble européen, c’est une modification des frontières qui ne dit pas son nom, exactement comme quand l’OTAN augmente le nombre de ses bases autour de la Russie, ou comme quand la Crimée, Donetsk et Lougansk, réclament leur autonomie. On a suffisamment insisté sur le fait qu’au fil des années, les frontières de l’OTAN s’étaient élargies pour encercler la Russie, sans même parler des provocations incessantes que ce pays a subies. 

Expansion continue des frontières de l’OTAN 

Les exemples récents nous montrent que le réajustement des frontières est une constante de l’histoire humaine. Ce qui veut dire que l’espace géopolitique fonctionne à la fois avec la mise en place des frontières et avec son dépassement. C’est presqu’un fait de nature. Ces mouvements montrent que l’idée de fin de l’histoire qu’on a vendue aux imbéciles au début des années quatre-vingt-dix à travers l’ouvrage médiocre de Francis Fukuyana, The end History and the last man[9] reposait sur une très mauvaise lecture de Hegel[10]. Les mouvements de recomposition permanente des frontières est constitutif de l’Histoire. Les moyens de la recomposition de ces frontières sont plus ou moins lents, ils sont au moins au nombre de trois :

– politiques, des accords, des votes et des traités, par exemple quand l’Union européenne annexe à sa logique une nouvelle nation, ou quand les républiques du Donbass et la Crimée proclament unilatéralement leur indépendance. Les européistes qui critiquent si frénétiquement la rectification des frontières en Ukraine, trouvent tout à fait normal d’acheter quelques politicards véreux pour accroitre leur ère d’influence en intégrant de nouveaux pays à sa logique mortifère ;

– militaires, une armée intervient brutalement soit pour annexer une partie du territoire contre la volonté même de la population, comme ce fut le cas quand l’Allemagne par trois fois a prétendu annexer l’Alsace et la Lorraine ; 

 

–  économiques et démographiques, quand les échanges de marchandises ou les migrations recréent des relations transfrontalières, subies ou décidés. Les marges de la nation française ont toujours été très réticentes à accepter un excès de centralisation du pouvoir.

C’est une question qui est bien connue depuis longtemps et qui a alimenté au XVIIIème siècle le débat sur le protectionnisme. François Quesnay dans ses articles intitulé Grains et Fermiers, publiés en 1756 s’avance vers l’idée d’une libéralisation du commerce du blé, au motif que cela fera augmenter le prix du blé et que cela sera bon pour les fermiers et donc que cela ranimera l’agriculture française qui deviendra dominatrice et rendra dépendantes les autres nations[11]. Mais Ferdinando Galliani dans ses Dialogues sur le commerce des bleds[12], va montrer que l’ouverture des frontières modifie les formes spatiales du marché et si elle augmente le prix du blé pour les fermiers, elle va priver la France et donc les plus pauvres de cette denrée essentielle pour l’indépendance de la nation. L’abolition des frontières recrée un nouveau centre pour le commerce, plus à l’Est au détriment des populations françaises situées à la périphérie du royaume. Bien que les économistes d’aujourd’hui soient bien moins formés que les économistes du XVIIIème siècle à ce type de dialectique, certains se sont tout de même aperçus que l’appartenance à l’Union européenne, consolidée par la monnaie unique, présentait un inconvénient difficile à surmonter, se traduisant par un déficit commercial colossal et croissant avec l’Allemagne, et par une influence politique augmentée de Berlin[13].   

La logique des modifications des frontières repose très souvent sur une logique démographique. Les migrants dont on tolère et dont on justifie le viol permanent des frontières pour des raisons non pas de droit mais « humanitaires »[14], sont poussés par leur fécondité à s’éloigner de leurs pays d’origine pour chercher un sort meilleur. Mais la fécondité n’est pas la seule dimension de la démographie. La volonté des populations russophones du Donbass de se détacher de l’Ukraine repose sur la nécessité d’échapper aux brimades et aux discriminations qu’elles endurent de la part du pouvoir de Kiev, mais aussi sur les liens anciens familiaux et culturels qu’elles ont noués avec la Russie. Autrement dit elles ne veulent pas être coupées de ce qu’elles considèrent comme leurs racines. Chaque bloc démographique va avoir une lecture différente d’un conflit qui peut prendre des allures de guerre. Par exemple, lorsque les alliés ont débarqué en France, en Méditerranée, puis en Normandie, les pétainistes et les collaborateurs considéraient cela comme une agression, les autres comme une Libération. Le second bloc était plus nombreux et plus enthousiaste que le premier. Plus récemment, la presse occidentale a présenté la victoire des troupes russes à Marioupol comme un viol de la souveraineté ukrainienne, laissant entendre que les populations de cette ville étaient traumatisées par les exactions de l’armée russe. Mais plusieurs films qui ont circulé sur les réseaux Internet, montraient à l’inverse que les Russes étaient accueillis dans cette ville comme des libérateurs[15]. Dans le Donbass, et donc à Marioupol aussi, c’est le groupe qui considère les Russes comme des libérateurs qui est, et de loin le plus important. Il n’est pas question de dire ici que ces deux manières de voir une action militaire est équivalente dans un camp ou dans un autre, mais seulement de souligner que la logique du conflit dépend de la vision que les populations locales en ont. Les populations du Donbass qui luttent depuis 2014 contre les abus du pouvoir de Kiev, trouvent dans l’aide de l’armée russe une raison de se couper définitivement de l’Ukraine officielle. 

Les habitants de Marioupol accueillent les soldats russes comme des libérateurs 

Comme on le comprend, une défaite de l’OTAN et des Etats-Unis dans la guerre qu’ils ont entamée contre la Russie par Ukrainiens interposés, serait d’abord une défaite de la mondialisation et un retour, une consolidation, vers un souverainisme actif, donc un renouveau du fait national. Dans un article fort intéressant, Jacques Sapir expliquait comment les sanctions occidentales désordonnées qui ont très peu d’effet sur l’économie et la politique russe, poussent la Russie à recentrer son économie sur elle-même, mais aussi à modifier ses circuits d’échanges commerciaux, abandonnant l’Europe occidentale au profit de la Chine et de l’Inde qui ne jouent pas le jeu des sanctions[16]. Croyant enfermer la Russie dans une tenaille commerciale et financière, les Occidentaux au contraire travaillent à leur propre exclusion de l’espace mondial de la dynamique des échanges ! Il reste à espérer que la perspective de la défaite ne pousse pas les Etats-Unis et l’OTAN à transformer un conflit localisé en une nouvelle guerre mondiale.


[1] Sébastien Le Prestre de Vauban, Oisivetés, édition intégrale établie sous la direction de Michèle Virol, Champvallon, 2007

[2] Julia Lovell, La Guerre de l'opium, Buchet-Chastel, 2017

[3] Éric Dor, « Dette argentine : jusqu’où porte la juridiction autoproclamée de la justice américaine ? », Outre-Terre, vol. 43, no. 2, 2015, pp. 22-44

[4] https://www.afje.org/actualite/la-portee-extraterritoriale-des-sanctions-en-droit-et-en-fait--253

[5] https://www.nouvelobs.com/economie/20180403.OBS4588/affaire-alstom-general-electric-frederic-pierucci-l-homme-qui-en-sait-trop.html

[6] https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/extraterritorialite-du-droit-americain-l-europe-face-aux-etats-unis/

[7] Actes Sud, 2010.

[8] Joseph Stiglitz & Linda Bilmes, The Three Trillion Dollar War: The True Cost of the Iraq Conflict, W.W. Norton &

[9] Free Press, 1990, traduction en français sous le titre La fin de l’Histoire, Flammarion, 1992.

[10] FESSARD Gaston, SALES Michel, « Le problème de la fin de l’Histoire », dans, Hegel, le christianisme et l'histoire. sous la direction de FESSARD Gaston, SALES Michel. Presses Universitaires de France, 1990.

[11] Articles republiés dans François Quesnay. Œuvres économiques complètes et autres textes, INED, 1958, tome deux.

[12] Publiés par Denis Diderot en 1770 à Londres, sans nom d’auteur. Réédition en 1984 chez Fayard.

[13] https://www.cep.eu/eu-themen/details/cep/20-jahre-euro-verlierer-und-gewinner.html

[14] https://www.france24.com/fr/france/20210331-aide-aux-migrants-la-cour-de-cassation-relaxe-d%C3%A9finitivement-le-militant-c%C3%A9dric-herrou

[15] https://www.donbass-insider.com/fr/2022/05/17/la-vie-reprend-a-marioupol-des-ecoles-sont-ouvertes-aux-enfants/

[16] https://www.les-crises.fr/comprendre-les-dilemmes-de-l-economie-russe-aujourd-hui-jacques-sapir/

lundi 13 juin 2022

Elections législatives 2022, résultats et projections

  

Les éditorialistes commencent à présenter les résultats des législatives 2022 en discutant pour savoir si la NUPES est bien devant Ensemble ou si c’est l’inverse. Que ce soit sciemment ou non, c’est une erreur et une faute. Après avoir battu les records d’abstention à l’élection présidentielle, Macron met à son actif un nouveau record celui de l’abstention au 1er tour des législatives. La participation est extrêmement faible, moins de 50%, ce qui veut dire que la majorité des électeurs et pire encore des Français ne croient pas que de voter cela va changer quelque chose. Le scrutin ou le mode de scrutin est donc décidé illégitime par une majorité d’électeurs ! Mon sentiment est que les Français se préparent pour intervenir d’une manière plus combative dès que Macron va montrer le bout de son nez avec des réformes débiles comme il a le talent pour en élaborer et exciter le peuple contre lui. Mais je peux me tromper et que la révolte soit provoquée pour d’autres raisons, par exemple contre le prix record de l’essence à la pompe, voire par le retour de mesures coercitives pour lutter contre le retour du COVID et l’imposition d’une cinquième dose qui, on le sait, est dans les tuyaux. Mais revenons aux résultats. Le monde qui est pourtant un journal macronien, s’il ne s’attarde pas sur le niveau très élevé de l’abstention, nous dit que la NUPES est en tête devant Ensemble. La différence serait de 0,30%. Ce qui n’est rien du tout. Mais Darmanin qui va battre sans doute le record des grands menteurs politiciens de l’histoire de la République, nous dit que non, c’est Ensemble qui serait arrivé en tête. Pour cela le ministère de l’intérieur a enlevé de son décompte les candidats de gauche de Corse et d’Outre-Mer ! Voilà à quoi en est réduite la crapule macronienne, et les journalistes des médias dominants, sans le moindre scrupule, ont repris les mensonges de Darmanin. 

 

Mais cela n’est pas important, il est évident que ces deux ensembles hétéroclites sont au coude à coude. Le parti de la canaille présidentielle fait 26%, mettons, si je rapporte ce misérable résultat au nombre des électeurs, ça fait 12,2% !! On observe à peu de chose près la même chose pour Mélenchon et ses affidés. C’est bien peu. Outre que cela montre le peu d’appétence des Français pour Macron et son gang, on voit qu’il n'y en a guère plus pour Mélenchon. Seulement à partir de ces 12% Macron aura probablement une majorité relative et en s’alliant avec la droite affairiste, cosmopolite et européiste des LR arrivera à gouverner pour nous emmerder. Le parti Les Républicains en pleine déconfiture, fait, avec ses alliés, 11% des votes validés, mais si on rapporte ce pourcentage à la participation, cela veut dire que seulement un peu plus de 5 % des électeurs se sont portés vers ce parti. Et pourtant, ce parti, s’il arrive à avoir un groupe à l’Assemblée Nationale, va jouer le rôle d’un pivot indispensable et saura faire rémunérer ses services. Ce rôle de pivot plus ou moins bien vécu est le rôle des partis sur le déclin, comme par exemple le parti radical d’antan. 

 

Sur la base des projections qui ont été faites dimanche soir, il est assez peu probable que Macron obtienne une majorité absolue. On remarque cependant plusieurs choses :

– d’abord que les partis ne seront pas représentés proportionnellement à leur écho dans le pays. En effet, alors qu’au premier tour la NUPES est devant Ensemble, elle n’a aucune chance d’arriver à une majorité même relative,

– de même le Rassemblement National qui aux élections présidentielles arrivait en seconde position aura beaucoup moins de sièges de députés que Les Républicains !

– enfin que cette fiction selon laquelle Macron et son gang représentent le centre, va tomber forcément dans l’oubli, Macron c’est l’UMP et rien d’autre. Il suffit de voir qui compose son parti pour s’en convaincre.

Ce tableau nous montre qu’il est illusoire de croire que les bulletins de vote vont faire évoluer positivement la situation. Certes la détestation de Macron est à un niveau très élevée, mais son bloc est soudé, et les oppositions s’excluent elles-mêmes. Beaucoup voteront pour faire barrage au RN, d’autres voteront pour faire barrage à Mélenchon, on trouve une partie de la gauche qui est sur cette détestation du leader de la NUPES, moins pour son programme que pour l’abandon de l’idée de laïcité et de souveraineté. Autrement les singeries de Mélenchon qui permettent d’obtenir des bons scores dans les quartiers sensibles, et donc des députés, l’empêche d’élargir son électorat. Et donc son parti n’a pas de réserves de voix, excluant la possibilité pour les électeurs populaires du RN de voter pour ses candidats. C’est d’ailleurs cette impossibilité de réunir les oppositions dans les urnes qui obligera le peuple – les classes pauvres si vous voulez – à descendre dans la rue, parce que dans un combat frontal avec la canaille européiste et affairiste, comme l’ont montré les Gilets jaunes ou les antivax, la question de l’appartenance à telle ou telle boutique ne compte plus, on n’est pas freiné dans ce moment de fraternisation par une appartenance doctrinaire. 

 

Des nouvelles réjouissantes pourtant ont couronné ce premier tour, Éric Zemmour est éliminé à Saint-Tropez et son parti n’aura sans doute aucun représentant à l’assemblée, ce qui va sceller le sort de ce parti croupion, Reconquête ! qui malgré ses riches dotations financières n’a pas réussi à acheter des électeurs en assez grande quantité. Prendre les gens pour des imbéciles si c’est la caractéristique principale de la politicaillerie, c’est aussi un exercice qui a ses limites. Il s’était pourtant acheté une chemise de lin qui lui descendait jusqu’aux genoux pour tenter de jouer les jeunes vacanciers chez Brigitte Bardot. Il est très probable que ce parti n’ira pas bien loin et disparaitra à l’automne. On souhaite de ne plus entendre parler de cet histrion. Dans la foulée de la défaite de Zemmour on note aussi celle du louvoyant Guillaume Peltier qui en passant de LR à Reconquête ! a réussi à perdre son siège de député. Bravo à lui pour son flair politique ! Blanquer qui manifestement s’emmerdait à se présenter aux législatives a été récompensé pour son manque d’enthousiasme et s’en va à la retraite.  Mais vu l’individu qui le remplace à l’éducation nationale, boutique totalement malade, il n’est pas certain qu’on y ait gagné quelque chose.

jeudi 9 juin 2022

Annie Lacroix-Riz, La non-épuration en France, de 1943 aux années 1950, Armand Colin, 2019

  

Annie Riz-Lacroix est l’exact inverse d’Éric Zemmour, elle n’a aucune sympathie pour Vichy, c’est une communiste radicale, et dans la lignée des historiens marxistes, elle va faire une lecture en termes de luttes des classes, même si elle le fait dans le cadre national de défense de la patrie[1]. Elle a été souvent attaquée pour ses prises de position, c’est cependant une historienne qui travaille comme telle sur les archives, tandis que Zemmour pille les ouvrages des anciens collabos pour tenter de faire tenir droite une thèse pourrie et finalement anti-française qu’il essaie de faire croire originale. Annie Lacroix-Riz s’inscrit dans la droite ligne des historiens qui ont repris le flambeau pour démontrer que non seulement les Français n’avaient pas été massivement des collabos ou des pétainistes, mais qu’ils avaient su se réinventer pour lutter à la fois contre l’occupant et contre Vichy. N’oublions pas que l’Occupation si elle fuit douloureuse, elle n’a duré que quatre ans et que dans une France en ruine et divisée, il n’était pas si simple d’agir pour mettre les Allemands à la porte. En ce sens elle complète les travaux de l’historien Pierre Laborie[2] qui montraient comment le dénigrement systématique de la Résistance avait été construit dès le début des années cinquante par les débris du pétainisme vaincu. Trois idées moisies ont soutenu les thèses anti-résistancialistes :

– d’abord que la Résistance n’a servi à rien sur le plan militaire, et que les Français étaient massivement indifférents et pétainistes. Au mieux on leur accorde que le STO les auraient fait bouger dans le sens du refus, non par idéologie, mais par la volonté égoïste d’y échapper ;

– ensuite que les communistes seraient restés passifs jusqu’à ce que l’Allemagne attaque la Russie, et donc qu’ils ne seraient intervenus que pour appuyer le communisme stalinien et non pas pour défendre la patrie ;

– enfin que les vichysto-résistants, si chers à cet aventurier semi-instruit de Zemmour, auraient été finalement aussi importants que les gaullistes ou les communistes dans la volonté de bouter l’ennemi hors de nos frontières.

L’ensemble de ces points de vue est erroné et propulsé sur le devant de la scène depuis des décennies avec des intentions politiques extrêmement louches. Ça s’est fait méthodiquement, avec lenteur, pierre après pierre.  Ce n’est pas un hasard si le néo-pétainiste Zemmour s’est présenté aux élections présidentielles avec énormément d’argent pour le soutenir dans son entreprise[3]. Mais avant lui l’ancien collaborateur antisémite Michel Audiard avait travaillé à miner le résistancialisme, par exemple à travers des films assez écœurants comme Un taxi pour Tobrouk en 1961[4], ou dans un autre registre le film de Georges Lautner sorti la même année, Quand les tambours s’arrêteront. Alain Guérin a démontré qu’en réalité les communistes, quelles que soient les difficultés auxquelles ils ont dû faire face, et quelles que soient les raisons de l’attentisme de sa direction, se sont lancés dans la Résistance dès 1940[5]. La raison en est très simple, c’est que les communistes y étaient obligés parce qu’ils étaient pourchassés par Vichy et par les Allemands. 

Parmi les conséquences de ce positionnement idéologique qui ne repose sur rien, surnage périodiquement l’idée que l’épuration a été très sauvage, mais aussi qu’elle a été le fait de résistants de la dernière heure. Le plus souvent on prend comme exemple les femmes tondues à la Libération qui avaient pratiqué une collaboration horizontale, c’est le terme que les juges employaient pour en juger. Qu’il y ait eu des débordements, personnes ne pourrait le nier, et probablement il y a eu des règlements de comptes qui n’avaient rien à voir avec l’Occupation et la Libération. Mais ce n’est pas là l’essentiel. Annie Lacroix-Riz nous dit qu’il n’y a pas d’ouvrage sur cette question pourtant décisive de l’épuration. Elle s’emploie donc a en écrire un. En s’appuyant sur des archives, elle va montrer qu’en réalité il n’y a pas eu d’épuration véritable. 

Femmes tondues à la Libération 

Malgré les promesses gaullistes d’épurer tous ceux qui avaient travaillé contre la France et les Français, c’est resté lettre morte. La question est : pourquoi ? Pour le comprendre il faut partir des forces, des puissances qui ne voulaient pas de l’épuration. En premier lieu les Américains qui avaient moins la crainte du communisme en URSS que de voir le vaste marché européen échapper à leur contrôle. Ils incitèrent donc vivement les gaullistes à reconstituer les élites qui pourtant, en collaborant, avaient agi clairement contre le peuple. Il fallait donc faire en sorte que la propriété des moyens de production ne fut pas écornée dans son principe, défendre les actionnaires, même si quelques-uns, ayant moins d’entregent, n’échapperont pas à la purge. Reconstituer les élites cela voulait dire reconstruire une classe bourgeoise apte à reprendre la direction des affaires. Pour cela il fallait une police et une justice. Qu’importe si une grande partie de ces corps avait failli. Parmi la crapule recyclée à des postes importants, on retrouve du reste un certain nombre de louches individus qui vont ensuite dans la continuité de leur pétainisme natif travailler la main dans la main avec les Boches à la construction européenne sous l’étroite surveillance des Américains[6], ceux de la CIA notamment qui n’avaient jamais cessé d’avoir des accointances avec les pétainistes comme avec les nazis. Le prétexte était tout trouvé de combattre le communiste qui menaçait d’envahir l’Europe sous les ordres de Staline. Sur le plan politique on activa une alliance entre la droite et la gauche non communiste et on mena à bien la fracture de la CGT, la CGT-FO devenant l’obligé des fonds de la CIA. Tout cela est bien connu. On voit que dans ce contexte, pour faire passer la pilule, on inventa la nécessité d’un Plan Marshall dont l’utilité n’est pas évidente pour la reconstruction. Annie Lacroix-Riz avance que quand le Plan Marshall est arrivé enfin, la reconstruction était quasiment achevée et la croissance économique filait un train qui n’avait pas besoin de financements extérieurs. C’était donc une logique de classe qui craignait qu’après la Libération un véritable changement de système économique et social n’advienne en Europe. C’est pourquoi la bourgeoisie et Georges Bidault en tête firent en sorte de vider au maximum le contenu subversif du programme du CNR. Mais évidemment les espérances étaient très fortes, les partis communistes en France et en Italie étaient très puissants, il fallait bien faire des concessions pour remettre en route la machine économique. Mais la patience est une des grandes caractéristiques du système capitaliste qui peu à peu, disons de 1967 et des premières réformes de la Sécurité sociale initiées par le banquier non-résistant Georges Pompidou, jusqu’à la mise en pièce de tout le système de protection du travail et des travailleurs par le sinistre Macron, a pratiquement détruit toutes les avancées de la Libération au point que notre système économique et sociale en s’inscrivant dans la logique européiste et dans la mondialisation, n’a plus de particularité singulière et est aligné totalement sur le modèle américain. Voilà pour la logique. Ce point de vue est très convaincant, mais il ne suffit pas que cela soit logique et compréhensible par le commun, il faut encore procéder à une démonstration en s’appuyant sur des faits précis. C’est ce à quoi serviront les archives qu’Annie Lacroix-Riz a sollicitées. Il va de soi qu’étant communiste elle avait un solide a priori. Comme moi j’en ai un, celui que j’ai hérité de ma famille, aussi bien du côté de mon père que de ma mère, avait deux caractéristiques : d’abord elle était prolétaire, ensuite elle avait été totalement du côté anti-boche. Mais les hypothèses existent d’abord pour être confirmées ou invalidées par les faits. En ce qui concerne notre sujet, il ne s’agit pas de prendre des exemples au hasard qui peuvent isolément convenir à une thèse, mais d’unifier la lecture à travers la répétition de conduites anti-épurationistes. 

Les grands blanchisseurs de collabos, de gauche à droite, François de Menthon, Pierre-Henri Teitgen et Maurice Schumann 

Elle va donc prendre trois grands corps qui n’ont seulement n’ont pas été épurés, mais qui ont organisé la non-épuration. Il y a d’abord la justice. Les mêmes juges qui durant l’Occupation envoyaient sans broncher les Résistants à la guillotine, ces mêmes juges qui étaient ouvertement pour Pétain, qui étaient notoirement antisémites, allaient être chargés de l’épuration. C’est un peu comme si on demandait à des gangsters de juger les membres de leurs gangs. Annie Lacroix-Riz décrit précisément la technique de la non épuration : d’abord faire trainer les dossiers, ensuite faire disparaitre ou ne pas prendre en compte les pièces les plus significatives du dossier, ensuite dépayser les affaires les plus chaudes et les renvoyer vers Paris où le climat pour les juger était plus favorable à la canaille collaborationniste. Dans le même mouvement, ces juges en bois brut qui avaient eu l’échine très souple sous Pétain, se permettaient de juger des FFI ou des FTP en requalifiant des faits qui relevaient de la logique de la guerre contre l’occupant comme contre les collaborateurs et la milice, comme des faits de droit commun. Au nom de l’Etat de droit il fallait imposer une nouvelle justice de classe contre une justice populaire. Mais comme les juges avaient une tendance à blanchir trop ouvertement des collaborateurs qui avaient du sang de Résistants sur les mains, cela entrainait des mouvements spontanés contre cette justice pourrie. Certains ont voulu faire passer cela pour de la sauvagerie « épurationnelle », mais Annie Lacroix-Riz montre qu’il n’en est rien. On remarque que les ministres de la justice, que ce soit De Menthon – dont le fils est le mari de Marisol Touraine – ou Teitgen, accordaient plus facilement des promotions et de l’avancement, tandis que les quelques juges qui avaient résisté ou qui tentaient de poursuivre correctement les collabos voyaient à l’inverse leur carrière stagner, ce qui montre bien que cette non-épuration. 

De grands non-épurés, à gauche Marcel Déat, à droite le collaborateur Jean Prouvost avec le banquier de chez Rothschild, Georges Pompidou 

La police fut un corps particulièrement peu touché par l’épuration. Il est vrai que très peu d’entre eux avaient résisté, sauf en 1944 quand les carottes étaient cuites. Ils aidèrent ensuite les juges à faire disparaitre des dossiers compromettants, mais ils savaient aussi se faire rémunérer pour ces services. En bon français on appelle cela du chantage. Et Annie Lacroix-Riz donne précisément les tarifs pratiqués à cette occasion. Et encore beaucoup de choses lui échappent, puisqu’en effet en se baladant dans les archives elle a bien compris que de nombreux dossiers avaient été vidés de leur contenu. La Chancellerie était prévoyante et ne voulaient pas que ses magouilles vinssent un jour devant l’opinion. Dans l’ombre veillait aussi l’Eglise qui a été un grand outil d’évasion pour les nazis et les collaborateurs. Dans quel but ? On pourrait dire que l’Eglise a toujours été du côté des puissants et contre le peuple et que son travail lui donne la possibilité d’endoctriner le peuple pour consolider les pouvoirs en place. La religion n’est pas seulement l’opium du peuple, c’est une partie du pouvoir. Mais tous ces gens qui risquaient d’être épurés eurent aussi le soutien des grands avocats, vous me direz que c’est bien le rôle d’un avocat que d’essayer de défendre au mieux son client, c’est moins évident quand de fait le parquet marche la main dans la main avec les avocats.  

C’est un ouvrage de très grande qualité mais dont la densité des faits rapportés le rend difficile à lire parce qu’il y a un effet de répétition qui ne peut pas être évité parce qu’il faut justement démontrer que ceux qui sont passés à travers l’épuration ne sont pas des cas isolés, ils ont été protégés par un système. Elle montre au fil des pages que le cas de Maurice Papon qui malgré ses exactions contre les Juifs ne fut jamais viré de la préfectorale n'est pas un cas isolé. Elle évoque le cas de Maurice Couve de Murville, grand bourgeois passé du pétainisme actif au gaullisme de circonstance. Le passage le plus révoltant est sans doute les cas de Jean Multon et de René Hardy. Ce dernier était un traitre notoire qui travaillait pour les Allemands à qui il vendra avec l’autorisation de ses chefs dans la Résistance Jean Moulin. La responsabilité d’Henry Fresnay est dans l’affaire accablante, mais on mit des années à juger René Hardy, alors que les preuves de ses forfaits étaient connues à Alger depuis 1943. Par contre si le procès de René Hardy traina en longueur, celui de Jean Multon qui avait été retourné par Dunker fut expédié très rapidement et il fut tout aussi rapidement exécuté, sans doute craignait-on qu’il remette en question toute une partie du processus de recyclage de la canaille collaborationniste. 

René Hardy a trahi, mais il sera acquitté, bien aidé par Maurice Garçon

Pour ma part je n’ai aucune réserve à faire sur cet ouvrage, et même les invectives qu’elle adresse aux inconséquences des gaullistes me conviennent. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois ni la dernière qu’on rencontre des contradictions chez le général de Gaulle. Qu’avait-il à faire d’engager Pompidou le non-résistant ou encore le pétainiste Couve de Murville comme premiers ministres ? Il ne sera pas plus clair dans la conduite de l’indépendance de l’Algérie. Elle a un grand avantage méthodologique sur beaucoup de ses confrères historiens, elle recherche la continuité en utilisant un temps assez long pour lui éviter de tomber sur des particularismes qui permettent de soutenir à peu près n’importe quelle thèse et qui laisserait croire que l’Histoire est une affaire d’opinion. Son livre a eu un grand succès, et c’est tant mieux. Des pointilleux lui ont reproché d’utiliser les mots de Synarchie ou de synarque. Je ne connais pas beaucoup le débat sur cette question, je sais seulement que ces mots ont permis à une tendance du pétainisme de lutter contre une autre tendance. Mais Annie Lacroix-Riz utilise ces termes sous lesquels elle désigne des gens comme Henry Fresnay, Gaston Palewski, Louis Joxe ou encore le colonel Passy pour renforcer la continuité d’une classe sociale qui se moque de la démocratie comme de sa première chemise et qui s’accommode d’une collaboration entre la fausse gauche et la vraie droite[7]. Elle a surtout été critiquée sur ce point précis par l’historien Olivier Dard qui supporte difficilement qu’on s’en prenne au patronat en tant que classe, avançant qu’il s’agit là d’un discours conspirationniste[8]. Il avait été précédé sur ce point par l’ancien pétainiste Alfred Sauvy[9]. Notez que dans l’interview d’elle déjà citée, elle s’appuie sur des notes des Renseignements Généraux qui datent de 1945 et 1946 et qui donnent des noms en ce qui concerne les fondateurs de la Synarchie.



[1] Elle est membre du PRCF de Georges Gastaud, parti qui tente de maintenir une ligne bolchévique dans un cadre national.

[2] Le chagrin et le venin, Bayard, 2011.

[3] https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/02/02/payant-ces-liens-dargententre-zemmour-et-la-caste-mondialisee-qui-nous-embarrassent/?fbclid=IwAR03VC4Q6CQNBSrX5FZeqO_zsnO79LsgGk4JqWfSmO6ubSSlqoIaE1FVSss

[4] Voir le dossier concocté par la revue Temps noir n° 20, 2017, où on comprend qu’il a pu obtenir un certificat de résistance très tardivement probablement en l’achetant.

[5] Alain Guérin, Chronique de la Résistance, Club du livre Diderot, 5 volumes, plus un de fac-similés, 1988.

[6] Annie Lacroix-Riz a développé ce point de vue dans Aux origines du carcan européen, 1900-1960, Delga, 2014.

[7] https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/270216/interview-d-annie-lacroix-riz-sur-la-synarchie

[8] La synarchie ou le mythe du complot permanent, Perrin, 1998.

[9] De la rumeur à l’histoire, Bordas, 1985.

lundi 6 juin 2022

La situation en Ukraine

 

Joe Biden, le 31 mai 2022 

Alors que l’armée ukrainienne dans le Donbass est au bord de l’effondrement ainsi que le confirme le journal de propagande otanienne Le monde, même si ses journalistes affirment que l’issue de la guerre n’est pas prévisible[1], les solutions ne sont pas très nombreuses, ni très compliquées à comprendre. Soit les Occidentaux continuent à livrer seulement de l’armement, soit ils s’engagent vraiment dans la guerre avec leurs soldats et leurs propres armes. S’ils se contentent seulement de livrer des armes, alors la guerre va vite se terminer, disons avant la fin de l’été pour être prudent, alors que le Donbass est proche d’une libération totale, même si la bataille pour Severodonestk ne sera pas facile à gagner. La seule chose qui peut sauver le pouvoir chaotique de Zelensky, voué à la représentation spectaculaire par voie de visioconférences, est l’intervention d’un contingent extérieur, notamment d’une aviation qui puisse contester la maitrise du ciel aux Russes. Mais Joe Biden dont les échéances électorales qui se profilent pour novembre ne sont pas enthousiasmantes pour son camp, vient de dire deux choses importantes :

– d’abord que les Etats-Unis n’étaient pas en guerre contre la Russie[2], et donc que s’il voulait bien aider les Ukrainiens en leur donnant des armes, son engagement n’irait pas au-delà de la parade militaire aux frontières de l’OTAN ;

– ensuite qu’il n’était pas question de donner des armes à longue portée aux Ukrainiens car celles-ci pourraient les amener à bombarder des villes russes par-delà les frontières, ce que font déjà les soldats ukrainiens, mais avec une efficacité très limitée, et donc Joe Biden ne veut pas que les Etats-Unis soient considérés comme co-belligérants[3].

Certes, on connait la fourberie des Américains en matière d’annonce. Mais il semble bien qu’ils veuillent maintenant sortir de cette situation ruineuse pour tour le monde, y compris pour les Occidentaux. D’autant que les livraisons d’armes à l’armée ukrainienne sont compliquées et inefficaces. Compliquées parce qu’une partie de ces livraisons n’arrive jamais à destination, soit parce qu’elle est détournée, soit parce qu’elle rencontre des difficultés pour traverser des voies de communication à moitié détruites en Ukraine. Inefficaces, parce que ce n’est pas le tout d’avoir des armes, encore faut-il avoir le matériel humain pour s’en servir. Les soldats ukrainiens sont plus que démoralisés, on a parlé non seulement de désertions massives, mais aussi d’incidents entre Zelensky et l’état-major de l’armée ukrainienne qui se refuse à continuer à servir de chair à canon, sans perspective sérieuse. 

Charles Michel dans une posture d’abandon au sommet de Bruxelles le 31 mai 2022 

Les visioconférences de Zelensky ont fini par lasser tout le monde, on le voit dans le fait que si les « Européens » affichent face à l’opinion une volonté de sanctionner encore un peu plus les Russes, dans les faits ils sont incapables d’aller plus loin, c’est-à-dire de se passer du gaz et du pétrole russe. Au grand dam du journal va-t-en-guerre Le monde qui a parié sur la victoire des troupes ukrainiennes dans le Donbass, Charles Michel a annoncé que les Européens allaient bien se passer du gaz et du pétrole russe, mais plus tard, et dans le plus grand désordre[4]. Bref, ils vont le faire, mais ils ne savent pas trop ni quand, ni comment. La confusion a été encore plus grande avec la déclaration de l’ineffable Ursula von der Leyen qui a avancé que si on continuait à acheter du gaz et du pétrole russe, c’était pour empêcher que les cours ne s’envolent et que cela ne profite aux Russes[5] ! C’est le genre de déclaration ubuesque qui montre :

1. que les Européens sont désunis et ne savent pas du tout où ils vont, ils n’ont pas de cap, ni de plan de rechange. Ils attendent que ça se passe, en faisant le minimum de ce que demande les Etats-Unis ;

2. qu’au fond ils sont prêts à abandonner Zelensky et le Donbass russophone pour peu qu’ils obtiennent en échange la possibilité de faire des affaires dans la reconstruction inévitable de l’Ukraine. Mais ils feront ce que leur demande les Etats-Unis, même si c’est en trainant les pieds comme le fait l’Allemagne d’Olaf Scholz qui livre des armes au compte-gouttes. Même les Polonais qui aimeraient bien mettre la main sur une partie de l’Ukraine et qui ne livrent que des avions de chasse complètement obsolètes.  

Les Suisses qui avaient déjà refusé à l’Allemagne l’autorisation de livrer à l’Ukraine des armes fabriquées en Suisse, a confirmé ce même refus au Danemark[6]. Les Suisses invoquent évidemment leur statut particulier de neutralité. Vous me dire pourquoi les Suisses vendent ils des armes si c’est pour interdire aux acheteurs de s’en servir. Evidemment cette posture de neutralité de la Suisse soulage aussi bien la Suisse que le Danemark, deux pays qui ont déjà manifesté des réticences à soutenir le jusqu’auboutisme de l’OTAN. Mais c’est également en Suisse, à Davos précisément qu’à travers une visioconférence, c’est à la mode, Henri Kissinger qui n’est pas le premier venu en matière de diplomatie et de géopolitique, a avancé que l’Ukraine devrait faire son deuil de la Crimée et du Donbass[7]. C’est selon lui le seul chemin de la paix dans cette région. La poursuite de la guerre sera ruineuse pour tout le monde. Si l’armée ukrainienne sur le terrain voit ses positions s’effriter, à l’extérieur, le front occidental est en train de se fissurer. 

En Occident les médias dominants chantent la chanson suivante, la guerre a commencé par une agression russe le 24 février 2022, et donc l’armée ukrainienne défend le Donbass. La réalité est tout à fait différente, il faut commencer par comprendre que la guerre a commencé en 2014 quand l’armée ukrainienne a commencé à bombarder les populations sécessionnistes du Donbass qui refusaient de se soumettre à la dictature de Kiev. Et la majeure partie de ses habitants souhaitait l’arrivée des Russes qui sont très bien accueillis, considérant qu’il s’agit d’une guerre de Libération[8]. On l’a vu à Marioupol, l’armée russe a été très bien accueillie par les habitants qui considéraient qu’elle les avait libérés de leur prise en otage. C’est un sujet très important, c’est comme si on disait – et les pétainistes et les nazis le disaient – que les alliés furent mal accueillis en France comme des armées d’occupation. Ce n’était pas le cas, même si ici et là on  avait déploré l’imprécision des bombardements américains qui firent beaucoup de dégâts à Marseille. Ces témoignages nombreux ne sont pas repris par les médias dominants occidentaux. Il faut se donner du mal pour contourner la censure et les trouver. Mais ils existent en nombre. Sur le terrain, la ville de Severodonestk est maintenant tombée, après Krasni Liman. Une des preuves de la déconfiture de l’armée ukrainienne est qu’elle accélère le bombardement des civils du Donbass avec des morts civils, des femmes, des enfants, les médias occidentaux préférant oublier ce massacre qui tôt ou tard reviendra sur le devant de la scène comme une preuve de crimes de guerre commis par l’armée ukrainienne contre ce qu’elle dit considérer comme sa propre population[9]. En Occident on préfère pleurer le journaliste de BFMTV. Certes on comprend qu’on puisse le déplorer, mais il serait peut-être bon de rappeler deux choses :

– d’abord que les dégâts collatéraux sont, en tant de guerre, malheureusement inévitables, et on ne voit pas pourquoi la mort d’un journaliste serait plus à déplorer que celle d’un enfant ou d’un vieillard ;

– ensuite que les circonstances de cette mort sont documentées d’une manière tronquée, il semble que ce journaliste n’était pas dans un convoi humanitaire, et que son véhicule ne portait pas de signalisation stipulant qu’il s’agissait de la presse. Ce qui n’empêche pas de déplorer cette mort, mais cela ne doit pas être confondu avec un crime de guerre comme certains tentent de le faire croire. 

Mira, 3 ans, tombée sous le feu des armes de l’OTAN via Erwan Castel 

Par ailleurs de plus en plus de voix s’inquiètent des crimes de guerre de l’armée ukrainienne, selon les ONG, certains de ces droits ont été bafoués depuis le début du conflit. En mars, Human Rights Watch avait demandé à l’Ukraine de cesser de mettre en scène les prisonniers de guerre russe qui se repentaient devant les médias. L’initiative de Kiev lui avait aussi valu un rappel à l’ordre du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). HRW a également appelé Kiev à enquêter sur de potentiels « crimes de guerre » envers les prisonniers russes, à la suite de la diffusion d’images semblant montrer des soldats ukrainiens leur tirant dans les jambes. Par ailleurs il semble bien qu’un véritable charnier ait été découvert à Marioupol, œuvre des militaires ukrainiens qui étaient chargés de terroriser les habitants de la ville[10]. Le maire local, Konstantin Ivaschenko, a déclaré à RIA Novosti que la fosse commune avait été découverte dans l'un des cimetières de la ville, un territoire qui, a-t-il confirmé, était contrôlé par des nationalistes ukrainiens, comme le régiment Azov. « Selon les déclarations des résidents locaux, des voitures sont arrivées dans cette partie en mars, et les hommes en uniforme ont sorti les corps pour les mettre dans les tranchées précédemment creusées », a déclaré Iváschenko. De nouveaux témoignages sont venus nourrir l’idée selon laquelle l’armée ukrainienne en perte de vitesse face à l’armée de la RPD et l’armée russe, vise volontairement les zones résidentielles des villes du Donbass, ce que taisent toujours les médias occidentaux qui préfèrent laisser croire que la guerre se joue entre les Ukrainiens et les envahisseurs russes. Alors que si l’OTAN cherche bien la guerre avec la Russie, l’origine du conflit est la guerre civile entamée par Kiev contre les populations sécessionnistes du Donbass. Il faut chercher pour trouver de la documentation sur les crimes de guerre de l’armée ukrainienne, la censure occidentale fait bien son travail, mais on trouve tout de même, même si on aimerait un peu plus d’objectivité des médias occidentaux qui se présentent comme de simples propagandistes de l’OTAN[11], sans retenue et sans recul. Faire croire qu’un seul camp pratiquerait de la sauvagerie – en l’occurrence les Russes – relève d’un double mensonge :

– d’abord parce que cela signifierait que les Russes sont des humains à part, très différents des Ukrainiens, et cela aboutirait à une forme de racisme hors de saison ;

– ensuite parce que ce serait méconnaitre les conséquences d’une guerre sur le moral et les pulsions des militaires, qu’ils soient russes, ukrainiens ou autre chose. 

L’hôpital de Volonovakha 

Il est extrêmement douteux que l’armée ukrainienne soit bien moins criminelle que l’armée russe, notamment parce que l’armée ukrainienne a pris l’habitude depuis 2014 de bombarder les Ukrainiens de l’Est du pays pour les soumettre et les punir de vouloir faire sécession avec Kiev et son gouvernement corrompu. Autrement dit punir les populations russophones civiles du Donbass fait partie du programme militaire. L’hôpital de Volnovakha, dans la région de Donetsk (Donbass, Ukraine). La ville a été le lieu d'intenses combats entre l'armée ukrainienne et l'armée de la République de Donetsk, appuyée par l'armée russe. Dans les décombres de l'établissement, on a trouvé un exemplaire des lanceurs de missiles NLAW, de fabrication suédoise, et livrés à l'Ukraine par le Royaume Uni. Ce qui fait clairement du Royaume Uni un cobelligérant. Il n’y a pas que des hôpitaux qui ont été victimes des tirs de l’armée régulière ukrainienne, des écoles ont été également détruites dans le Donbass, ce qui équivaut à un crime de guerre[12]. Mais les médias occidentaux n’en parlent pas et préfèrent mettre en avant seulement les débordements de l’armée russe. Mais comme ces crimes de guerres sont « documentés » par le gouvernement fantoche de Zelensky, leur mise en scène apparait très douteuse. Loin de moi cependant de dire que seuls les militaires ukrainiens sont capables d’atrocités, les militaires sont des militaires n’est-ce pas. Ce que je conteste c’est deux choses :

– d’une part de laisser croire que l’armée russe est plus sauvage que l’armée ukrainienne dans son comportement envers les populations, et on a vu que les soldats russes étaient plutôt bien accueillis dans le Donbass, comme des libérateurs ;

– d’autre part de cacher les crimes de guerre commis par l’armée ukrainienne.

De la même manière, de nombreuses accusations de viols de la part de la soldatesque russe se sont révélées plutôt fantaisistes et ont donné lieu à des controverses empoisonnées[13]. C’est toujours un des éléments de la propagande que d’accuser les armées ennemies des crimes les plus abominables. Le bombardement de Butcha en fait partie, alors même qu’on n’est pas très au clair sur l’origine de ce bombardement. 

Vidéo projetée sur les murs de l’ambassade étatsunienne à Moscou 

En Russie le 31 mai 2022, c’était la journée des enfants. A cette occasion, des militants ont projeté sur les murs de l’ambassade étatsunienne de Moscou des photos d’enfants décédés suite aux bombardements intensifs des forces ukrainiennes dans le Donbass[14]. Cette vidéo fut rapidement enlevée et remplacée par des images du très vieux Joe Biden !


[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/31/guerre-en-ukraine-dans-le-donbass-l-imprevisible-issue-de-l-offensive-de-moscou_6128328_3210.html

[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/01/joe-biden-justifie-le-renforcement-de-l-aide-militaire-a-l-ukraine-mais-refute-vouloir-une-guerre-avec-la-russie_6128438_3210.html

[3] https://www.liberation.fr/international/europe/en-direct-guerre-en-ukraine-retrouvez-les-dernieres-informations-sur-le-61e-jour-de-linvasion-russe-20220425_HZZR3ZLGJNH7DEBK2FGVNVG3DE/

[4] https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/01/les-europeens-doutent-de-pouvoir-decider-rapidement-d-un-embargo-sur-le-gaz-russe_6128429_3210.html

[5] https://lemediaen442.fr/ursula-von-der-leyen-debloque-et-shumilie-nous-devons-acheter-du-petrole-russe-pour-combattre-poutine/

[6] https://www.lefigaro.fr/international/la-suisse-refuse-le-transfert-d-armes-et-de-blindes-a-l-ukraine-20220603

[7] https://www.nytimes.com/2022/05/25/world/europe/henry-kissinger-ukraine-russia-davos.html

[8] https://www.youtube.com/watch?v=785LEGht29s

[9] https://alawata-rebellion.blogspot.com/2022/05/le-massacre-des-innocents-continue.html

[10] https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/05/25/ucrania-descubren-en-mariupol-una-fosa-comun-creada-bajo-el-control-ucraniano-y-con-restos-de-centenares-de-personas/

[11] https://www.donbass-insider.com/fr/2022/05/31/rpd-les-habitants-de-svetlodarsk-racontent-les-vols-et-viols-commis-par-les-soldats-ukrainiens/

[12] https://russiepolitics.blogspot.com/2022/05/ces-ecoles-eventrees-de-donetsk-qui.html#more

[13] https://arretsurinfo.ch/les-accusations-de-viol-contre-les-troupes-russes-en-ukraine-etaient-fausses/

[14] https://news.rambler.ru/incidents/48754092-video-s-pogibshimi-detmi-donbassa-sproetsirovali-na-posolstvo-ssha/

jeudi 2 juin 2022

Une nouvelle fusillade au Texas et le commerce des armes

  

Une horrible fusillade vient d’endeuiller le Texas, le bilan est de 23 victimes, dont 19 enfants, deux enseignants, une grand-mère et le tueur, un latino du nom de Salvador Ramos qui était semble-t-il âgé de 18 ans. L’émotion est plus que légitime. Mais ce type de tuerie est tellement récurrent qu’on n’y fait presque plus attention. Cette fois c’est un latino, ce n’est pas un suprémaciste blanc, ce qui montre que ces meurtres ne sont pas le résultat d’une idéologie d’extrême-droite, il s’agit d’un mal beaucoup plus profond. Mais les enfants morts sont les mêmes, ce n’est pas l’œuvre d’un fou, une pièce rapportée au système démocratique américain, c’est une tuerie exemplaire de ce que sont, de ce qu’ont toujours été les Etats-Unis. Une ONG avançait au moment de la tuerie d’Uvalde, qui s’est passée 10 jours seulement après celle de Buffalo, que jamais il n’y avait eu autant de tueries de masse aux Etats-Unis qu’en 2022, il y en a eu exactement 222[1] ! L’année 2022 sera probablement un grand cru en matière de tueries de masse. On peut presque parler de guerre civile. Regardons les choses froidement, les Etats-Unis sont un pays extrêmement violent, ils sont nés dans la violence et l’entretiennent, non seulement chez eux, mais ils l’exportent chez les autres. Ce qui ne les empêche en rien de faire la morale au monde entier pour apporter la paix et la démocratie. Mais avant de faire la morale aux autres, il faut toujours balayer devant sa porte. Quand j’étais jeune, je lisais dans le journal – on n’avait pas de télévision, et encore moins de réseaux sociaux – les assassinats réguliers de noirs américains perpétrés par le genre Ku Klux Klan. C’était un spectacle de choix qui attirait du monde. On allait voir pendre des nègres comme on allait au cinéma. C’était un spectacle saignant, un peu comme la corrida, du reste les Klanistes se déguisaient pour exercer ce rôle de démons à qui on avait lâché la bride sur le cou. L‘Amérique qui avait fait venir des Africains en esclavage, aimait bien les assassiner aussi, histoire de justifier le fait qu’on les ait fait venir pour s’en amuser. Pourquoi s’en prendre au peuple à la peau noire ? C’était en réalité la continuation du génocide des Amérindiens comme on dit aujourd’hui. Ceux-là avaient la peau rouge, et en les tuant, en leur volant leurs terres, leur culture et leurs racines, on ne les tolérait plus que pour amuser les touristes avec des costumes et des danses folkloriques. Comme on le comprend la violence aux Etats-Unis a toujours été mise en spectacle. Je ne suis pas amérindien, mais cette cause très oubliée surtout en Europe où on se range derrière la bannière américaine de l’OTAN pour faire la guerre par ukrainiens interposés à la barbarie russe, m’a toujours choquée, aussi loin qu’il m’en souvienne, et d’abord je dirais dans les westerns anti-indiens, avec John Wayne comme figure « héroïque » principale de ce massacre honteux. 

Spectacle dans le Sud des Etats-Unis auquel on assistait en famille jusque dans les années soixante 

Aujourd’hui qu’il n’y a plus beaucoup d’hommes à la peau rouge, et que les noirs risquent un petit peu moins leur peau – encore que l’affaire George Floyd a relancé ce débat résiduel – la nouvelle cible de la haine américaine, en dehors des Russes et des Chinois, ce sont les gosses, les écoliers. Pourquoi les tue-t-on ? Contrairement à ce que nous dise les éditorialistes des deux côtés de l’Atlantique, ce n’est pas le commerce des armes qui tue. C’est à l’inverse ce qui justifie le commerce des armes. La société américaine est une société violente fondée dans ses principes sur le meurtre et le vol. Les contestataires sont périodiquement éliminés, d’une manière ou d’un autre. S’il n’y a jamais eu de mouvement ouvrier puissant dans ce pays que Marx pensait être le premier qui passerait au socialisme, ce n’est pas que l’envie en manquait, mais c’est que ce mouvement naissant a dû faire face à des meurtres de masse. Aurait-on oublié que l’Amérique d’aujourd’hui est la continuation de ces meurtres ? Vous me direz que tout cela n’a rien à voir avec des meurtres dans des écoles. Et je vous répondrais que vous vous trompez lourdement. En cultivant la haine de soi et la haine de l’autre, ces tensions justifie le commerce des armes et son usage comme solution à toutes les frustrations. Mais alors pourquoi s’en prendre à l’école ? Parce que les meurtriers qu’ils soient latinos ou suprémacistes blancs, reflète l’effondrement du système éducatif étatsunien. Il y a cent ans, les Etats-Unis misaient tout sur l’éducation, ils produisaient en masse des intellectuels, des ingénieurs, des mathématiciens, des médecins. Aujourd’hui ils ne produisent plus que des traders et des avocats tous plus cupides les uns que les autres, tous peu soucieux du bien public, mais habités forcément d’une violence prédatrice qu’ils exercent par personne interposée. 

Salvador Ramos, le tueur âgé de 18 ans 

Ce pays est sans espoir, Trump avait raison, il faut l’enfermer derrière un mur très haut et empêcher ses soldats et ses banquiers de sortir, le monde ne s’en portera que mieux. Les belles âmes qui demandent périodiquement à Clinton, à Bush, à Obama, à Trump ou à Biden d’interdire les armes, oublient pourtant que cet accès des citoyens à un armement parfois très lourd est le symétrique du commerce des armes des Américains à travers le monde. C’est le complément du système militaro-industriel. A l’intérieur de leurs frontières les Etats-Unis poursuivent les guerres qu’ils allument aux quatre coins de la planète et qui leur rapportent beaucoup d’argent. C’est ce que Thomas Hobbes appelait la guerre de tous contre tous, c’est l’essence même du système libéral. Ainsi il vient qu’interdire le commerce des armes sur le sol étatsunien devrait être accompagné pour être crédible d’une désescalade des Etats-Unis dans la production et la vente d’armement. La rhétorique de la force que les Etats-Unis proposent au monde entier se transmet par contamination comme un virus à l’ensemble de ses territoires. Pour que les Etats-Unis commencent à évoluer enfin vers la civilisation et sortent de la préhistoire, il faudrait qu’ils commencent par réfléchir à rester chez eux, et ainsi ils pourraient s’occuper de recréer du lien social entre ses citoyens, ce qui peut-être permettrait à terme de ralentir cette course à la violence armée. Mais sortir d’une culture de la haine est une entreprise difficile, probablement au-dessus des forces de la classe politique américaine. En attendant les Etats-Unis nous offrent le portrait d’un pays totalement décérébré et en décomposition rapide face aux reculs de l’Empire. Je pense qu’il est impossible de distinguer cette maladie américaine de s’assassiner entre soi, d’avec l’agressivité de cette nation vis-à-vis du reste du monde. L’impuissance des gouvernements qui se succèdent aux Etats-Unis à mettre un terme à la progression de cette guerre civile larvée, en dit long sur la fin finale de cette nation qui s’est crue au-dessus de tout le reste du monde parce que chez eux tout le monde prie ! C’est le en même temps capitaliste, d’un côté on prêche la morale sur fond de religion, et de l’autre on produit des monstres que ceux-ci soient des tueurs en série, des militaires ou des politiciens. Et c’est ce pays qui voudrait unifier le monde sur ses valeurs morales ! Ils y arrivent partiellement. Et sans que nous ayons atteint encore le degré de déliquescence morale des Etats-Unis, nous suivons le même chemin, que ce soit pour aller faire la guerre en Ukraine ou pour produire des tueurs. Quand nous en manquons, et bien, nous les importons ! On ne reste pas trop longtemps sans qu’un islamiste assassine, ici un policier, là un vieillard juif handicapé[2]. On s’habitue à tout, et maintenant ces meurtres récurrents font partie de notre culture et de notre environnement. C’est bien ce que nous révèle le procès des attentats de 2015. 

 

A quoi bon juger si on est incapable de prendre des mesures pour que ces meurtres deviennent moins nombreux. L’idiot du village qui prétend être notre président nomme un semi-intellectuel racialiste, wokiste, à la tête du ministère de l’éducation nationale histoire de mettre encore un peu plus de l’huile sur le feu, et, ultime provocation, celui-ci s’en va visiter le collège où officiait le malheureux Samuel Paty. Son assassin n’avait pas besoin d’avoir le droit de porter ou d’acheter une arme, il lui suffisait d’un couteau de boucher bien affuté et du support d’une religion mortifère. Evidemment en se servant d’un simple couteau, il a limité de fait les dégâts et a été abattu avant de commettre d’autres meurtres, mais le résultat est le même, il était le produit de la haine, résultat d’une société fragmentée par la doxa néo-libérale qui fait de la guerre de tous contre tous l’alpha et l’oméga de son projet. 


[1] https://www.bfmtv.com/international/en-2022-aux-etats-unis-il-y-a-eu-plus-de-fusillades-de-masse-que-de-jours-depuis-le-debut-de-l-annee_AN-202205250239.html

[2] https://www.i24news.tv/fr/actu/france/1653065205-france-un-homme-juif-de-90-ans-defenestre-a-lyon

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